HOMELIE 28° DIMANCHE ORDINAIRE

Il faut dire qu’il l’a un peu cherché… Il faut dire aussi que Jésus l’a vu venir de loin. Cette rencontre permet à Jésus, en quelques mots, de nous donner l’un des plus hauts traités spirituels de l’Evangile. En fait mine de rien, cet homme n’est pas fondamentalement mauvais, mais il veut que Jésus lui donne de l’assurance. Que Jésus justifie son confort et, peut-être, apaise sa conscience. Ce n’est pas totalement conscient. Il a une bonne intention, mais son intention n’est pas absolument pure. Par-devers lui, il se croit intéressant et il se croit gagnant quelque part, il se croit béni, il se croit conforme. Il n’est pas dit qu’il est pharisien, mais il a l’esprit à tendance pharisienne. Et, mine de rien, il tente de montrer à Jésus que Dieu ne peut plus rien lui apporter, parce que lui a rempli le contrat. «Tout ce qu’il faut faire je l’ai fait. Et je l’ai fait depuis toujours. Qui peut m’apporter quelque chose de plus ?» Mais avec Jésus on ne joue pas à ce jeu-là. Dès le premier mot de cet homme, Jésus lui montre qu’il n’est pas encore ajusté. ” tu ne sais pas ce que c’est que la bonté.” «Un seul est bon .» ” tu utilises les mots sans savoir leurs profondeurs. Ni leurs conséquences.” Mais Jésus lui dit en lui laissant ses illusions. Ils ne le contraint pas. Il sait que la conversion n’est pas le fruit d’une démonstration. Mais le fruit d’un appel d’amour. L’homme qui ne répond pas à l’amour, qui ne reconnaît pas, par son cœur, le regard aimant du Christ, ne peut changer pas dans sa tête ni dans sa pratique de vie. Jésus va d’abord amener cet homme jusqu’au bord de sa satisfaction. Car cet homme est un homme satisfait. Il le dit lui-même :” il ne me manque rien. Ni en vertu, ni en bien matériel. ” Voilà l’obstacle dans la vie spirituelle. La satisfaction. C’est ce que recherche grossièrement le péché de gourmandise. D’être plein. Plein comme un œuf, de vertu, de bons désirs, de lumières, de prière même peut-être, ou peut être aussi plein d’activités, plein d’amis et d’amitié. Aussi plein de projets, plein d’argent, et même plein de maladies, plein de malheurs. Il y a une secrète satisfaction à être plein. De n’importe quoi, mais être plein !
‘ je ne vois vraiment pas en quoi quelqu’un peut m’apporter quelque chose…’ L’avantage de cet état, c’est qu’on ne peut rien nous demander de plus. Avec raison, alors, on repousse toute proposition qui remettrait en question notre état de satisfaction. C’est exactement ce qui arrive à cet homme riche. En fait, il vient vers Jésus pour se faire féliciter. Pour que Jésus lui dise : ” mais mon brave, la vie éternelle, pas de problème.. ! elle t’est ouverte à deux battants. Tu es magnifique. Le Seigneur t’as rendu magnifique, il t’accueille comme un magnifique.” Il n’y en a qu’une à laquelle le Seigneur a pu dire cela, en vérité. C’est la Vierge Marie, parce qu’il lui réservait de l’amener jusqu’à la croix avec lui. Il y a un apophtegme des Pères du désert qui dit à peu près cela : ‘Quand un frère veut embrasser le ciel, si tu le vois décoller, attrape-le par les pieds et ramène-le dans la poussière.’ “Va, donne tous tes biens aux pauvres, puis viens suis-moi. ” Jésus donne ce conseil par amour. Convertis ta vie à 180 degrés. Ton verrou, il est là. Tu as tout fait. Maintenant laisse-toi faire. Laisse Dieu faire. Tu veux ‘faire’ pour entrer dans une vie plus intense; il s’agit d’arrêter de faire et de rencontrer Celui qui t’aime. Et il se rencontre là où on lui laisse la place. Ta bonté, ta perfection, tu la trouveras dans le rien parce que Dieu travaille dans le rien il ne travaille pas dans le plein. Tu veux tout comprendre, tu veux tout gérer, tu veux donner une perfection à tout, à ta vie… Alors, perd tout. Ne te demande pas ce qu’il te reste à acquérir, demande-toi ce qu’il te reste à perdre. ‘ mais je vais me perdre…’ diras-tu… Alors, passe ton chemin car tu n’as pas compris que Dieu est Dieu. Tu n’as pas compris la Bonté. Tu n’as pas compris l’amour. Tu n’as pas compris le regard de Jésus. Ni la grâce de l’Esprit-Saint dans un cœur de pauvre. Cherche où tu es satisfait, et tu comprendras ce qui te sépare encore de l’intimité de Dieu. C’est ce qu’un grand aventurier, Saint-Exupéry, a pressenti dans sa sagesse humaine.
«La perfection n’est pas atteinte lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer.» C’est assez amusant qu’aujourd’hui la liturgie nous propose une lecture abrégée de l’Évangile. Au choix. Une lecture qui élude les dernières paroles de Jésus. Peut-être tout simplement parce que l’église considère que la déception du jeune homme riche est déjà un peu sévère. Que Jésus préconise de quitter père, mère maison et champs. Et surtout les dernières paroles : d’accueillir avec joie les persécutions pour le nom de Jésus. Jésus nous indique là un somment de la vie spirituelle et de la joie du cœur. C’est un appel particulier de l’Esprit Saint. Jésus appelle au détachement parce que, quand on aime, il y a toujours des degrés plus profond, plus intimes d’amour. Comprenne qui pourra. Quand on a pressenti le bonheur de Ciel, il y a comme une faim à saisir les degrés les plus élevés de l’amitié au Christ. Et celui qui a faim, qui a le cœur brûlant, considère comme paille les détachements et les persécutions pour l’amour de son Bien aimé. Et son amour correspond aux détachements qu’il est capable d’accueillir. C’est pour cela que les martyrs sont les premiers au Ciel, dans le cœur de Jésus C’est pourquoi saint Denis est dans le cercle des intimes.