BAPTEME DU CHRIST 2026

Jésus au cœur de la réalité

L’homme est compliqué.

Il est compliqué parce qu’il doit gérer plusieurs mouvements de croissance au long de sa vie.

Il a un âge pour se laisser porter. Et un âge pour être responsable.

Il a un temps où il doit faire, construire et courir.

Et il est un temps où il doit se calmer et purifier son regard.

Il a un temps où il doit regarder la terre et la travailler.

Et un temps où il doit regarder le ciel et apaiser son cœur.

Il a un temps d’expression. Et un temps de silence.

L’autre jour, je voyais une petite fille, 4 ans… Qui voulait mettre ses chaussures toute seule. Elle affirmait fièrement « je fais toute seule. Maintenant je suis grande…! »

Et tout le monde de sourire, parce que c’était bon signe.

Qu’elle veuille devenir grande…

Pourquoi l’homme est compliqué ?

L’homme et la femme j’entends, bien sûr.

Parce que sa courbe de croissance croise une courbe de maturité qui n’ont pas, l’une ni l’autre, la même équation.

De plus la courbe de croissance, et la courbe de maturité, ne s’appliquent pas de même façon au corps et à l’âme.

Et pour compliquer les choses, l’homme et la femme doivent tenir compte de leur désir pur et de leurs tendances impures qu’ils n’arrivent pas toujours à distinguer.

Et pour compliquer les choses… l’homme et la femme doivent ouvrir la fenêtre de la grâce divine qui seule peut harmoniser tout cela.

Que c’est compliqué de gérer tout ça pour une seule personne !

Comment faire quand on a 10, 15 ou 30 ans, pour garder l’équilibre et pour grandir toujours ?

Dernièrement, je relisais l’une de mes notes de lectures, d’il y a 40 ans.

Et j’y trouvais une lumière.

Dans la vie de Saint François-Xavier, apôtre des Indes et du Japon.

Quand il était ado, ses parents étaient étonnés de son intelligence remarquable. Et ils l’avaient confié à un maître : Pierre Veillard.

François Xavier s’est toujours rappelé de son maître qui brillait par sa doctrine et par sa sainteté.

Et j’ai remarqué que chez les grands apôtres on retrouve souvent ce respect et cette reconnaissance pour un maître qui ont éduqué leur enfance.

Sans être grand apôtre, je me souviens de certains hommes sur ma route qui malgré leurs défauts, m’ont appris, par leur dévouement, à grandir .

Monsieur Chaunier, monsieur Caron, frère Charles Eugène… père Jérôme… les plus proches, et il y a tous ceux, ma famille d’esprit, auxquels je bois encore à la source de leurs bonnes influences.

Ces hommes grandissaient en grandissant les autres.

Ils trouvaient leur joie à bien former les têtes un peu jeunes et légères que nous étions à l’époque.

Je ne cite pas ceux qui sont encore vivants.

Pourquoi je dis tout cela le jour du baptême du Christ ?

Le Christ est né bébé.

Il a grandi.

A 12 ans, il grandissait, est-il dit, en taille, en sagesse et en grâce.

Aujourd’hui, le Christ à 30 ans.

Il a grandi. Et nous avons le Christ à l’âge de la maturité.

Il va commencer sa mission visible, publique  d’accomplissement du salut du monde.

Or, comment s’y prend-il ?

Jean-Baptiste ne le comprend pas.

Personne ne le comprend.

Il va se mettre aux genoux de ce prophète un peu rustre pour vivre un rite de purification dont il n’a pas besoin.

Complètement incompréhensible.

Sauf… si l’on se dit que le Christ introduit à ce moment-là une nouvelle sagesse dans notre monde.

Non pas par des paroles :

«  Laisse faire, dit-il à son cousin Jean-Baptiste,… tu comprendras plus tard. En tout cas ceux qui croiront en moi comprendront plus tard…»

Quelle est cette nouvelle sagesse que le Christ introduit dans le monde ?

Le Christ est descendu à Jéricho.

Le Jourdain s’écoule à peu près à 1 km de Jéricho, la ville la plus basse du monde, à environ 250 m en dessous du niveau de la mer Méditerranée.

Et le Christ s’abaisse devant un homme qui n’est même pas digne de dénouer la courroie de sa sandale…

Nous avons là la clé de l’œuvre d’amour de Dieu, et en même temps la clé de la plus haute sagesse humaine.

Après l’âge de croissance, Jésus nous montre que si l’on veut transformer le monde, si on veut élever le monde, et ça les jeunes comprennent difficilement, (normal…) hé bien, il faut s’abaisser. Descendre au cœur du monde. Se faire proche.

L’esprit du monde est selon un autre schéma.

L’esprit du monde, c’est de trouver tous les moyens pour s’élever, pour couvrir le plus de surface possible, accumuler richesses et de connaissances pour dominer.

L’esprit du monde, d’une certaine façon, n’est pas passé dans le régime de la maturité. Il est un enfant qui veut grandir toujours selon le mode de l’enfance.

Jésus arrive…

Et développe une autre sagesse.

Le Christ s’abaisse au plus bas pour sanctifier de sa présence divine le plus bas.

Et ça c’est une autre sagesse.

C’est la sagesse du maître qui accueille l’imperfection du disciple, qui se met au niveau du disciple pour mettre en valeur ses dons.

Le vrai artiste entre dans la même sagesse.

Le vrai artiste descend dans l’épaisseur de la réalité pour révéler une beauté que personne n’avait encore vue.

Que fait Jésus ?

Il prend un rite. le baptême de Jean-Baptiste. un rite purificateur.

Un peu comme quand on se lave les mains.  Jésus entre dans ce rite.

Il vient tout simplement recevoir de l’eau sur lui-même.

En a-t-il besoin ? aucunement.

Mais alors que se passe-t-il au moment où Jean baptise Jésus ?

Voilà la sagesse accomplie :

Jésus introduit sa force divine, sa propre puissance de purification – il est source, il est puissance d’amour – dans un rite tout banal et même habituel chez les Juifs.

Au lieu de recevoir le rite de Jean son cousin, il transfigure par sa présence divine la signification du baptême.

À partir de ce moment-là, le baptême n’est plus une simple purification, il est la rencontre de la grâce de Dieu. Il devient un sacrement.

La grâce du baptême de Jésus descend au plus bas de notre monde et de notre cœur, pour apporter la lumière de Dieu, c’est-à-dire pour ouvrir notre cœur à l’amour qui peut complètement le combler.

Et ça c’est une nouveauté qui donne sa maturité au monde entier. Que Jean n’avait pas découvert.

Toute sa vie le Christ va reprendre ce schéma.

Dans chacun des sacrements. La communion bien sûr, la confession, le mariage et tous les autres. Le même schéma.

Il vient habiter ce qu’il y a de plus bas en nous, nos misères, nos souffrances, nos péchés, pour les transformer et les enrichir.

Il va les vivre, et parce que Jésus les a vécus, si nous le vivons avec lui nous entrons dans une maturité de lumière et d’amour.

Et ça personne ne peut le comprendre s’il n’a pas la foi en celui qui est descendu dans le monde pour nous élever jusqu’au Ciel, jusqu’au Père.

L’homme, la femme, qui a la foi est le seul, la seule, qui accède à la maturité de sa personnalité.

Le monde est un immature qui court après les biens et les richesses en n’ayant pas tout compris.

Celui ou celle qui a la foi en Jésus-Christ notre Sauveur, vraiment notre Sauveur, il accède à la beauté de son cœur, à la beauté de son humanité.

Il comprend que la maturité c’est d’habiter la réalité par une présence noble.

Et il n’y a pas de présence plus noble que celle de Dieu.