HOMELIE TROISIEME DIMANCHE DE CAREME

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https://www.aelf.org/2019-03-24/romain/messe

(Ex 3, 1-8a.10.13-15)  Lecture du livre de l’Exode
(1 Co 10, 1-6.10-12)     1ere lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens              Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 4

Moïse. L’homme le plus humble que la terre ait porté. Et aussi, celui à qui Dieu parle comme à son intime, à son ami.
Quand il vient de parler à Dieu, il se voile le visage, pour ne pas éblouir ceux qui le croisent.
De la grande pointure.
Une femme de Samarie dont on ne connaîtra jamais le nom.
1000 ans après Moïse. Qui sort dans sa campagne.
Elle n’a pas grand-chose pour elle. Pas beaucoup de grandeur.
Elle n’est pas bête, cependant. Elle a l’esprit vif.
Mais tellement commune qu’on la croirait d’hier et d’aujourd’hui, sur la place de Salernes ou de Draguignan.
Une femme au cœur blessé.
Elle en a vu d’autres et elle a appris à se défendre et à se méfier.
Mais il y en a un qu’elle n’a pas encore vu.
C’est ce juif qui ose lui parler.
Est-ce encore un séducteur ?
Dans le temps, on ne demandait pas son numéro de téléphone à une fille, on lui demandait un verre d’eau au bord du puits.
De toute façon, on savait que c’était près des puits que venaient les femmes, seules, pour puiser…
E ça commence comme ça, dans le commun d’une approche basique.
Bon… elle répond. Mais tout juste, au départ…
Il faut dire qu’elle a bien vu du coin de l’œil et de loin, qu’il était bel homme, ce jeune juif, et elle perçoit très vite que sa voix touche son cœur.
Mais, au début, on n’est pas sur la même longueur d’onde.
Notre foi n’a-t-elle pas commencé à devenir vive par de petits détails de tous les jours, qui ont conduit peut-être à une rencontre plus décisive ?
C’est d’ailleurs la foi la plus vraie, la plus pure, celle qu’on n’a pas fabriquée, mais qui s’est imposée à partir de petits détails involontaires, vis à vis desquels on n’a pas biaisé.
Des petits questionnements qu’on a poursuivis jusqu’au bout, sans compromissions.
Des vérités presque inaperçues qu’on a acceptées pour soi-même. Concrètement.
Dieu infiniment respectueux qui frappe si discrètement à la porte de notre cœur.. ‘discrètement’, ça veut dire : ‘qui se cache derrière le banal.’
Et pourquoi ce jour-là, cet instant-là on a engagé notre vie et d’accepté une conversion ?
Cette occasion, cette parole, ce regard, cet événement dont personne pourtant ne ce serait étonné qu’ils n’existe pas ?
Parce que plus la grâce est puissante, plus elle est simple et invisible.
Dieu commence toujours son approche par d’infimes petits riens et par d’infimes impulsions en notre cœur.
Dieu a le génie de se cacher dans le banal d’une histoire, d’un mot, de la nature, d’une circonstance inaperçue, et même… d’un silence. Et il va faire germer le désir dans un cœur.
Et tout cela au milieu de l’imperfection. La perfection n’est pas le terrain de jeu de Dieu ; Il est venu pour les imparfaits.
Mais que cherche l’Ange du Seigneur en Moïse ? Que cherche le Verbe de Dieu en cette femme de Samarie ? Que cherche-Il comme disposition et à quoi veut-Il en venir ?
Qu’est-ce qui va nous signaler, comme pour Moïse et pour la samaritaine, qu’un moment décisif va pénétrer notre monotonie ambiante ?
C’est pourtant clair.
Le buisson et la voix de Dieu. La cruche et le regard de Jésus, qui est Dieu.
Il apparaît évident que le cœur du prophète et de la femme attendait une proposition divine dans leur vie.
Les quelques mots de Jésus vont mettre à nu l’aspiration profonde de la femme.
Jésus ne perd pas de temps. Il part de l’eau : ‘Ton problème, femme, est-il vraiment cette eau, même si cette corvée te pèse ?’
Il oriente la pensée de la femme vers une autre aspiration qu’il lui laisse découvrir.
Elle s’accroche à sa cruche. Elle pense que c’est son principal problème, pour lequel elle râle intérieurement chaque jour.
Revenir à ce puits, même s’il est célèbre, quelle est dure la condition féminine !
Et Jésus lui parle de vie éternelle ! Il essaie de déblayer le terrain jusqu’à son cœur.
Il aurait pu lui demander tout de go : ‘que cherches-tu vraiment au-delà de cette cruche ?’
Mais il va lui-même au vif de ce qu’elle ne dit à personne. Car Jésus sait.
‘Ton affectif, n’est-ce pas ce que tu aimerais combler vraiment, plus que ton travail ?
Alors là, elle désarme ses protections inconscientes.
‘oui, à vrai dire, les hommes ne m’ont pas complètement comblée. Comment le sais-tu ?
Mais à vrai dire, tu peux peut-être m’emmener plus loin…
‘Seigneur, comment adorer ? Qui adorer ? A qui faire confiance de tout mon cœur ?’
‘Ah, tiens, ce n’est donc pas l’affectif familial qui t’est le plus important… !
tu prends conscience que ton cœur tiens à plus précieux encore, plus vital, plus essentiel…
Et tu t’aperçois que la grâce a mis en toi un désir qui te fait pressentir une joie plus entière.
Désir d’une rencontre divine que tu es en train de vivre. Tu vas le savoir dans un instant…’

Et voilà la lumière d’une vie : Comprendre le véritable désir essentiel posé par Dieu en notre cœur... et qui est résolu par Dieu, encore Lui… en une rencontre personnelle.
Désir d’un Sauveur de tout l’être, de tout notre être.
‘C’est Moi qui te parle !’ … Ouahou….
Et plus explicitement pour Moïse : ‘Je suis’…  Ouahou… !!
Seigneur, Toi seul a posé en moi cette puissance d’amour que je ne reconnais pas.
Toi seul le met au jour, cet amour. Ce désir.
Toi seul me le fait exprimer parce que Toi seul réponds à mon cœur.
Et me permets alors de quitter mes chaussures, d’oublier ma cruche.
Et c’est dans cette aventure intérieure que s’engageront, dans 4 semaines, par leur baptême, Yann, Lionel et Séverine.

Seigneur, tu me donnes dans le silence de mon cœur, la Réponse à la question que je portais en moi, mais que je n’arrivais pas à poser vraiment.
La question c’est : quel est le désir le plus profond en moi ? Et le plus intense.
Qui, une fois comblé, me fera accéder à la paix…
et la réponse c’est : le Désir de Celui qui me désire et me demande à boire.
Laissons émerger ce désir qui est au profond de nous, car Dieu le comblera.
Permettons-nous, frères et sœurs, de reconnaître ce désir.
Approchons-nous du buisson ardent, engageons nous dans une relation intime avec Dieu, mais vraiment intime. ‘Donne-la moi de cette eau !’ Et Dieu se donnera !