HOMÉLIE DIMANCHE DES RAMEAUX

Pour retrouver les textes de la messe vous pouvez vous rendre sur ce lien:

https://www.aelf.org/2019-04-14/romain/messe

(Jos 5, 9a.10-12)  Lecture du livre de Josué  
Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 2,6-11. (Lc 15, 1-3.11-32)                Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 22,14-71.23,1-56.

 

Chers frères et sœurs,
quelle histoire que celle de notre religion !
Reprenons le texte que nous venons d’entendre.
Les apôtres à une journée d’une catastrophe inimaginable : la mort de leur maître et de leur Seigneur, ils se querellent … !
Et ils se querellent sur la meilleure place à prendre … c’est désolant…
Simon-Pierre, celui que Jésus a quand même désigné pour être le chef des apôtres.
Il s’y croit ! Il se croit le plus fort, et même le défenseur de Jésus… !
Il n’y comprend encore rien et il ne connaît pas ses limites.
Il lui faudra sa trahison magistrale, pour qu’il en vienne à pleurer comme un enfant.
Les dernières paroles de Jésus, – ce n’est pas nouveau – ne sont pas comprises.
Et au moment où Jésus vit ce terrible moment, au jardin des oliviers, (vous savez, quand on vit en angoisse l’épreuve qui va arriver, ce moment est pire que celui de l’épreuve elle-même où on lutte, car l’angoisse de la nuit est une douleur qui prend la tête, qui tord les entrailles, qui tend les nerfs à craquer. Tandis que quand on court dans la lutte on ne pense plus, on agit, et même si on se reçoit des coups, c’est plus facile)
Et bien, à ce moment là, de Jésus au jardin des oliviers, ses disciples, amis, dorment.
Ils ne tiennent pas le coup.
Peut-être y en avait-il un parmi eux, inquiet, très inquiet, le jeune saint Jean qui pressentait plus que les autres la terreur de son Seigneur, son ami.
Il a vu de loin son maître transpirer des gouttes de sang.
Il parait que c’est un phénomène rare, mais qui peut arriver, lors d’une peur phénoménale.
‘Jésus, écrasé à cause de nos fautes…’ [Isaïe 53, 5]
Et puis, ensuite, cet enchaînement d’hystérie, de lâchetés, de nullités, de mensonges…
On ne comprend rien, l’homme devient bête ( dans tous les sens du mot).

Chers frères et sœurs, notre monde, c’est bien celui-là…
Et notre foi, notre religion émerge de tout cela…

Eh bien, de tout cela… nous pourrions nous lamenter.
Or, de tout cela, nous sommes dans la joie !
Parce que c’est en tout cela, qui est en fait en nous-même, que Dieu vient nous chercher.
Nous nous croyons peut-être trop insuffisant, trop loin en tout cas, du grand mystère d’amour de Dieu.
Nous sommes là avec une pauvre petite branche d’olivier ou de buis, qui va faire quoi ? Notre bonheur garanti pendant un an ?… Ça a quand même l’air ridicule tout cela !
À côté des grandes souffrances et de la mort de Jésus. Un brin d’olivier !
Et à côté des flots de grâce qui peuvent transformer notre cœur en joie.

En fait, c’est dans ce terreau de faiblesse humaine que le Christ nous rencontre.
Il l’a fait dans les mêmes conditions où nous sommes.
C’est par une si petite prière que nous pouvons faire, que le démon sera vaincu.
C’est par la participation à la messe, c’est capital, régulièrement, comme on peut, et par la confession, que notre vie peut émerger.
Et non seulement émerger, mais trouver son goût de bonheur, d’exultation, de joie !
De pureté… la victoire sur tout ce qui nous entrave.

Parce que Dieu a le génie de découvrir dans la terre lourde, et en friche, des croissances magnifiques.

Certains vont prier tout au long des nuits. Ceux-là ce sont les phares qui permettent au monde de ne pas sombrer dans l’obscurité totale.
Et puis, il y a nous, dont le carême n’a peut être guère été édifiant, pollués d’idées et de critiques, de vanités, de découragements aussi.
Nous qui avons l’impression de faire marche arrière plutôt que d’avancer.
Nous tenons un rameau béni, et on s’y accroche.
Et Jésus vient nous transformer, il passe et il fait de la beauté.
La beauté, dans L’Église, il la cache. Parce qu’elle lui coûte cher.
Il laisse plutôt transparaître les ombres.
Mais pendant que le monde ignorant se complaît dans l’inquiétude et la boue, la grâce de Dieu jubile dans le cœur des simples, et Il fait une œuvre de tellement grande beauté.
Mais discrète.
Je vous le dis chers frères et sœurs, mais ça ne servirait à rien de le répéter…
On le sait. Et on jubile !