Lumière du monde
«Vous êtes la lumière du monde»…
Ça a l’air très simple..
Et on peut comprendre : C’est nous les chrétiens, qui avons la vérité !
D’une certaine façon, si on est la lumière du monde c’est qu’on est les meilleurs.
Puisqu’on est les meilleurs il faut se montrer.
Se faire entendre, surtout prodiguer des conseils..!
« vous êtes la lumière du monde »…
J’ai l’impression que notre religion, notre foi, peut être la plus belle des propositions
pour l’homme, la plus belle des révolutions.
Mais j’ai peur souvent que, mal comprise, elle devienne la plus fausse des propositions.
Ce contre quoi on vitupéraient les grands athées comme Nietzsche, Sartre, Camus.
De quelle lumière parle Jésus ?
C’est bien la première question que nous devons nous poser.
Parce que, curieusement, tout le monde pense être lumière pour tout le monde…
Tout le monde pense être une lumière..!
C’est quand même un phénomène curieux…
Et le grand, le spécialiste de la lumière trompeuse, il s’appelle le porte lumière, Lucifer.
C’est le premier producteur de lumière qui mène aux ténèbres.
Notre Lucifer, autrement dit Satan, utilise toujours la lumière pour conduire ceux qu’il
veut duper dans ses labyrinthes de ténèbres et d’orgueil.
Cela veut dire que pour arriver au mal on commence toujours par emprunter une rue
éclairée.
Donc, la première prudence c’est de savoir qui porte la lumière qui va éclairer nos pas.
Et de se demander si notre lumière est bien celle dont parle Jésus-Christ.
« vous êtes la lumière du monde »
En fait il est assez facile de comprendre à peu près ce que nous demande Jésus-Christ.
Mais de le vivre en actes ? il semble que ce soit une autre affaire.
Et tant que l’on ne peut pas l’exprimer par notre cœur, je pense qu’il y a une tromperie
à vouloir être la lumière du monde.
Un chrétien ne peut pas être trompeur. Sinon il trahit Jésus-Christ.
Tous les textes d’aujourd’hui rebondissent sur ce thème de la lumière.
Alors je veux partir de la source.
Comment faire pour ne pas être hypocrite ?
Jésus s’adresse à ses disciples, à ces intimes, choisis, auxquels il livre les mystères du
royaume.
Et chacun de ses apôtres sait très bien qu’il n’est pas une lumière.
Jésus n’a pas choisi des lumières pour annoncer la délivrance de l’homme.
Et chacun de ses apôtres sait ce que Saint Jean écrira merveilleusement au début de
son Évangile :
« tout fut par lui et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui était la vie.
Et la vie était la lumière des hommes…». [Jn 1, 4]
Voilà nous avons déjà là une première base de compréhension.
La lumière c’est la vie.
La vie du Verbe de Dieu.
Et je continue dans l’Évangile selon saint Jean :
« la lumière luit dans les ténèbres
Et les ténèbres ne l’ont pas saisi.
… il était la lumière véritable qui éclaire tout homme venant dans le monde.
… Le monde ne l’a pas reconnu… Les siens ne l’ont pas accueilli….»
Et je continue :
« oui de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce sur grâce.
Nul n’a jamais vu Dieu ;
Le Fils unique, engendré qui est dans le sein du père lui nous l’a fait connaître.» [ Jn 1. ]
Que c’est beau… Je n’aurais pas besoin de commenter.
Et Saint Jean revient sur ce thème de la lumière dans sa première lettre ;
« si nous marchons dans la lumière comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes
en communion les uns avec les autres et le sang de Jésus nous purifie de tout péché »
[1Jn 1,7]
Alors là on peut dire que ça se précise.
« vous êtes la lumière du monde»
Bien évidemment ce n’est pas nous qui produisons la lumière.
Mais comment un chrétien peut-il rayonner la lumière du Christ ?
Certains spirituels ont utilisé la comparaison de la vitre.
Un chrétien devrait être une vitre limpide qui laisse passer les rayons du soleil.
Il y a un peu de cela effectivement, dans le sens où nous devons nettoyer notre âme pour
qu’elle ne fasse pas obstacle à la lumière de la grâce.
L’homme de foi doit rendre pur le fond de son âme pour qu’à travers lui le visage du
Christ apparaisse à ses frères, par la prière et le sacrement de confession.
Mais dans la comparaison de la vitre il y a quelque chose de passif qui est incomplet.
Nous ne sommes pas des vitres.
Et c’est Isaïe dans la première lecture qui enrichit les dispositions du chrétien pour
devenir lumière de vérité.
Que dit Isaïe ?
« si tu partages ton pain avec celui qui a faim…»
Alors attention…
Quand les jeunes d’aujourd’hui disent : ‘c’est mon pain’, ça équivaut à ‘c’est mon
Crush’.
Le prophète n’est pas aussi poétique que les jeunes de notre temps.
Isaïe ne dit pas ‘ partage ton crush avec celui qui a la dalle ‘…
Pour lui, partager son pain, accueillir le pauvre chez soi, c’est devenir lumineux de la
lumière de la grâce.
Il va même plus loin..
‘Si ce que toi tu désires tu t’en prives pour le donner à celui qui n’a pas, alors ta lumière
se lèvera dans les ténèbres.’
Autrement dit nous deviendrons lumière sur le monde.
Et ça c’est pas évident.
Parce que devant le pauvre, il est tellement difficile de partager ce que nous possédons
que ça se finit bien souvent en demande de miséricorde.
Seigneur aie pitié de nous.
Il ne s’agit pas de donner des conseils donc, il s’agit de s’oublier pour donner ce que
nous aimons.
Ce n’est plus d’avoir le rôle d’une vitre.
Avec Jésus-Christ nous allons encore plus loin.
La lumière de Jésus-Christ en nous, c’est la charité qui est le don de soi.
Et même davantage, c’est la charité qui le don de Jésus-Christ en nous.
Alors vous voyez, frères et sœurs, nous arriverons à être lumière si nous sommes dans
l’union avec Jésus-Christ jusqu’à s’oublier.
Et jusqu’à oublier toutes nos habiletés et notre sagesse humaine, comme le dit saint
Paul.
Et ça ce n’est pas facile.
Ce n’est pas facile d’être vidé de nos qualités et de nous présenter craintif et tout
tremblant pour laisser passer la lumière divine toute puissante à travers nous.
« soyez la lumière du monde»
On comprend maintenant que c’est une parole extrêmement exigeante, parce que cela
veut dire que ce n’est plus nous qui vivons et que c’est le Christ qui vit en nous.
Cela veut dire que l’on a accepté toutes nos faiblesses, qu’on ne craint pas de les
exposer aux moqueries des méchants.
Ce n’est effectivement, que lorsque nous sommes devenus pauvres de toute richesse
que nous rejoignons le pauvre dans son cœur, et que nous pouvons communier avec lui à la
lumière du Christ qui est venu dans nos ténèbres.
Alors, oui, notre foi ne sera pas fausse et notre religion trompeuse.
Mais pour être en vérité et avoir un message de vérité nous devons être Saint de
l’Esprit Saint.
Et pratiquement : prier beaucoup- se confesser régulièrement- avoir un Père spirituel
s’unir au Corps de Jésus dans la communion- être pauvre de cœur et se donner aux
pauvres. Tout cela peut se faire discrètement et ainsi la lumière monte sur notre monde.
