HOMELIE 30° DIMANCHE ORDINAIRE B

Un jeune va voir un homme de Dieu  et lui demande :
” Père, je veux voir Dieu. que dois-je faire ?”
L’ancien lui répond :
” Le voir en ce monde n’est pas possible. Mais si tu veux le voir en l’autre monde,  prépare-toi. Deviens pur en ton cœur “.
Il ne lui a pas dit ” deviens un saint”. Mais : ” purifie ton cœur”.

Nous avons, frères et sœurs, aujourd’hui un mendiant.
Il s’appelle Bartimée,  le clochard du coin, du coin de la dernière rue de Jéricho…
Bartimée est handicapé, mais Bartimée n’a pas sa langue dans sa poche.
Bartimée va me servir comme modèle pour cette homélie.

Bartimée, le clochard modèle !
Mieux que ça… Le chrétien modèle !

La plupart d’entre vous connaissez le grand projet de notre pape François.
Une consultation synodale  à  dimension universelle dont le thème est ” Marcher ensemble ” C’est mon propos de ce matin.
Qu’est-ce qu’un synode ?
C’est un rassemblement de personnes, à l’origine des évêques autour du pape, qui répondent à une question ou qui font un état des lieux pour aider des décisions d’avenir.

Ce synode universel invite chacun de nous, à donner son avis sur la marche de l’Église.
Sur notre ‘ marcher ensemble ‘. (marcher: le verbe. Pas le marché de Salernes)

Et pour cela, nous mettre au niveau de notre paroisse, dans une posture Synodale.

Je veux juste ici, faire ressortir un aspect de la présentation de ce projet.
Une base qui concerne tout le monde et en tout temps.

En lançant ce mouvement, François est très fin.
Car, le résultat de ce synode apparaîtra, je pense, au-delà du contenu des conclusions, dans l’appel à une fraternité mûre.
Et je crois que c’est la première urgence d’une communauté en notre temps : être formée de personnes en communion.. mais ça ne suffit pas.
En communion selon des relations mûres, adultes, averties.
Le manque de maturité provoque dans une communauté des catastrophes au niveau de la communication, au niveau de l’équilibre d’une paroisse, des fruits d’une paroisse, et jusqu’au développement de la vie spirituelle individuelle.
D’une certaine façon, notre Pape François, nous dit comme à ses enfants :
” je vous fait confiance. Vous êtes des grands. Et votre jugement m’intéresse.
Je désire mesurer votre degré de maturité et pressentir à travers vous les appels de l’Esprit-Saint. ”

Quels sont donc les signes de la maturité de nos paroisses, autrement dit de ‘nous, paroissiens’ ?
J’en proposerais simplement trois qui sont dans l’intention du Pape.
L’écoute.
La Créativité.
Le réalisme et la fidélité qui vont ensemble.
Qui doivent être des attitudes intérieures avant qu’elles n’apparaissent au jour.

D’abord l’écoute.
Quel est l’homme, la femme qui sait écouter ?
Ce n’est pas celui qui a fait des stages de perfectionnement chez monsieur psycho spécialiste, ou dans l’atelier Bien-être de madame Lise Michu.
C’est celui qui, à partir de deux mots ou d’une expression fugitive, saisit le message du cœur, sa santé, sa souffrance ou sa joie réelle.
Saisit aussi le passage de Dieu.
Jésus, d’un seul mot, (avant le premier mot, à vrai dire) avait déjà écouté le cœur de son interlocuteur.
L’oreille qui est capable de saisir le passage de Dieu dans le souffle léger du vent, est une oreille qui sait écouter. Elle écoute alors du fond de sa présence à Dieu.
Remarquez-le, c’est l’attitude de la prière. La prière est écoute de Dieu.
Écoute féconde, et écoute fécondée par la grâce.
Et c’est justement l’attitude de Bartimée.
On lui dit que Jésus de Nazareth passe pas loin, et il comprend que sa vie dépend de cet homme là. Dieu, il ne le voit pas, mais il écoute son passage.
Il saisit l’occasion qui lui est offerte parce que l’oreille de son cœur est ouverte, par la foi, au miracle possible.
Bartimée ne part pas dans un flot de paroles ou de questions ou de dialogues interminables.
Il a passé une partie de sa vie à être à l’écoute, faute d’avoir des yeux valides.
Mais au-delà de cela, Bartimée à un atout qui lui permet une ‘écoute de compétition’.
À votre avis, chers frères et sœurs ?
Qu’est ce qui permet à Bartimée de comprendre et de juger juste quand on lui dit : ” Jésus est sur le trottoir d’en face “?
Bref, qu’est ce qui lui permet d’avoir une écoute aiguisée de l’événement en train de se produire ?
(Réponse ou pas réponse ??)

Bon…
Revenons à ce qui manifeste la maturité d’une paroisse.
2 – La créativité. C’est le but insistant de notre Pape François.
La créativité associée de très près à l’expression.
Et là, vous voyez, l’écoute des profondeurs fait toujours jaillir de nouvelles expressions de vie, parce qu’elles passent au dessus de l’académisme.
L’écoute, l’écoute vraie, qui avive l’intuition et le cri créateur. Elle provoque l’inattendu.
Il n’y a pas de créativité plus véritable que celle quesuscite l’Esprit de Jésus.
Qui appelle à des formes d’expression, souvent très simples.
Bartimée a un instinct sûr qui le propulse vers Jésus comme personne ne s’est approché de Jésus.
Je dis ‘personne’, mais bien sûr que si… !
La Cananéenne, le centurion, la femme qui touche son vêtement en cachette, le publicain qui n’ose pas lever la tête, Marie Madeleine par excellence, qui lui verse du parfum sur la tête, sur les pieds et l’essuie de ses cheveux…
En fait, Bartimée entre dans la famille des grands créateurs de la prière.
” Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! ” «Rabbouni !»
Ça jaillit, personne ne peut le calmer !
Signe de l’esprit créateur : Un cri.
Thérèse de l’enfant Jésus définissait la prière comme un cri.
Et il est vrai que quand la prière est celle de l’Esprit en nous, elle se simplifie à un cri.
L’Esprit crie en nous :  ” Abba, Père ” dit Paul. [Gal 4, 6]
Le chrétien qui vit de l’Esprit ne fait pas de discours, il ouvre de nouvelles créations évangéliques dans la simplicité et même parfois dans le silence.
Mais la maturité que donne les dons du Saint-Esprit ne laisse jamais dans la morne habitude du ron-ron, ni dans le discours complaisant qui ne mène à rien..
Seulement, frères et sœurs, qu’est ce qui a permis à Bartimée de se faire entendre par son insistance infaillible ?
(Bon, je vois que vous n’avez pas trop d’idée…)

Alors passons au troisième caractère de la maturité du chrétien que présuppose et demande le pape François pour ce synode qui est le nôtre :
Le réalisme, que j’associe à la fidélité, parce que la fidélité fait tomber les illusions.
La solidité et la conformité du meuble d’un artisan, autrement dit son réalisme, se vérifient à l’usage répété dans la longueur du temps.
Bartimée ne peut pas être un rêveur ou un hypocrite qui trompe son monde.
Il vit depuis trop longtemps avec ce qui lui manque d’essentiel.
” … que je voie ! ”
Et voilà le sceau de la maturité d’une rencontre synodale.
C’est de ne pas s’enliser dans les inutilités, les accessoires et surtout dans les illusions qui fatiguent les esprits plutôt qu’elles ne les fortifient et construisent l’Église.
Le réalisme est œuvre de longueur de temps pour que l’essentiel surgisse.
Alors frères et sœurs, d’où surgit l’essentiel chez Bartimée ?
Je devine certaines réponses  :
‘De sa souffrance, par exemple.
De sa position à la périphérie de la société  etc…’
Je ne crois pas. La souffrance et la solitude peuvent nous faire déraper.
Et Jésus ne l’a pas envisagé comme cela.
Jésus lui dit : ”  ta foi t’a sauvé. ”
Alors…? Alors, est-ce la foi qui a donné son écoute ultra sensible et juste à Bartimée ?
Est-ce sa foi qui le rend créatif et infaillible pour reconnaître son Sauveur ?
qui lui permet d’être en vérité ?
Certainement sa foi l’a aidé, mais c’est un fruit de la foi qui donne une relation juste et mâture dans les rencontres, qu’elles soient synodales ou tout simplement avec notre voisin de tous les jours selon la volonté de Dieu.
Sans égarements.
Vous avez peut être trouvé quel est ce fruit de la foi qui rend un chrétien évangélique……
Vous auriez dû deviner. Je vous avais soufflé la réponse.
C’est le conseil de l’ancien au jeune qui veux voir Dieu.
C’est la pureté de son cœur !
La pureté du cœur qui fait traverser les ravins des illusions et des égoïsmes stériles.
La pureté du cœur de Bartimée lui a permis même de voir Dieu.
Donc, je pense que pour bien commencer ce synode, nous devons avoir l’objectif de grandir dans la foi, la pureté du cœur, et par là même, dans la fidélité, dans le réalisme, la créativité, et l’écoute des inspirations de l’Esprit-Saint, pour une plus grande beauté de notre Église. Les jeux sont ouverts…