HOMÉLIE CINQUIÈME DIMANCHE DE CAREME

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Livre d’Isaïe 43,16-21.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 3,8-14.                                     Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 8,1-11.

 

Lazare, l’homme du pliage.
Ou plutôt Lazare, l’homme plié…
Vous savez, frères et sœurs, il existe un art du pliage.
Au départ, une feuille de papier, parfois une serviette de table en papier et, après pliage, un moulin, un bateau, un canard, une grenouille ou une pyramide.
Jésus nous l’avait dit en passant, mais avec Lazare, il nous montre que c’est un maître en art du pliage. Avec la samaritaine aussi il avait magnifiquement plier son destin.
Il va nous plier Lazare en 3 jours.
Au départ, Lazare est inconnu au bataillon.
Saint Jean écrit : « il y avait ‘quelqu’un’ de malade. »
Nous n’en avons jamais entendu parler et pourtant, ‘c’est un ami de Jésus’.
« Celui que tu aimes est malade ».
Matthieu, Marc, Luc n’en parlent même pas dans leurs évangiles.
Et ce Lazare, que Jésus aime, va précipiter le destin de Jésus vers la Croix.
Et devant son tombeau, Jésus va pleurer. Les larmes de Jésus sur le sol de Béthanie…
En tout cas, Lazare, c’est l’homme plié.
Quasi rien d’infos sur lui. Il est malade, mais il ne dira rien. Il ne fait rien et ne fera rien.
Si… Il sortira du tombeau, sans bouger d’ailleurs.
C’est Jésus qui va faire. C’est lui qui va plier la situation de Lazare et lui donner du volume.
Jusqu’à faire avec cela son plus grand miracle et enclencher la manifestation de sa Gloire.
Alors voyons : au début. La base : Jésus aime Lazare et ses deux sœurs.
La maison de Béthanie est une étape pour Jésus. Il s’y repose.
Marie et Marthe aiment Jésus et sont aux petits soins pour lui.
Petits gâteaux – tasse de thé.
Marie a fait davantage. Elle n’a pas regardé à la dépense pour le jeune maître.
Le plus important, ce sera sa disposition intérieure de contemplative.
Jésus se plaît en cette maison. Il a une sympathie pour eux trois : Lazare, Marie, Marthe.
Il s’y sent bien et il est direct dans sa relation. Familier. Pas de parabole.
Il faut dire que le langage de Marie est propice à cette sympathie.
Elle lave les pieds de Jésus avec du parfum devant tout le monde. Contact simple, spontané, humble, original. Elle n’a peur de rien…
Lazare, on ne sait pas trop. Mais dans la famille, avec deux sœurs comme ça, il devait être à sa place.
Seulement voilà, pour Jésus, sympathie ne suffit pas.
Le jeune homme riche aussi était bien comme il faut et Jésus l’aima, lui aussi. Sans suite.
Mais Jésus va diriger l’action. ‘Pour sa Gloire’, dit-Il.
Car enfin, Jésus aurait pu guérir Lazare ! A distance même ! Il l’avait déjà fait, cela.
Et ç’aurait été un beau miracle déjà.
Et les deux sœurs avaient la foi pour cela.
Mais Jésus prend son temps pour plier l’événement.
Il y a douze heures de jour. Il en est à sa dernière heure. Qu’il nomme l’Heure de Gloire.
Et que se passe-t-il avec Lazare ?
Il se passe ce qui se passe toujours dans notre relation avec Jésus si elle est vraie.
Jésus va faire basculer une situation naturelle en lui donnant une forme éternelle.
Jésus va plier le basique d’un événement en le gonflant de vie éternelle, d’une grâce divine.
C’est exactement ce qui se passe pour nos moments de prière ou quand nous recevons un sacrement, la confession, le baptême ou la communion.
Mais avec Lazare, Jésus va chercher la difficulté extrême.
Attendre que son corps n’existe plus…
Le seul miracle plus grand qu’Il pouvait faire après celui-ci, c’était ressusciter lui-même.
Jésus arrivé à Béthanie sait qu’il favorise l’extrême.
Et que le pliage ne va pas être facile.
Il arrive sur une base d’amour humain.
Si Jésus aime Lazare, Marthe, Marie, c’est réciproque.
D’ailleurs Marthe et Marie ont un don de relation. Elles sont connues dans la région et aimées.
Premier pliage. Avec Marthe. Jésus prépare son support.
Par un dialogue un peu essoufflé pour Marthe.
Jésus annonce la couleur : « ton frère ressuscitera »
Mais Marthe veut comprendre ces trois mots à plat, sans pliure.
Jésus veut les plier avec volume surnaturel.
« Je suis la Résurrection et la Vie »… Quelle puissance quand même !
« Qui croit en moi ne mourra jamais »
Ça veut dire que la foi emporte la vie. Que avant la vie, avant notre vie, il y a la foi. Qu’une vie sans foi c’est quelque chose de mort.
Amour, foi, vie les trois socles les plus puissants au monde. Très proches.
Quasi l’atome originelle de notre existence. L’ADN.
Tout le reste : de la paille qui se déploie autour.
Marthe ne comprend pas totalement le pliage de Jésus mais elle se soumet à la lumière.
C’est bien ainsi que nous sommes quand la grâce divine nous frôle.
Avec la venue de Marie il y a une connivence plus grande.
Moins besoin de paroles.
Le cœur de Marie touche plus directement le cœur humain de Jésus.
Il y a entre eux deux une compréhension intuitive plus grande.
D’ailleurs marie a une certaine sympathie pour les pieds de Jésus. Elle pleure de nouveau sur ses pieds. Et Jésus ressent de l’émotion.
Jésus laisse l’émotion le gagner jusqu’à pleurer.
Et c’est là que je vois le moment humain le plus profond de cette formidable scène.
Parce que.. pourquoi Jésus pleure-t-il.
Il pleurera une autre fois, quelques jours plus tard, quand il sera en vue de Jérusalem, sourde à son message.
Jésus pleure parce qu’on ne comprend pas. Parce que même Marie qu’il aime ne comprend pas vraiment.
Sa foi ne va pas jusques là.
Et c’est normal qu’elle ne puisse pas imaginer une résurrection pour son frère.
C’est inouïe comme issue de sa peine.
Et Jésus, Dieu Lui-même, Dieu lui-même au milieu de ces pauvres gens au cœur serré par la disparition du brave Lazare… Dieu n’est pas compris.
Les juifs : « voyez comme il aimait Lazare »
Mais bien sûr, mais ils ne comprennent pas.
Si Jésus pleure, ce n’est pas par amour de Lazare. Il aurait pu venir plus rapidement, sinon.Et il sait qu’Il va le ressusciter.
Pauvres gens, pauvres juifs blessés de la douleur affective.
Jésus veut leur plier le Royaume des Cieux et ils sont aveugles.
Jésus pleure de l’impuissance divine à leur faire comprendre leur bonheur.
L’amour de Dieu est si respectueux.
C’est la grande condition de l’amour pur. Son respect et même son impuissance.
Il se présente avec tant de délicatesse et de tendresse qu’il accepte de rester méconnu et incompris par ceux à qui il est offert.
Et Jésus pleure sur cette incompréhension.
« Ne t’ai pas dit, Marthe que si tu crois, Dieu te comblera ? »
Voilà le dernier pliage de Jésus qui va donner forme à Lazare.
« Lazare, sors ! »
On ne saisit pas tout, mais c’est normal puisque justement le pliage de Jésus investit un espace surnaturel qui nous dépasse.
On est loin de la base du départ, du salon de thé de Béthanie. D’un amour d’amitié, Jésus fait un pliage d’un réacteur nucléaire de puissance divine.
Bien sûr, ça va le conduire rapidement à être neutralisé par les pharisiens.
Trop de puissance.
Mais Jésus fait le même chemin avec nous.
De nos vies sans forme, de nos vies ‘serviettes en papier’, Jésus a un art magistral de donner du relief. De nous faire exprimer du dynamisme.
Et de nous faire frôler les puissants abîmes de la vie et de la mort.