VINGTIEME DIMANCHE ORDINAIRE 2025
Bouc émissaire
Jérémie, le prophète qui gène…
Il faut dire que Jérémie est fort de café. Il prophétise la mort d’un prophète autoproclamé : Hananya. Et Hananya meurt quelques mois après.
Il prophétise la destruction de Jérusalem, la déportation de ses frères, suite à la dégénérescence du pays. Tout se réalisera.
La vérité ne plaît pas à tout le monde. Plusieurs fois, il frôle la mort programmée par ses frères.
L’épître aux Hébreux parle aussi de la même incompréhension.
«… Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité… »
Et puis, la source : l’Evangile… Même propos. Jésus parle, Jésus brûle…
« Je suis venu apporter la division… » Ah…. ?!
« Pas pour semer la pagaille, mais parce que je porte un feu sur la terre.
Le feu de la vérité et de l’amour. »
Et alors ? ….
Alors… voilà la clé de l’affaire : « je vais recevoir un baptême, dit Jésus. Le baptême de mon sacrifice »
Voilà, chers frères et sœurs… nous avons la couleur de ce dimanche.
C’est un profond mystère… d’ombre et de lumière.
Qu’est-ce que c’est que cette manie d’éliminer celui qui nous gène ?
Pourquoi l’homme n’a jamais fait aucun progrès contre la violence et l’exclusion?
Que ça provienne d’un esprit raciste, ou d’un jugement complotiste, ou n’importe quelle autre obsession, fondée ou imaginaire.
Certains, moins pulsionnels, mais tout aussi coupables, définissent leurs ennemis à abattre, avec préméditation, visant un défaut réel qui va leur servir de garde-manger.
Au moins quand ils se réveillent, ils ont quelqu’un à haïr.
Il nous faut un ennemi préféré.
Il nous faut un dinosaure caché dans le placard pour nous faire peur.
Et en même temps, pour évacuer nos peurs sur une victime.
C’est une espèce de superstition très commune et générale.
C’est un mouvement d’esprit qui tient à la superstition.
On attribue tous les malheurs du monde à quelqu’un qui en fait nous renvoie à notre vérité. Ça nous permet de détourner nos peurs et de nous croire libre.
Mais ce n’est pas une solution .
En fait, tout ça n’est pas si facile… Je vous ai dit que c’était un mystère.
Parce que ça va encore plus loin.
Il nous faut un ennemi. N’importe lequel, mais il nous en faut un.
Pour soulager notre inquiétude.
Et pour certains, l’ennemi, c’est eux-même. A défaut d’autres victimes.
C’est très difficile à vivre que de s’accuser soi-même, parce que dans ces cas-là on ne s’en sort pas.. Dépression ou névroses…
C’est quand même plus facile d’accuser son voisin ou un prophète, que de s’accuser constamment soi-même.
Ces personnes sont proches de la réalité. Elles croient voir le loup là où il n’y a que l’ombre du loup.
Ils pensent que le loup c’est eux même, leur corps, leur âme, leur vie, leur destin…
Il s’en veulent et ne s’aiment pas.
C’est vrai qu’il y a un loup, mais il est en eux, distinct d’eux.
Nous avons tous un loup en nous-même, que nous pouvons apprivoiser, si nous découvrons sa cachette.
Mais si on se croit soi-même le loup, on se mord la queue et on désespère de notre salut.
Alors je m’enfonce dans ce mystère…
Quel est mon ennemi principal… ?! ma victime ?
L’ennemi indispensable, dont j’ai besoin ?
Parce que c’est bien là que se situe le problème.
Il nous faut un ennemi, nécessaire, pour justifier nos insuffisances.
Or, pour embrouiller le mystère, le vrai loup, le vrai ennemi, il a appris à se cacher.
À se dissimuler, à nous tromper.
Cette manière de procéder correspond très exactement à celle du Démon.
Il reste tranquille tant qu’on le cherche où il n’est pas, c’est-à-dire tant qu’on marche sur ses chemins, sans le voir. Là il est actif !
Mais lorsqu’on en vient à pointer sur lui un rayon de lumière, alors il se débat pour se cacher et pour retrouver une autre position qui nous trompera.
Comment se sortir de cette lutte épuisante d’avec nos ennemis ?
La solution la plus courante, et admise, c’est de se protéger par le mensonge, aux autres et à soi.
Si vous avez quelque chose à cacher… vous êtes dans le mensonge.
Si vous n’avez rien à cacher, vous êtes vulnérable.Vous serez désigné comme l’ennemi; comme Jérémie; comme Élie; comme tous les prophètes et bien entendu comme le Messie dont nous sommes disciples.
«bienheureux les persécutés à cause de la justice, de la vérité et du nom de Jésus»
Parce que ces persécutés sont ceux qui ne se protègent pas.
Il y a ceux qui gardent un recoin de dissimulation et qui vont et viennent à la lumière mais ils gardent des zones d’ombre, des retranchements et des protections.
C’est le grand nombre d’entre nous.
Un jour, ils se reçoivent les coups.
Un autre jour ils en donnent. Ou ils se cachent.
Et ils avancent toujours dans des demies-mesures pour reculer, puis repartir.
Ils ne goûtent pas à la paix.
De ceux ci, Jésus dira :
« Allez-vous en loin de moi, je ne vous connais pas… »
Alors, il reste une dernière catégorie, si on peut dire…
Il y a ceux qui veulent courir sur le chemin de lumière et lâcher leurs protections…
Tant que le travail n’est pas fini, ils seront désignés comme l’ennemi. Ils auront toujours tort. Ils ne seront pas plus forts que le Maître.
Cependant il y a une dernière grâce qui vient couronner ce chemin de vérité.
C’est quand ils sont devenus limpides. L’Esprit Saint les entoure, les porte, les offre au monde comme des sources de grâces et de lumière.
Le diable n’a plus de prise sur eux.
Et nous avons comme splendide modèle la Reine des saints.
Marie, que le diable n’a même pas pu reconnaître tellement elle était pure.
Elle n’avait aucun recoin en elle dans lequel il eut pu se cacher.
Marie, n’avait aucun ennemi extérieur parce qu’elle n’avait aucun ennemi intérieur.
La grâce de l’Esprit Saint a vaincu le monde et a vaincu son Prince, le Prince de ce
monde mensonger. Et Marie est la plus belle victoire.
C’est le diable que nous devons chasser.
Le voici, le véritable, le seul ennemi.
Mais en quoi consiste cette chasse ?
Très bizarrement, quand on a un ennemi on veut le massacrer.
Or Jésus n’a jamais fait ni prôner de massacre. Même contre le diable.
Il n’a jamais pris le Diable comme victime.
Et pourtant il faut une victime.
Alors ? eh bien alors, Jésus s’est proposé pour être lui-même La victime.
C’est absurde, il est l’Innocent.
Il est celui auquel on n’a rien à reprocher.Et bien justement, Jésus se propose comme victime.
Il se propose pour porter la malédiction du Diable.
Il se propose pour que nous le massacrions.
Pour tuer le Diable, mais en fait pour se libérer de tout ce qui nous plombe la vie, de tous les loups intérieurs et toutes les pestes extérieures, il a fallu tuer Jésus.
Et tant que nous ne serons pas autour de la Croix, nous chercherons des coupables dans nos familles, dans nos villages, dans nos gouvernements, dans toutes les
bêtises qu’on nous serinent dans les médias.
On nous offre au long des jours des motifs de mécontentements pour échapper à notre culpabilité.
Il n’y a pas plus lourd à porter pour l’homme et pour la femme, que sa culpabilité.
Et seul, l’amour de Jésus, mort par nos péchés, et Lumière ressuscitée pour notre paix, peut faire l’union dans notre monde.
Mais de toute façon, son feu d’amour et de vérité qu’il est venu répandre dans le monde sera toujours signe de contradiction.
Pour ceux qui veulent brûler à son feu, leur cœur sera apaisé.
Et pour ceux qui voudront se cacher de ce feu, ils entretiendront la violence dans notre monde.
Dans leur famille, dans leur village, dans leur pays, parce qu’ils ne se libéreront pas de leur cœur de violence.
Celui qui n’a pas la foi en Jésus-Christ Sauveur, sera mangé par la violence et le conflit. Toujours gêné.
Le Chemin de paix, c’est Jésus-Christ, sacrifié par nous, et qui nous aime.
Que l’on rejoint parfaitement dans la messe.