Qu’est-ce qui s’est passé avec Marie ?
D’abord, Marie il faut la voir dans la lumière de son fils.
Avant même qu’elle existe, qu’elle soit conçue, Marie était dans le dessein de Dieu et dans la lumière de son Fils.
Autrement dit, tout Marie était pour le Fils de Dieu.
Tout le ‘projet Marie’ était pour le Fils de Dieu, incarné.
Vous allez me dire… j’espère :
‘ mais moi aussi !… moi aussi Dieu m’a créé pour le Fils de Dieu.
« Tout est créé par lui et pour lui…
En lui tout fut créé, dans les cieux et sur la terre. » [col 1, 16 ]
Et moi aussi…
La Vierge aussi, mais chacun de nous aussi.
Seulement voilà, la Vierge Marie elle n’a rien perdu, pas une seule miette du projet de Dieu sur elle.
Et Dieu l’a voulu ainsi.
Voilà la différence.
C’est que la Vierge Marie n’a rien laissé perdre.
Elle a eu aucune inattention, aucune déviation, aucun retour sur elle-même.
Et là aucun de nous ne peut en dire autant.
Mais vous voyez il y a une conséquence, importante et même je dirais dramatique.
C’est que la Vierge Marie était comblée… de grâce.
Ça veut dire qu’elle était habitée dès sa naissance, par une joie qui l’a comblée.
Elle était en correspondance parfaite avec la vie éternelle.
Dès sa naissance.
Elle vivait de la vie éternelle.
Et d’une certaine façon, elle effleurait le monde.
Elle baignait dans la vie éternelle, et toute chose, tous ces efforts, toutes ses compréhensions et ses amours étaient comme portés dans la vie éternelle.
Précédés et enveloppés de grâce divine.
Depuis sa naissance jusqu’à la conception de Jésus, elle était comme continuellement surprise par l’Esprit Saint.
Comblée mais dans une succession d’émerveillements surprises.
Dieu s’est régalé de créer pour elle chaque seconde d’une lumière surprise.
Paisible.
Et depuis la naissance de Jésus elle a continuellement été surprise par son enfant.
Tout était accompli.
Marie comprenait son enfant.
Elle méditait comme auparavant ce qui lui arrivait, mais l’intention de Dieu prenait forme, d’instant en instant, de la lumière du Verbe incarné .
Marie n’avait aucune frustration, elle n’avait pas d’attente, parce qu’elle était confiante dans la grâce de Dieu qui lui donnait instant par instant une capacité d’amour toujours plus grande.
Il reste bien sûr le moment du Vendredi Saint.
Marie n’a pas été épargnée au pied de la Croix.
Et nous voyons ce moment comme incompréhensible, parce que nous le voyons de notre objectif qui est teinté du regard du monde.
Mais Marie ne voyait pas l’événement ainsi.
Marie était dans la vie éternelle.
Elle a souffert oui.
Mais sa souffrance était perdue dans un océan de vie Éternelle.
On ne peut pas s’imaginer…
Nous on cherche à nous transformer, à nous laisser transformer par la grâce.
Enfin quelques-uns d’entre nous…
Mais la Vierge Marie elle était divinisée par la grâce.
Elle vivait en Dieu seul, pour Dieu seul.
Elle était un souffle de Dieu sur terre.
Mais rien d’autre.
Tandis que nous, on est toujours autre chose.
On a toujours nos dévotions plus ou moins louches.
Mais la Vierge Marie n’avait pas de dévotion.
Elle était perdue en Dieu.
On a toujours nos projets, très bons, de pastorale, et même de sanctification de nous-mêmes.
Mais la Vierge Marie n’avait pas de projet… elle était d’instant en instant transverbérée par la lumière de l’Esprit Saint, de l’Esprit de son fils, de l’Esprit du Père.
Mais cela ne peut pas être imaginé.
On peut en avoir un petit avant-goût quand une grâce monte à notre cœur pour nous voler tout autre désir, tellement elle peut être douce de vie éternelle.
Mais la Vierge Marie elle était tombée dedans avant même sa naissance.
Aucun besoin pour elle de potion magique.
Je pense que Dieu lui a épargné les extases, mais il l’a mise, toute sa vie, au bord de l’extase, tellement son cœur était gonflé de la grâce et de la bénédiction.
Alors, son passage de la terre au ciel, et en même temps de son corps mortel à son corps ressuscité, (parce que la Vierge Marie est ressuscitée; elle vit selon un mode inédit de vie éternelle en son corps et en son âme)
… Son passage de la terre au Ciel… ce fut l’éblouissement sans surprise ou au contraire un éblouissement de surprise, je ne sais pas, parce que Dieu l’avait tellement portée de surprise en surprise, grâces sur grâces, qu’elle a simplement dû dire en retrouvant son fils ressuscité, – mais pas sous une forme ressuscitée de la terre, son fils ressuscité en pleine gloire à la droite du Père …
En le retrouvant elle a dû dire :
« Merci »
« merci pour l’éternité »
Et ce merci c’est son corps et c’est son âme qu’ils l’ont dit tout entiers.
Alors pour revenir à nous, encore nous… malheureusement…!
Pour revenir à nous, et bien nous ne sommes pas dans la position de la Vierge Marie.
Parce que toute grâce qui nous est proposée nous la transformons en un désir de frustration.
Pourquoi ?
Parce que nous ne saisissons aucune grâce dans sa complétude.
Nous laissons toujours tomber quelque chose du cadeau de Dieu.
Et donc toute grâce nous laisse sur notre faim.
Toute grâce de Dieu, même si nous l’acceptons si nous la vivons du fond de notre cœur, elle a un petit goût de quelque chose qui manque, par notre faute, et il a un petit goût d’attente de la grâce qui vient après.
Notre merci à Dieu quand parfois nous arrivons à le prononcer, il est teinté d’un ‘reviens y’
Ce qui n’était pas pour la Vierge Marie. Parce que la Vierge Marie savait que Dieu créerait toujours une nouvelle grâce surprise.
Nous, on a envie, on a faim, et les meilleurs pleurent sur leur imperfection, mais de toute façon on est toujours en attente.
Voilà la grande différence de la Vierge Marie d’avec nous.
C’est que la Vierge Marie elle vivait dans l’instant présent.
Comme elle a vécu sa dormition dans la simplicité de l’instant présent.
Nous nous sommes toujours inquiets, en tout cas dans une demande de miséricorde, aussi saints qu’on puisse être.
La Vierge Marie n’a même pas embêté le bon Dieu avec des revendications de miséricorde.
La Vierge Marie elle a traversé le temps, sous le voile de la vie éternelle.
Elle a traversé le monde sous la voile de la lumière divine.
Elle a traversé le péché sous la voile de la pureté et de sa virginité d’âme.
Elle a traversé la croix dans l’abandon corps et âme de son histoire et de l’histoire sainte, dans l’abandon de ses passions et de sa douleur.
Nous, nous ne traversons pas le temps.
Nous le gravissons comme une échelle.
Parfois en regardant derrière pour rire ou pour pleurer.
Parfois en suspendant notre échelle à l’espérance.
Nous ne traversons pas le monde, nous portons ses lourdeurs ou, au pire, c’est lui qui porte nos lourdeurs.
Bref, nous nous débattons, tantôt dans le mal, tantôt dans le bien.
Quelques meilleurs combattent pour se convertir.
La Vierge Marie ne s’est jamais débattue.
Alors quand est-ce que nous comprendrons ?
D’abord quand nous comprendrons que nous sommes dans le brouillard et que Marie était en plein soleil.
Et ensuite lorsque nous goûterons au don du Saint Esprit … de Sagesse.
Dans une union savoureuse, nourri en permanence par la présence du Saint Esprit .
Ça ce sera un petit avant-goût.
Mais nous ne comprendrons que lorsque nous jouirons de la victoire de l’Église du ciel, chacun dans sa demeure, mais muets d’émerveillement devant celle qui a gagné devant tout le monde son bonheur éternel.
Celle qui a été la préférée, celle qui a plu à Dieu dès le premier instant.