HOMELIE 24° DIMANCHE ORDINAIRE

Pierre, quand il répond, il a presque toujours tout juste.
Il s’emballe, il est le plus spontané des apôtres.
Mais quand Pierre s’emballe il a un jugement qui est juste.
Le défaut de Pierre, c’est qu’il ne continue pas toujours a être très clair.
Il a peur. Il doute.
Et il revient parfois sur son premier mouvement.
Et là il coule.
C’est arrivé dans la tempête lorsqu’il marche sur l’eau.
C’est arrivé aussi après la mort du Christ, au tout début de l’Eglise, quand Pierre s’éloigne de la communauté des païens convertis. Et c’est Paul alors qui va le rectifier.
Ça arrive ici, comme ça arrivera aussi la nuit du procès du Christ.
“Tu es le Christ !”
Premier mouvement de Pierre. Juste. L’Esprit saint a fait son travail.
Et après, ç’aurait été facile, quand Jésus annonce qu’il va souffrir, et ressusciter… de redire :
“Mais, tu es le Christ ! ”
« Je ne sais pas Seigneur… Je ne sais pas ce que tu dis…
Mais tu es le Christ !
Je ne sais pas si ça peut t’arriver ou si tu peux y échapper.
Mais tu es le Christ ! »
Pierre aurait tout gagné…
Mais Pierre a peur. Pour lui, la souffrance, c’est honteux.
Il ne peut pas imaginer son ami, humilié, et il perd la pureté de sa première intuition lumineuse.
C’est ça le piège de la souffrance.
La peur de la souffrance nous détourne de la lumière et nous fait trébucher.
On se protège.

Vous voyez, frères et sœurs, tant qu’on est dans le mouvement de foi, ça tient.
Le mouvement de foi, c’est :
” mon Dieu tu es bon. Mon Dieu tu es absolument innocent de tout mal.
Tu ne fais que le Bien. Ça ne peut pas être autrement.

Il n’y a pas une miette en Dieu qui fabrique le mal. Ni de près, ni de loin.

Cela veut dire qu’à partir du moment où on regarde le mal, on s’éloigne de Dieu.
Même si c’est pour repousser le mal.
Le mal nous fait mal, mais aussi le mal détourne notre regard de Dieu.
Même si l’on veut vaincre le mal. Il ne faut pas le regarder.
Surtout pas le regarder en face.
Vous voyez alors, frères et sœurs, pourquoi je dis cela.
Parce qu’à partir du moment où il y a souffrance, il est indispensable de tenir notre regard sur la lumière et non pas sur cette souffrance.
Il n’y a pas de solution à la souffrance.
Il n’y a pas d’explication à la souffrance.
Une souffrance que l’on veut vaincre en l’explorant, devient un piège.
Aussi intelligent qu’ils aient été, aucun des génies qui ont exploré le mal et la souffrance en sont sortis indemnes.
Je pense à des philosophes comme Sartre, Nietzsche, Camus, des écrivains comme Boris Vian, André Gide, des artistes comme Picasso ou Rimbaud.
Des politiques comme Staline, Mao ou Hitler. Tant d’autres.
Une politique, un art, une pensée, et même une spiritualité qui veut régler son problème avec le mal se fait engloutir par son tourbillon.

Alors, comment faire devant ce mal omniprésent dans notre société, dans nos journées, dans nos familles, dans nos cœurs ?
« Qui veut sauver sa vie la perdra….  la perdra à cause de moi et pour l’Évangile. »
La perdra…  ça veut dire l’oubliera.
Mais on ne peut oublier notre vie que si nous sommes fasciné par une autre vie.
La Croix devient légère quand nous regardons celui qui porte la croix jusqu’à la Vie.
Quand nous le regardons obstinément, sans relâche et héroïquement.
Et pourquoi ça marche ainsi ?
Mais parce que Dieu marche ainsi !
Dieu est vainqueur du mal parce qu’il ne voit que la lumière, Sa propre Lumière.

Notre monde, nos informations sont éblouies par le mal.
Et c’est le chemin direct pour favoriser le mal, nous polluer du mal et nous engluer dans le mal.
” il faut bien savoir ce qui se passe … ! ” disent certains ! Et nous tenir informés.
Quand on dit cela, ça veut dire : ” il faut bien regarder le mal qu’il y a dans le monde ”
C’est une erreur…
Il faut regarder le bien, oui !
Et il faut vivre le bien, la bonté de Dieu dans la foi.
C’est ce qu’on appelle l’Espérance.
C’est très difficile.
Parce que le mal est lourd criant et nous fait mal.
Le mal est une pieuvre.
C’est une pieuvre qui utilise l’hypnose pour nous faire croire que ce qui ne sert à rien peut nous être profitable.
La seule voix pour se sortir du rien, c’est de regarder la lumière.
Quitte à en être ébloui.
Ce n’est qu’à un degré de profondeur d’un regard lumineux que le poison devient inoffensif. Autrement dit c’est en projetant une intensité de lumière dans l’ombre que nous pouvons atteindre le mal en son repère et le vivre en vérité.
Plus un chrétien, catholique, (parce que je ne crois pas que personne d’autre puisse vivre en vérité à de telles profondeurs, qu’un chrétien catholique), plus un chrétien catholique sera docile à l’Esprit Saint et vivra en accord avec l’Eglise, plus il vivra la souffrance de façon libre et au cœur.
Plus un homme sera devant le mystère du mal, sans Dieu et sans l’Eglise, plus il sera mangé par la souffrance, par le mensonge, quelque soit son combat et ses bonnes intentions.

Qu’est-ce que réclame l’attitude de salut ?
De l’intelligence ? Non. Elle n’est pas première.
De la pureté ? Non elle n’est pas première non plus.
Se cacher ou se révolter ?
Ceux qui se cachent, ce sont les lâches. Ceux qui se révoltent, c’est qu’ils ont déjà perdus la bataille. Le Christ n’a pas fui, il ne s’est pas révolté.

En fait, regarder la lumière réclame du courage. Et réclame du courage avec la foi.
La foi est une attitude courageuse qui mise inconditionnellement sur la lumière.
La lumière c’est la bonté de Dieu, la présence de Dieu, la toute-puissance du Christ. C’est la charité qui fait qu’on s’oublie au lieu de se regarder.
Quand on mise sur la lumière on perd tout le reste. Oui.
C’est cela renoncer à soi-même : perdre sa vie.
C’est tout simplement regarder la lumière et se perdre de vue.
Ça paraît évident.
Mais cela demande un courage héroïque.
Donc, vous voyez frères et sœurs, à partir du moment où nous parlons en mal, ou nous montrons du doigt le mal ou la souffrance, nous sommes les collaborateurs du mal.
L’amour parfait bannit la crainte dit Saint Jean.

Je voudrais citer un témoignage de Raoul Follereau.
Il s’est beaucoup occupé des lépreux.
Il parle d’une léproserie.
Des hommes abandonnés entre eux.
Des hommes ternes qui tournent en rond comme dans une cage.
L’un d’eux pourtant –   un seul –   gardait les yeux clairs.
Un seul pouvait sourire,  et même dire merci quand on lui donner quelque chose.
Alors, on l’observa, on le surveilla pour connaître son secret.
Et  qu’est-ce qu’on découvrit ?
Tous les jours, par-dessus le mur très haut de la léproserie, un petit visage apparaissait.
C’était un visage de femme, qui semblait petit parce qu’il était loin.
Mais ce visage souriait…
Et tous les matins, l’homme malade était au rendez-vous, .
et tous les deux se regardaient
Il  souriait et le visage disparaissait.
Et il attendait jusqu’au lendemain.
Alors on lui demanda quel était ce mystère ?
Et il dit simplement : ” C’est ma femme”
Et après un silence, il ajouta : ”  Avant que je vienne ici, elle m’a soigné en cachette.
Chaque jour, elle me mettait de la pommade sur le visage.
Sauf un petit coin où elle posait ses lèvres.
Et puis, ma maladie est devenue trop envahissante. Et on m’a fait venir ici.
Elle m’a suivi.
Lorsque chaque matin je la vois, je sais par elle que je suis vivant. ”
[ la seule vérité, c’est de s’aimer].

Hé bien, le regard si doux du Christ, en permanence, sourit à notre âme.
Tout en haut, derrière les murs qui sont durs, le mal-être, les difficultés.
On peut attendre, si on est courageux, ce sourire du Christ, inlassablement.
Notre vie est sauvée.

À l’homme sans la foi, il manque le sourire en haut du mur. Il n’existe pas.
Et on n’a jamais vu le visage de Satan sourire avec amour.