HOMELIE DU 21° DIMANCHE ORDINAIRE

L’Epitre aux Ephésiens… voilà le texte de saint Paul qui fait grincer des dents les féministes et sourire les machos…
Saint Paul parle de ‘soumission’….!
Horreur…
La femme doit être soumise à l’homme… Horreur…
Enfin ce n’est pas tout à fait cela…
C’est l’épouse qui doit être soumise à son mari…
Quand on sait que les hommes ne possèdent pas toujours la plénitude de la divinité, on ne peut que vous plaindre, mesdames.
Et puis de toute façon, le sort de l’époux n’est pas plus réjouissant.
Il doit se livrer pour sa femme, corps et âme !
Et pourquoi ?  pour la rendre sainte…
L’homme doit aimer son épouse pour la rendre sainte, pure et immaculée !
A-t-on déjà vu un mari rendre sa femme sainte ?
Ca ne m’engage pas à commenter ce texte.
C’est comme si j’entendais dans vos pensées : Ouh… Ouh… vous n’êtes pas courageux ?
Je ne suis peut être pas courageux, mais ce n’est pas pour cette raison que je résiste à commenter saint Paul.
C’est parce que, pour saisir une réalité trop belle, il faut partager l’esprit de celui qui nous la propose.
Saint-Paul, dans ce texte précisément, ne peut se lire que dans l’Esprit Saint et l’Esprit de l’Eglise, pour être compris.
Quand quelqu’un a un a priori dans la tête, c’est quasi indéracinable.
C’est pour cela qu’il est nécessaire de comprendre la beauté de l’Église, pour comprendre la beauté de la relation de l’épouse à l’époux.
De l’époux à l’épouse.
Si nous commençions par comprendre l’unité originelle dont Dieu a doté sa création…
Comprendre, disons au moins, la pressentir.
Si nous apprécions, en expérience, l’unité de notre âme et de notre corps, sauvés par la grâce rédemptrice du Christ…

Inévitablement, certains ou certaines d’entre vous ont réagi, au moment même de la lecture:
” De quoi Saint-Paul se mêle -t-il ?
D’abord, Saint Paul n’est pas marié…
Ensuite le curé, il est pas marié.
De quoi l’Eglise se mêle-t-elle ?
Alors que les familles ont tant de mal dans leur vie de tous les jours à trouver un certain équilibre.”
mais j’avance un contre-argument…
Un couple, peut-il légitimement mieux parler que Saint-Paul, sur la famille ?
Il n’y a pas un couple qui ressemble à un autre.
Il n’y a pas une famille qui a le même équilibre que la famille voisine.
Il n’existe pas de modèle de famille.
Même la Sainte famille n’est pas imitable.
Il n’existe pas un couple qui puisse faire la leçon à un autre couple.
Car chacun a un mystère unique qui est le sien.
Mystère de l’homme, mystère de la femme. Mystère de leur relation.
Quand il s’agit du sujet de la famille, c’est comme pour le sujet de la maladie.
Tout le monde devient docteur devant la maladie du voisin.
Tout le monde croit avoir son mot à dire. Son médicament à conseiller.
À partir de quoi ?
De son expérience que l’on croit identique pour l’autre et qu’on peut lui plaquer .
Puisque j’ai mal au pied et que tu as mal au pied, je te conseille le médicament que j’utilise… Mais que sais-je du mal de pied de mon voisin ?
Ce n’est pas parce que le docteur a expérimenté toutes les maladies qu’il peut donner une ordonnance judicieuse.
C’est parce qu’il a une lumière, une compréhension, qui touche davantage au principe de la santé, et lui permet de conduire le malade à la bonne santé.

Or, Saint-Paul parle par l’Esprit Saint.
Mieux, l’Esprit Saint, parle par Saint-Paul et par l’Église. … Et de temps en temps, par le curé aussi…
Ce n’est pas moi qui le dit c’est l’Église par le Concile Vatican II par exemple:
« les pasteurs de l’Eglise sont les ministres du Christ et les dispensateurs de les mystères de Dieu » [Lumen Gentium C3 – 21]

C’est l’Église qui donne le sacrement du mariage.
Donc, c’est de l’Église que les époux doivent recevoir le programme du mariage.
Si vous vous mariez uniquement à la Mairie vous recevez aussi de l’État le programme de votre mariage.
Que je ne trouve pas a priori jouissif.
Article 212 : « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ». Bon, c’est déjà pas mal : normalement, l’un ne peut pas frapper l’autre sans avoir une amende. Normalement…
Article 371 -1 « L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Elle appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant » Et dans la pratique, on voit ce que la loi permet pour l’interet de l’enfant, au moment de la conception, par exemple…
Article 215, premier alinéa : « Les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie ». Le minimum en dessous duquel il n’y a plus rien.

Mais si vous vous mariez à l’église, vous entrez dans un programme qui vous dépasse.
Et vous comprendrez, si vous faites appel à la prière et à l’Esprit Saint, qu’il n’y a pas plus belle relation que celle du Christ et de l’Église,
Il n’y a pas de plus belle union, qu’une âme sanctifiée avec son corps, pur.
Et que la soumission dont parle Saint-Paul (“soyez soumis les uns aux autres”), elle est le fruit, et la source, de la merveilleuse union de la grâce avec la nature.
Elle est le reflet de la soumission du corps à une âme sanctifiée.
Dans l’esprit, dans le mouvement de l’esprit, la soumission est à des années-lumière de la soumission de la chair, destructrice de liberté, que pratiquent les dépravés… Ou les victimes de leur naïveté.
“Soumission” signifie “harmonie” originelle, qui n’est pas touchée par le péché.
On pourrait dire aussi cette mélodie secrète que permet le Christ quand il vient habiter notre coeur.
Et pourquoi Saint Paul a le droit de parler ainsi, lui qui n’y connait rien en vie conjugale ?
Parce qu’il connaît tout du cœur de Dieu.
Si on prend la vie conjugale selon la dimension humaine de la femme et de l’homme, selon l’expérience de la nature blessée, on croit tout savoir, surtout des problèmes d’ailleurs dont on ne se sort pas…
Et on se débat dans l’impasse en grand connaisseur de la vie familiale.
Ça peut durer d’ailleurs toute une vie.
Mais la lumière vient du mystère.
Alors même que nous ne le voyons pas, nous devons admettre qu’il y a un mystère.
Et nous devons admettre qu’il nous faut le recevoir.
Le recevoir de l’Église.
Le recevoir du Christ.
Le recevoir de Dieu.
Et alors, nous admettons que nous devons recevoir notre conjoint avec son mystère.
Et nous soumettre à son mystère qui est plus grand que lui.
Et nous unir à lui dans son mystère.
Dieu n’a jamais été marié.
Mais il a créé l’unité impossible de l’homme et de la femme.
Reflet de l’unité des 3 personnes de la Trinité.
Ça va chercher loin.
Ce ne sont pas les époux qui peuvent en remontrer à Dieu.
Ce sont les époux, en se sanctifiant, qui peuvent s’élever dans le mystère de leur union.
Par conséquent ce texte de Saint-Paul ne demande pas des analyses, il demande des heures de prière.
Des jours et des mois de prière.
C’est par cette porte étroite, après avoir goûté à l’émerveillement de l’œuvre de Dieu dans la relation de l’homme et de la femme, que nous pouvons balbutier le mystère de bonheur qui se trouve dans le couple.
Balbutier, c’est à dire, le vivre.
Il ne s’agit pas d’un jeu d’affection sensible entre deux personnes.
Mais d’une union inscrite dans notre nature par création divine.
Autrement dit, quand je m’adresse à un couple marié, si je veux apprécier la joie de leur témoignage, de leur croissance dans l’amour, ce n’est pas en leur demandant depuis combien de temps ils ont échangé leurs alliances, ni depuis combien de temps ils habitent à la même adresse…
Mais c’est en leur demandant combien, chacun et en couple, ils ont passé de temps en prière devant Dieu.
Car à ce moment-là, je sais qu’ils ont touché au mystère de leur amour.
C’est le plus difficile, je le sais ; mais c’est sur cette base que je connaîtrai l’union de leur mariage, la lumière aussi qui guide leurs cœurs et leurs corps.. La profondeur et l’intensité de leur amour.
Et que je connaitrai même le sens de leur vocation et de la mienne.
Que je connaîtrais mieux, à travers eux et leur témoignage, l’Église et le Christ.
Mais, si leur intimité avec Dieu ne dépasse pas celle de Saint Paul, je préfère recevoir le message lumineux de saint Paul.