HOMELIE CHRIST ROI

Christ Roi….
Cet appellation a une connotation politique.
Et pourquoi pas ?
Mais cela peut amener une confusion dans l’esprit des chrétiens.
Le Christ n’est pas un leader politique.
Le Christ est au dessus de toute politique.
Je veux dire par là que le Christ est au-delà de tout clivage politique, de tout développement historique d’ordre politique ou culturel.

Ça n’empêche que le Christ agit dans la société, dans la politique, mais indirectement, par le fait que les hommes qui composent la société et qui dirigent la politique peuvent avoir la foi et la vivre.
Le Christ a dit à ses disciples :
‘ vous n’êtes pas du monde, mais vous êtes dans le monde ‘.
Le premier, le Christ est ‘au-dessus’.

Le Christ a donc une influence sur notre société, qu’elle soit chrétienne ou anti-chrétienne.
C’est très important de respecter la priorité des choses.
La perfection supérieure de la grâce divine qui est dans le Christ, première, au-dessus du monde.

Pourquoi je dis tout ça ?
Parce que certains chrétiens ont dans leur tête l’ambition d’une révolution sociale chrétienne. Ou une révolution culturelle chrétienne.
Comme si c’était une nécessité, un but à atteindre.
Leur foi consiste pour eux à construire une société meilleure. A instaurer un ordre chrétien.
Bien sûr ce n’est pas mauvais en soi, mais c’est idéaliste. C’est une utopie !
Une bonne utopie, mais une utopie.
Que la foi construise une société harmonieuse, où tout le monde il serait beau tout le monde il serait gentil et charitable, c’est dans l’ordre du rêve.
C’est un jugement incomplet.
C’est un rêve qui a produit des désastres au cours de l’histoire.
Depuis l’Inquisition, en passant par une Église puissante et comme par hasard décadente, par des mouvements comme l’Action française au début du siècle dernier, condamnée par l’Eglise, ou encore par la théologie de la libération davantage usitée en Amérique latine… ou à l’opposé par un national-catholicisme plus proche de nous, ce rêve renaît continuellement de ses cendres, entretenu par de doux slogans comme :
‘ prions pour la France, pour qu’elle retrouve ses racines chrétiennes’
….. Bien sûr, mais pas si on veut que la France soit le territoire d’une religion officielle.
Ça n’a jamais été le propos du Christ ! nous ne le trouvons nulle part dans l’Évangile.
Le Christ n’est pas venu pour forger une culture chrétienne. Il ne le prône jamais un cadre politique. Et je dirais, cette conception est néfaste !

Quand Pilate demande à Jésus s’il est le roi des Juifs, Jésus répond :  » c’est toi qui le dis  »
Autrement dit, tu le dis avec tes paroles humaines. C’est peut-être vrai, mais c’est réducteur.
Quelques mois avant sa Passion, il est dit que « Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul. » [Jean 6,15]

Alors en fait….
Le Christ est venu changer les cœurs.
Le Christ est venu changer chaque cœur au fond de nous-même.
Il n’est pas venu faire une révolution sociale qui fixerait le monde dans une foi obligatoire, ou pire : conquérante.
C’est un rêve qui permet de ne pas avoir les yeux en face des trous.

Le Christ est venu mettre un feu. Et ça il le dit !
Et ce feu, il n’est pas social, il est au cœur de notre cœur.
C’est une rencontre qui peut bouleverser notre vie et ensuite irradier sur la vie de nos ami(e)s.
Ou même de nos ennemis.
Mais d’abord notre cœur doit être bouleversé par l’amour.

Le Christ est Roi parce qu’aucune réalité ne lui échappe.
Pas de l’extérieur, mais depuis l’intérieur il transfigure toute réalité de sa lumière, par sa présence. Il est là, et ça suffit !!
Il appelle toute réalité obscure ou mortelle à une résurrection.
À sa Résurrection.
La révolution que doit attendre un chrétien n’est pas une révolution politique ou une révolution sociale, culturelle, toutes ces révolutions ont été expérimentées et ont échoué.
La révolution que doit espérer un chrétien c’est une révolution spirituelle de son cœur, de chacun de nos cœurs; qui permettra le passage de la grâce divine, et le passage de l’inspiration de l’Esprit Saint, dans la pâte humaine.
La pâte humaine c’est à dire la politique, la science, l’éducation, la santé, la famille, la relation avec notre voisin, l’économie, et toutes les doctrines ou philosophies qui cherchent un bout de vérité.
Le chrétien n’est pas là pour faire une société chrétienne il est là pour rendre chrétienne la société parce que lui-même est chrétien.
C’est une nuance, fine mais très importante pour ne pas faire du massacre.
Quand une société est officiellement chrétienne elle vire inévitablement et très vite, au pharisaïsme, le pharisaïsme qui a tué Jésus.

Par contre, n’importe quelle société peut être transfigurée par d’innombrables petits éclats d’Esprit Saint.
Qui viennent d’où ?
Pas d’une loi, mais de notre cœur uni à Celui du Christ qui devient comme une étoile, qui peut être discrète, et pourtant super efficace dans la nuit du monde.

Ceci dit posé….
Je me tourne vers nous chrétiens, chacun de nous, dans cette église qui sommes de l’Église catholique romaine.
Notre foi nous oblige à avoir certaines attitudes sociales, familiales, à faire des choix en harmonie avec la grâce et la nature.
Ce sont les fondements sur lesquels Jésus-Christ a enfanté son Église. Notre belle Eglise.
Un chrétien ne peut pas faire n’importe quoi. Ni penser n’importe comment.
Dieu a fait les arbres qui poussent de la terre jusqu’au ciel; il a fait la mer qui bouge sous l’influence de la lune et qui retient ses eaux par ces rivages; il a fait le couple humain, homme et femme, capable de procréer un petit bébé, qui devient grand; il a fait les saisons, l’espace et les étoiles, il a fait l’intelligence de l’homme,
distribuant ses perfections selon un ordre et une nature magnifiques…
Eh bien…
Jésus-Christ, de la même façon, a fait son Église avec des perfections encore plus lumineuses à nous faire pleurer de bonheur.
Et parmi ces perfections, le Christ a institué les apôtres, avec Pierre comme pierre d’unité, et comme dépositaire des pouvoirs divins du Christ Roi.
Le Christ a donné une charpente à son Église, que sont les ministres institués, les évêques et les prêtres, et par là il a donné un sens politique à son Église.
Que l’on ne peut pas remettre en question sans trahir la pensée du Christ.
Et c’est ce qu’indique cette fête du Christ Roi, aussi.
Le Christ est tête de toute la communauté qui croit en lui.
C’est dans la nature, dans l’ADN de chaque baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit .
Il y a dans notre ADN de chrétien un appel à la communion à un seul Père, par un seul Fils de même divinité que le Père, dans un seul Esprit Saint.
Et cela a des retombées pour nos relations qui doivent être reçues de Jésus rendu visible sur terre par le Pape, les évêques et les prêtres qui sont dans la communion à notre Pape.
Et quand j’entends certaines critiques de chrétiens contre des décisions théologiques ou morales, ou même pastorales, qui viennent de Rome , de certains chrétiens qui pensent construire l’Église par eux-mêmes, parce que eux savent mieux que les autres ce qui convient à l’Église, je me dis qu’ils n’ont rien compris ni à Jésus-Christ, ni à l’Évangile, ni à la grâce de Dieu, et a fortiori à l’Église.
Ou bien ils ont compris et ils sont devenus des traîtres.
Ils ne peuvent pas aider le monde s’ils n’ont pas compris l’Église.
Ces chrétiens peuvent avoir des valeurs qui sont pourtant valables : ils peuvent se dépenser pour l’amour des pauvres, prôner la tolérance ou le partage, avoir une bonté visible et une apparence d’écoute qui les rendent séduisants …
Mais ils ne sont pas dans la Vérité du Christ.

Dieu donne sa grâce en abondance.
On doit le recevoir au profond de notre cœur.
L’amour fraternel et l’unité des cœurs doit être reçue par Jésus-Christ de la grâce divine.
Tout ce qui part de nous va en sens contraire de l’intention de Jésus-Christ.
Et d’une certaine façon tout jugement qui n’est pas reçu de l’Église, est un jugement incomplet et faux.
Cela, on peut l’appliquer aux chrétiens, et tout autant aux politiques, aux philosophes, psychologues ou éducateurs, aux parents, aux scientifiques, à tous ceux qui cherchent la lumière ou à tous ceux qui veulent répandre une lumière.
Pourquoi cette tendance chez certains chrétiens fervents, à remettre en question la nature de l’Église ?

Pour trois raisons.
D’abord…
Il existe certains tempéraments qui ont peu de facilité à être dociles. Tempéraments davantage rebelles, entreprenants, parfois créatifs, originaux, pleins d’énergie.
Et qui considèrent – c’est là leur erreur – que tout ce qui vient d’au-dessus d’eux les rabaisse et réduit leur liberté chérie.
Malheureusement, s’ils suivent leur tempérament, ils restent centrés sur eux-mêmes, ils ne peuvent pas respirer de la grâce de Dieu et comprendre les valeurs contemplatives ni même la vraie liberté intérieure qui se découvre dans l’obéissance.
Nécessité pour eux d’une conversion, ou mieux, de plusieurs conversions répétées, contre leur tendance naturelle.

La deuxième raison c’est une psychologie blessée qui a engendré des blocages.
Une incapacité à la confiance, une incapacité à admettre l’autorité.
Une vision déformée du père …
Une approche du péché et du pardon abîmée et douloureuse.
Toutes ces souffrances invisibles et intérieures nécessitent d’être guéries pour soigner leur jugement et atteindre l’amplitude d’un mouvement de foi profond.

Enfin troisième raison de ne pas reconnaître le Christ Roi et l’Eglise belle :
C’est le choix du mal, pour protéger son orgueil et son égoïsme.
Alors là, il ne reste que des purifications, des contritions, des pénitences, et peut-être même des exorcismes !
Ce qui rend plus complexe l’affaire c’est que ces trois raisons se conjuguent et se nourrissent bien souvent les unes des autres dans un même homme, et parfois… dans une même femme.

Le Christ est roi.
Il n’est pas roi du monde, parce que le monde touché par le péché originel poursuivra toujours sa route vers son destin.
Mais il est roi des cœurs et des intelligences.
Du cœur qui se tourne vers lui et qui reçoit de lui sa lumière.

Et alors, ainsi envisagé le Règne du Christ, le monde comprend, même si ça reste un peu flou pour lui, que s’il ne reçoit pas de l’Église, il passe à côté de son bonheur.

Complément à l’homélie du Christ Roi

Il n’y a de culture chrétienne que s’il y a des chrétiens qui la vivent.

Une culture, une société ‘chrétienne’ qui ne serait pas vécue par des hommes et des femmes et des familles qui cherchent le Christ et le Royaume de Dieu, serait une culture morte ou une société qui s’appuierait sur un décor sans fondements.

Et donc serait vouée à la dégénérescence et se dissoudrait rapidement.

Résoudre un problème religieux, spirituel, par des moyens politiques est une manœuvre vicieuse et c’est viciée.

Si la religion veut utiliser la politique pour vivifier un  spirituel en perte de ferveur ou en déviations de doctrine, elle ​d​oit le faire avec beaucoup d’infinies précautions, parce que les moyens politiques (ou scientifiques ou sociologiques ou psychologiques) ne sont pas ses moyens propres et ne sont pas adaptés à sa fin qui est d’appeler au Royaume des Cieux; ses moyens propres sont spirituels et marqués de la Croix, du sacrifice et de l’amour.
Une religion décadente ne peut être vivifiée que par des réformes spirituelles qui viennent de l’Église et du cœur de chaque chrétien.

Dans l’autre sens…
Si la politique veut utiliser la religion pour consolider la société, ​la paix, le dévouement , etc… cela mène au désastre de la politique et de la religion.

Surtout quand la religion personnelle est compromise avec le monde et que la politique est dégénérée et corrompue…!

On ne peut pas mélanger les ordres.
Ce qui est spirituel est spirituel
Ce qui est politique et politique.
C’est le principe de Jésus : ‘ il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.’

Il est très louable de viser une société chrétienne ou une culture chrétienne.
Mais pas par n’importe quel​s moyen​s.
Pour fonder une société chrétienne, et pour élaborer et soutenir une culture chrétienne, il est nécessaire (et suffisant) que des chrétiens vivent leur vie chrétienne avec sincérité et engagement.
Que de nombreux chrétiens vivent leur vie chrétienne avec intelligence, tolérance, ferveur.
Emprunter ​d​’autre​s chemin​s pour instaurer une société chrétienne mène au mensonge et au désastre.
Si on veut atteindre une fin sans pratiquer les moyens proportionnels à cette fin, il n’arrive que malheurs.
A fin spirituelle : moyens spirituels, autrement dit sanctification, pénitence, prière.
À fin politique, sociale​ : moyens politiques ;
Et les moyens politiques seront d’autant plus adaptés qu’ils accueilleront la lumière et les principes de l’Église. Car la politique ne se suffit pas à elle-même, elle ne ‘couvre’ pas tout l’homme et elle ne peut tirer d’elle-même sans relativisme, ses principes moraux.
il y a un ordre dans les choses.
Pour un chrétien la priorité consiste à se sanctifier.
Pour un politique, la priorité consiste à bien être éclairé et à bien gérer la prudence politique.

D’une certaine façon on ne peut pas mettre la charrue avant les bœufs.
Commençons par nous sanctifier et par sanctifier notre quartier, plutôt que de brandir des banderoles pour que les obstacles au Christianisme disparaissent.
Vouloir utiliser les valeurs du Christianisme sans entrer dans un projet de sainteté et de fidélité à l’Église et au Christ, c’est une intention qui tourne inévitablement au pharisaïsme et à l’hypocrisie.
D’autant plus que vouloir utiliser les valeurs du Christianisme sans fidélité personnelle au Christ est une œuvre vouée à l’échec rapide et catastrophique aussi bien pour la politique que pour l’Église.

DEUX NOVEMBRE FIDELES DEFUNTS 2025

Espérance et passé

Nous retrouvons régulièrement ces textes lors des obsèques de nos proches. Mais tout aussi régulièrement, nous les retournons dans le souvenir de ceux qui sont partis. C’est normal, quand on vient de perdre quelqu’un notre regard est happé par le passé, par la mémoire, par nos impressions encore vives. Mais ce n’est pas la perfection d’un regard chrétien. Plutôt que de vouloir retenir nos défunts, notre foi nous invite à vouloir les rejoindre. Cela je ne le dis pas à chaque fois dans mes homélies de funérailles… En tant que chrétiens nous sommes enfants d’espérance. Et notre espérance elle est devant nous. Notre espérance c’est que Dieu nous invite… À sa plénitude de présence : beauté à
venir, amour à venir, symphonie à venir de l’Église glorieuse. Où serais-je dans cette symphonie ?
Je n’aurai de réponse que lorsque je présenterai mon ticket. Mais je pourrai goûter la musique de Saint Jean, celle de saint Paul, des apôtres, et
celle de Marie Madeleine et de tous les amis de Dieu, les grands et les petits saints, peut-être de ceux que j’ai connus, avec la Vierge, 1 nitout près du chef
d’orchestre. La Vierge Marie en soliste, parce que personne ne peut être de son niveau. Et pourquoi sommes-nous si frileux, nous, chrétiens catholiques, pour ne pas être joyeux lors des obsèques ?
En fait il y a deux raisons. Parce que d’abord nous sommes trop engagés dans notre histoire sensible. C’est normal, nous passons 50, 70, 90 ans à nous débattre dans notre histoire sensible, pour notre place dans la société, pour nos enfants tellement présents, pour régler nos dysfonctionnements si nuls et si envahissants et pour nous réjouir de quelques aventures qui nous semblent héroïques… Donc, il est normal que nous prenions tous ces événements, même les plus purs ou les plus lumineux, par le côté de notre histoire charnelle et affective, de nos combats et de nos joies terrestres. Ça c’est la première raison pour laquelle nous abordons la mort avec maladresse. Et la deuxième raison qui freine et fait dévier notre joie lors des obsèques, c’est
que inévitablement, nos défunts n’étaient pas parfaits, et la mort réveille en nous les blessures qui ne sont pas encore guéries. Celles qui n’ont pas été lavées par le pardon, celle qui n’ont pas été transfigurées
par une résurrection. Nous sommes lourds de notre chair et de nos défauts. En fait, si nous sommes tristes lors des obsèques c’est parce que nous n’avons pas réglé nos problèmes. Nous sommes attachés à notre chair qui pourtant nous crée tellement de difficultés. C’est parce que nous ne sommes pas morts à nous-mêmes pour vivre dans la lumière du Christ. C’est parce que nous ne savons pas aimer d’un amour de lumière. C’est parce que nous n’avons pas encore vécu la Pentecôte. Les apôtres ont été tristes jusqu’à la Pentecôte. Ensuite leur regard s’est fixé définitivement sur l’espérance de vivre le Christ
ressuscité. Le monde se retourne sur le passé parce qu’il n’a pas d’avenir. Le monde est toujours en train d’essayer de récupérer le passé. Or l’avenir du monde est toujours un dépassement du passé. Si l’on reste accroché au passé nous ne sommes pas dans un mouvement de
croissance et de vie. Or, notre espérance de chrétien n’est pas du tout selon cette vision. L’espérance du chrétien c’est de préparer dans le présent la Transfiguration à venir. Et vous voyez, chers frères et sœurs, que le passé pour le chrétien, il est mort. Dans notre aujourd’hui, dans la joie de notre aujourd’hui, nous voulons goûter à la
plénitude de demain. Et cette plénitude de demain, dans la joie d’aujourd’hui, elle soigne le passé. Par le fait même que notre regard est fixé sur le Christ ressuscité et sur l’Église glorieuse, notre passé, nos expériences, nos défauts, nos péchés, et même nos ancêtres, et tous ceux qui nous rappellent le passé, disparaissent dans la lumière de la grâce. Pour un chrétien, le passé c’est un présent qui n’existe plus. Ou plutôt, le passé n’est fécond que quand il nourrit harmonieusement, comme en
cachette, notre présent. Et s’il nous fait mal, il doit être guérit, par la foi et le pardon. Il est comme un décor que l’on ne voit pas. Mais c’est le présent qui nous intéresse. C’est le présent parce que le présent porte l’avant-goût de notre plénitude au ciel. Ce qui m’intéresse, là maintenant, c’est la vie éternelle qui est dans le Christ Jésus. Et tous mes morts – ceux que j’ai connus – et tous mes morts – ceux qui sont encore là et que j’ai oubliés – et toutes mes morts, c’est à dire tout mon passé, je ne veux en entendre parler que dans la lumière du Christ mon Sauveur. Le passé, comme disait quelqu’un, on ne peut que l’énumérer. Comme une série de nombres. Le présent, il n’est vraiment présent que quand il est habité par une étincelle de notre avenir. Et notre avenir enrichit notre présent par son attente lumineuse. Bien sûr, quand on est chrétien. Sinon, sans la foi, on est enlacé dans notre passé. on se débat avec notre pauvre
présent embrouillé. Et l’avenir devient la tristesse d’avoir perdu le passé. Faites toutes les applications de cette vision à ce que vous voulez. Il y a une vision chrétienne et il y a toutes les autres visions qui sont plutôt des
obscurités. Par exemple, aucune analyse ou psychanalyse.. ne peut résoudre une vie. Puisque seul l’amour d’un à venir donnera guérison à notre cœur. Une analyse ne résout rien si elle n’est subordonnée à un amour qui nous promet
une élévation. Le Christ n’a jamais parlé du passé, sinon pour dire qu’il accomplissait tout ce qui était annoncé. Il ne dit pas ‘dans le temps’… ‘de mon temps…! ‘ . Mais le Christ parle de son Jour, qu’Abraham a vu, et qui est la révélation de la lumière divine, éternelle, inscrit dans le premier jour du monde. ‘Par lui, tout a été fait.’ Nous vivrons le Christ, nous vivrons la joie de notre foi, quand notre amour nous aura transporté dans l’Éternel présent de la vie éternelle, à venir. La vie éternelle récapitule, au delà de notre histoire passée, au delà de notre présent, et du temps à venir, l’harmonie de notre bonheur. Là où nous attendent tous nos frères aimés dans le Christ. Tous les saints glorieux du Ciel. Et tous ceux que nous retrouverons lors de la Résurrection finale de l’Église
glorieuse dans une vision émerveillée de notre Dieu Trinité.

LA TOUSSAINT 2025

Dans le chemin de la grâce, nous sommes toujours comme le petit Poucet au milieu de la foret.
Nous avons besoin de petits cailloux blancs pour y retrouver et de bottes de sept lieues pour avancer à la bonne vitesse, c’est à dire chaussés de la grâce de l’Esprit Saint.
Les petits cailloux blancs, ce sont les exemples de nos frères les saints qui stimulent notre désir et l’orientent en illustrant la Parole de Jésus.

Heureux les pauvres…
Heureux ceux qui attendent tout.

Saint Benoît-Joseph Labre, ce fils de bonne famille qui parcourut un peu avant la Révolution française, les routes de France et d’Italie, partageait sa vie en trois périodes.
Il marchait.
Il entrait dans les églises et il priait longuement. Période principale. Et il mendiait sa nourriture d’un jour.
Quand une bonne âme sortait une livre-tournois de sa poche, il murmurait à son bienfaiteur : « Pas trop…. pas trop…»
Il voulait juste quelques sous pour le jour même.‘ Pas trop…’ Puis il remerciait.

Le monde organise des stages de bien-être et des techniques d’accumulations. Le Royaume des Cieux est aux pauvres.
Notre vie chrétienne est un abandon à la présence amoureuse et providentielle de Dieu.

Heureux les doux.
Un évêque, lituanien, Vincentas Borisevicius, fusillé le 3 janvier 1947 par les
communistes.
Jugé, déjà à moitié mort à la suite des tortures subies pendant des mois, les seules
paroles qu’il prononça avec douceur devant le tribunal qui le condamnait à mort … pour avoir été trop apostolique… ses seules paroles furent :
« Devant Dieu et devant les hommes, je suis dans la vérité ».

Notre vie de foi n’est pas un parcours pour amateurs. C’est un chemin de sainteté.

Heureux les affligés.
Frère Léon marchait sous la pluie avec frère François et il lui demande :
« je te prie de la part de Dieu de me dire où est la joie parfaite ! »

Et Saint François d’Assise répond :
Quand nous arriverons à Sainte-Marie des Anges, trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés par la boue et tourmentés par la faim. Nous frapperons à la porte du couvent et si le portier arrive en colère pour nous
demander : ‘ qui êtes-vous?’ « nous sommes deux de vos frères ». Alors il dira : ‘ je ne vous crois pas ! vous êtes des brigands qui trompaient le monde et les pauvres.
Allez-vous-en, misérables voleurs !’
Frère Léon, si nous supportons avec patience, sans trouble ni murmure, avec allégresse même dans la neige et dans le froid, si nous supportons ses injures et même qu’il nous frappe, alors frère Léon écris : c’est en cela se trouve la joie parfaite en pensant aux souffrances du Christ béni que nous devons supporter pour son amour ».

Notre vie chrétienne n’est pas une dégustation des produits du terroir.
Elle est exultation du cœur dans les épreuves.

Heureux les affamés et assoiffés de justice .
Le 4 novembre 1990, une voiture s’arrête devant la maison du père Simon Jubani. Le conducteur lui dit : « Père, vous devez aller au cimetière ou 4 à 5000 personnes
vous attendent pour célébrer la messe. »
Il répond : « je suis prêt ».
Ce prêtre risque sa vie. Il a déjà passé 25 ans en prison. Depuis 40 ans en Albanie il n’y a plus eu un seul office religieux public dans le pays. Il célèbre la messe à la fin de laquelle il annonce qu’il en célébrera une autre une semaine plus tard.
Il est aussitôt arrêté, menacé, mais il ne renonce pas. On le relâche pourtant quelques heures plus tard et disparaît dans la clandestinité. Pendant une semaine, caché chaque jour dans une maison différente. Le jour arrive. 50000 personnes sont réunies, encerclées par des escadrons de miliciens, l’arme au poing. le Père Jubani avance entouré par des jeunes intrépides. Une étincelle, et ce pourrait être un massacre. Le Père célèbre la messe, il fait son premier sermon depuis plus de 27 ans. « la liberté je ne vous l’apporte pas, c’est dans vos cœurs qu’elle se trouve ». « la religion je ne vous l’apporte pas, elle brille déjà en vous par votre présence ici.»
Il n’y aura pas un coup de feu.
Le régime le plus répressif d’Europe a perdu la face, vaincu par la foi. Un mois plus tard, décembre 1990, le régime communiste athée jette l’éponge, et la
liberté de croyance est autorisée. En Albanie, il ne restait qu’une trentaine de prêtres en vie en 1990, sur 110, 25 ans
plus tôt.

Le chemin des saints, nos frères, n’est pas un voyage de tourisme découverte… Notre foi nous rassasiera et nous rendra assoiffés de justice.

Heureux les miséricordieux.

Au début de sa vie de solitude avec le Seigneur, Saint Serge vécu dans les forêts de Radonège.
Vie dure et tentations nombreuses. hivers rigoureux. Les loups affamés entouraient quelquefois sa cellule et des ours venaient jusqu’à sa porte.
Un ours avait pris l’habitude de venir tous les jours rôder devant sa cabane.
Il avait faim.
Et l’homme de prière lui déposait une petite miche de pain sur un morceau de bois ou sur un tronc.
La bête trouvait sa nourriture et s’éloignait.
Souvent il manquait de ce pain, seule nourriture accompagnée de l’eau de la source. Et quand l’homme de Dieu n’avait qu’un morceau de pain, il le jetait néanmoins à sa bête, ne voulant pas l’offenser et la laisser sans nourriture.’
Et peu à peu, des disciples se joignirent au bienheureux dans sa forêt…

Dieu comble de bien les hommes de miséricorde.
Notre Église n’est pas un club de loisirs ou de partage culturel.
Elle est attente de la miséricorde du Seigneur.

Heureux les cœurs purs.
Saint Thomas d’Aquin suivez les cours de philosophie dans l’université très cotée de Cologne.
Il parlait très peu. C’était un disciple qui savait écouter. Certains le surnommaient
le bœuf muet» en raison de sa corpulence.
Et les étudiants qui le côtoyaient de considérer comme un peu niais. Un peu débile. Pour se moquer de lui, un petit farceur l’interpelle dans un couloir :
« Frère Thomas, venez vite ! il y a un bœuf qui vole dans le ciel … »
Thomas se rapproche de d’une embrasure dans le cloître et regarde au ciel… Et l’autre rigole comme un malade. Alors frère Thomas le regarde et lui dit : « « Mon frère, il m’est plus facile de croire à l’existence d’un bœuf volant qu’à celle d’un religieux menteur… ». »
Cette réplique pourrait s’appliquer à la fête mensongère d’Halloween ou à nos petites calomnies qui, en plus, ne sont pas drôles. Notre foi réclame d’être disciples d’un Sauveur qui est vérité.

Heureux les artisans de paix.

Louis Lenoir, prêtre aumônier dans les tranchées de 14-18, savait qu’il serait certainement tué avant d’avoir pu ramper jusqu’au premier mourant sur la champ de bataille. Il n’a pas dit : « Réfléchissons… il y a là une impossibilité apostolique ! » . Il croyait à la valeur suprême du sacrifice pour attirer les grâces divines sur l’humanité . Et il fut tué. (Histoire des crises du clergé contemporain – Paul Vigneron p 319)

Heureux les persécutés pour la justice… Heureux si on vous insulte, persécute, calomnie, à cause de moi…

Dans la même cellule d’une même prison roumaine étaient réunis deux hommes. Le premier, un opposant politique à la République populaire socialiste, n’avait pas la foi.

Le second était évêque. Il s’appelle Monseigneur Ghika.
Le premier demande à l’ecclésiastique :
« qu’en pensez-vous ? Quand retrouverons-nous la liberté ? ».
L’évêque au lieu de répondre ou même de réfléchir à la question, le regarde. Et visiblement il ne comprend même pas le sens de la question.
Alors soudain, cet homme inquiet pour son avenir comprend que sa question est absurde face à cet homme de foi.
Il comprend que pour cet homme-là les murs de la prison n’existent pas. Qu’il n’avait pas à se demander quand est-ce qu’il serait libéré. Il était libre…!
Celui qui posa la question deviendra prêtre catholique. Ce fut le Père Mattei Boïla, qui eut un grand rôle dans l’œcuménisme de la fin du 20e siècle. Quant à Monseigneur Vladimir Ghika, il est mort en prison, de tortures et d’épuisement, le 16 mai 1954 et fut déclaré bienheureux par le Pape François.
Si l’ange de l’Apocalypse ‘marque au fer rouge, comme un sceau’, les élus de Dieu, ne rêvons pas d’une foi style planche à voile ou style parfum Lancôme…… L’amour dont nous parle le Christ c’est l’amour qui passe à travers la croix, qui est cloué sur la croix.
Voyant les foules, Jésus leur dit… :
« vous êtes le sel de la terre. »
« vous êtes la lumière du monde ». Pour tous nos frères qui ont vécu leur baptême comme un appel à la sainteté, le sel et leur lumière ne se sont pas trouvés dans une petite promenade printanière dans la prairie.

TRENTIEME DIMANCHE ORDINAIRE 2025

TRENTIEME DIMANCHE ORDINAIRE 2025

Pauvreté

Jésus parle de s’élever ou de s’abaisser…
Qu’est-ce que s’élever, qu’est-ce que s’abaisser ?
Qu’est-ce que être riche, qu’est-ce qu’être pauvre ?
Jésus lit au cœur des choses.
Pour nous, être riche c’est avoir l’estomac satisfait. Être pauvre, c’est avoir le ventre qui crie famine.
De façon plus moderne, être riche, c’est rouler en Porsche, décapotable de préférence pour montrer qu’on est béni des dieux, et être pauvre c’est même pas pouvoir se payer un grand écran.
Jésus voit profond… la richesse ou simplement le désir de la richesse, l’un et l’autre sont équivalents. (Être riche c’est avoir gagné; désirer être riche c’est ‘ être un riche qui n’a pas de chance comme disait Jean-Paul Sartre)
La richesse ou le désir de richesse vise la sécurité, par soi-même, par des biens possédés.
Et comme les angoisses et les malaises viennent du cœur et ne peuvent pas être soignés par une nouvelle voiture, ni par la richesse de nos dons, ni même par nos vertus morales, il y a erreur de vouloir calmer notre malaise intérieur par ce chemin. Le pharisien de l’Évangile n’est pas tranquille.

On croit pouvoir soigner et apaiser notre cœur par un confort qui détourne en fait de la guérison…
Vous allez me dire :’on peut faire du bien si on est riche…’
On peut faire du bien, mais on ne se fait jamais de bien.
Car la richesse est trop attirante et nous fait croire que nous sommes meilleur et en sécurité.
La richesse, acquise, qu’elle soit matérielle ou vertueuse, nous apporte toujours,

sans exception, la suffisance.
Et la richesse désirée nous apporte toujours, sans exception, jalousie, aigreur,
égoïsme et parfois révolte.
Je me souviens du témoignage d’un skipper…
Le propriétaire du bateau qu’il conduisait, était millionnaire. Peut-être plus. Il ne lui manquait rien. Sauf peut-être, un cœur à qui se confier.
Il avait son équipe de marins, mais il avait peur.
Il s’enfermait le soir dans sa cabine, après avoir pris ses cachets pour dormir.
Rappelez-vous, frères et sœurs, la solitude de Adam et Ève, derrière leurs arbres, après avoir voulu être riche du fruit de l’arbre.
Qui s’élève sera abaissé dans sa solitude .Et la pauvreté… ?
Ah… elle est beaucoup plus intéressante.
La petite pauvreté elle a besoin de quelqu un. Et elle le sait.
La petite pauvreté a besoin d’être élevé par le regard de quelqu’un, le regard ou l’acte d’amour de quelqu’un. Et elle le sait.
Voilà la pauvreté en sa vérité :
Les biens, les dons, ils lui sont encombrants.
Ils ne l’intéressent pas parce que son désir est ailleurs.
La petite pauvreté a compris que le dépouillement lui permet de rejoindre son cœur.
Là où naissent et là où se guérissent les peurs, les angoisses, les nuits sans sommeil,
les tensions, les comparaisons qui irritent.
Pour rejoindre notre cœur, rien ne doit encombrer le chemin intérieur et tant qu’àfaire ni celui extérieur; c’est plus sûr…
Le secret d’une vie c’est de rejoindre son cœur.
Mais comment faire ?
C’est trop simple pour le reconnaître.
Nous devons viser la pauvreté pour que celui qui nous aime rejoigne notre cœur.
Et ensuite pour que nous le suivions jusque-là.
Dieu, notre Sauveur Jésus Christ, nous demande de le suivre dans la nuit, dans la foi,
sans trop comprendre l’itinéraire, de nous dépouiller pour qu’il puisse nous mener
avec une tendresse incomparable là où notre cœur prend sa source.
Il prend sa source dans un appel d’amour.
Aucun riche ne peut pénétrer jusqu’à cette source.
Ça c’est certain.
Le pauvre ne sait même pas qu’il est conduit jusqu’à la source de son cœur. Et, dansun instant de grâce, il s’
y retrouve avec émerveillement.
Cet instant de grâce c’est quand il n’a plus rien.
Il n’a plus rien à perdre.
Il ne cherche rien à gagner.
Et il se retrouve exactement là où est le Pauvre, le pauvre Mendiant qui est Jésus,
Mendiant, Assoiffé, le Pauvre de la Croix…
Le petit pauvre reconnaît le grand Pauvre.
Quand Saint Paul dit:
« J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi.»
Il dit juste qu’il n’a rien… que la foi.
Et la foi c’est rien du tout.
Une flamme de bougie dans la nuit… bref, rien du tout.’
« tous mont abandonné, le Seigneur m’a assisté. il me sauvera et me fera entrer dans son royaume céleste.»
On ne peut être élevé que si on attend… d’être élevé. Le pauvre est celui qui reconnaît que tout seul il n’y arrive pas.
Ni à se rejoindre, ni à rejoindre ses rêves, ni à rejoindre les autres.
Voilà du réalisme ! : se reconnaître dépendant de quelqu’un qui nous libère.
Le vrai amour est pauvre.
« mon Dieu montre-toi favorable au pécheur que je suis ».
La véritable pauvreté c’est celle de l’esprit et de la grâce de Dieu.
La pauvreté matérielle on ne peut jamais aller jusqu’au bout, mais elle nous aide à appeler la pauvreté de l’esprit.
La véritable pauvreté c’est la pauvreté de l’esprit qui est émerveillement.
Bienheureux les pauvres en esprit. parce qu’en fait, on ne peut être pauvre que
d’esprit.

Si bien que Jésus en a fait la première des Béatitudes.
Parce que celui qui est pauvre, il veille, il soutient les retards de Dieu, indéfiniment.
Et son attente, si elle est vraiment attente de pauvreté, remonte toujours à sa
source et cueille le fruit de Celui qui n’a rien pour’ être’ tout.
Le véritable pauvre cueille le fruit de la communion.
Voilà la véritable élévation, c’est l’entrée en communion.

Sur les lèvres du véritable pauvre peut passer la prière du cœur :’
mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! ‘
C’est la note la plus pure de la prière contemplative, celle qui traverse les nuées et fait frémir le cœur de Dieu