HOMELIE 24° DIMANCHE ORDINAIRE

J’aime bien ces petit croquis, dans les évangiles, qui mettent en scène la vie quotidienne des

disciples.

Nous avons ainsi un portrait, psychologique, assez précis de nos maîtres dans la foi.

Davantage pour Pierre, Jacques et Jean, parce qu’ils ont écrit des lettres. Jude aussi.

Des hommes qui peuvent se tromper et qui ont leurs penchants, leurs dérives, leurs

tentations pas toujours pures. Être le plus grand… Le plus… Le premier

Leurs incompréhensions…

Il est normal par exemple que quand Jésus leur parle d’un avenir sombre, ils soient mal à

l’aise.

Bizarre quand même que Jean n’ait pas osé interroger Jésus. Mais Jean était bien jeune.

Pierre, lui, il s’est dit : ‘sujet sensible… ça ne m’a pas réussi, j’ai pas envie de me faire

brosser les oreilles…

Quand on parle de souffrance, on ne peut guère faire de théorie.

Les apôtres résoudront le problème de la souffrance, celle du Christ et leur souffrance

propre, leurs peurs, que par le feu de l’Esprit Saint qui leur sera donné à la Pentecôte.

Parce que quand le Christ leur annonce qu’il va être livré, tué, et qu’il ressuscitera, le mot

‘ressuscité’ ne leur dit rien.

Non seulement pour eux, cela démolit leurs ambitions de victoire, mais cela réveille aussi

leurs angoisses et leurs peurs devant la souffrance, comme il en est pour chaque homme.

Et pourtant, Jésus leur annonce le signe ultime et principal de sa mission.

Signe de son amour.

De l’amour de Dieu pour le monde :

Le signe de Jonas, comme il l’appellera. Qui ne ressemble à rien.

Le signe qui ne peut pas être accepté en dehors de la foi et de la grâce de Dieu.

Lorsque nous faisons le signe de la croix, c’est par excellence le signe de notre foi.

D’ailleurs, les impies dont nous parle le livre de la Sagesse dans la première lecture, ne se

trompent pas sur l’épreuve à infliger à celui qui affirme sa foi.

Il faut le faire souffrir.

Jusqu’à la honte et jusqu’à la mort. Sa confiance persévérante dans la souffrance sera le

signe de vérité qui le relie alors à la présence surnaturelle de Dieu.

Plus la foi est fondée, et vraie, plus alors elle est détachée des douceurs sensibles et des

phénomènes perceptibles.

Plus elle est, ce qu’on appelle, la foi obscure.

Croire consiste à adhérer à une présence qui dépasse la nature et l’expérience.

Une présence transcendante.Cela veut dire qu’il y a différents degrés de foi.

Plus les signes sont sensibles et favorables à la nature, plus alors ils sont mêlés de la nature

et de nous même.

De nos interprétations, de notre psychologie, de nos émotions.

De soi, le monde des phénomènes et tout ce que nous percevons, les messages, les visions

et les apparitions, les miracles qui tiennent de la guérison, ne forment pas le monde de la

réalité divine.

Ce sont des ricochets. Des échos que nous pouvons fabriquer.

Mais la foi, le cœur de la foi, n’a pas besoin de ricochet.

Et c’est pour cela que la foi, à son plus haut degré, se situe devant la croix de Jésus, dans la

contrariété la plus absolue. Sans consolation. Là elle ne trompe pas.

Tout est signe, puisque tout vient de Dieu.

Mais il y a beaucoup de signes que nous chargeons d’illusions et d’interventions humaines.

Le chemin de la foi c’est de purifier notre regard.

Plus on cherche les signes, plus on favorise la tromperie de notre imagination.

Et plus on affaiblit notre capacité de foi. Et surtout, notre croissance dans la foi.

Oui, tout est signe.

Tout est signé de Dieu.

Mais notre désir de signes, notre avidité de perceptions, d’interprétations, de

correspondances, polluent la pureté du signe de Jonas, du signe de la croix.

Et donc de notre union à Dieu.

C’est une première étape dans la saisie de la présence de Dieu.

Tout comme c’est une première étape de trouver Dieu dans la nature.

Oui la nature est un signe de Dieu. Elle manifeste Dieu. Je dirais presque, avec évidence.

Mais la foi dans la Croix glorieuse du Christ, la foi dans un dernier, un petit, un

souffrant, un bouseux ou un honteux, en lequel nous reconnaissons le Christ, est une foi

plus pure, plus fécondée par l’Esprit-Saint, plus intime à la présence de Dieu.

Plus il y a retour sur nous-même, ou plus il y a intervention d’interprétations, plus alors

il y a

un appel à purification.

On cherche la guérison, ce qui est bien, on cherche un certain confort, ce qui n’est pas

une

faute en soi, on cherche une première place, ce qui peut stimuler nos efforts et notre

ambition, mais Jésus nous montre du doigt sa Croix.

Car c’est au pied de la Croix que l’on peut croire sans illusion.

Oui, il faut bien passer par les toutes premières étapes de la foi.

Où l’on pense que si on gagne le match de foot, Dieu nous a favorisés.

… si on retrouve nos clés de voiture qui ont glissé sous le coussin du fauteuil, on le doit à la

sainte Vierge.

Si on a crevé dans un chemin au milieu de la forêt, et que quelqu’un passe par là pour nous

aider, c’est une intervention de la sainte Trinité que l’on doit remercier par un cierge…Ou si l’on voit une lumière au-dessus du prêtre qui consacre l’hostie…

Tout cela peut être vrai pourtant…

Mais tellement faible au niveau de la foi.

Et dangereux si nous n’évoluons pas au delà de ces correspondances d’esprit qui sont toutes

proches de l’esprit superstitieux.

C’est une toute première étape dans la foi que Dieu permet aux

nouveaux convertis.

Mais que l’on doit bien vite purifier pour ne pas faire obstacle à

l’action, tellement plus

profonde, de Dieu en notre âme.

Toutes ces coïncidences sont des indices que Dieu peut mettre sur notre route, si nous

sommes encore faibles dans la foi.

C’est comme certains jeux de société : on tire une carte et on doit répondre à la question.

Et l’enfant qui ne connaît pas la réponse peut demander des indices.

En fait, plus il aura besoin d’indices, moins il sera brillant.

Celui qui répond avec justesse, sans aucun indice, et même en passant par des questions

pièges, celui-là est fort.

Heureux celui qui croit sans

indice. Sans grâce sensible, sans phénomène de révélation et

sans statistique.

Certains sont complexés de

ne pas avoir de retour sensibles de leur foi. Mais bienheureux

êtes-vous ?C’est plus aride,

mais vous êtes dans le vrai.

Ce n’est pas la lumière au-dessus du prêtre qu’il faut voir comme un signe.

C’est le sacrifice du Christ dans l’hostie, qui n’est pas lumineuse pour autant.

Voilà un signe pur !

Le sacrement de l’eucharistie est le signe efficace de la réalité humaine et divine de Jésus.

Signe pur qui opère, qui réalise ce qu’il représente. Pas simplement un symbole.

Là se trouve la foi.

Nous sommes à chaque messe au pied de la croix.

De la Croix glorieuse. Et en même temps au matin de la Résurrection, devant le tombeau vide.

Là se trouve la foi. Au-delà de ce que nous ressentons.

Et là nous évitons de tomber dans une superstition religieuse.

C’est le plus difficile, mais c’est dans ces actes de foi que nous entrons purement en union

effective avec Dieu.

Que nous accueillons celui qui sauve notre cœur et notre esprit.

Sans illusion ni illuminisme.

Et je pourrais reprendre l’exemple de Saint-François d’assise.

Ses propos sur la joie parfaite.

Qui en fait sont des propos sur la foi parfaite.

La foi d’un chrétien accompli.

D’un saint…«Ô frère Léon, alors même que les frères réaliseraient les plus grands miracles, en cela ne

consiste pas la joie parfaite…

Ô frère Léon, alors même que les frères seraient les plus parfaits missionnaires, en cela

ne

consiste pas la joie parfaite…

Ô frère Léon, alors même que les frères connaîtraient les choses futures, et les secrets

des

consciences et des âmes, écris qu’en cela n’est point la joie parfaite…

Alors au bout de 3 kilomètres, frère Léon fort étonné, l’interroge : « Père, je te prie, de la

part de Dieu, de me dire où est la joie parfaite. »

et saint François lui répond : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, trempés

par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous

frapperons à la porte, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » « vous

êtes des menteurs qui trompez le monde et volaient les pauvres ; allez-vous en » ;

et s’il nous fait rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu’à la

nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui…

Si nous insistons à frapper un nouvelle fois et qu’il nous insulte et nous frappe, si nous

supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère

Léon, écris : « là est la joie parfaite.»

Nous ne sommes peut être pas encore configurés au Christ pour demander de compléter en

notre corps ses souffrances, mais si nous ne visons pas à grandir dans la foi, nous nous

étonnerons de ne rien recevoir à nos demandes ou pire, nous croirons recevoir de Dieu

satisfaction à notre confort et intérêts terrestres.

Le chemin de foi est un chemin de croissance, sinon il se sclérose et devient contre

témoignage.

Il s’agit de toujours progresser en suppliant dans l’amour de Jésus.

De toute façon, celui qui n’envisage pas de purifier sa foi, de la simplifier, ne peut pas

persévérer dans la prière.

Car la prière secoue bien souvent notre prunier et elle est menace pour notre confort.