PREMIER DIMANCHE DE CAREME

Pour retrouver les textes de la messe vous pouvez vous rendre sur ce lien:

https://www.aelf.org/2019-03-10/romain/messe

Livre du Deutéronome 26,4-10.                             
Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 10,8-13.                                   Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 4,1-13.

« Allo ! … Satan ?! »
… pas de réponse …
Alors, il doit être là.
C’est la tactique du Malin.
Il est rusé.
Dès le début, c’est le plus rusé…
Sa première ruse et je dirais, son fond de commerce duquel il va tirer tous ses résultats de division, c’est l’art de la dissimulation.
Il n’aime pas qu’on l’appelle directement par son nom au bout du fil.
Dès le début, il se déguise… En quoi ?: en serpent par exemple. En serpent qui parle à Ève. Ça semble ridicule, mais ça demande quand même de l’imagination et une capacité artistique.
Il doit se cacher, par ce que dès le début aussi, il sait qu’il va perdre des plumes dans son jeu de rébellion…
Serpent et dragon à plumes. Serpent pour insinuer, dragon pour se faire écraser la tête…
Évidemment ce sont là des déguisements à portée de main.
Mais il en a de bien plus sophistiqués. Des petites obsessions intérieures ; des influences qui titillent l’orgueil des pauvres ;
Mais les déguisements dont il raffole, ce sont les bonnes actions, les expressions de compassion, les éclats de lumières qui détournent de la charité cependant.
Mais il finit toujours par être perdant.
« Allo ? … Satan… »
C’est déjà perdu pour toi. Même si tu ne réponds pas. Parce que tu donnes ton numéro à tout le monde.
Tu donnes ton numéro, mais on ne t’a jamais au bout du fil.
Il faut dire que tu ne manques jamais de répondre aux messages qu’on te laisse sur répondeur. Tu répondras à ce message, c’est certain.
Tu réponds par des actions dans la nuit. Dans la nuit du monde ou la nuit de nos cœurs.
Et curieusement, tu réponds toujours par diversion, en signant (et là encore tu te trahis), en signant : « c’est pas moi » !
Frères et sœurs, si vous voyez quelque part une signature : « c’est pas moi »… c’est que c’est lui.
Mais le plus sûr, sa signature la plus certaine, c’est quand il ne signe pas. Qu’il laisse un doute sur une œuvre de division.
On devine quelque part que quelque chose cloche.
L’Ange des ténèbres est un expert du jeu de l’ombre et du manque.
Voyez : Jésus lui réponds par des citations de l’Écriture Sainte.
‘Il est écrit’, ‘il est écrit’, ‘il est dit’
Et le Diable va lui citer la Bible pour le convaincre sur le même terrain.
Car il connaît très bien la Bible, notre animal ! Il prend deux versets flatteurs : « il donnera à ses anges l’ordre de te garder et ils te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre ». Allez, va-s-y.. saute !
C’est touchant cette promesse de protection angélique.
Mais il oublie de lire le verset suivant, qu’il connaît bien pourtant :
« tu marcheras sur la vipère et le scorpion, tu écraseras le lion et le dragon ».
Le dragon, la vipère, le scorpion, le lion, c’est lui.
De les lire, ça lui aurait brûlé la langue.
Frères et sœurs, je pourrais reprendre chaque tentation de cette confrontation entre Dieu et Diable.
Mais il y a une leçon première à laquelle je veux m’attacher ce matin.
Jésus s’en va au désert.
Le désert est un endroit riche de leçons.
Il a provoqué la conversion de nombreux croyants fervents. Conversions fortes.
Je pense à celle de Ernest Psichari le neveu de Renan, que je citais dimanche dernier.
«Le désert est un carrefour sacré d’où l’on sort condamné ou sauvé. écrit-il(…) Sous un arbre, je tombai à genoux. C’était la première fois de ma vie- et sous ce frêle abri, je me sentais infiniment bien pour adorer la puissance qui me courbait et pour lui exposer avec franchise les besoins de mon cœur. En même temps, je savais de toute certitude que ses besoins seraient satisfaits, que ces désirs seraient exaucés, et au-delà,… Je tremblais d’être si abandonné dans la vie, mais aussitôt je me disais : ‘une main se tendra vers moi, un jour…’ » [des voix qui crient dans le désert, p174, ed L Conard, 1920]

Jésus rempli d’Esprit-Saint est poussé au désert. Pourquoi faire ?
Pour n’y rien faire . Même pas manger pendant 40 jours.
Mais pour y être. Uniquement.
En fait, pour y rejoindre en ce lieu de non-existence et de non-vie, l’essentiel de sa mission.
Et c’est ce qui trompe le démon. Il s’y fait prendre sans voir venir le piège.
Jésus infailliblement choisit son terrain.
Après être passé au désert, il pourra être sur tous les fronts du monde et de l’adversité, parce que le duel premier il l’aura gagné.
Le désert dépouille de tous les artifices et c’est certainement l’endroit où le démon est le plus vulnérable et malhabile.
C’est pour cela que c’est l’endroit où il est le plus virulent.
Les hommes du désert, aux grandes âmes, le savent bien.
Car le désert de tout temps a attiré les hommes assoiffés de vérité, qui ont de la trempe.
L’homme faux encombre sa vie et fuit.
L’homme de vérité se laisse fasciner par le désert, le dénuement, la solitude, le silence qui forment comme une escorte de la beauté vierge et surtout de la pureté spirituelle.
Jésus s’en va au désert.
Et que se passe-t-il ? Il ne fait rien et… le démon pointe son nez.
Parce que, là où se trouve l’existence et la Vie à l’état pur, le Malin est attiré, parce qu’il ne se nourrit que de vie, mais en parasite.
Au départ, Satan flaire un bon coup :
parasiter la vie qu’il a refusée, à l’origine, de recevoir en béatitude éternelle.
Satan dit qu’on lui a remis les Royaumes de la terre. Mensonge encore , très subtil, mais mensonge.
On ne lui a rien remis, il se les ait appropriés de sa propre volonté, avec la permission du Créateur de tout.

Et le démon voudrait s’approprier la Vie qu’il pressent en Jésus.
« Si tu te prosternes devant moi, je te donnerais tout, mais je te posséderais. Je posséderais ton cœur, ta Vie. »
Comédie faussement divine… Jésus le laisse venir.
Et c’est le but de sa retraite au désert.
Jésus se laisse tenter … et apparaît le diable. J’allais dire « en chair et en os ».
Comme il apparaît des dizaines de fois dans les évangiles et dans les paroles très claires de Jésus.
Jésus peut faire taire les démons. Et il le fera souvent à l’étonnement de tous.
Mais là il le laisse parler.
Pourquoi ? D’abord parce qu’il ne craint rien et que la plus grande victoire du Christ c’est d’avoir mis en évidence son adversaire.
Jésus, imparable, de lumière et de vérité, met au grand jour l’existence du Diable.
Puisque le Diable passe sa vie à se cacher, à faire celui qui n’existe pas, à dissimuler ses vengeances, ses colères et ses troubles, derrière des présentations lumineuses, des bonnes œuvres et même des amour, déviés.
Jésus par son séjour au désert le fait exister, l’accule à se manifester et c’est la plus grande défaite du Prince de ce monde.
Il préfère tellement qu’on dise qu’il n’existe pas, qu’il est une tendance, une explication symbolique ou je ne sais quoi de fumeux.
Avec Jésus, il se met en évidence, alors que le monde lui offre un nid tout chaud de confusions et le protège de tous ses mensonges.
Le désert lui, le révèle.
Et notre foi, Jésus en nous, provoque la confrontation.
Nous le savons bien, chers frères et sœurs, que si nous sommes su timides et n’affirmons pas notre foi avec aisance dans la rue, à l’extérieur de chez nous, et parfois à l’intérieur de sa propre famille, c’est parce que nous devons nous attendre à ce que le Malin frappe à notre porte et nous devons nous attendre à intensifier la lutte qui n’est déjà pas si facile.
Jésus ne nous l’a jamais caché, il doit y avoir lutte.
Notre vie de chrétien n’est pas simplement une recherche de douces grâces.
Au désert le duel.
L’effet direct de notre foi est de produire la lumière sur notre monde.
Et c’est bien la première conséquence de la mission de L’Église de mettre en lumière et en vérité, comme malgré elle, la face cachée des choses et du monde.
Avec L’Église, le Mauvais ne peut plus jouer en souterrain contre la lumière.
L’Église est la seule qui met en lumière le combat véritable.
Elle force aux vrais combats et aux vraies guérisons des esprits et des cœurs.
Je l’aime, cette Église, parce qu’elle est belle de la puissante Présence de Jésus.
Et que de toute part, les démons qui se cachent sont obligés d’apparaître au grand jour.
Quand on les voit courir en tout sens c’est qu’ils ne peuvent plus se cacher.
C’est magnifique.
Magnifique, mais sachons-le, le démon ne s’avouera jamais vaincu.