TROISIEME DIMANCHE temps ordinaire A 2026

 

Constances de vie spirituelle
Comme notre religion est simple. Quand on lit cet évangile c’est puissant et simple !
C’est lumineux et paisible !
Normal, c’est divin…!
Avoir la foi chrétienne, c’est comme si, peu à peu… ‘peu à peu’, parce que, ici-bas, on s’accroche à l’éternité par du ‘peu à peu’, avec parfois
il est vrai, des instants d’éblouissement. Avoir la foi chrétienne donc, c’est comme si, peu à peu, on buvait un grand bol de joie qui
va au profond de notre âme. D’ailleurs, il y a une certaine souffrance du chrétien : c’est que tout ce qu’il vit c’est
trop pour lui, c’est trop de joie, trop de grâces. La joie infinie de Dieu dans les fibres de notre être, au début en tout cas, elle fait mal. On confond même parfois cette souffrance avec un mal… alors que c’est la présence
amoureuse de Dieu qui nous envahit. Tout comme on confond la lumière trop grande de Dieu avec l’obscurité. « je n’y vois rien… »
Mais c’est normal, puisque Dieu nous aveugle qu’il soit si clair, si simple, si pur. !
Et bien souvent, les débutants font cette erreur – parce que ça se passe au profond
d’eux-mêmes, et il y a tant d’intensité de vie à l’approche de Dieu – qu’ils se mettent à
douter. En fait, ils ne doutent pas de Dieu, ils doutent d’eux-mêmes, de leur capacité à recevoir
Dieu. Dieu réveille tellement de zones endormies ou cachées en nous… C’est d’ailleurs ce qu’on appelle la crainte du Seigneur. Le Christ est tellement celui qu’on espère, tellement celui qui réjouit le fond de notre
âme, qu’on a peur d’y croire. Alors je voudrais avec ces quelques mots de l’Évangile, rappeler quelques constantes de
la vie avec Dieu. Jésus passe sur une plage, ça paraît si banal… Dieu passe sur une plage, une plage tranquille… pour ceux qui ont été sur la plage de
Capharnaüm il y a cette atmosphère magique de paix, de silence, avec seulement
quelques poissons qui sautent hors de l’eau, comme s’ils sautaient de joie pour montrer… qu’ils sont là !
Dieu passe sur une plage et il appelle. « toi.. viens… »
« viens, je te ferai pêcheur d’hommes… je te ferai celui qui connaît les mystères de
l’homme et même les mystères de l’éternité dans l’homme »
Et en voilà un qui le suit. Qui suit Jésus.

Et en voilà un deuxième : « viens on a trouvé le Messie ! »
Mais est-ce qu’on se rend compte la force de cette simplicité ?
Des hommes, des pêcheurs, au cœur éveillé quand même, dans une ville qui était un port
de pêche, occupée par les Romains, en fait un village qui faisait office de frontière, un
petit poste frontière avec peut-être 1000 habitants, qui voyait passer beaucoup de
monde, c’était pas brillant, capharnaüm. Des maisons construites en basalte gris-noir. Il y avait des pêcheurs, et il y avait des ‘pécheurs’ et des pécheresses. On pourrait presque chanter l’Amsterdam de Jacques Brel : ‘Dans le port d’Amsterdam il y a des marins qui chantent les rêves qui les antent au
large d’Amsterdam… il y avait des marins qui mangeaient.. des poissons ruisselants… ‘ Sur la plage de Capharnaüm il y a des marins qui triment, et qui tirent leurs filets avec
des blagues de marins… et ça sentait le poisson. Elle est belle notre Bible, en fait. Parce que c’est au bruit doux des vagues sur la plage, comme au silence des roseaux au
bord du Jourdain, que Dieu est venu introduire dans notre monde le royaume de Dieu, la
vie éternelle. Cette irruption de la vie éternelle qui a eu lieu dans le cœur des apôtres a toujours lieu
dans notre cœur aujourd’hui au milieu d’un monde bien plus perturbé encore que le petit
port de Capharnaüm. Il y a quelques constantes dans la vie spirituelle, qui étaient déjà tout exprimées, rassemblées dans les quelques secondes de la rencontre avec Jésus et de la réponse des
apôtres. La première constante je dirais c’est la grandeur dans la simplicité. Quand on a la foi, un souffle large agrandit notre cœur et notre intelligence. Et ce souffle il ne se voit pas. il est tellement simple. C’est le souffle de la grâce de Dieu, qui est tellement simple que ceux qui commencent à
l’écouter n’en croient pas leurs oreilles. Il faut de la prière, des années de prière pour que cette voix discrète de Dieu soit
reconnue, avec simplicité. Et appréciée, je dirais presque dégustée. Ça c’est une première constante de la vie intérieure. On pressent la grandeur de Dieu qui nous frôle, mais on n’arrive pas à la reconnaître sur
le moment.. Il y a une deuxième constante. C’est la croissance de la lumière dans l’obscurité.

On croyait être dans la lumière. Et la grâce de Dieu nous apprivoise peu à peu à son obscurité bienheureuse. À son mystère. (Je parle bien sûr, dans cette homélie, pour ceux qui ouvrent leur cœur en vérité à la
douce voix de Dieu. Les autres n’accéderont pas malheureusement, à la dilatation de leur cœur. Ils restent
tristes de rater quelque chose, sur un goût de frustration indéfinie et de ‘laisse moi
faire mes affaires’, de refus à la pureté du cœur, un peu aigri.)
C’est déroutant au départ. Mais quand on avoue qu’on est aveugle et qu’on entre dans un
régime de libre obéissance, alors, Dieu vient en notre cœur et inonde notre âme de sa
douceur. La lumière de Dieu c’est la douceur de Dieu. Et cette douceur c’est l’abandon dans la foi à l’amour de Jésus. Dans la foi, dans l’obscurité. Le début d’une vie spirituelle, c’est toujours une aventure courageuse, une peu folle, ou
on pressent, sans saisir vraiment, que cette obscurité de la foi, avec les années, elle va
devenir délicieuse. Il y a une troisième constante.. C’est que jamais la foi s’enracine s’il n’y a pas fidélité et persévérance. Je dirais, coûte que coûte. Il faut suivre le Christ, pas après pas. Et qui dit fidélité ou persévérance dit épreuves, dit des hauts et des bas. Un bateau n’est pas fait pour voguer uniquement par temps calme. Le Christ n’a jamais promis de nous épargner les difficultés. Il nous a promis de les porter avec nous, et même de les porter pour nous. Il y a un 4e signe, habituel, une condition de la vie spirituelle, qui rend visible l’ami(e) de
Dieu. C’est que l’ami(e) de Dieu trouve sa plénitude dans le dépouillement, dans la pauvreté… Vertu complètement étrangère à notre monde. Moins l’homme est alourdi les aides du monde, du succès, des richesses, des assurances, des informations de toutes sortes qui prennent la tête, et même plus il laisse tomber ses
protections psychologiques, en fait plus il se présente nu devant le Seigneur, plus alors il
sera porté dans l’Esprit Saint, par l’Esprit Saint. Plus il sera comblé. Heureux les pauvres. Heureux celui qui met son espoir dans l’unique Sauveur. Il y a quand même une autre constante. C’est que la vie spirituelle est toujours unique et elle est toujours une surprise quand

elle devient chemin de fidélité. Dieu est créateur. Jésus est ressuscité. Ce qui nous surprend toujours c’est que Dieu nous fait passer par des chemins que nous
n’avions pas prévus. Ça secoue la carcasse, ça c’est sûr… Dieu est artiste et Dieu veut faire de notre vie une vie d’artiste, une œuvre d’art. Ça, je
me souviens, je l’ai compris à 17 ans. Il n’y a pas un ami de Dieu qui ne soit artiste. Artiste du grand Artiste de la grâce. Enfin la vie spirituelle est une question d’intimité. Plus nous vivrons une relation d’intimité profonde avec le Seigneur plus nous serons en
communion avec l’Église toute entière. Et plus une voix murmurera dans notre cœur : « viens vers le Père »
Et pour celui qui ouvre, dit Jésus, mon Père et moi entrerons, nous ferons notre demeure, et nous mangerons avec lui et lui, avec nous, et nous lui ferons goûter en avant goût la
saveur éternelle. Tout cela, les 4 premiers apôtres l’ont compris quand Jésus, sur la plage leur a dit
« venez sur mes pas, je vous ferai pêcheurs d’hommes… »