HOMELIE DE L’ASSOMPTION DE LA TRES SAINTE VIERGE MARIE 2026

Quand nous approchons de l’église de la Dormition à Jérusalem, nous repérons facilement son dôme, comme un immense chapeau rond, harmonieux, couronnant le sanctuaire qui est aussi circulaire.
Nous entrons.
A droite le magasin, bien fourni.
Et puis, à gauche, un couloir qui mène à l’espace sacré, dans lequel la lumière se répand abondante.
Au sol, une riche mosaïque qui évoque les apôtres, les mois de l’année et, curieusement, les signes du zodiaque.

Et puis, un petit écriteau indique une crypte. Tout discret, à vrai dire.
Il ne force pas, mais il est nécessaire que nous arrivions vers cet indicateur en faisant le tour de l’immense pièce lumineuse (et sonore s’il y a un groupe qui débarque)
Donc, au minimum par curiosité, mais comme obligé, on descend l’escalier en spirale.
Et l’on découvre le secret du bâtiment…
Rond encore, mais où le soleil ne pénètre plus. Lumière indirecte en haut des colonnes solides qui forment encore un cercle, autour d’un cénotaphe.
Au centre, la statue du gisant de la Vierge Marie.
Telle que nous la retrouvons dans toutes les icônes de la dormition.
Corps droit, allongé ; la tête de la Vierge légèrement inclinée, comme en adoration, les mains croisées sur le corps.
Ici, dans cet endroit priant, les apôtres sont plutôt évoqués par les deux rangées de colonnes stables et sereines.
Simplement, avant de partir de ce niveau paisible, deux coups d’œil hautement significatifs.
D’abord un petit autel placé dans le prolongement aligné du corps de Marie.
Et au-dessus, sur le mur, une mosaïque toute d’or, avec la Vierge en gloire, sur un trône, entourée, cette fois en clair, des douze apôtres.
Pour les pèlerins touristes, il n’y a pas grand intérêt à tendre la tête jusque-là.
Ils regardent la voûte, ils regardent les chapelles ornées de mosaïques très colorées, dons de différents pays qui ont contribué à la reconstruction du sanctuaire.
Après quelques commentaires inutiles, la plupart ne sauront jamais qu’ils ont raté la grâce de leur existence, le cœur vital du bâtiment.
S’ils avaient fait trois pas en direction du maître autel, ils auraient découvert, comme cachée, une petite chapelle, sur la gauche.
Et dans ce renfoncement accueillant, une petite lampe rouge indiquant le tabernacle et la présence du Roi des Cieux et du Seigneur de l’Apocalypse.
Le Sauveur, le seul ressuscité, celui-là même qui a donné au monde la Vierge Marie, et qui a donné à Marie les flots de grâces pures qui lui a valu de s’élever au Ciel en son corps et en son âme.
Et si l’on s’assoie, ou mieux, si on se met à genoux, en cet endroit, on peut vivre par le cœur ce que l’immense bâtiment représente dans les formes artistiques, riches et variées .
Là, à cet endroit précis.
Sans que personne, des groupes pressés et bruyants, ne soupçonne du feu qui brûle; de la vie qui coule. De l’Esprit qui introduit en vie éternelle.
D’un côté, les représentations, les paraboles et les images qui étonnent et qu’on admire.
De l’autre côté, à peine cachée, presque insoupçonnable et pourtant ouverte, la réalité qui enflamme et transforme tout l’être et notre cœur et soutient le monde.

Mais si je vous ai écrit tout cela, frères et sœurs, ce n’est pas pour pour m’arrêter là.
C’était pour atteindre le génie de l’architecte.
Nous ressortons du bâtiment.
Et là, si on n’est pas aspiré par le magasin (très avantageux, je vous le conseille, en choix de belles choses, ce qui n’est pas toujours le cas des magasins des lieux saints) … On se trouve devant une curiosité… Le clocher campanile de 42 mètres, n’est pas accolé à la coupole, mais au contraire à une bonne distance.
Pourquoi cette originalité de l’architecte ?
A-t-il il eut des contraintes de fondations ? A-t-il eu des contraintes de budget pour se tromper d’emplacement ?
Alors que tout est si minutieusement placé jusqu’au petit carreau minuscule de mosaïque.
Hé bien non, l’architecte ne prouve pas son incompétence par cette anomalie de ses plans…
Mais sa grandeur, sa grandeur d’âme, sa connaissance théologique, et son génie de constructeur.
Et je m’incline bien bas devant toutes ses qualités.

Petite explication qui va nous donner une grande leçon de spiritualité.
Juste avant d’aller prier dans le lieu exact où la tradition a maintenue l’Assomption de la Vierge Marie, je suis allé tout droit au tombeau de David.
Pour la petite histoire, c’est le seul endroit où j’ai retiré ma croix pour la glisser sous ma chemise, et où j’ai posé sur mon crâne pelé une kippa, ce petit bout de tissu que tout bon juif place sur la tête. D’ailleurs je préfère ne pas être juif, parce qu’elle n’arriverait pas à tenir sur la tête. Elle glisse sur les lunettes.
Bref, je suis allé me recueillir sur le tombeau du roi David parmi quelques dizaines de Juifs fervents qui ne rigolent pas avec les signes religieux dans cette pièce étroite de leur ancêtre illustre, qui est aussi l’ancêtre de la Vierge Marie, et d’une façon un peu le mien (même si les Gaulois ne se réclament pas de lui spécialement).
J’aime David.
Mais ce n’est pas tout.
Quand on sort du tombeau de David, on peut monter quelques marches pour entrer… Où ?
Dans une vaste pièce vide.
Nous sommes dans l’ancien quartier des esséniens, du moins des sympathisants aux esséniens, au temps de Jésus.
Et c’est précisément dans cette pièce que Jésus a demandé à ses apôtres de préparer son dernier repas, la Cène, où il va transmettre, instituer, le plus grandiose des sacrements, celui de son Corps divin et celui de son Sang rédempteur, jusqu’à la fin des temps.
Peut être couché sur quelques banquettes de coussins autour d’une table basse parmi ses 11 amis qui étaient plutôt tendus ce soir-là..

Alors, je récapitule le puzzle.
Le Cénacle, à la porte de Sion, qui jouxte le mémorial de David.
On sort et à l’ouest, à 30 mètres, l’endroit où la Vierge est montée au Ciel entourée sinon des douze apôtres du moins de la plupart.
L’architecte doit respecter la tradition et conserver l’endroit exact vénéré depuis des siècles.
Cependant, s’il doit achever son édifice comme il se doit par un clocher, un détail le gêne.
Son clocher va faire le fier au-dessus du bâtiment où Jésus est passé.
Qu’est ce qui est le plus important ?
Théologiquement, pas de doute, c’est le Sacrement du Corps et du Sang divin pour le salut des hommes qui passe avant l’élévation de la Vierge au Ciel.
Alors, décision est prise de décaler le fier clocher vers l’ouest pour qu’à aucun moment de l’année l’ombre de ce campanile ne touche le bâtiment où Jésus est entré dans son Heure, de Passion et de Gloire.
La Vierge dans son mémorial même, ne pouvait pas faire de l’ombre à son Fils…
Comme c’est beau et puissant comme choix !

Alors je voudrais en tirer une petite leçon rapide mais très importante pour notre vie spirituelle.
De dévotion à la Vierge Marie.
Nombreuses piétés et spiritualités mariales initiées d’ailleurs par certains saints patentés par l’Église expriment des attachements radicaux à la Vierge Marie.
« Marie que je sois ton esclave »
« Prends tout de moi… »
Donne-moi à Jésus, Vierge Marie… »
Nous pouvons donner à ces expressions des nuances acceptables, mais elles nécessitent de la prudence et un équilibrage précis pour ne pas être nocives .
Prises dans leur état brut, elles font de l’ombre au Christ Sauveur.
La piété à la Vierge Marie peut faire de l’ombre à l’union à Jésus qui compte en priorité.
Chez les saints, il n’y a pas de problème, ils savent l’origine de la vie éternelle.
Mais nous qui ne sommes pas saints nous mêlons du psychologique de bas étage à la pure lumière de l’Église et du Verbe de Dieu.
Marie, ni aucun autre Saint ne peut nous attribuer de faveur.
Marie, et tous les saints, ne sont que des canaux, vecteurs de la grâce transformante du Christ.
Marie est simplement le plus pur cristal que traverse la lumière de la grâce divine.
Si on la prie une fois tous les 15 jours, il n’y a pas de problème sur les approximations de piété.
Mais si on est dévôt de la Vierge Marie, notre posture intérieure doit être vraiment ajustée, nos paroles être précises, parce que nous pouvons abîmer notre âme et notre capacité au bonheur en se croyant fervent ou fervente, mais en avançant avec une roue dans le fossé.
Quand un architecte avisé modifie un bâtiment de première importance pour respecter une priorité théologique, qu’elle ne doit pas être notre soin a bien placer la Source des grâces par rapport au canal de la grâce.
La Vierge Marie est venue rejoindre le Ciel dans une unique et extraordinaire faveur de la grâce divine, à l’ombre du lieu le plus chargé d’intensité de son fils sur terre.
Son Fils n’a jamais vécu à l’ombre de sa mère.
Il faut bien retenir cette leçon de lumière.
Bien sûr qu’il y a les représentations et les prières à tous nos saints, si on n’oublie pas la petite pièce où le Christ lui-même nous attend. Là où se trouve le feu incandescent, caché mais qui libère nos âmes.
On peut s’attacher à une spiritualité d’imitation (dans le genre : « je veux vivre les vertus de la Vierge Marie ou les états de Jésus-Christ »…) mais ce à quoi Jésus nous appelle, c’est à une transformation de notre cœur par la grâce du Verbe fait chair. À une union immédiate de notre âme à la divinité.
Jésus nous a ouvert un chemin de transfiguration, pas d’exercices pieux.
Et Marie ne peut pas enseigner un chemin spirituel que son divin Fils n’a pas voulu et qu’elle n’a pas vécu.
Marie s’est laissée transformer par les rayons du Saint-Esprit en son cœur.
Bien plus silencieuse que parlante à Dieu.
Et ainsi elle est devenue toujours davantage limpide au passage de la grâce divine.
Et voilà pourquoi elle est le premier passage de l’amour de Dieu pour les hommes, et le premier passage des prières des hommes jusqu’à Dieu.
Parce que rien en elle ne freine le va-et-vient des grâces jusqu’à son Fils.
Parce qu’en elle tout est silence.
Comme l’a été son entrée au Ciel.

HOMELIE DU DIX NEVIEME DIMANCHE ORDINAIRE

Homélie de la saint Romain, patron du village de Villecroze ( textes de la messe du jour)

 

Saint Romain, bien sûr, c’est l’un de ces exemples de chrétiens devant qui on s’incline.
D’admiration, de vénération.
Comme devant un maître.
Oh… il n’a pas fait de traité spirituel.
Il n’a pas apporté à l’Église de nouvelles vérités; de nouvelles expressions de la Bonne Nouvelle.
On dit que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a parcouru sa vie chrétienne à pas de géant.
Il lui a fallu 24 ans pour accomplir sa vie.
Être la petite balle que Jésus chérissait.
Romain, il a été chrétien une journée. Une nuit.
Alors ce n’est pas des pas de géant qu’il a faits, c’est un saut dans le coeur du Christ.
Pour accomplir sa vie en une nuit.
Il croise Laurent, son prisonnier, et il comprend tout.
Par une grâce fulgurante, ce soldat païen est empli de lumière, divine.
Et vraiment, je vois deux sujets d’admiration pour Romain.
Le premier c’est sa mort, le don de sa vie à celui qu’il vient de rencontrer : le Sauveur Jésus-Christ.
Et cela c’est d’un autre ordre de la vie que nous déroulons du matin au soir.
Romain vivait sa vie.
Il voulait le bien de son empire puisqu’il était soldat.
Il attendait sa solde chaque mois.
Il n’est pas dit qu’il avait fondé une famille. Mais qu’importe.
De toute façon, c’est d’un autre ordre.
Il est soudainement saisi par un amour qui enveloppe tout son être.
Voilà le nouvel ordre.
Romain accueille une transformation de toute sa vie, comme une bombe d’amour dont l’onde de choc lui fait changer son plan de vie en un coup de cuillère à pot.
Mais c’est ça un chrétien…!
Un chrétien trouve sa puissance d’envol le jour où il dérape des chemins du monde pour se retrouver ébloui par la grâce divine.
Quand Pierre demande à Jésus de marcher sur l’eau, il dérape grave de la normalité. Il aime ça Pierre…
Et Jésus aime ça de Pierre.
Même qu’il lui dit qu’il aurait pu aller plus loin ..!
Empli de la grâce de Dieu, de sa conversion, Romain ne pouvait pas faire marche arrière.
Son ‘oui’ a été ‘oui’
Sans piétinements, sans demi choix et sans compromissions…

Mais, en fait, c’est la base du chrétien.
Le martyre prouve que le cœur est donné au Seigneur.
C’est simplement la définition d’un chrétien.
« À celui qui croit en moi, je ferai ma demeure en lui et nous viendrons dîner chez lui ».
Mais vous vous rendez compte..?
Jésus le Christ, Dieu, source infinie de toute grâce venant investir notre cœur.
La vie change, inévitablement.
Elle prend de la couleur.
Des choix sont pris, on assure, on ne craint pas de quitter sa barque…
Mieux… une autre vie prend place avec un autre esprit, un autre regard, une autre perception.
Mais en fait c’est tout simple : c’est l’esprit de ce Jésus qui nous aime, c’est le regard d’un coeur pur à la grâce de Dieu, c’est le témoignage vrai d’un coeur vrai qui se donne vraiment.

Il n’y a pas à se demander si le martyr ça fait mal, si c’est excessif, il n’y a pas d’autres méthodes de suivre le Christ…
C’est le coeur qui parle dans la lumière éblouissante de la rencontre avec Jésus-Christ.
Et puis c’est tout.
Celui qui n’a pas rencontré Jésus-Christ n’a pas le même habit, il se tait.
Il peut toujours de sa fenêtre regarder le martyr comme une chose curieuse, peut-être même inquiétante.
Il prouve simplement que son cœur n’a pas été touché par celui du Christ.

Saint romain ne s’est pas demandé si c’était le meilleur témoignage, et s’il ne devait pas plutôt rabaisser ses prétentions pour mieux servir l’Église.
Il a dit :  » oui Seigneur, tu as pris mon coeur… alors prends mon coeur  »
Ça, c’est la première dimension de toute beauté que nous présente chacun des martyrs de la première Église jusqu’à notre Église du vingt-et-unième siècle.
C’est beau tout simplement.
C’est magnifique…

Mais il y a aussi une deuxième dimension du sacrifice de Saint Romain.
Et cette nouvelle dimension je la trouve encore plus belle.

C’est que saint Romain a vécu une journée en tant que chrétien.
Pour aboutir à la perfection du Christianisme : au don de soi.
C’est cette journée qui me laisse dans l’éblouissement.
Pourquoi ?
Il a reçu le baptême.
Il n’a pas été préparé pendant deux ans au baptême.
Et c’est cela qui m’émeut.
C’est que la grâce de Dieu à touché si profondément le cœur de Romain qu’il est entré dans la pleine vérité de la foi catholique en quelques heures.
Il a compris en quelques heures le plus profond de la foi catholique et de l’histoire du monde.
Parce que Jésus est venu révéler l’histoire du monde.
Il a fallu 2000 ans, depuis Abraham, pour que Dieu mène pas à pas, avec tellement de patience, son peuple qu’il a porté comme un fils dans ses bras. [Os 11, 2]
2000 ans pour que ce peuple ne comprennent pas encore l’accomplissement de la Providence en Jésus-Christ Sauveur.
Et c’est bouleversant de rapprocher Romain et le bon Larron sur ce point-là.
Le bon larron n’est pas mort martyr.
Mais Romain et le bon Larron ont tout compris en quelques instants des profondeurs de leur âme, du dessein divin sur notre monde, et le sens vertigineux du sacrifice du Christ.
Saint Paul gémit de l’incompréhension aveugle de son peuple devant le message de Dieu.
Comme il est difficile d’accepter de quelqu’un qu’on aime, qu’il ne comprenne pas…
Ce peuple hébreu qui continue de fonctionner comme à l’heure de sa naissance…
Comme il est difficile d’accepter que quelqu’un ne grandisse pas.
Grande peine, oui, qu’il soit arrêté dans sa croissance, bloqué et ne sache pas respirer d’un mystère qui lui était destiné.
Voilà l’écharde dans le cœur tellement juif de Paul…
Et je pense que Paul pourrait encore pleurer actuellement sur ses frères de race et de foi.
Le mystère libérateur qui leurs était annoncé depuis des siècles, ils passent à côté.
Ce mystère que Élie a surpris alors qu’il était pourchassé par la reine Jezabel et le roi Acab.
Dieu… dans la brise légère de son coeur apaisé.

Et bien tout cela, saint Romain l’a découvert et l’a porté au plus profond de lui-même en quelques heures.
C’est presque un peu râlant pour nous.
Nous passons notre vie a attraper des petites flammèches de grâce.
Et chacune de ces grâces nous ravit le cœur.
Et bien, imaginez…
Saint Romain a eu dans son esprit, dans son âme, le tsunami des grâces que l’on peut accumuler au long d’une vie entière.
Il est entré dans la compréhension de l’histoire des hommes par la présence fulgurante de son Sauveur, alors que la plupart, au bout de 40 ans avancent, bien sûr, mais hésitent, reculent a moitié, et repartent à tâtons, dans la révélation de notre Seigneur Jésus-Christ qui a souffert, qui est mort, et qui est ressuscité en vie éternelle.
Ce lui fut comme une transfiguration, dans ce fleuve de grâce qui coula ces jours-là, avec le sang de Laurent, martyr, avec celui de Sixte, le Pape lui même, quelques jours plus tôt, qui avait enfreint les consignes de l’empereur; enfin, avec le sang d’une partie de la communauté chrétienne de Rome.
Sang et extase.
Mais saint Romain, davantage encore, emporté comme Élie dans un char de feu de grâces.
Il a tout vécu, la brise, dans son cœur tellement puissante qui lui permit de vivre le feu dans son corps pour participer au seul sacrifice qui veut dire quelque chose maintenant.
Normalement, on arrive au don de soi en fréquentent le Christ, particulièrement par le sacrement de l’Eucharistie.
Et nous allons encore le vivre aujourd’hui.
Romain n’a pas commencé par la question; il a commencé par la réponse, q solution de tous les siècles.

Il y a quelque chose qu’il nous fait envier.
Pour Dieu, un jour c’est comme mille ans, et mille ans comme un jour.
Et pourquoi ne pourrait-il pas nous donner de vivre mille ans en une seule journée ?
Il y a quelque chose qui nous fait frémir quand on entre dans l’intimité de ceux qui ont bu à la Source.

En fait, nous restons devant saint Romain comme jaloux de la pleine grâce à laquelle il a répondu.
Parce que son martyr nous révèle la grâce immense d’amour dont il fut aimé.
Et à laquelle il a répondu.

HOMELIE DIX-SEPTIEME DIMANCHE ORDINAIRE

Ça peut gêner certains, ça laisse d’autres dans un sorte d’étonnement ravi :
Il n’y a pas d’imperfection en Dieu.
Et c’est pour ça que le Royaume de Dieu est caché…
Parce que nos pauvres yeux ne captent que des réalités imparfaites.
On est plus à l’aise dans l’imperfection et nos limites.
Et même quand rien ne va pas.
Comparez le nombre d’informations catastrophiques par rapport au nombre d’informations d’événements harmonieux…
Vous connaissez le proverbe ( je crois que c’est un proverbe russe ):
‘Quand les ennuis cessent, l’homme incertain ne sait plus s’il existe.’
Ce qui est trop parfait nous échappe; cela échappe à la surface des flots.
L’impeccable dérange l’homme orgueilleux comme une allergie parce qu’il n’a pas de prise sur les profondeurs. Il n’est pas au-dessus.
C’est pour cela aussi que la prière (du cœur), la pratique fidèle des sacrements, la communion des cœurs, sont si peu pratiquées dans la durée et la fidélité….
Parce qu’elles nous amènent en dessous de la surface des flots.
Là où on commence à respirer du parfait, de la vie éternelle.
La pureté reste cachée au regard impur.
Et le regard impur cherche à souiller la pureté parce qu’il n’arrive pas à la saisir.
Il y a comme cela des réalités cachées que l’on déforme pour les ramener à nos limites.
L’Église est l’une de ces réalités, cachée par le Saint Esprit .
On juge de l’Église par ses déformations qui ne sont pas l’Église…
On tente d’imiter la charité, mais par son côté visible et déformé.
Mais on ne connaît pas la charité qui s’oublie et se fait oublier.
On tente d’attraper la vie éternelle par le phénomène des miracles … ce qui revient en fait à l’approcher par le plus petit côté de la lunette.
Or, les grâces précieuses qui peuvent combler une vie, pour lesquelles nous voudrions tout vendre pour les posséder… ces grâces précieuses peuvent couler à travers des miracles, mais ne s’arrêtent pas à eux et à nos mesures.
C’est pourtant d’elles que sort toute fécondité véritable.

Oui, savoir discerner le bien et le mal pour gouverner un peuple, c’est bon…
Il est bon d’être grand dans l’art de gouverner.
Mais cette grâce doit être portée et ajustée par les dons du Saint Esprit, pour qu’il en fleurissent des grâces de vraie charité, de persévérance, d’illuminations intérieures, et des fruits surnaturels et véritables selon le désir de Dieu.
Salomon à dérapé par la suite dans sa religion parce qu’il a oublié d’assurer la première grâce.
Il n’a pas commencé par la perle : la grâce du Saint Esprit.

Si on veut envoyer une fusée dans l’espace, il est très bon de lui donner une forme aérodynamique. Il est très bon de lui donner une solidité de construction à l’épreuve des plus dures conditions de vol; il est très bon de l’équiper des dernières découvertes de captage d’informations.
Mais si on oublie de régler le moteur, notre fusée peut être bien belle, elle ne sera pas fonctionnelle dans sa rampe de lancement.

Si l’on oublie dans notre vie, ou si l’on passe à côté de l’union la plus intime de notre cœur à celui qui veut nous élever jusqu’à Lui, on pourra bien structurer notre vie et demander les meilleurs dons, tout cela ne sera pas relié à la sève de notre Sauveur Jésus-Christ.
Nous serons des sarments bien visibles mais secs, détachés du pied principal de la vigne.
Nos œuvres seront visibles.
Nos charismes réaliseront même de belles choses.
Mais nous gratterons à côté du Royaume des Cieux.

Ainsi en est-il de notre prière.
Nous pouvons demander beaucoup de biens pour notre monde; nous pouvons demander la santé, le beau temps, la paix, et l’intelligence pour notre voisin…
Ou quelques charismes pour bien parler de Dieu et pour témoigner de sa tendresse.
Tout cela est très bien et le Seigneur a même promis d’exaucer toute prière énoncée avec foi.
Nous pouvons nous adresser à tous nos saints et saintes pour qu’il pleuve des roses sur notre monde.
Et nous pouvons demander le sourire de la Vierge Marie.
Tout cela peut nous être accordé.

Mais tout cela est l’antichambre du Royaume des Cieux.
Ce n’est pas la perle. Le trésor.
Ce n’est pas le battement caché du cœur de notre Sauveur.
Et ce n’est pas la prière pure.
La prière pure est comme le rayon qui relie le cœur de Dieu à notre cœur.
Et lorsque nous boirons à la vie éternelle il ne restera que cette union qui doit être cachée derrière toute autre vraie prière.

Et voilà pourquoi Jésus-Christ décrit presque toujours le Royaume de Dieu comme caché et mystérieux.
Parce que comme le dit un grand saint :
 » celui qui veut trouver un objet caché, doit pénétrer jusqu’à la profondeur où il se cache, et lorsqu’il l’aura trouvé, lui aussi sera caché.
Ton Époux Bien-Aimé est le trésor caché dans le champ de ton cœur.
(…)
Si tu demeures ainsi caché en lui, tu le sentiras en secret, tu l’aimeras et tu en jouiras en secret;
Tu prendras secrètement en lui tes délices, c’est-à-dire d’une manière qui surpasse toute parole et tout sentiment. »

[II° cantique spirituel str 1 – Saint Jean de la Croix ]

HOMELIE SEIZIEME DIMANCHE ORDINAIRE A

Imaginez, frères et sœurs…
Vous êtes au pied d’une montagne.
Et certaines montagnes sont décourageantes, rien qu’à les regarder…
Les montagnes du désert, par exemple.
Bref, vous êtes devant une montagne et on vous a dit que de l’autre côté il y a une terre féconde et riche…
Vous pouvez ne pas le croire.
Vous ne lâchez pas votre bout de terrain caillouteux et vous essayez d’améliorer ce que vous tenez. Quelques carottes et un plant de vigne , la plupart du temps dans l’ombre.
Vous prenez l’attitude du renard et les raisins, de la fable.
Il ne peut pas attraper les grappes, trop difficile; alors il fait le désabusé : « ils sont trop verts, dit il, et bons pour des goujats ! »
Pour tout dire, c’est la réaction la plus fréquente devant notre montagne.
Jusqu’au jour où il y a un glissement de terrain ou un éboulement qui renverse notre vie paisible. Et on se dit que la montagne existait vraiment…

Deuxième réaction. Vous vous dites :
S’il y a de l’autre côté une région juteuse, ça m’intéresse.
Et je déploie des moyens pour vérifier.
J’envoie des drones, je me renseigne sur internet, et je constate qu’effectivement c’est séduisant.
Mais il faut se bouger et décider de franchir la montagne.
C’est énorme même si, paraît-il, il y a des chemins fléchés.
Et en fin de compte on reste avec l’image de ce qu’on rate.
Ça permet d’alimenter nos rêves.
Peut-être, un jour, je me lancerai …

Et puis il y a l’attitude plus confiante.
 » Cette terre promise, ça m’intéresse. »
Et cette montagne, j’en fais mon affaire.
Bonne intuition mais présomption…
Car de cette montagne, par ses propres forces, on n’en vient pas à bout.
Ni pour la montée, ni pour la descente sur l’autre versant.
La montagne, ça trompe.

Dernière attitude, la plus ambitieuse et la plus sage:
On a besoin d’un guide.
Et on découvre que cette montagne inaccessible, change de visage à mesure que l’on progresse aux indications du guide.
Jusqu’au jour où on découvre de loin la plaine verdoyante.
Il reste des efforts, des dangers, mais une vraie joie, une libération habite le cœur.

Frères et sœurs, c’est une parabole.
D’actualité.
La montagne, c’est la souffrance c’est la maladie, c’est la mort. Par exemple.

Sans la foi, quand elle s’ébranle, il ne reste qu’à courir dans l’autre sens et à signer son suicide.
Sans le désir de la vie éternelle l’obstacle prend le dessus.
Il reste la peur.
La peur de perdre notre petit terrain.
La peur du non sens de notre vie.
La peur de la diminution de nos capacités. Réelle.
La plupart de nos dirigeants n’ayant pas la foi, ils ne peuvent que proposer une solution de vaincus.
Et comme le peuple ne peut jamais plus que ne peut son chef, nous sommes dans un peuple de vaincus.
Je l’ai déjà dit: c’est la révolte, dissimulée, contre Dieu.
Puisque tu ne me donnes pas la possibilité d’échapper à la souffrance et à la mort.
Puisque tu ne nous donnes pas la toute-puissance qui t’appartient, nous nous vengeons…
Nous refusons ton esprit de libération que ton amour nous offre.
Ton Esprit Saint.
Nous refusons de savoir ce qu’il y a derrière la montagne.
Parce qu’on devrait recevoir une leçon de l’Église.
On préfère obéir au diable qui nous fait croire que nous sommes tout-puissant sur la mort, que d’obéir à l’espérance de l’Esprit Saint.
Le renard et les raisins.
Il fait le brave et c’est le vaincu.
Il traite les autres de goujats, (ceux qui ont l’espérance…) et s’en va les oreilles basses.
Sauf que le renard, il essaie par tous les moyens d’interdire l’accès à la foi ceux qui pourraient regarder vers le Ciel.
On préfère enfumer la conscience des peuples plutôt que d’admettre le témoignage de ceux qui ont expérimenté la lumière et la paix du Christ.

En fait, il y a toujours nécessité de faire confiance et de recevoir l’espérance d’une terre promise.
Si on ne commence pas par recevoir la grâce – et il faut la recevoir à genoux – (voyons, parmi nos dirigeants ceux qui sont capables de se mettre à genoux…)
Si on ne commence pas par recevoir la grâce, on reste petit.
Et on trouve des solutions petites.

Ceux qui ont des oreilles pour entendre qu’ils s’entendent.
Ou plutôt je dirais :
Ceux qui ont des genoux pour se mettre à l’écoute de Dieu, qu’ils ouvrent leur cœur.

Je reviens à ma parabole.
Il est possible d’avoir quelques informations sur la terre promise de l’autre côté de la montagne.
Mais cela ne suffit pas.
Il faut s’en remettre à l’Esprit Saint pour partir sur le chemin du Christ.
L’information ne suffit pas.
Croire à la bonne nouvelle ne suffit pas.
Il faut croire que l’Esprit Saint viendra à notre secours
Pour prier
Pour nous faire trouver un guide.
Pour nous harmoniser avec l’Église.
Et vivre l’obstacle comme chemin rédempteur de Jésus-Christ.

Si cette loi sur la fin de vie est définitivement conclue, elle propose une conception de l’homme fermé sur lui-même, et pour nous chrétiens, elle nous indique l’ivraie dans le champ de blé.
L’ivraie qui pousse et endommage un peu le champ, mais n’empêchera pas la belle moisson du champ de blé.
Les fils du mauvais disparaîtront.
Les fils du royaume resplendiront.
C’est Jésus qui le dit.
Mais ce n’est pas à nous de faire le tri.

Dieu est au-dessus.
C’est le livre de la Sagesse qui nous le dit en clair.
 » ta domination sur toute chose
te permet d’épargner toute chose.  »
Cela est tellement juste.
Celui qui ne domine pas, exécute.
Celui qui domine donne la vie.
Celui qui ne domine pas donne la mort pour se croire dominateur.

Et voilà ce qui devient évident :
Celui auquel il manque la lumière de la foi…
De la foi en un Dieu qui donne la vie, et de la foi en un Dieu qui sauve, qui nous rend vainqueur du péché originel, de la souffrance et… De la mort..
Celui qui n’a pas cette lumière en lui, va poser la vie, non pas en premier, mais derrière une autre priorité qu’il appellera sa dignité : le bien être, tel ou tel succès, et à vrai dire, n’importe quel intérêt qu’il considérera de première importance pour lui.
De toute façon, à partir du moment où je ne mets pas ma plus haute dignité à être ‘enfant de Dieu et vivre de la vie éternelle, je vais mettre ma dignité dans n’importe quel sous produit de ma vie.
L’horizon de notre nature ne s’ouvre que quand elle est accomplie par la grâce de Dieu.
Si on ne considère pas que Jésus a sauvé le monde par ses souffrances et par sa mort.
Si on ne considère pas que la réponse à la souffrance que s’infligent les hommes devient souffrance rédemptrice, par la Croix, alors on dit au Christ : ‘ je ne crois pas que tu as sauvé le monde ́. On traite Jésus de menteur, et Dieu par la même.
C’est la première accusation du diable : ‘pas du tout ! Dieu vous ment !’ dit il à Eve.

Qu’il y ait des situations dramatiques de souffrances, horribles où l’homme est écrasé de souffrances (qui peuvent être adoucies par des soins palliatifs cependant), on ne peut pas nier.
L’homme est faible, sans la grâce.
Tout en sachant, que la souffrance vient du péché originel et de nos propres fautes…
Mais inscrire dans la Loi la démission devant la souffrance, c’est mépriser la conscience des chrétiens, disciples du Christ.
C’est cracher sur Jésus une nouvelle fois en lui disant : tes souffrances et ta mort n’ont servi à rien.
Elles n’ont rien sauvé du tout.

L’homme sans L’Esprit Saint est inévitablement soumis à sa pauvreté; il ne s’attache plus à la dignité de la vie, et au dessus de tout de la vie éternelle, il va se sacrifier pour échapper à son aveuglement.

Le diable a fait un petit progrès dans son imitation.
Il y a toujours eu des martyrs de Dieu, de la Vérité.
Maintenant, il y a les martyrs du mal, de l’abandon, et en fin de compte du diable.
Il y avait les martyrs par amour.
Il y a les martyrs de la lâcheté et du désespoir, … Martyrs du rien du tout.

Ce qui fait de la peine, c’est que nombreuses petites âmes vont être encouragées à abandonner le chemin de lumière.
Quand quelqu’un grimpe la montagne, essoufflé, si vous lui répétez : ‘tu peux arrêter ta montée ici, on t’applaudira quand même..!
Jette toi dans le vide, ça sera quand même plus rapide
Ça ne l’encourage pas à rejoindre la terre promise.
Ni à trouver les meilleurs moyens pour dépasser l’homme blessé et découvrir le royaume éternel de joie divine.

HOMELIE QUINZIEME DIMANCHE A

Chers frères et sœurs,
Avec cette parabole du semeur, nous entrons dans un sujet très difficile pour nous, petits humains qui nous entravons les pieds sur le chemin de la vie éternelle.
Nous entrons dans le sujet de la prédestination.
Alors, avant d’engager le sujet, tout de suite je pose une certitude que jamais on ne peut remettre en question : Dieu propose toujours, ( toujours et à chacun ) la grâce suffisante pour entrer dans le Royaume des Cieux.
Voilà, c’est posé.
Parce que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.
Ça ne peut pas être autrement.

A chacun la grâce est unique; elle n’a pas même proportion et elle n’a pas même mode entre deux personnes, selon ce qu’elle est reçue;
Mais elle est toujours là.
et deuxièmement la grâce peut-être refusée;
c’est toujours terrible, un amour qu’on rejette, mais il y a des refus qui sont graves, destructeurs, et d’autres de moindres blessures.

Autre constatation…
Celui qui refuse d’avancer sur le chemin de Dieu, sur le chemin de conversion, croit toujours, même dans son inconscient, qu’il a un certain pouvoir. Et même un certain pouvoir sur Dieu.
‘ tu vois, je peux contrecarrer le plan que tu avais prévu. Tu ne m’empêcheras pas d’être libre.’
Ça peut être dit avec bravade, ancré dans son refus et sa rébellion.
Ou bien ça peut être dit avec honte, en regrettant d’avoir été si nul.
Mais de toute façon il croit qu’il a eu un certain pouvoir contre Dieu.
Hé bien , il se fait complètement illusion.
Ce n’est pas parce qu’on a refusé d’avancer sur un chemin que le chemin s’arrête.
Ni même que Dieu va changer son plan d’un millimètre.
Ni nos péchés – ni nos prières d’ailleurs – ne peuvent le déterminer à quoi que ce soit.
Cela met en rage le démon. Il ne peut pas empêcher Dieu d’aimer…

La grâce de Dieu atteindra son intention.
Parce que Dieu n’est pas homme.
C’est très difficile à concevoir pour nous, mais rien n’arrête Dieu dans son intention et dans son développement providentiel.
Rien.
Rien ne peut influencer Dieu d’une miette.
En rien, absolument rien, nous ne pouvons modifier le battement d’amour du cœur de Dieu…
Dieu nous propose le bonheur.
On peut le refuser…
Mais c’est alors que ce bonheur était déjà accordé à quelqu’un d’autre.
Il n’y a rien de plus absolument nécessaire que Dieu réalise ce qu’il veut, comme il veut.
C’est très difficile à concevoir, mais Dieu accepte l’imperfection et le mal, par amour.

Notre amour à nous, il consiste à tellement vouloir le bien pour celui qu’on aime qu’on ne peut pas supporter de voir quelqu’un qu’on aime rater ce qui ferait son bonheur.
Ça nous rend malade de voir quelqu’un, et d’autant plus qu’il est de nos proches, rater ce qui aurait pu lui donner le plus grand bonheur.
On voudrait tellement l’obliger à vivre heureux, parce qu’on l’aime !

Obliger nos enfants à travailler à l’école pour qu’ils aient une bonne situation…
Obliger nos enfants à avoir des relations saines pour qu’ils trouvent leur épanouissement…
Obliger notre mari à comprendre la délicatesse, le respect, la tendresse de l’amour.
Ce serait tellement plus magnifique…
Obliger notre femme à prendre du repos ou à faire moins à manger pour que toute la famille ne soit pas en surpoids…

Et bien non…. Dieu n’agit pas en obligeant.

C’est très difficile et c’est l’une des questions les plus fréquentes contre Dieu
Mais pourquoi Dieu permet-il le mal ? :
Tout simplement parce que Dieu est plus grand que nous et que ce n’est pas à nous de lui faire la leçon et de lui dire qu’il pourrait faire mieux.
Ne pas permettre le mal c’est un bien qui fait du mal.
Dieu permet le mal, c’est-à-dire le refus de sa grâce, parce qu’il veut un bien grand, et même infini.

Question :
‘ mais si Dieu nous forçait au Bien il y aurait tellement plus d’hommes heureux et de femmes heureuses…?!’
Ils seraient heureux effectivement mais pas du bonheur de Dieu.
On n’est heureux que du bonheur que l’on a choisi, jamais du bonheur qui nous a été imposé.

Je ne sais pas exactement comment, mais je sais qu’il aurait été plus dommageable que l’ange mauvais, le démon, ait été forcé au bonheur, qu’il soit en quelque sorte un robot heureux, bien huilé, .. il aurait été plus dommageable de ne pas lui laisser la possibilité de se rebeller de façon terrible contre celui qui lui laissait le choix.
Il est malheureux, mais il a été respecté.
Prisonnier de sa faute.
Un bonheur qui n’est pas libre, c’est comme violer quelqu’un pour faire son bonheur.
Et cela est pire que l’enfer.
Voilà pourquoi Dieu permet le mal. Et pas simplement comme une hypothèse de travail, mais comme une réalité qui s’est concrétisée.
Et voilà pourquoi les hommes, en voulant copier Dieu, se crée un enfer pire que l’enfer en voulant imposer le bonheur à ceux qu’ils aiment.
Pour Dieu, le pire c’est d’imposer.
Que de pleurs ont coulé pour avoir voulu forcer au bonheur !
Pour Dieu, le sommet, c’est de proposer la liberté de choisir le bonheur ou le malheur.
Mais cette liberté, pour qu’elle reste liberté, elle ne peut pas être calibrée et avoir une formule.
Elle nous sera toujours inconnue dans sa source.
C’est ce qui nous gêne. Cette liberté est très lourde pour l’homme.
Nous voudrions savoir comment Dieu a fabriqué la liberté pour pouvoir nous-mêmes agir sur notre liberté.
Et ce n’est pas possible.
La liberté ne se calcule pas; elle se vit.

Aimer quelqu’un c’est lui faire confiance pour son bonheur.
Ce qui suppose au départ la capacité de lui pardonner s’il a fait son malheur.
C’est fou pour nous.
C’est impensable. Ça nous crée tellement d’angoisse.
Parce que ce n’est pas nous qui créons le bien.
Pour Dieu, c’est l’ultime perfection derrière laquelle il y a toujours une surabondance de lumière, de grâce, ou de pardon.

À quelqu’un que l’on aime, lui dire notre amour, c’est lui dire :
Je t’aime tant, je t’apprécie tellement, et je t’estime tellement que je te laisse la possibilité de faire ton malheur si tu rejettes le bonheur que je t’indique.
Et je t’aimerais encore si tu trahis l’espoir que je mets en toi.
Même dans ton malheur, je t’aimerais, quand tu m’auras rejeté.
Cependant, je t’aimerais encore plus si tu prends la voie de ton bonheur.
Cela est tellement beau… parce que c’est divin.
Dieu aime jusqu’au diable alors même que celui-ci lui crache dessus.
Aimer vos ennemis…
L’Ennemi c’est celui qui veut son malheur en voulant le nôtre.
L’ennemi c’est celui qui est susceptible de faire notre malheur.
Je vous le répète c’est au-delà d’une conception humaine, d’un réflexe humain.
Et pourtant Dieu est plus grand que notre cœur; il est plus grand que notre ennemi; il est plus grand que le cœur ennemi qu’il y a en nous.
Mais cela, pour le comprendre, il faut pleurer dans l’Esprit Saint.
Heureux ceux qui pleurent, le Royaume des Cieux est à eux.
Ce n’est pas ‘heureux ceux qui fouettent les autres pour les rendre heureux’.
C’est ‘ bienheureux ceux qui pleurent devant le malheur, celui des autres et d’abord leur propre faiblesse’
Le Royaume des Cieux est à eux.
Ils ont compris la grâce de Dieu.

Sauf que Dieu ne pleure pas.
Il est au-dessus.
C’est sur terre qu’on pleure.
Au Ciel on ne pleure plus.
Dieu touche le mal qu’il y a dans le monde : tous nos refus, nos aveuglements et notre bêtise, toutes nos haines et nos enfermements, il les touche, mais par une surabondance de bien dans un flot éternel de lumière et de bien.
Nous, nous n’avons pas ce flot surabondant.
Et nous, nous avons nos larmes pour demander à Dieu non pas qu’il mette fin au mal, c’est tellement bête aussi, c’est tellement loin de son intention…
Nous avons nos larmes pour demander à Dieu que nous restions dans sa grâce alors même que le mal nous environne de ses flots obscurs qui proviennent de nous ou du monde, et qui sont permis pour un plus grand bonheur.

Dans ma vie j’ai fait des erreurs, j’ai fait du mal, vous ne me croiriez pas si je disais l’inverse, mais nourri de la petite Thérèse je me suis aussitôt dit que Dieu avait la grâce pour le mal ou pour les erreurs que j’ai faites.
Et que désespérer du pardon surabondant de Dieu serait pire encore que d’avoir dérapé.
Je parle de la petite Thérèse mais je pourrais prendre aussi les paroles de Saint Paul.
«Là où le mal a abondé la grâce a surabondé»
Et il parlait en connaissance de cause.
Ça c’est la merveille divine et ce ne sera jamais la merveille humaine.

Mais attention : ce n’est pas parce que Dieu permet que nous choisissions le mal et donne la possibilité de guérir de ce mal par une nouvelle grâce, ce n’est pas parce que Dieu permet, que ça n’a pas d’importance.
Parce que celui qui se détourne de Dieu, petitement ou de façon obstinée, perd de toute façon un certain goût de la grâce.
On risque de dire que Dieu le punit. Mais non Dieu ne punit pas !
C’est tout simplement le pécheur qui s’éloigne… de l’intensité de son bonheur.
Et c’est cela sa première punition qui ne dépend que de lui.
Il va perdre le goût de la grâce.
C’est terrible que de perdre le goût de la grâce
Parce que Dieu propose toujours son pardon. Mais celui qui est en faute perd le goût de demander le pardon. Il se tort sur lui-même.
Et plus il sera en faute moins il sera capable de demander la grâce de pardon.
Il y a comme un effacement de la bonté de Dieu dans le cœur de celui qui s’éloigne de Dieu.
Là est le mal le plus terrible qui peut mener au plus grave péché, celui de désespérer de l’Esprit Saint. Notre âme s’est vidée comme un ballon dégonflé qui ne s’élève plus.

Dernière remarque.
Mais je le répète, la position de Dieu vis-à-vis du mal ne peut être reproduite par l’homme.
Celui qui aime doit demander à Dieu de faire passer son amour dans celui qui l’aime.
Tout en restant dans une position d’éducateur vis-à-vis de l’être aimé.
Un éducateur qui restera toujours maladroit, mais qui doit prie pour l’être un peu moins.
Un éducateur en fait, c’est juste un prophète qui, souvent, doit admettre de prophétiser dans le désert, là où le démon habite.
Un éducateur qui veut respecter son disciple, tout en restant clair vis-à-vis de ce disciple.
Un éducateur qui prie d’accepter un rendement moindre que ce qu’il avait prévu.
Tel le semeur de la parabole.,
C’est Dieu qui fera la moisson.
L’éducateur indique un chemin.
Dieu est lui-même la lumière du chemin, le chemin et la récompense.