Les familles de connaissance
J’aime bien Jean.
Parce qu’il nous fait nous poser des questions.
Il est pile à sa place et sa place c’est qu’il n’en a pas.
Ou plutôt, sa place est toute relative.
Elle est relative à Jésus.
Il est l’apôtre de la vérité, de la morale, de l’appel à la conversion et à la purification.
Mais il a, devant tout ça, une mission première et dernière : être la voix qui crie…
Et qui crie quoi ?
» Voici celui qui doit venir. «
Mais est-ce qu’il sait vraiment ce qu’il annonce, Jean Baptiste ?
Il dit vrai, il annonce avec des mots justes que Dieu pose sur ses lèvres, et pourtant il ne comprend pas tout.
Ce témoignage qui vient du désert m’interpelle sur la façon dont nous voyons les choses.
Il existe multiples approches de la réalité.
D’ ailleurs, il y a peut être autant d’approches différentes qu’il y a d’individus.
Mais on peut quand même distinguer des grandes familles.
Allez… Je vais me lancer dans quelques variétés de connaissances.
Comment capte-t-on le monde qui nous entoure ?
Je commence par du facile…
Je l’appellerais ‘la connaissance du paysan ́.
Elle n’est pas unique au paysan; le maçon, la mère de famille, l’artisan qui travaille de ses mains, ou le sportif, ont plutôt la ‘connaissance du paysan’.
Je veux dire qu’ils sont tous à l’écoute des signes de la nature pour mieux correspondre à la nature des choses.
Et s’y conformer.
Un coup de vent, un nuage, les traces du renard ou du sanglier, l’air humide ou sec, la fatigue de son dos, parlent au cœur du paysan, à son instinct.
Le paysan est branché sur la nature, ce qui, normalement l’empêche de partir dans les illusions de sa tête.
Sa perception lui garde les pieds sur le sol.
Alors, on va dire, il y a une autre famille qui vit à plein la nature et ses possibilités.
Celle des jouisseurs et des profiteurs…
Qui est, en fait, la perversion du paysan.
Les jouisseurs captent aussi la nature des choses mais pour la transformer en leur profit.
Et c’est justement là la différence avec le paysan :
Le jouisseur prend pour lui les signes et ils se les approprient. Tout être est pour lui, objet à utiliser.
Le paysan respecte et comprend; il est humble. Il entre dans la réalité et la vénère.
Le jouisseur connaît la réalité pour détourner son message.
La capter pour son intérêt, son confort, sa gloire.
Jean Baptiste est un paysan, parce qu’il correspond dans sa simplicité abrupte aux désirs de ses contemporains.
:il y a une autre famille…
La famille ‘artiste’ …
Alors, elle, elle plonge dans le sens des signes et découvre les harmonies subtiles et profondes.
L’artiste scrute le mystère de la beauté de la création.
Il peut être scientifique, peintre, musicien ou philosophe. Il peut être mathématicien ou poète, étudier les étoiles, pourquoi pas..
Son esprit filtre les mystères de la nature et les exprime.
Mais comme pour le paysan, il y a une perversion de l’artiste.
Qu’on peut appeler la famille ‘trompe-l’œil’.
La famille de ceux qui ne vivent pas ce qu’ils disent, qui n’expérimentent pas.
Ils croient savoir mais c’est un savoir de tête.
Ils partagent un savoir en trompe-l’œil. Sans se mouiller à ce qu’ils disent.
Jean Baptiste est un artiste pur.
Sa vie même va exprimer son message de vérité.
Et puis je vois une autre famille…
La famille des prophètes.
Prophètes pourquoi ?
Parce qu’ils sont à l’écoute plus loin que la nature..
Plus loin même que les mystères..
Ils veulent la lumière, la source de la lumière.
Les vrais prophètes ne s’arrêtent qu’au fleuve de l’amour qui jaillit du cœur du Christ.
Où donc plonge leur regard et leur connaissance ? :
Dans leur cœur.
Leur cœur imparfait et blessé, soit.
Mais ils cherchent la lumière qui guérit.
Et par là ils passent par la connaissance du paysan et celle de l’artiste et celle de l’amoureux et de l’ami et celle du sacrifice.
C’est la connaissance de Jean Baptiste.
Il reçoit le message qui le dépasse.
Et il le transmet en craignant même de le toucher.
Connaissance la plus respectueuse et surtout la plus humble .
La plus vraie et utile pour notre monde.
« Voici l’Agneau de Dieu… »
Mais Jean ne comprenait pas !
Et il a touché de ses mains l’Agneau de Dieu…!
Et il l’a offert au monde, à nous.
En sachant que lui devait disparaître car il n’était que le messager, relatif à la lumière.
Comme nous sommes tous.
Simplement, comme pour les grandes familles de la connaissance vraie, il y a bien évidemment les faussaires de la famille des prophètes…
C’est la famille ‘ perroquets. ‘
Ceux qui ont compris que l’Église conservait un trésor.
(Ils n’ont pas compris qu’elle est l’Epouse. C’est pour ça qu’ils n’ont pas le vêtement blanc des noces…)
Ils proclament la lumière, mais ne s’en approchent pas trop. Parce qu’elle est engageante.
Mais ils trouvent un certain profit à l’Église…
Contrairement à Jean Baptiste, ils ne disparaissent pas.
Ils n’acceptent pas le sacrifice…
Il n’est pas interdit de nous évaluer dans chacune de ces familles.
Mais si nous ne voulons pas virer dans les ‘familles déviations’, nous devons engager notre cœur.
La grâce de Jésus, l’Agneau de Dieu, doux et fort, tracera alors son chemin de vérité et de joie pour notre vie.
