HOMELIE DEUXIEME DIMANCHE DE L’AVENT

Ceux qui vont voir Jean-Baptiste, que vont-ils voir ?
Jean-Baptiste ne fait pas de détour. Il est quelqu’un de direct et abrupt dans toute sa personnalité.
Jean-Baptiste sait bien à quoi les foules, et parmi elles les Pharisiens, les scribes, les agents de Hérode aussi, s’intéressent :
Ils sont curieux de l’originalité de Jean.
Et curieux intéressés.
Intérêts de guérison pour les foules, intérêts de pouvoir pour les pharisiens, pouvoir religieux ou pouvoir politique, et pour les scribes : curieux de savoir.
Jean-Baptiste est vêtu de peaux de chameau.
La peau de chameau c’est vraiment très rude, c’est pas du lapin…
Et c’est un harangueur de foules qui ne craint rien. Il est médiatique.

Or quand on s’approche de lui, Jean-Baptiste répond : « convertissez-vous ! »
Jean-Baptiste ramène tous ces visiteurs à eux-mêmes.
En fait, au mouvement le plus difficile pour un homme.
Parce que se convertir c’est rentrer en soi-même c’est écouter son cœur.
Et quand on écoute notre cœur, on ouvre une porte sur le mystère.
Mystère de mémoire, joyeuse et douloureuse, mystère d’expériences enfouies, de croissances et de chutes, de désirs qui ne sont pas toujours maîtrisables, en tout cas pas toujours maîtrisés.
Quand quelqu’un nous dit :
« convertis toi »
Il nous invite à mettre en vérité les profondeurs et les sommets de notre vie, reçue et jouée.
Ces profondeurs sont les sources de la musique en nous et sont aussi un chemin pour aller à la rencontre du loup en nous.
Du loup qui se cache et de la chèvre qui bêle, innocente, en moi.

Que faire avec tout ça ?
Il faut les apprivoiser.
Il faut délicatement dégager les sources sans les troubler ni les polluer.
Avec la paume de la main, sans trembler.
Et ça c’est très difficile ..!

Et Jean Baptiste dit, avec rudesse :
« convertissez-vous »
Il ouvre une fenêtre sur un point d’unité de notre âme qui ne nous est pas aimable immédiatement.
Parce qu’il est trop pur.
Il est sur ‘ la montagne sainte.’ à la fine pointe de notre âme.
Cela veut dire qu’il nous demande de changer d’air pour respirer.

Convertissez-vous, cela veut dire ‘ laissez tomber ‘ ce qui ne vous sert à rien.
Et ce qui nous sert à rien c’est ce dont nous vivons tous les jours.
Rien c’est le confort, psychologique, affectif, matériel.
Ce sont nos constructions qui servent à protéger nos peurs et nos perles.
Nous avons des stratégies continuellement, dont la plupart d’ailleurs sont évidentes pour tous ceux qui nous entourent, qu’on croit nous-même invisibles.
La principale, mais peut-être pas la plus nocive, est le péché.
Le péché nous permet de cultiver la zone inutile que nous chérissons.
Nos dissimulations nous permettent – et pourtant nous n’en sommes pas dupe, pas complètement.. – de vivre d’illusions.

« convertissez-vous »
Que de conduites en apparence honorables ou justifiées même, nous décentrent des sources de nous-même, des sources de vérité qui nous font peur, parce qu’elles sont trop claires, trop limpides.
Notre langue est un instrument formidable pour entretenir nos déviations.
Le silence est terrible, parce qu’il permet d’écouter et d’aimer.
Certains ne peuvent pas rester 5 minutes sans produire de sons.
Nos oreilles sont instruments formidables pour éviter de nous convertir.
Parce que, quand on est à l’affût des informations, on ne se tourne pas vers notre cœur qui demande de se donner.
Notre palais est instrument formidable pour éviter que notre cœur ne se mette en position d’écoute.
Parce que, quand on est en train de manger, les sensations nous détournent momentanément de nos angoisses et de la pure vérité de nous-même.
Le stress aussi.. ! dont nous nous plaignons mais que nous entretenons.
Il nous permet de ne pas nous affronter à la paix du cœur. Cette paix que nous n’aimons pas, tellement elle est limpide et source de vérité.
On pourrait trouver tellement de camouflages qui nous servent à nous soustraire de la lumière du cœur…
Nos affections que nous présentons comme des points d’honneur et qui nous permettent tant de justifications pour échapper à la vérité sur nous-mêmes.
Nos projets, nos études, nos ivresses, nos addictions, et même…
Certaines peurs ou certains doutes, certaines angoisses que l’on entretient pour éviter l’affrontement avec notre solitude plus essentielle et surtout l’affrontement avec l’amour de Dieu qui nous appelle pour nous distiller sa joie silencieuse.
S’il y a si peu de gens qui prient, si peu qui prennent un temps de solitude en cœur à cœur avec le Seigneur, c’est parce qu’il y en a tout aussi peu qui veulent entendre la voix de Jean-Baptiste :
« convertis toi » pour ton bonheur.
Si tu veux trouver la joie, la vraie, pas celle que tu mets en décor par des rires ou des fêtes qui n’ont pas de sens.
Si tu veux trouver la joie de ton cœur après avoir passé quelques obstacles de fausses constructions et de faux décors,
résolument, demande du fond de ta prière :
« Seigneur, convertis-moi à ta présence et à ton amour et je serai converti.
J’entrerai dans cet espace de vérité qui est trop grand, trop lumineux,
Je sais qu’il est trop bon et pourtant c’est là que je serais aimé et moi-même. »

HOMELIE PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT

Frères et sœurs,
Je vais prendre une fable.
Pas de la Fontaine mais d’un autre poète, plus récent.
La Fontaine, c’est le 17e siècle, le siècle du Roi Soleil.
Cet autre fabuliste il est du XX°, un peu du XXI° siècle; malheureusement il n’est pas du siècle du Roi Soleil… Il se nomme… le Père Thierry…

Je commence donc par lire cette fable.
Son titre c’est, ‘ la belette, le loup et le renard’ :

… Un dimanche, le peuple des animaux se réunit.
Pour entendre des paroles de vie.

Entre dans l’église dame Belette.
Son œil curieux et agile, repère bien vite chacun de cette assemblée pieuse.
Puis elle tend l’oreille à la lecture d’Isaïe, toute simplette :
« La montagne de la Maison du Seigneur
se tiendra plus haut que toute colline.
Les peuples nombreux feront fondre leurs épées pour en faire des charrues et des faucilles. Dans les derniers jours… »
Dame Belette rêve de ce futur merveilleux.
Elle imagine un monde promis de paix et de beauté,
Qui la rassure des ennuis de sa vie.
Grandes vacances éternelles : rêve de belette…

Cependant, quelqu’un pousse la porte, et entre à pas feutrés, en retard.
C’est Messire le loup, qui sort à peine de derrière son ordi,
le cerveau encore pris d’un reportage sur l’élevage des moutons au Brésil.
Le loup arrive à la lecture de l’évangile :
« les gens ne se sont doutés de rien jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a engloutis… L’un sera pris, l’autre laissé. L’une sera prise, l’autre laissée. »
‘ Oh mais ça !, pense-t-il, c’est ma spiritualité…’ .
Quand Robin mouton ne s’y attend pas, je l’engloutis.
Et la bique ne perd rien pour attendre. Elle y passera le lendemain, aussi. ‘

Quand au reste de l’assemblée, autres animaux sauvages ou apprivoisés,
n’étant perturbés ni par l’entrée de belette ni par l’entrée du funeste loup, puisque c’est un jour de trêve, ils avaient capté, vaguement, les mots de saint Paul :
« l’heure est venue. Conduisons nous honnêtement,
sans orgie ni beuverie, sans jalousie ni coucherie »…
oubliant d’ailleurs les quatre mots finals: «revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ».

Ce que personne n’avait remarqué, c’est que camarade renard était très attentif, de sa place discrète.
À vrai dire d’ailleurs, il ne perdait rien non plus des réactions de ses voisins…
En lui-même, il méditait sur les paroles d’Isaïe qu’il ne savait comment interpréter.
Il avait même notre malin renard, quelques doutes sur ces mots trop beaux pour être vrais.
‘ Doit-on prendre au sérieux, se disait-il, un prophète
qui, comme pense ma voisine belette,
n’offre, comme un marchand de sable, que rêves pour la fin des temps, …
Jésus lui-même si réaliste, ne contredit-il pas Isaïe
quand il annonce de grandes guerres et l’effondrement même de Jérusalem… !
Ce mirage d’une paix universelle
Isaïe l’inventerait-il pour tranquilliser les croyants, naïfs et idéalistes ?

Et puis Maître Renard regardait du coin de l’œil Messire loup aux longs crocs.
Il ne comprenait pas que cet escroc
puisse écouter un récit de fin du monde sans trembler de peur,
Sans se convertir ni changer ses habitudes de voleur.
Les mots de Jésus ne le concernaient pas plus que ça.
« veillez, priez, réveillez-vous ! car, sapristi, le retour du Christ est proche ! »
Tout cela glissait sur sa fourrure comme la neige en hiver:

Lui, Renard, voulait être en vérité au profond de son âme.
Alors, voyant ses pensées, Dieu lui envoya un ange,
pour lui expliquer le message des cieux.
Un ange silencieux.
Loup, belette, brebis, lapins, singes et chats, personne ne se rendit compte du passage de l’ange
qui parla doucement à l’oreille dressée de Maître Renard.
« frère Renard, lui dit l’ange,
Isaïe est un grand prophète. Il n’est pas rêveur.
Il plonge au fond de l’histoire et des cœurs.
Qu’annonce donc la prophétie d’Isaïe,
700 ans avant la naissance du Messie ?
‘ la montagne de la Maison du Seigneur’, ce n’est évidemment pas Jérusalem ou le royaume de Juda qui fument du désir de vengeance et de guerre !
Cette phrase d’Isaïe c’est la plus forte et réelle prophétie de l’histoire.
Comprend donc, Malin Renard, c’est l’annonce de l’Église du Christ !
Oui, l’Eglise, comme une montagne plus haute que tous les monts, que tous les mondes, que toutes les modes et que toutes les sectes.
L’Église, qui enseigne les chemins du Seigneur et qui apaise les cœurs de toutes nations et peuples.’
Jusqu’à la fin du monde.

Et l’ange dit à Renard :
‘ Notre Seigneur et Sauveur, Jésus, n’est pas un influenceur pour faire peur sur les temps de la fin.
Jésus-Christ est source d’amour divin,
pour nous permettre de trouver
au fond de nous, notre beauté. La vie de notre âme.

Tout l’inverse du désir de Messire Loup qui à l’instant se léchait les babines.
Et le plus beau conseil de Jésus, c’est
‘ soyez unis dans l’Esprit à Celui qui est lumière.
En tout temps, que votre cœur veille dans l’amour de Dieu.’
Alors Maître Renard osa poser sa question :
« En quoi Isaïe et Jésus se rejoignent ? »
« C’est très simple, souffla l’ange :
Si tu es dans la grâce de Dieu,
si tu appelles l’amitié de Jésus, alors tu es le cœur de l’Église.
S’ils sont en communion avec Jésus, loups, renards, brebis, lapins, grenouilles ou belettes, forment un seul corps, qui est l’Eglise, qui vir déjà du Ciel et de la joie éternelle
Enfin, l’ange, décidemment bavard… dit encore à Renard :
‘ les derniers jours’, dont parle Isaïe… Mais ils sont déjà là !
Ce sont les jours de l’Église du Christ. Et nous y sommes depuis la naissance de Jésus.’
‘L’heure est venue’, dit saint Paul… hé bien ‘oui, cette heure c’est le temps de notre conversion qu’il ne faut pas laisser passer.’
Dieu t’attend aujourd’hui ! Son cœur te désire.
Et ‘l’heure où nous n’y penserons pas’, selon l’expression de Jésus,
c’est à chaque seconde que nous devons entrer dans l’arche de l’Église en offrant notre cœur à sa lumière.

Grand silence… L’ange était parti.

Renard releva le museau.
On en était à la fin de l’homélie.
Il avait tant de joie à l’idée de communier
qu’il en oubliait les poules qu’il avait repérées pour le dîner.
Par contre, il vit que Belette n’était pas sortie de son rêve
Et se trouvait bien dans cette illusion d’une fin du monde toute douce.
Messire Loup, content de lui, désirait s’en retourner devant son écran, et trouver un plan pour se mettre biquette dans le gosier.
Pour lui, Evangile ou pas, rien de changé.
L’ange leur était resté invisible et les avait délaissés…

Leçon de la fable. Parce qu’il faut une leçon…

Malheureux les rêveurs. Malheureux les faussaires.
N’est pas intelligent
Celui qui a son seul point de vue et qui croit qu’il n’en existe pas d’autres…
Il reste sourd aux anges.
Pour lui n’existe pas de mystère puisqu’il ramène tout à lui-même.

Mais celui qui prie, discrètement, dans la foi en l’Église,
Qui aspire à la venue de Jésus, son ami,
dans l’impatience de son cœur, voilà celui qui reçoit l’intelligence de la grâce divine.

Qui écoute avec amour, voilà celui qui est intelligent et qui comprend.
Il pénètre le cœur de Dieu et de ses frères.
Et il sera illuminé d’une lumière neuve et de paix
quand le Fils de l’homme, le Bien-aimé du Père et de nos âmes,
entrera dans sa maison, comme par surprise.

HOMELIE CHRIST ROI

Christ Roi….
Cet appellation a une connotation politique.
Et pourquoi pas ?
Mais cela peut amener une confusion dans l’esprit des chrétiens.
Le Christ n’est pas un leader politique.
Le Christ est au dessus de toute politique.
Je veux dire par là que le Christ est au-delà de tout clivage politique, de tout développement historique d’ordre politique ou culturel.

Ça n’empêche que le Christ agit dans la société, dans la politique, mais indirectement, par le fait que les hommes qui composent la société et qui dirigent la politique peuvent avoir la foi et la vivre.
Le Christ a dit à ses disciples :
‘ vous n’êtes pas du monde, mais vous êtes dans le monde ‘.
Le premier, le Christ est ‘au-dessus’.

Le Christ a donc une influence sur notre société, qu’elle soit chrétienne ou anti-chrétienne.
C’est très important de respecter la priorité des choses.
La perfection supérieure de la grâce divine qui est dans le Christ, première, au-dessus du monde.

Pourquoi je dis tout ça ?
Parce que certains chrétiens ont dans leur tête l’ambition d’une révolution sociale chrétienne. Ou une révolution culturelle chrétienne.
Comme si c’était une nécessité, un but à atteindre.
Leur foi consiste pour eux à construire une société meilleure. A instaurer un ordre chrétien.
Bien sûr ce n’est pas mauvais en soi, mais c’est idéaliste. C’est une utopie !
Une bonne utopie, mais une utopie.
Que la foi construise une société harmonieuse, où tout le monde il serait beau tout le monde il serait gentil et charitable, c’est dans l’ordre du rêve.
C’est un jugement incomplet.
C’est un rêve qui a produit des désastres au cours de l’histoire.
Depuis l’Inquisition, en passant par une Église puissante et comme par hasard décadente, par des mouvements comme l’Action française au début du siècle dernier, condamnée par l’Eglise, ou encore par la théologie de la libération davantage usitée en Amérique latine… ou à l’opposé par un national-catholicisme plus proche de nous, ce rêve renaît continuellement de ses cendres, entretenu par de doux slogans comme :
‘ prions pour la France, pour qu’elle retrouve ses racines chrétiennes’
….. Bien sûr, mais pas si on veut que la France soit le territoire d’une religion officielle.
Ça n’a jamais été le propos du Christ ! nous ne le trouvons nulle part dans l’Évangile.
Le Christ n’est pas venu pour forger une culture chrétienne. Il ne le prône jamais un cadre politique. Et je dirais, cette conception est néfaste !

Quand Pilate demande à Jésus s’il est le roi des Juifs, Jésus répond :  » c’est toi qui le dis  »
Autrement dit, tu le dis avec tes paroles humaines. C’est peut-être vrai, mais c’est réducteur.
Quelques mois avant sa Passion, il est dit que « Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul. » [Jean 6,15]

Alors en fait….
Le Christ est venu changer les cœurs.
Le Christ est venu changer chaque cœur au fond de nous-même.
Il n’est pas venu faire une révolution sociale qui fixerait le monde dans une foi obligatoire, ou pire : conquérante.
C’est un rêve qui permet de ne pas avoir les yeux en face des trous.

Le Christ est venu mettre un feu. Et ça il le dit !
Et ce feu, il n’est pas social, il est au cœur de notre cœur.
C’est une rencontre qui peut bouleverser notre vie et ensuite irradier sur la vie de nos ami(e)s.
Ou même de nos ennemis.
Mais d’abord notre cœur doit être bouleversé par l’amour.

Le Christ est Roi parce qu’aucune réalité ne lui échappe.
Pas de l’extérieur, mais depuis l’intérieur il transfigure toute réalité de sa lumière, par sa présence. Il est là, et ça suffit !!
Il appelle toute réalité obscure ou mortelle à une résurrection.
À sa Résurrection.
La révolution que doit attendre un chrétien n’est pas une révolution politique ou une révolution sociale, culturelle, toutes ces révolutions ont été expérimentées et ont échoué.
La révolution que doit espérer un chrétien c’est une révolution spirituelle de son cœur, de chacun de nos cœurs; qui permettra le passage de la grâce divine, et le passage de l’inspiration de l’Esprit Saint, dans la pâte humaine.
La pâte humaine c’est à dire la politique, la science, l’éducation, la santé, la famille, la relation avec notre voisin, l’économie, et toutes les doctrines ou philosophies qui cherchent un bout de vérité.
Le chrétien n’est pas là pour faire une société chrétienne il est là pour rendre chrétienne la société parce que lui-même est chrétien.
C’est une nuance, fine mais très importante pour ne pas faire du massacre.
Quand une société est officiellement chrétienne elle vire inévitablement et très vite, au pharisaïsme, le pharisaïsme qui a tué Jésus.

Par contre, n’importe quelle société peut être transfigurée par d’innombrables petits éclats d’Esprit Saint.
Qui viennent d’où ?
Pas d’une loi, mais de notre cœur uni à Celui du Christ qui devient comme une étoile, qui peut être discrète, et pourtant super efficace dans la nuit du monde.

Ceci dit posé….
Je me tourne vers nous chrétiens, chacun de nous, dans cette église qui sommes de l’Église catholique romaine.
Notre foi nous oblige à avoir certaines attitudes sociales, familiales, à faire des choix en harmonie avec la grâce et la nature.
Ce sont les fondements sur lesquels Jésus-Christ a enfanté son Église. Notre belle Eglise.
Un chrétien ne peut pas faire n’importe quoi. Ni penser n’importe comment.
Dieu a fait les arbres qui poussent de la terre jusqu’au ciel; il a fait la mer qui bouge sous l’influence de la lune et qui retient ses eaux par ces rivages; il a fait le couple humain, homme et femme, capable de procréer un petit bébé, qui devient grand; il a fait les saisons, l’espace et les étoiles, il a fait l’intelligence de l’homme,
distribuant ses perfections selon un ordre et une nature magnifiques…
Eh bien…
Jésus-Christ, de la même façon, a fait son Église avec des perfections encore plus lumineuses à nous faire pleurer de bonheur.
Et parmi ces perfections, le Christ a institué les apôtres, avec Pierre comme pierre d’unité, et comme dépositaire des pouvoirs divins du Christ Roi.
Le Christ a donné une charpente à son Église, que sont les ministres institués, les évêques et les prêtres, et par là il a donné un sens politique à son Église.
Que l’on ne peut pas remettre en question sans trahir la pensée du Christ.
Et c’est ce qu’indique cette fête du Christ Roi, aussi.
Le Christ est tête de toute la communauté qui croit en lui.
C’est dans la nature, dans l’ADN de chaque baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit .
Il y a dans notre ADN de chrétien un appel à la communion à un seul Père, par un seul Fils de même divinité que le Père, dans un seul Esprit Saint.
Et cela a des retombées pour nos relations qui doivent être reçues de Jésus rendu visible sur terre par le Pape, les évêques et les prêtres qui sont dans la communion à notre Pape.
Et quand j’entends certaines critiques de chrétiens contre des décisions théologiques ou morales, ou même pastorales, qui viennent de Rome , de certains chrétiens qui pensent construire l’Église par eux-mêmes, parce que eux savent mieux que les autres ce qui convient à l’Église, je me dis qu’ils n’ont rien compris ni à Jésus-Christ, ni à l’Évangile, ni à la grâce de Dieu, et a fortiori à l’Église.
Ou bien ils ont compris et ils sont devenus des traîtres.
Ils ne peuvent pas aider le monde s’ils n’ont pas compris l’Église.
Ces chrétiens peuvent avoir des valeurs qui sont pourtant valables : ils peuvent se dépenser pour l’amour des pauvres, prôner la tolérance ou le partage, avoir une bonté visible et une apparence d’écoute qui les rendent séduisants …
Mais ils ne sont pas dans la Vérité du Christ.

Dieu donne sa grâce en abondance.
On doit le recevoir au profond de notre cœur.
L’amour fraternel et l’unité des cœurs doit être reçue par Jésus-Christ de la grâce divine.
Tout ce qui part de nous va en sens contraire de l’intention de Jésus-Christ.
Et d’une certaine façon tout jugement qui n’est pas reçu de l’Église, est un jugement incomplet et faux.
Cela, on peut l’appliquer aux chrétiens, et tout autant aux politiques, aux philosophes, psychologues ou éducateurs, aux parents, aux scientifiques, à tous ceux qui cherchent la lumière ou à tous ceux qui veulent répandre une lumière.
Pourquoi cette tendance chez certains chrétiens fervents, à remettre en question la nature de l’Église ?

Pour trois raisons.
D’abord…
Il existe certains tempéraments qui ont peu de facilité à être dociles. Tempéraments davantage rebelles, entreprenants, parfois créatifs, originaux, pleins d’énergie.
Et qui considèrent – c’est là leur erreur – que tout ce qui vient d’au-dessus d’eux les rabaisse et réduit leur liberté chérie.
Malheureusement, s’ils suivent leur tempérament, ils restent centrés sur eux-mêmes, ils ne peuvent pas respirer de la grâce de Dieu et comprendre les valeurs contemplatives ni même la vraie liberté intérieure qui se découvre dans l’obéissance.
Nécessité pour eux d’une conversion, ou mieux, de plusieurs conversions répétées, contre leur tendance naturelle.

La deuxième raison c’est une psychologie blessée qui a engendré des blocages.
Une incapacité à la confiance, une incapacité à admettre l’autorité.
Une vision déformée du père …
Une approche du péché et du pardon abîmée et douloureuse.
Toutes ces souffrances invisibles et intérieures nécessitent d’être guéries pour soigner leur jugement et atteindre l’amplitude d’un mouvement de foi profond.

Enfin troisième raison de ne pas reconnaître le Christ Roi et l’Eglise belle :
C’est le choix du mal, pour protéger son orgueil et son égoïsme.
Alors là, il ne reste que des purifications, des contritions, des pénitences, et peut-être même des exorcismes !
Ce qui rend plus complexe l’affaire c’est que ces trois raisons se conjuguent et se nourrissent bien souvent les unes des autres dans un même homme, et parfois… dans une même femme.

Le Christ est roi.
Il n’est pas roi du monde, parce que le monde touché par le péché originel poursuivra toujours sa route vers son destin.
Mais il est roi des cœurs et des intelligences.
Du cœur qui se tourne vers lui et qui reçoit de lui sa lumière.

Et alors, ainsi envisagé le Règne du Christ, le monde comprend, même si ça reste un peu flou pour lui, que s’il ne reçoit pas de l’Église, il passe à côté de son bonheur.

Complément à l’homélie du Christ Roi

Il n’y a de culture chrétienne que s’il y a des chrétiens qui la vivent.

Une culture, une société ‘chrétienne’ qui ne serait pas vécue par des hommes et des femmes et des familles qui cherchent le Christ et le Royaume de Dieu, serait une culture morte ou une société qui s’appuierait sur un décor sans fondements.

Et donc serait vouée à la dégénérescence et se dissoudrait rapidement.

Résoudre un problème religieux, spirituel, par des moyens politiques est une manœuvre vicieuse et c’est viciée.

Si la religion veut utiliser la politique pour vivifier un  spirituel en perte de ferveur ou en déviations de doctrine, elle ​d​oit le faire avec beaucoup d’infinies précautions, parce que les moyens politiques (ou scientifiques ou sociologiques ou psychologiques) ne sont pas ses moyens propres et ne sont pas adaptés à sa fin qui est d’appeler au Royaume des Cieux; ses moyens propres sont spirituels et marqués de la Croix, du sacrifice et de l’amour.
Une religion décadente ne peut être vivifiée que par des réformes spirituelles qui viennent de l’Église et du cœur de chaque chrétien.

Dans l’autre sens…
Si la politique veut utiliser la religion pour consolider la société, ​la paix, le dévouement , etc… cela mène au désastre de la politique et de la religion.

Surtout quand la religion personnelle est compromise avec le monde et que la politique est dégénérée et corrompue…!

On ne peut pas mélanger les ordres.
Ce qui est spirituel est spirituel
Ce qui est politique et politique.
C’est le principe de Jésus : ‘ il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.’

Il est très louable de viser une société chrétienne ou une culture chrétienne.
Mais pas par n’importe quel​s moyen​s.
Pour fonder une société chrétienne, et pour élaborer et soutenir une culture chrétienne, il est nécessaire (et suffisant) que des chrétiens vivent leur vie chrétienne avec sincérité et engagement.
Que de nombreux chrétiens vivent leur vie chrétienne avec intelligence, tolérance, ferveur.
Emprunter ​d​’autre​s chemin​s pour instaurer une société chrétienne mène au mensonge et au désastre.
Si on veut atteindre une fin sans pratiquer les moyens proportionnels à cette fin, il n’arrive que malheurs.
A fin spirituelle : moyens spirituels, autrement dit sanctification, pénitence, prière.
À fin politique, sociale​ : moyens politiques ;
Et les moyens politiques seront d’autant plus adaptés qu’ils accueilleront la lumière et les principes de l’Église. Car la politique ne se suffit pas à elle-même, elle ne ‘couvre’ pas tout l’homme et elle ne peut tirer d’elle-même sans relativisme, ses principes moraux.
il y a un ordre dans les choses.
Pour un chrétien la priorité consiste à se sanctifier.
Pour un politique, la priorité consiste à bien être éclairé et à bien gérer la prudence politique.

D’une certaine façon on ne peut pas mettre la charrue avant les bœufs.
Commençons par nous sanctifier et par sanctifier notre quartier, plutôt que de brandir des banderoles pour que les obstacles au Christianisme disparaissent.
Vouloir utiliser les valeurs du Christianisme sans entrer dans un projet de sainteté et de fidélité à l’Église et au Christ, c’est une intention qui tourne inévitablement au pharisaïsme et à l’hypocrisie.
D’autant plus que vouloir utiliser les valeurs du Christianisme sans fidélité personnelle au Christ est une œuvre vouée à l’échec rapide et catastrophique aussi bien pour la politique que pour l’Église.

DEUX NOVEMBRE FIDELES DEFUNTS 2025

Espérance et passé

Nous retrouvons régulièrement ces textes lors des obsèques de nos proches. Mais tout aussi régulièrement, nous les retournons dans le souvenir de ceux qui sont partis. C’est normal, quand on vient de perdre quelqu’un notre regard est happé par le passé, par la mémoire, par nos impressions encore vives. Mais ce n’est pas la perfection d’un regard chrétien. Plutôt que de vouloir retenir nos défunts, notre foi nous invite à vouloir les rejoindre. Cela je ne le dis pas à chaque fois dans mes homélies de funérailles… En tant que chrétiens nous sommes enfants d’espérance. Et notre espérance elle est devant nous. Notre espérance c’est que Dieu nous invite… À sa plénitude de présence : beauté à
venir, amour à venir, symphonie à venir de l’Église glorieuse. Où serais-je dans cette symphonie ?
Je n’aurai de réponse que lorsque je présenterai mon ticket. Mais je pourrai goûter la musique de Saint Jean, celle de saint Paul, des apôtres, et
celle de Marie Madeleine et de tous les amis de Dieu, les grands et les petits saints, peut-être de ceux que j’ai connus, avec la Vierge, 1 nitout près du chef
d’orchestre. La Vierge Marie en soliste, parce que personne ne peut être de son niveau. Et pourquoi sommes-nous si frileux, nous, chrétiens catholiques, pour ne pas être joyeux lors des obsèques ?
En fait il y a deux raisons. Parce que d’abord nous sommes trop engagés dans notre histoire sensible. C’est normal, nous passons 50, 70, 90 ans à nous débattre dans notre histoire sensible, pour notre place dans la société, pour nos enfants tellement présents, pour régler nos dysfonctionnements si nuls et si envahissants et pour nous réjouir de quelques aventures qui nous semblent héroïques… Donc, il est normal que nous prenions tous ces événements, même les plus purs ou les plus lumineux, par le côté de notre histoire charnelle et affective, de nos combats et de nos joies terrestres. Ça c’est la première raison pour laquelle nous abordons la mort avec maladresse. Et la deuxième raison qui freine et fait dévier notre joie lors des obsèques, c’est
que inévitablement, nos défunts n’étaient pas parfaits, et la mort réveille en nous les blessures qui ne sont pas encore guéries. Celles qui n’ont pas été lavées par le pardon, celle qui n’ont pas été transfigurées
par une résurrection. Nous sommes lourds de notre chair et de nos défauts. En fait, si nous sommes tristes lors des obsèques c’est parce que nous n’avons pas réglé nos problèmes. Nous sommes attachés à notre chair qui pourtant nous crée tellement de difficultés. C’est parce que nous ne sommes pas morts à nous-mêmes pour vivre dans la lumière du Christ. C’est parce que nous ne savons pas aimer d’un amour de lumière. C’est parce que nous n’avons pas encore vécu la Pentecôte. Les apôtres ont été tristes jusqu’à la Pentecôte. Ensuite leur regard s’est fixé définitivement sur l’espérance de vivre le Christ
ressuscité. Le monde se retourne sur le passé parce qu’il n’a pas d’avenir. Le monde est toujours en train d’essayer de récupérer le passé. Or l’avenir du monde est toujours un dépassement du passé. Si l’on reste accroché au passé nous ne sommes pas dans un mouvement de
croissance et de vie. Or, notre espérance de chrétien n’est pas du tout selon cette vision. L’espérance du chrétien c’est de préparer dans le présent la Transfiguration à venir. Et vous voyez, chers frères et sœurs, que le passé pour le chrétien, il est mort. Dans notre aujourd’hui, dans la joie de notre aujourd’hui, nous voulons goûter à la
plénitude de demain. Et cette plénitude de demain, dans la joie d’aujourd’hui, elle soigne le passé. Par le fait même que notre regard est fixé sur le Christ ressuscité et sur l’Église glorieuse, notre passé, nos expériences, nos défauts, nos péchés, et même nos ancêtres, et tous ceux qui nous rappellent le passé, disparaissent dans la lumière de la grâce. Pour un chrétien, le passé c’est un présent qui n’existe plus. Ou plutôt, le passé n’est fécond que quand il nourrit harmonieusement, comme en
cachette, notre présent. Et s’il nous fait mal, il doit être guérit, par la foi et le pardon. Il est comme un décor que l’on ne voit pas. Mais c’est le présent qui nous intéresse. C’est le présent parce que le présent porte l’avant-goût de notre plénitude au ciel. Ce qui m’intéresse, là maintenant, c’est la vie éternelle qui est dans le Christ Jésus. Et tous mes morts – ceux que j’ai connus – et tous mes morts – ceux qui sont encore là et que j’ai oubliés – et toutes mes morts, c’est à dire tout mon passé, je ne veux en entendre parler que dans la lumière du Christ mon Sauveur. Le passé, comme disait quelqu’un, on ne peut que l’énumérer. Comme une série de nombres. Le présent, il n’est vraiment présent que quand il est habité par une étincelle de notre avenir. Et notre avenir enrichit notre présent par son attente lumineuse. Bien sûr, quand on est chrétien. Sinon, sans la foi, on est enlacé dans notre passé. on se débat avec notre pauvre
présent embrouillé. Et l’avenir devient la tristesse d’avoir perdu le passé. Faites toutes les applications de cette vision à ce que vous voulez. Il y a une vision chrétienne et il y a toutes les autres visions qui sont plutôt des
obscurités. Par exemple, aucune analyse ou psychanalyse.. ne peut résoudre une vie. Puisque seul l’amour d’un à venir donnera guérison à notre cœur. Une analyse ne résout rien si elle n’est subordonnée à un amour qui nous promet
une élévation. Le Christ n’a jamais parlé du passé, sinon pour dire qu’il accomplissait tout ce qui était annoncé. Il ne dit pas ‘dans le temps’… ‘de mon temps…! ‘ . Mais le Christ parle de son Jour, qu’Abraham a vu, et qui est la révélation de la lumière divine, éternelle, inscrit dans le premier jour du monde. ‘Par lui, tout a été fait.’ Nous vivrons le Christ, nous vivrons la joie de notre foi, quand notre amour nous aura transporté dans l’Éternel présent de la vie éternelle, à venir. La vie éternelle récapitule, au delà de notre histoire passée, au delà de notre présent, et du temps à venir, l’harmonie de notre bonheur. Là où nous attendent tous nos frères aimés dans le Christ. Tous les saints glorieux du Ciel. Et tous ceux que nous retrouverons lors de la Résurrection finale de l’Église
glorieuse dans une vision émerveillée de notre Dieu Trinité.