Pour cette fête de Pentecôte, une homélie en deux parties .
L’une en cette vigile de Pentecôte, qui sera complétée à la messe de demain.
Une homélie en diptyque.
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La fête de la Pentecôte reprend en écho la fête de Pâques.
D’abord une messe de vigile qui va être le cri annonciateur de la lumière.
Et une messe du jour qui est la joie consommée dans l’Alléluia.
La lumière de Pâques, c’est la victoire définitive de la vie éternelle du Christ ressuscité sur tous les développements terrestres, bons et mauvais.
Nous avons un bonheur, frères et sœurs, qui ne peut pas nous être enlevé.
Cela, avant la mort et la résurrection du Christ, n’était pas fixé dans l’histoire des hommes et dans leur âme profonde.
Tout l’annonçait, mais en prophéties, en attente… en espérance.
Et dans l’espérance, il y a certitude, oui, mais il reste une frustration : un désir assouvi.
A Pâques, la connaissance trouve son apaisement.
On ne savait pas exactement comment Dieu s’y prendrait.
Après la résurrection, on le sait.
La tête, le Christ, a vécu à la perfection l’acte du salut dans lequel devra entrer tout homme pour son bonheur.
Il reste à entrer dans le jardin des délices.
L’acte est accompli.
« Tout est accompli », dit Jésus en ses dernières paroles.
Et puis alors, pourquoi la Pentecôte?
Parce que les apôtres avec la résurrection ont le gâteau, mais ils ne savent pas comment le manger.
Il leur manque le couteau et les petites cuillères.
Dieu procède par étapes.
Il donne la révélation par son Fils,
Cette révélation est accomplie par l’Incarnation, le Verbe fait homme, qui va jusqu’à se donner en sacrifice par amour : la Croix, la mort, pulvérisées par la Résurrection.
Mais, telles quelles, c’est trop pour les apôtres.
Ce n’est pas assimilable pour un homme seul.
Il manque encore quelques compléments pour que ce plan divin s’applique à tous les hommes et à toute l’histoire des hommes.
Ces compléments vont sortir d’une source lumineuse, nouvelle, qui va permettre de comprendre, d’assimiler, et de rendre féconde la Révélation de Jésus.
Et cette nouvelle lumière est donnée par l’Esprit Saint, et son œuvre sera… l’Église.
l’Église, achèvement de la grâce de l’Incarnation.
l’Église qui permet de vivre le pardon et la vie éternelle.
L’Église qui est le signe qui va se développer jusqu’à la fin du monde, spécialement par les sacrements, par son enseignement, par ses ministres.
Ici bas, encore en clopinant ;
Et l’Église en gloire, au Ciel, en délectation définitive.
Pourquoi tant de successions, tant d’étapes pour arriver a la béatitude?
Dieu avait créé l’homme et la femme dans une condition qui leur permettait d’être pleinement heureux… Pleinement et directement heureux par un contact permanent avec leur Créateur.
C’était magnifique. Pourquoi Dieu a permis que tout soit cassé ?
Parce qu’il propose toujours à partir d’un mal, permis, une grâce de réparation encore meilleure.
On a un bien magnifique.
Ce sera encore plus magnifique.
Ça c’est divin. Pour l’homme, le meilleur est l’ennemi du bien.
Pas pour Dieu.
Pour Dieu, le bien appelle un bien supplémentaire.
Le meilleur appelle un meilleur supplémentaire.
Mais aussi pour Dieu, le mal appelle un bien supplémentaire.
Pour Dieu le mal est source de fécondité d’une grâce meilleure
Le péché de l’homme nous a valu le Rédempteur et des grâces encore plus grandes que celle de la joie paisible d’Adam et Ève.
Nous sommes donc à la Pentecôte.
Dieu ouvre son écrin pour montrer aux apôtres la perle.
Et la perle, c’est de prolonger dans le temps et dans l’espace la vie temporelle du Christ Sauveur. Son sacrifice et sa gloire.
Dans l’Ancien Testament, Dieu a instauré un dialogue avec les hommes, par l’intermédiaire des prophètes et de signes miraculeux.
Ce dialogue c’était : ‘attendez celui qui doit venir. Je vous le dessine avant qu’il se réalise. ‘
Dieu, peu à peu, distille ses perfections, et particulièrement la perfection de l’Église.
L’Eglise est déjà là, mais elle n’est pas totalement dévoilée en sa perfection.
Au temps du paradis terrestre, de l’état d’innocence, Dieu se communiquait immédiatement à l’âme vierge d’Adam et de Eve.
Les dons surnaturels de grâce et de vérité étaient distillés sans intermédiaire, ni de Jésus-Christ ni de l’Église; dans les profondeurs du cœur de Adam et Eve.
Harmonie immédiate avec Dieu, dans leur relation de couple, dans leur relation avec la nature.
Harmonie inimaginable tellement c’était beau, et tellement c’était bon.
Le péché de Adam et Ève a introduit la nécessité d’une aide extérieure pour que l’homme guérisse.
Dieu a dit : » tu n’y arriveras pas tout seul… »
C’est la punition d’avoir voulu attraper seule le fruit inaccessible.
Et tant que l’homme veut y arriver tout seul – comme ces enfants qui se dressent fièrement en disant ‘ c’est moi qui fait !’ ‘ c’est moi qui veut changer la roue de la voiture’ alors qu’ils ne sont pas plus haut que trois pommes…!
Eh bien, tant que l’homme veut y arriver tout seul, c’est la tour de Babel…
Il faudra tout l’Ancien Testament pour faire comprendre au peuple hébreux, choisi pourtant, qu’il n’y arrivera pas tout seul.
Et maintenant, il faut toute la vie d’un homme pour qu’il comprenne vraiment qu’il n’y arrivera pas tout seul.
C’est incroyable, mais même en lui répétant avec tous les arguments les plus évidents que la réparation du péché originel appartient à Dieu et particulièrement à son Messie Jésus-Christ, l’homme n’arrive pas à comprendre qu’il doit accueillir la grâce et non pas se fabriquer son bonheur.
Et que, accueillir la grâce passe inévitablement par le canal de l’Église, épouse et Corps du Christ.
L’Église a commencé le jour où Ève a saisi le fruit. défendu.
Le fruit possédé.
L’Église, c’est-à-dire les sacrements…
Les signes que Dieu ne cesse de renouveler pour annoncer le pardon et pour façonner une nouvelle capacité de nos âmes à entrer dans l’intimité divine.
Avant Jésus-Christ, les signes ne sont là que pour annoncer Jésus-Christ.
Ils ne contiennent pas la grâce.
Ils ne sont pas définitifs.
Ce sont des signes annonciateurs du pardon de Dieu.
À partir de Jésus-Christ, les signes de l’Église deviennent des sacrements qui contiennent la grâce et transforment celui qui les reçoit dans la foi.
Il en est de même de la vérité.
Du temps de Adam et Eve la vérité était vécue, dans leurs âmes et dans leurs corps.
Ils n’avaient pas honte d’être nus, parce qu’ils étaient purs et vrais.
Après le péché originel, Dieu va donner aux hommes des inspirations partielles et personnelles.
Mais ça va partir en charpie.
Alors il faudra des prophètes, des porte-paroles qui ont pour mission, toujours, d’annoncer un retour aux sources et une espérance.
Mais tout cela… tout cela, c’est pour annoncer et préparer la venue de Celui qui ouvre le chemin de la perfection, le chemin de l’Église dans son état parfait.
Et la suite de cette homélie demain pour cueillir les fruits de l’Esprit Saint….
Début de la seconde homélie :
Je reprends la gestation et l’accouchement d’un bébé éternel qui s’appelle «l’Eglise»:
Je disais qu’à la plénitude des temps, Jésus-Christ a soulevé le rideau qui voilait la vérité de l’homme et la vérité du plan de Dieu.
Avec Jésus, Dieu prend l’homme par la main pour le conduire sur le chemin de son bonheur, de la vie éternelle.
A Pâques, la jonction est faite.
Toutes les grâces passeront par Jésus-Christ qui a tout accompli.
Même les anges vont recevoir les grâces par Jésus-Christ.
À Pâques, le péché originel a trouvé sa résolution.
Enfin…!
Jusqu’à la Résurrection, les hommes ne savaient pas trop à quoi se conformer.
Ils pouvaient suivre la Loi, qui les empêchait de déraper complètement.
Mais c’était un pis-aller.
À partir de la Résurrection, nous savons que nous devons nous conformer à Jésus-Christ pour atteindre notre joie.
Et ça, c’est nettement plus parfait.
Mais, Jésus, on ne le voit plus…?
On ne peut plus le toucher, on ne peut plus l’entendre… ?
Alors, pas d’affolement… avant d’être enlevé au Ciel, Jésus nous a laissé sa visibilité… : par l’Église.
Par des hommes… qu’il a revêtus de pouvoirs sacrés et divins :
D’un côté, ces hommes donnent les sacrements qui transmettent la grâce.
Pouvoirs sacramentels du sacerdoce.
Et d’un autre côté, ils ont le pouvoir de juger et d’enseigner, et transmettent et garantissent ainsi la vérité :
‘ … à qui vous remettrez les péchés ils leur seront remis.
Ceux à qui vous les retiendrez ils seront retenus’…
‘ baptisez toutes les nations au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ‘.
Et le lien entre le signe de l’Église et l’efficacité de la grâce divine ?
Quel est-il ?
Nous avons les signes, les sacrements, nous avons les porteurs de signes, les prêtres; Comment faire pour que ces signes profitent de quelque chose?
Parfois, on me dit : j’ai eu un signe, j’ai vu, derrière un petit nuage, la sainte Vierge…
Très bien, c’est intéressant, je préfère la sainte Vierge à une dent de requin… Et alors ?
S’il n’y a pas d’effets de conversion, s’il n’y a pas un changement de vie concret, que m’importe l’image de la sainte Vierge ou d’une dent de requin derrière un nuage ou au fond du jardin ?!
En fait, Dieu n’aime pas le spectacle pour le spectacle.
Dieu, quand c’est vraiment lui, est toujours opérationnel. Il crée, il fait évoluer. Il donne une nouvelle vie.
Quand on met une graine dans la terre… Très bien ! Mais moi je veux que la graine germe, qu’elle pousse et donne une plante.
La graine qui ne donne rien, c’est inutile et absurde.
Il faut l’eau qui rend efficace la puissance contenue dans votre graine.
Et voilà …!
Nous y voilà….
Le lien entre le signe et la transformation lumineuse, c’est le Saint Esprit !
Le moment de la Pentecôte, c’est le moment de l’efficacité de l’Esprit dans tout ce que Jésus a installé pour notre salut.
L’Esprit Saint c’est la fécondité de l’amour et la fécondité de la vérité.
Mais attention, quand je dis efficacité (ou fécondité) c’est que ça va remuer !
Quand on dit efficacité, ça ne veut pas dire quelque chose de mou ou de neutre.
Le Saint Esprit va rendre vivante dans son intégrité, l’Église. Performante et une.
C’est-à-dire que, en même temps, il va rendre vivants, dans leur intégrité, les battements de notre cœur pour la vie divine.
Il va faire vivre ce qui est mort !
La merveille, c’est que la perfection divine de l’amour et de la vérité du Saint Esprit va être portée par des instruments imparfaits et limités.
Un sacrement, c’est un acte et une matière très limitée, (de l’eau, de l’huile, une parole) et qui pourtant infuse l’infinie perfection de Dieu dans celui qui le reçoit.
Un prêtre, est une personne limitée et imparfaite, qui pourtant est instrument médiateur de la grâce divine, efficace et efficiente.
De la même grâce divine par laquelle le Christ a guéri, pardonné, illuminé de sa vérité les cœurs malades et les cœurs mauvais.
Et c’est le Saint Esprit qui fait cette transmission.
Le Saint Esprit c’est l’âme de l’Église, parfaite, de l’Église Sainte.
Et cette âme, divine exprime la divinité du Christ à travers une hiérarchie physique et corporelle, visible.
Quels sont les effets du Saint Esprit ?
Les effets qui doivent passer par son Église et qui doivent être discernés, aussi, par son Église ?
Eh bien, ce sont des effets simultanés, de purification, d’illumination, de guérison et de résurrection.
Et là, ça bouge !
Aussitôt que le Saint Esprit touche un cœur il passe par l’Église, nécessairement;
il conduit au Christ, nécessairement;
il purifie, nécessairement ( sauf pour la Sainte Vierge, exception unique);
Et il illumine l’âme, nécessairement;
Il enflamme l’amour, ou tout du moins il fait grandir l’amour, encore nécessairement;
Il sanctifie, rectifie, équilibre, rend fécond; et approfondit la communion.
Enfin, il ouvre notre cœur à l’écoute de la vie éternelle.
Il nous perfectionne dans ce qu’il y a de plus précieux et de plus fort en nous par les sept dons qui nous rendent progressivement invincibles et vainqueur de tout mal par la grâce de Dieu.
Il conduit donc à la Vérité tout entière, qui est le Christ ressuscité, et la paix de notre cœur.
Le jour de la Pentecôte, l’Église Sainte part à la rencontre du monde par la prédication des apôtres, qui ne sera jamais finie; par le don des sacrements, jusqu’au dernier jour du retour du Christ; par le témoignage de l’amour sacrifié, qui va jusqu’au martyr pour presque tous les apôtres, et qui se continue jusqu’à la fin du monde pour chaque baptisé.
Si on prend un bout de la Révélation sans accepter tous les autres aspects, on est dans l’illusion et le mensonge.
On ne peut pas prendre le Saint Esprit sans Jésus-Christ, ni Jésus-Christ sans le Saint Esprit, bien sûr.
On ne peut pas vivre du Saint Esprit sans l’Église, ni l’Église sans le Saint Esprit, ni sans Jésus-Christ.
On ne peut pas vivre notre foi sans les sacrements, baptême, sacrement du pardon, et sacrement de l’Eucharistie.
Complété par la confirmation et si besoin par le mariage.
On ne peut pas vivre saintement le Saint Esprit si on ne reconnaît pas l’Église, concrètement, par une obéissance pratique, au Pape, aux évêques et aux prêtres.
Je parle de l’Église catholique, plénitude de l’Église.
Aucun aspect de ce que je viens de dire ne peut être vécu indépendamment de l’autre.
Ce sera toujours vécu avec progression, parfois difficultés, épreuves, et imperfections.
Mais cela ne fait pas peur à Dieu. Car il peut sortir l’arme secrète de sa miséricorde, à partir du moment où nous voulons vivre l’unité de l’Église, qui va transfigurer les imperfections par son action rédemptrice et son pouvoir de résurrection.
Alors, je ne peux pas terminer sans tracer le chemin de notre Espérance.
Que Péguy appelle, la petite sœur Espérance…
Notre Espérance dans le Saint Esprit c’est de passer derrière le voile de la foi, pour nous éveiller à l’union immédiate de celui qui est la lumière du monde et la lumière du Père.
Notre espérance c’est l’intimité sans aucun intermédiaire, avec le Christ, Vérité éternelle.
Plus d’infirmités, plus d’hésitations, plus de retards à l’allumage, plus de hiérarchie, plus de signes,…. au Ciel, fini tout ça !
Vivre dans cette infinie communion du Père et du Fils qui est en fait ce que le Saint Esprit veut expliquer dans notre misère d’ici-bas.
Au Ciel, dans l’Église glorieuse, plus d’intermédiaires, plus aucune médiation, mais un chant du cœur, qui sera un chant de cœur à cœur avec Dieu.
Et ce cœur à cœur avec Dieu c’est le Saint Esprit.
