SIXIEME DIMANCHE temps ordinaire A 2026

Tant que Jésus guérit les malades, tout le monde est d’accord.
Enfin presque….
Il y a toujours ceux qui vont se dire : ‘mais ce ne sont pas des miracles, c’est simplement qu’à l’époque on n’avait pas de médecin pour diagnostiquer avec précision les maladies.’
Quand Jésus parle des Béatitudes, ou quand il apprend le Notre Père à ses apôtres, tout le monde est d’accord.
Enfin…
Il y a ceux qui vont se dire : ‘c’est de la spiritualité et ça n’a rien à voir avec notre vie quotidienne.’
Ceux là vont continuer de s’enrichir, de duper les autres, et de s’emmêler dans leurs contradictions.
Quand Jésus souffre sa Passion, qu’il est accusé à tort et qu’il est sacrifié, tout le monde est d’accord.
Enfin presque…
La plupart d’entre nous vont reconnaître que c’est une expression de l’amour et le seul chemin pour apaiser la violence des hommes.
Dieu prend sur lui le châtiment que méritent les hommes.
Mais certains vont se dire : c’est un modèle pour tenir les foules dans un esprit
d’esclavage.
Quand Jésus naît d’une femme Vierge.
Très peu sont d’accord.
Mais tous vont faire la fête à Noël.
C’est gentil, pour les enfants…
Quand Jésus commence à énoncer ses règles de morale, personne n’est d’accord…
Les uns vont dire que c’est digne d’une secte ou d’un ayatollah.
Les autres vont dire que c’est exagéré et que l’on ne peut pas les vivre.
Que c’est fait pour les moines…
Que c’est archaïque, comme l’Église… et que d’être fidèle à sa femme c’est pour les coincés et les soumis…
Bref, devant les conseils de Jésus on regimbe.
On ne comprend pas la perfection qu’il nous propose.
Et c’est normal.
Il n’y a que la foi qui va nous permettre d’accepter, et ensuite d’expliquer, ce que Jésus
nous dit.
La foi en Jésus-Christ.
En fait, si on veut expliquer ou simplement approcher Jésus avec notre logique ou la sagesse du monde, la plus générale et la plus habituelle, on ne peut pas comprendre.
C’est un autre langage.
Si on veut lire la Bible comme un livre d’histoire, (vous savez, on pose la vie de Louis XIV
de Bluche, qui du reste est excellente et on prend l’histoire de Joseph, le fils de Jacob,
en Égypte, rien à voir, c’est un autre langage.
En bien, nous pouvons être né dans le même village, habiter la même rue, se ravitailler
chez le même boulanger, et ne pas être de la même planète.
Intérieurement, le même rayon de soleil, le même événement, ne nous fera pas vivre de
la même façon.
Deux hommes (l’un sans la foi, l’autre avec une foi brûlante) croiseront une femme, et il y aura trois regards, trois compréhensions, et trois réactions d’espèces différentes.
L’un par son regard parlera en lui le langage du jour et du temps qu’il fait.
L’autre, par son regard aussi, parlera en lui d’un langage d’âme et de grâce.
Voilà pourquoi des fiancés doivent se demander si leur langage intérieur est le même,
dans la même lumière de foi.
C’est très important.
Car les mots qu’ils prononcent le jour de leur mariage doivent avoir le même sens pour
être vécus toute une vie.
Et c’est le même phénomène pour chaque événement que nous vivons bon ou mauvais.
C’est pour cela que Jésus dira que deux femmes seront en train de faire le mêmetravail,
de moudre le même grain;
L’une sera prise, c’est-à-dire que l’une vivra de grâce et d’éternité.
L’autre sera laissée, parce que son langage intérieur, sans la foi, sera celui du grain à
moudre, mais stérile. [Mat 24,40-41]
Deux hommes seront dans un même champ, plantant des pommes de terre ou derrière la
charrue, mais leur travail ne sera pas le même si l’un a la foi et l’autre ne l’a pas.
L’un sera pris l’autre laissé.
L’un engagera son âme, l’autre ne vivra intérieurement que le langage de la terre.
C’est très important.
Et comment peut-on reconnaître le langage intérieur de chacun ?
Jésus lui le reconnaissait par une connaissance infuse. une science infuse, qui atteignait
directement, immédiatement, l’âme de celui qu’il croisait.
Quant à nous, c’est moins infaillible mais nous avons des petits signes que nous pouvons
interpréter pour reconnaître le langage intérieur de notre prochain.
Ces petits signes sont d’autant plus évidents que nous avons la charité et la foi.
Et Jésus nous les indique :
‘ si tu te mets en colère contre ton frère, si tu l’insultes, si tu le traites de fou,’ il te manque la lumière intérieure du Saint Esprit.
Ni plus ni moins.
Et tu es sur une autre planète que celui qui pardonne à son ennemi.
‘Si tu vas à la messe, dit encore chez Jésus, et que tu es encombré par la haine ou un esprit de vengeance contre ton frère, tu ne peux pas comprendre ce qui se passe à la messe, et donc, bien sûr, tu ne peux pas aller communier car tu n’es pas sur la même
planète que Jésus-Christ avec lequel tu veux entrer en communion.
Il y a en toi un quiproquo.
C’est-à-dire que ton âme se fait un nœud sur elle-même; elle est en contradiction intérieure.
Vous voyez, frères et sœurs, il s’agit de tout petits signes qui manifestent que nous
vivons sur la même planète ou sur des planètes différentes.
Ainsi en est-il donc, d’un simple regard sur une femme, cela dépend d’une fraction de seconde.
Et la réciproque est tout aussi vraie : du regard d’une femme sur un homme.
Une fraction de seconde qui révèle que son monde est lumineux ou que son âme est vide et ténébreuse.
Et cela est important pour toute une vie.
C’est ce que l’on appelle le discernement.
Et cela vaut aussi pour celui qui jure, c’est-à-dire qui scelle un événement, une personne,
un projet, par un jugement définitif.
Petit signe qui manifeste sa méconnaissance du regard de Dieu et qui manifeste un
monde intérieur court et fermé à la lumière.
C’est rien, mais cela indique la planète sur laquelle nous vivons.
Il y a un inconvénient majeur à cette différence de monde intérieur.
Pour celui qui n’a pas la foi, il ne voit pas de différence.
Voilà l’inconvénient.
Car il va lire la Bible- et j’ai connu comme cela plusieurs personnes qui étudiaient
l’Écriture sainte en toutes ses traductions avec grand sérieux, et qui pouvait même vous
citer avec aisance des passages de la Bible, mais qui n’avaient pas la foi- et bien on peut
lire la Bible et ne rien comprendre de la lumière divine qui vient embraser lee cœurs.
Mais celui qui lit la Bible sans avoir la foi, celui qui regarde l’Église sans vivre l’Église de
la foi que nous donne Jésus-Christ, et que nous donnons à Jésus-Christ, il lit ou il vit en
étant persuadé qu’il comprend tout.
Et qu’il peut juger de tout.
Mais il ne comprend pas qu’il est dans son monde et qu’il existe un autre monde.
Et cela aussi est très important.
Car lorsque l’on refuse la lumière de Jésus-Christ on croit vivre dans la lumière qui n’est
que la nôtre.
Et l’on va inévitablement combattre la lumière de Jésus-Christ au nom d’une
intelligence atrophiée et fermée sur elle-même.
C’est ainsi que Saint Paul parle du mystère de sagesse et de la sagesse du mystère de
Dieu.
‘ aucun de ceux qui dirigent le monde ne l’a connue,’ dit-il
Mais, comme Pilate, ils ont laissé passer Jésus-Christ devant eux et l’ont mené à la
crucifixion sans comprendre ce qu’il se passait du mystère de lumière et de bonheur et
de joie pour le monde.
‘ pardonne-leur, dit Jésus dans ces derniers mots, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils
font’
Ils vivent dans un monde, ils peuvent même diriger le monde, et ne pas savoir ce qu’ils
font.
Mystère de révélation et mystère d’aveuglement qui se côtoient mais ne se rencontrent
pas.
Mais rien n’arrêtera ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé

CINQIEME DIMANCHE temps ordinaire A 2026

Lumière du monde

«Vous êtes la lumière du monde»…
Ça a l’air très simple..
Et on peut comprendre : C’est nous les chrétiens, qui avons la vérité !
D’une certaine façon, si on est la lumière du monde c’est qu’on est les meilleurs.
Puisqu’on est les meilleurs il faut se montrer.
Se faire entendre, surtout prodiguer des conseils..!
« vous êtes la lumière du monde »…
J’ai l’impression que notre religion, notre foi, peut être la plus belle des propositions
pour l’homme, la plus belle des révolutions.
Mais j’ai peur souvent que, mal comprise, elle devienne la plus fausse des propositions.
Ce contre quoi on vitupéraient les grands athées comme Nietzsche, Sartre, Camus.
De quelle lumière parle Jésus ?
C’est bien la première question que nous devons nous poser.
Parce que, curieusement, tout le monde pense être lumière pour tout le monde…
Tout le monde pense être une lumière..!
C’est quand même un phénomène curieux…
Et le grand, le spécialiste de la lumière trompeuse, il s’appelle le porte lumière, Lucifer.
C’est le premier producteur de lumière qui mène aux ténèbres.
Notre Lucifer, autrement dit Satan, utilise toujours la lumière pour conduire ceux qu’il
veut duper dans ses labyrinthes de ténèbres et d’orgueil.
Cela veut dire que pour arriver au mal on commence toujours par emprunter une rue
éclairée.
Donc, la première prudence c’est de savoir qui porte la lumière qui va éclairer nos pas.
Et de se demander si notre lumière est bien celle dont parle Jésus-Christ.
« vous êtes la lumière du monde »
En fait il est assez facile de comprendre à peu près ce que nous demande Jésus-Christ.
Mais de le vivre en actes ? il semble que ce soit une autre affaire.
Et tant que l’on ne peut pas l’exprimer par notre cœur, je pense qu’il y a une tromperie
à vouloir être la lumière du monde.
Un chrétien ne peut pas être trompeur. Sinon il trahit Jésus-Christ.
Tous les textes d’aujourd’hui rebondissent sur ce thème de la lumière.
Alors je veux partir de la source.
Comment faire pour ne pas être hypocrite ?
Jésus s’adresse à ses disciples, à ces intimes, choisis, auxquels il livre les mystères du
royaume.
Et chacun de ses apôtres sait très bien qu’il n’est pas une lumière.
Jésus n’a pas choisi des lumières pour annoncer la délivrance de l’homme.
Et chacun de ses apôtres sait ce que Saint Jean écrira merveilleusement au début de
son Évangile :
« tout fut par lui et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui était la vie.
Et la vie était la lumière des hommes…». [Jn 1, 4]
Voilà nous avons déjà là une première base de compréhension.
La lumière c’est la vie.
La vie du Verbe de Dieu.
Et je continue dans l’Évangile selon saint Jean :
« la lumière luit dans les ténèbres
Et les ténèbres ne l’ont pas saisi.
… il était la lumière véritable qui éclaire tout homme venant dans le monde.
… Le monde ne l’a pas reconnu… Les siens ne l’ont pas accueilli….»
Et je continue :
« oui de sa plénitude nous avons tous reçu et grâce sur grâce.
Nul n’a jamais vu Dieu ;
Le Fils unique, engendré qui est dans le sein du père lui nous l’a fait connaître.» [ Jn 1. ]
Que c’est beau… Je n’aurais pas besoin de commenter.
Et Saint Jean revient sur ce thème de la lumière dans sa première lettre ;
« si nous marchons dans la lumière comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes
en communion les uns avec les autres et le sang de Jésus nous purifie de tout péché »
[1Jn 1,7]
Alors là on peut dire que ça se précise.
« vous êtes la lumière du monde»
Bien évidemment ce n’est pas nous qui produisons la lumière.
Mais comment un chrétien peut-il rayonner la lumière du Christ ?
Certains spirituels ont utilisé la comparaison de la vitre.
Un chrétien devrait être une vitre limpide qui laisse passer les rayons du soleil.
Il y a un peu de cela effectivement, dans le sens où nous devons nettoyer notre âme pour
qu’elle ne fasse pas obstacle à la lumière de la grâce.
L’homme de foi doit rendre pur le fond de son âme pour qu’à travers lui le visage du
Christ apparaisse à ses frères, par la prière et le sacrement de confession.
Mais dans la comparaison de la vitre il y a quelque chose de passif qui est incomplet.
Nous ne sommes pas des vitres.
Et c’est Isaïe dans la première lecture qui enrichit les dispositions du chrétien pour
devenir lumière de vérité.
Que dit Isaïe ?
« si tu partages ton pain avec celui qui a faim…»
Alors attention…
Quand les jeunes d’aujourd’hui disent : ‘c’est mon pain’, ça équivaut à ‘c’est mon
Crush’.
Le prophète n’est pas aussi poétique que les jeunes de notre temps.
Isaïe ne dit pas ‘ partage ton crush avec celui qui a la dalle ‘…
Pour lui, partager son pain, accueillir le pauvre chez soi, c’est devenir lumineux de la
lumière de la grâce.
Il va même plus loin..
‘Si ce que toi tu désires tu t’en prives pour le donner à celui qui n’a pas, alors ta lumière
se lèvera dans les ténèbres.’
Autrement dit nous deviendrons lumière sur le monde.
Et ça c’est pas évident.
Parce que devant le pauvre, il est tellement difficile de partager ce que nous possédons
que ça se finit bien souvent en demande de miséricorde.
Seigneur aie pitié de nous.
Il ne s’agit pas de donner des conseils donc, il s’agit de s’oublier pour donner ce que
nous aimons.
Ce n’est plus d’avoir le rôle d’une vitre.
Avec Jésus-Christ nous allons encore plus loin.
La lumière de Jésus-Christ en nous, c’est la charité qui est le don de soi.
Et même davantage, c’est la charité qui le don de Jésus-Christ en nous.
Alors vous voyez, frères et sœurs, nous arriverons à être lumière si nous sommes dans
l’union avec Jésus-Christ jusqu’à s’oublier.
Et jusqu’à oublier toutes nos habiletés et notre sagesse humaine, comme le dit saint
Paul.
Et ça ce n’est pas facile.
Ce n’est pas facile d’être vidé de nos qualités et de nous présenter craintif et tout
tremblant pour laisser passer la lumière divine toute puissante à travers nous.
« soyez la lumière du monde»
On comprend maintenant que c’est une parole extrêmement exigeante, parce que cela
veut dire que ce n’est plus nous qui vivons et que c’est le Christ qui vit en nous.
Cela veut dire que l’on a accepté toutes nos faiblesses, qu’on ne craint pas de les
exposer aux moqueries des méchants.
Ce n’est effectivement, que lorsque nous sommes devenus pauvres de toute richesse
que nous rejoignons le pauvre dans son cœur, et que nous pouvons communier avec lui à la
lumière du Christ qui est venu dans nos ténèbres.
Alors, oui, notre foi ne sera pas fausse et notre religion trompeuse.
Mais pour être en vérité et avoir un message de vérité nous devons être Saint de
l’Esprit Saint.
Et pratiquement : prier beaucoup- se confesser régulièrement- avoir un Père spirituel
s’unir au Corps de Jésus dans la communion- être pauvre de cœur et se donner aux
pauvres. Tout cela peut se faire discrètement et ainsi la lumière monte sur notre monde.

BAPTEME DU CHRIST 2026

Jésus au cœur de la réalité
L’homme est compliqué.
Il est compliqué parce qu’il doit gérer plusieurs mouvements de croissance au long de sa vie.
Il a un âge pour se laisser porter. Et un âge pour être responsable.
Il a un temps où il doit faire, construire et courir.
Et il est un temps où il doit se calmer et purifier son regard.
Il a un temps où il doit regarder la terre et la travailler.
Et un temps où il doit regarder le ciel et apaiser son cœur.
Il a un temps d’;expression. Et un temps de silence.
L’autre jour, je voyais une petite fille, 4 ans… Qui voulait mettre ses chaussures toute seule. Elle affirmait fièrement « je fais toute seule. Maintenant je suis grande…! »
Et tout le monde de sourire, parce que c’était bon signe.
Qu’elle veuille devenir grande…
Pourquoi l’homme est compliqué ?
L’homme et la femme j’entends, bien sûr.
Parce que sa courbe de croissance croise une courbe de maturité qui n’ont pas, l’une ni l’autre, la même équation.
De plus la courbe de croissance, et la courbe de maturité, ne s’appliquent pas de même façon au corps et à l’âme.
Et pour compliquer les choses, l’homme et la femme doivent tenir compte de leur désir pur et de leurs tendances impures qu’ils n’arrivent pas toujours à distinguer.
Et pour compliquer les choses… l’homme et la femme doivent ouvrir la fenêtre de la grâce divine qui seule peut harmoniser tout cela.
Que c’est compliqué de gérer tout ça pour une seule personne !
Comment faire quand on a 10, 15 ou 30 ans, pour garder l'équilibre et pour grandir toujours ?
Dernièrement, je relisais l’une de mes notes de lectures, d’il y a 40 ans.
Et j’y trouvais une lumière.
Dans la vie de Saint François-Xavier, apôtre des Indes et du Japon.
Quand il était ado, ses parents étaient étonnés de son intelligence remarquable. Et ilsl’avaient confié à un maître : Pierre Veillard.
François Xavier s’est toujours rappelé de son maître qui brillait par sa doctrine et par sa sainteté.
Et j’ai remarqué que chez les grands apôtres on retrouve souvent ce respect et cette reconnaissance pour un maître qui ont éduqué leur enfance.
Sans être grand apôtre, je me souviens de certains hommes sur ma route qui malgré leurs défauts, m’ont appris, par leur dévouement, à grandir .
Monsieur Chaunier, monsieur Caron, frère Charles Eugène… père Jérôme… les plus proches, et il y a tous ceux, ma famille d’esprit, auxquels je bois encore à la source de leurs bonnes influences.
Ces hommes grandissaient en grandissant les autres.
Ils trouvaient leur joie à bien former les têtes un peu jeunes et légères que nous étions à l’époque.
Je ne cite pas ceux qui sont encore vivants.
Pourquoi je dis tout cela le jour du baptême du Christ ?
Le Christ est né bébé.
Il a grandi.
A 12 ans, il grandissait, est-il dit, en taille, en sagesse et en grâce.
Aujourd’hui, le Christ à 30 ans.
Il a grandi. Et nous avons le Christ à l’âge de la maturité.
Il va commencer sa mission visible, publique d’accomplissement du salut du monde.
Or, comment s’y prend-il ?
Jean-Baptiste ne le comprend pas.
Personne ne le comprend.
Il va se mettre aux genoux de ce prophète un peu rustre pour vivre un rite de
purification dont il n’;a pas besoin.
Complètement incompréhensible.
Sauf… si l’on se dit que le Christ introduit à ce moment-là une nouvelle sagesse dans notre monde.
Non pas par des paroles :
« Laisse faire, dit-il à son cousin Jean-Baptiste,… tu comprendras plus tard. En tout cas ceux qui croiront en moi comprendront plus tard…»
Quelle est cette nouvelle sagesse que le Christ introduit dans le monde ?
Le Christ est descendu à Jéricho.
Le Jourdain s’écoule à peu près à 1 km de Jéricho, la ville la plus basse du monde, à environ 250 m en dessous du niveau de la mer Méditerranée.
Et le Christ s’abaisse devant un homme qui n’est même pas digne de dénouer la courroie de sa sandale…
Nous avons là la clé de l’œuvre d’amour de Dieu, et en même temps la clé de la plus haute sagesse humaine.
Après l’âge de croissance, Jésus nous montre que si l’on veut transformer le monde, si on veut élever le monde, et ça les jeunes comprennent difficilement, (normal…) hé bien, il faut s’abaisser. Descendre au cœur du monde. Se faire proche.
L’esprit du monde est selon un autre schéma.
L’esprit du monde, c’est de trouver tous les moyens pour s’élever, pour couvrir le plus de surface possible, accumuler richesses et de connaissances pour dominer.
L’esprit du monde, d’une certaine façon, n’est pas passé dans le régime de la
maturité. Il est un enfant qui veut grandir toujours selon le mode de l’enfance.
Jésus arrive…
Et développe une autre sagesse.

Le Christ s’abaisse au plus bas pour sanctifier de sa présence divine le plus bas.
Et ça c’est une autre sagesse.
C’est la sagesse du maître qui accueille l’imperfection du disciple, qui se met au niveau du disciple pour mettre en valeur ses dons.
Le vrai artiste entre dans la même sagesse.
Le vrai artiste descend dans l’épaisseur de la réalité pour révéler une beauté que personne n’avait encore vue.
Que fait Jésus ?
Il prend un rite. le baptême de Jean-Baptiste. un rite purificateur.
Un peu comme quand on se lave les mains. Jésus entre dans ce rite.
Il vient tout simplement recevoir de l’eau sur lui-même.
En a-t-il besoin ? aucunement.
Mais alors que se passe-t-il au moment où Jean baptise Jésus ?
Voilà la sagesse accomplie :
Jésus introduit sa force divine, sa propre puissance de purification – il est source, il est puissance d’amour – dans un rite tout banal et même habituel chez les Juifs.
Au lieu de recevoir le rite de Jean son cousin, il transfigure par sa présence divine la signification du baptême.
À partir de ce moment-là, le baptême n’est plus une simple purification, il est la rencontre de la grâce de Dieu. Il devient un sacrement.
La grâce du baptême de Jésus descend au plus bas de notre monde et de notre cœur,
pour apporter la lumière de Dieu, c’est-à-dire pour ouvrir notre cœur à l’amour qui peut complètement le combler.
Et ça c’est une nouveauté qui donne sa maturité au monde entier. Que Jean n’avait pas découvert.
Toute sa vie le Christ va reprendre ce schéma.
Dans chacun des sacrements. La communion bien sûr, la confession, le mariage et tous les autres. Le même schéma.
Il vient habiter ce qu’il y a de plus bas en nous, nos misères, nos souffrances, nos péchés, pour les transformer et les enrichir.
Il va les vivre, et parce que Jésus les a vécus, si nous le vivons avec lui nous entrons dans une maturité de lumière et d’amour.
Et ça personne ne peut le comprendre s’il n’a pas la foi en celui qui est descendu dans le monde pour nous élever jusqu’au Ciel, jusqu’au Père.
L’homme, la femme, qui a la foi est le seul, la seule, qui accède à la maturité de sa personnalité.
Le monde est un immature qui court après les biens et les richesses en n’ayant pas tout compris.
Celui ou celle qui a la foi en Jésus-Christ notre Sauveur, vraiment notre Sauveur, il accède à la beauté de son cœur, à la beauté de son humanité.
Il comprend que la maturité c'est d'habiter la réalité par une présence noble.

TROISIEME DIMANCHE temps ordinaire A 2026

 

Constances de vie spirituelle
Comme notre religion est simple. Quand on lit cet évangile c’est puissant et simple !
C’est lumineux et paisible !
Normal, c’est divin…!
Avoir la foi chrétienne, c’est comme si, peu à peu… ‘peu à peu’, parce que, ici-bas, on s’accroche à l’éternité par du ‘peu à peu’, avec parfois
il est vrai, des instants d’éblouissement. Avoir la foi chrétienne donc, c’est comme si, peu à peu, on buvait un grand bol de joie qui
va au profond de notre âme. D’ailleurs, il y a une certaine souffrance du chrétien : c’est que tout ce qu’il vit c’est
trop pour lui, c’est trop de joie, trop de grâces. La joie infinie de Dieu dans les fibres de notre être, au début en tout cas, elle fait mal. On confond même parfois cette souffrance avec un mal… alors que c’est la présence
amoureuse de Dieu qui nous envahit. Tout comme on confond la lumière trop grande de Dieu avec l’obscurité. « je n’y vois rien… »
Mais c’est normal, puisque Dieu nous aveugle qu’il soit si clair, si simple, si pur. !
Et bien souvent, les débutants font cette erreur – parce que ça se passe au profond
d’eux-mêmes, et il y a tant d’intensité de vie à l’approche de Dieu – qu’ils se mettent à
douter. En fait, ils ne doutent pas de Dieu, ils doutent d’eux-mêmes, de leur capacité à recevoir
Dieu. Dieu réveille tellement de zones endormies ou cachées en nous… C’est d’ailleurs ce qu’on appelle la crainte du Seigneur. Le Christ est tellement celui qu’on espère, tellement celui qui réjouit le fond de notre
âme, qu’on a peur d’y croire. Alors je voudrais avec ces quelques mots de l’Évangile, rappeler quelques constantes de
la vie avec Dieu. Jésus passe sur une plage, ça paraît si banal… Dieu passe sur une plage, une plage tranquille… pour ceux qui ont été sur la plage de
Capharnaüm il y a cette atmosphère magique de paix, de silence, avec seulement
quelques poissons qui sautent hors de l’eau, comme s’ils sautaient de joie pour montrer… qu’ils sont là !
Dieu passe sur une plage et il appelle. « toi.. viens… »
« viens, je te ferai pêcheur d’hommes… je te ferai celui qui connaît les mystères de
l’homme et même les mystères de l’éternité dans l’homme »
Et en voilà un qui le suit. Qui suit Jésus.

Et en voilà un deuxième : « viens on a trouvé le Messie ! »
Mais est-ce qu’on se rend compte la force de cette simplicité ?
Des hommes, des pêcheurs, au cœur éveillé quand même, dans une ville qui était un port
de pêche, occupée par les Romains, en fait un village qui faisait office de frontière, un
petit poste frontière avec peut-être 1000 habitants, qui voyait passer beaucoup de
monde, c’était pas brillant, capharnaüm. Des maisons construites en basalte gris-noir. Il y avait des pêcheurs, et il y avait des ‘pécheurs’ et des pécheresses. On pourrait presque chanter l’Amsterdam de Jacques Brel : ‘Dans le port d’Amsterdam il y a des marins qui chantent les rêves qui les antent au
large d’Amsterdam… il y avait des marins qui mangeaient.. des poissons ruisselants… ‘ Sur la plage de Capharnaüm il y a des marins qui triment, et qui tirent leurs filets avec
des blagues de marins… et ça sentait le poisson. Elle est belle notre Bible, en fait. Parce que c’est au bruit doux des vagues sur la plage, comme au silence des roseaux au
bord du Jourdain, que Dieu est venu introduire dans notre monde le royaume de Dieu, la
vie éternelle. Cette irruption de la vie éternelle qui a eu lieu dans le cœur des apôtres a toujours lieu
dans notre cœur aujourd’hui au milieu d’un monde bien plus perturbé encore que le petit
port de Capharnaüm. Il y a quelques constantes dans la vie spirituelle, qui étaient déjà tout exprimées, rassemblées dans les quelques secondes de la rencontre avec Jésus et de la réponse des
apôtres. La première constante je dirais c’est la grandeur dans la simplicité. Quand on a la foi, un souffle large agrandit notre cœur et notre intelligence. Et ce souffle il ne se voit pas. il est tellement simple. C’est le souffle de la grâce de Dieu, qui est tellement simple que ceux qui commencent à
l’écouter n’en croient pas leurs oreilles. Il faut de la prière, des années de prière pour que cette voix discrète de Dieu soit
reconnue, avec simplicité. Et appréciée, je dirais presque dégustée. Ça c’est une première constante de la vie intérieure. On pressent la grandeur de Dieu qui nous frôle, mais on n’arrive pas à la reconnaître sur
le moment.. Il y a une deuxième constante. C’est la croissance de la lumière dans l’obscurité.

On croyait être dans la lumière. Et la grâce de Dieu nous apprivoise peu à peu à son obscurité bienheureuse. À son mystère. (Je parle bien sûr, dans cette homélie, pour ceux qui ouvrent leur cœur en vérité à la
douce voix de Dieu. Les autres n’accéderont pas malheureusement, à la dilatation de leur cœur. Ils restent
tristes de rater quelque chose, sur un goût de frustration indéfinie et de ‘laisse moi
faire mes affaires’, de refus à la pureté du cœur, un peu aigri.)
C’est déroutant au départ. Mais quand on avoue qu’on est aveugle et qu’on entre dans un
régime de libre obéissance, alors, Dieu vient en notre cœur et inonde notre âme de sa
douceur. La lumière de Dieu c’est la douceur de Dieu. Et cette douceur c’est l’abandon dans la foi à l’amour de Jésus. Dans la foi, dans l’obscurité. Le début d’une vie spirituelle, c’est toujours une aventure courageuse, une peu folle, ou
on pressent, sans saisir vraiment, que cette obscurité de la foi, avec les années, elle va
devenir délicieuse. Il y a une troisième constante.. C’est que jamais la foi s’enracine s’il n’y a pas fidélité et persévérance. Je dirais, coûte que coûte. Il faut suivre le Christ, pas après pas. Et qui dit fidélité ou persévérance dit épreuves, dit des hauts et des bas. Un bateau n’est pas fait pour voguer uniquement par temps calme. Le Christ n’a jamais promis de nous épargner les difficultés. Il nous a promis de les porter avec nous, et même de les porter pour nous. Il y a un 4e signe, habituel, une condition de la vie spirituelle, qui rend visible l’ami(e) de
Dieu. C’est que l’ami(e) de Dieu trouve sa plénitude dans le dépouillement, dans la pauvreté… Vertu complètement étrangère à notre monde. Moins l’homme est alourdi les aides du monde, du succès, des richesses, des assurances, des informations de toutes sortes qui prennent la tête, et même plus il laisse tomber ses
protections psychologiques, en fait plus il se présente nu devant le Seigneur, plus alors il
sera porté dans l’Esprit Saint, par l’Esprit Saint. Plus il sera comblé. Heureux les pauvres. Heureux celui qui met son espoir dans l’unique Sauveur. Il y a quand même une autre constante. C’est que la vie spirituelle est toujours unique et elle est toujours une surprise quand

elle devient chemin de fidélité. Dieu est créateur. Jésus est ressuscité. Ce qui nous surprend toujours c’est que Dieu nous fait passer par des chemins que nous
n’avions pas prévus. Ça secoue la carcasse, ça c’est sûr… Dieu est artiste et Dieu veut faire de notre vie une vie d’artiste, une œuvre d’art. Ça, je
me souviens, je l’ai compris à 17 ans. Il n’y a pas un ami de Dieu qui ne soit artiste. Artiste du grand Artiste de la grâce. Enfin la vie spirituelle est une question d’intimité. Plus nous vivrons une relation d’intimité profonde avec le Seigneur plus nous serons en
communion avec l’Église toute entière. Et plus une voix murmurera dans notre cœur : « viens vers le Père »
Et pour celui qui ouvre, dit Jésus, mon Père et moi entrerons, nous ferons notre demeure, et nous mangerons avec lui et lui, avec nous, et nous lui ferons goûter en avant goût la
saveur éternelle. Tout cela, les 4 premiers apôtres l’ont compris quand Jésus, sur la plage leur a dit
« venez sur mes pas, je vous ferai pêcheurs d’hommes… »

DEUXIEME DIMANCHE temps ordinaire A 2026

Les familles de connaissance
J’aime bien Jean.
Parce qu’il nous fait nous poser des questions.
Il est pile à sa place et sa place c’est qu’il n’en a pas.
Elle est relative à Jésus.

Il est l’apôtre de la vérité, de la morale, de l’appel à la conversion et à la purification.
Mais il a, devant tout ça, une mission première et dernière : être la voix qui crie…
Et qui crie quoi ?
Voici celui qui doit venir.  »
Mais est-ce qu’il sait vraiment ce qu’il annonce, Jean Baptiste ?

Il dit vrai, il annonce avec des mots justes que Dieu pose sur ses lèvres, et pourtant il ne comprend pas tout.
Ce témoignage qui vient du désert m’interpelle sur la façon dont nous voyons les choses.
Il existe multiples approches de la réalité.
D’ ailleurs, il y a peut être autant d’approches différentes qu’il y a d’individus.
Mais on peut quand même distinguer des grandes familles.
Allez… Je vais me lancer dans quelques variétés de connaissances.
Comment capte-t-on le monde qui nous entoure ?
Je commence par du facile…
je l’appellerais ‘la connaissance du paysan ́.
Elle n’est pas unique au paysan; le maçon, la mère de famille, l’artisan qui travaille de ses mains, ou le sportif, ont plutôt la ‘connaissance du paysan’.
Je veux dire qu’ils sont tous à l’écoute des signes de la nature pour mieux correspondre à la nature des choses.

Et s’y conformer.
Un coup de vent, un nuage, les traces du renard ou du sanglier, l’air humide ou sec, la fatigue de son dos, parlent au cœur du paysan, à son instinct.
Le paysan est branché sur la nature, ce qui, normalement l’empêche de partir dans les illusions de sa tête.
Sa perception lui garde les pieds sur le sol.

Alors, on va dire, il y a une autre famille qui vit à plein la nature et ses possibilités.
Celle des jouisseurs et des profiteurs…
Qui est, en fait, la perversion du paysan.
Les jouisseurs captent aussi la nature des choses mais pour la transformer en leur profit.
Et c’est justement là la différence avec le paysan :
Le jouisseur prend pour lui les signes et ils se les approprient. Tout être est pour lui, objet à utiliser.
Le paysan respecte et comprend; il est humble. Il entre dans la réalité et la vénère.
Le jouisseur connaît la réalité pour détourner son message.
La capter pour son intérêt, son confort, sa gloire.
Jean Baptiste est un paysan, parce qu’il correspond dans sa simplicité abrupte aux désirs de ses contemporains.
:il y a une autre famille…
La famille ‘artiste’ …
Alors, elle, elle plonge dans le sens des signes et découvre les harmonies  subtiles et profondes.

L’artiste scrute le mystère de la beauté de la création.
Il peut être scientifique, peintre, musicien ou philosophe. Il peut être mathématicien ou poète, étudier les étoiles, pourquoi pas..
Son esprit filtre les mystères de la nature et les exprime.
Mais comme pour le paysan, il y a une perversion de l’artiste.
Qu’on peut appeler la famille ‘trompe-l’œil’.
La famille de ceux qui ne vivent pas ce qu’ils disent, qui n’expérimentent pas.
Ils croient savoir mais c’est un savoir de tête.
ls partagent un savoir en trompe-l’œil. Sans se mouiller à ce qu’ils disent.
Jean Baptiste est un artiste pur.
Sa vie même va exprimer son message de vérité.
Et puis je vois une autre famille…
La famille des prophètes.
Prophètes pourquoi ?
Parce qu’ils sont à l’écoute plus loin que la nature..
Ils veulent la lumière, la source de la lumière.
Les vrais prophètes ne s’arrêtent qu’au fleuve de l’amour qui jaillit du cœur du Christ.
Où donc plonge leur regard et leur connaissance ? :
Dans leur cœur.
Leur cœur imparfait et blessé, soit.
Mais ils cherchent la lumière qui guérit.
Et par là ils passent par la connaissance du paysan et celle de l’artiste et celle de l’amoureux et de l’ami et celle du sacrifice.
C’est la connaissance de Jean Baptiste.
Il reçoit le message qui le dépasse.
Et il le transmet en craignant même de le toucher.
Connaissance la plus respectueuse et surtout la plus humble .

La plus vraie et utile pour notre monde.
« Voici l’Agneau de Dieu… »
Mais Jean ne comprenait pas !
Et il a touché de ses mains l’Agneau de Dieu…!
Et il l’a offert au monde, à nous.
En sachant que lui devait disparaître car il n’était que le messager, relatif à la lumière.
des prophètes…

C’est la famille ‘ perroquets. ‘
Ceux qui ont compris que l’Église conservait un trésor.
(Ils n’ont pas compris qu’elle est l’Epouse. C’est pour ça qu’ils n’ont pas le vêtement blanc des noces…)
Ils proclament la lumière, mais ne s’en approchent pas trop. Parce qu’elle est engageante.
Mais ils trouvent un certain profit à l’Église…

Contrairement à Jean Baptiste, ils ne disparaissent pas.
Ils n’acceptent pas le sacrifice…
Il n’est pas interdit de nous évaluer dans chacune de ces familles.
Mais si nous ne voulons pas virer dans les ‘familles déviations’, nous devons engager notre cœur.
La grâce de Jésus, l’Agneau de Dieu, doux et fort, tracera alors son chemin de vérité et de joie pour notre vie.