HOMÉLIE DU 28° DIMANCHE ORDINAIRE

Une jeune femme russe, athée militante devenue chrétienne, raconte l’attitude d’un prêtre à l’occasion d’une excursion organisée par sa paroisse.
“Pendant les 2 jours qu’a duré l’excursion, le jeune prêtre, sportif et jovial nous a entretenu de tout: des avions, du football, des élections et de la nourriture.
Il a beaucoup ri et a essayé de divertir tout le groupe.
Bref, un animateur.
Alors que le monde si beau derrière les vitres, avec ses pentes abruptes et le rayonnement de ses couleurs bleues et violettes, sublime, me faisait venir spontanément des versets de psaumes :
“Divines sont tes créations, Seigneur ! Tout ceci, Ta Sagesse l’a créé.”
Une fois rentrée, je lui ai demandé:
“pourquoi n’avez-vous pas une seule fois parler de Dieu, de la beauté de la création ?”
Il m’a répondu :
“Si je parlais de Dieu, je perdrais mes gens, je resterais seul.”
“Mais la solitude n’a jamais été un péché”, ai-je dit, tout en pensant que ce n’était pas vrai, qu’il ne perdrait pas ces gens.
les paysans m’ont toujours écouté volontiers quand je parlais de notre Eglise, de la prière.
Ils me redemandaient de venir les voir. ”
Voilà pour la petite histoire.
Alors, quel rapport avec 10 lépreux guéris sur la route ?’
Je vais vous dire : C’est notre position vis-à-vis de l’essentiel dans notre vie.
Les grandes divisions dans notre monde, et spécialement entre croyants qui déchirent allègrement l’Eglise du Christ, viennent de ce que l’on perd de vue le cœur des choses.
On ne tient pas compte des priorités. Par peur ou par orgueil.
Quand un prêtre ne parle pas du cœur de sa vie, il peut être méprisé.
De la bouche d’un prêtre, on a rien à faire des avions et du football.
Comme le disait Léon Bloy quelque part:
‘On demande au prêtre de vivre de Dieu, son premier amour et le Maître de son cœur.
Cette condition remplie, il peut bien courir en tutu dans les rues, il est en vérité avec sa mission et son apostolat.’
Parce qu’il saisit l’essentiel de sa vie.
Je cite de mémoire…
Alors, les lépreux… 10 guéris. Un qui saisit l’essentiel en revenant à Jésus.
Un seul qui ne va pas rater l’occasion de sa vie:
Reconnaître Dieu sur son chemin. Là, devant lui !
Il n’y a pas grande différence entre lui et les 9 autres.
Simplement, il laisse parler son cœur jusqu’au bout.

La qualité de notre vie dépend de la profondeur que nous donnons à nos expériences, et des priorités que nos posons, volontairement…
Une guérison, c’est très bon, mais elle peut nous détourner d’un appel infiniment plus délicieux et équilibrant, d’une rencontre d’amour. Comme pour les lépreux.
Travailler est précieux et en plus une denrée rare. Mais ça peut détourner de notre famille, ou de la prière et nous faire passer à côté du plus important.
C’est si facile de prendre une nécessité comme un absolu. Et peu à peu de vivre sur un horizon restreint.
On manque à l’écoute de notre destin, autrement dit à la place que Dieu nous réservait. Cette seule place qui aurait pu nous apaiser.
Que de vies ratées pour ne pas avoir bien ciblée les priorités !
Alors vérifions notre horizon, chers frères et sœurs… Juste une priorité. La première.
La fin des fins, combien de temps lui consacrez-vous par jour :
– l’union à Dieu, le cœur à cœur avec Jésus, notre Sauveur ?
C’est quand même la priorité toute première de notre vie.
Devant TOUT le reste.
Si nos journées n’ont pas racine dans la prière du cœur à cœur avec Jésus, elles sont déviées et ne peuvent pas nous apaiser.
Pour cela, notre petite nuit d’adoration du lundi au dimanche est précieuse entre toutes.
Elle pose notre semaine et notre communauté sous la lumière de la grâce.
Essentielle.
Elle réclame effort, mais elle oriente notre cœur et notre intelligence, notre âme, et bien au-delà, notre village et l’Église vers l’unique nécessaire et joie de notre monde.
Elle fait pleuvoir silencieusement une pluie de grâce sur l’Eglise.
Quand je dis, prière silencieuse et personnelle, c’est que ce temps de chargement de nos batteries spirituelles est premier sur toutes les autres formes de prière.
La prière silencieuse, libre de nos récitations et de nos formules, libre de nos méditations, est la reine des prières.
On ne peut se dispenser d’une reine pour féconder notre ruche spirituelle.
Après… Toujours après… Nous pouvons exprimer nos autres formes de piété à Jésus, à la Vierge Marie et aux saints.
Vous voyez, il faut bien respecter une progression de priorités.

Tous les modes de prière sont respectables, s’ils n’encombrent pas le chemin de l’âme vers Dieu.
La recherche de guérison, par l’intermédiaire de certains charismes, légitime, ne peut jamais dispenser du quart d’heure de prière solitaire de chaque jour où l’on rencontre, on touche Dieu dans la foi, peut être dans la nuit, mais qui réveille la vie éternelle en nous.

Ainsi en est il de la recherche de signes surnaturels dans nos vie.
Ils ne sont pas interdits. Tout en faisant d’ailleurs très attention aux innombrables sources d’illusions de ces chemins…
Mais rien ne vaudra la foi, sans signe et obscure, aride parfois, de l’intimité avec Dieu.

Saint Paul va droit au but et définit la base de notre foi :
“Jésus Christ tué et ressuscité, par amour pour nous. Vivant.”
Donc c’est à Lui que nous devons venir trouver la douceur dans nos épreuves.
Si nous ne rencontrons pas Jésus dans son Cœur qui nous pardonne – vraiment au profond du nôtre – toute piété édifiante, toute évangélisation, même fervente, tout charisme efficace, toute guérison, ou toute œuvre même très bonne, usurperont leur place et tromperont le client.
Sainte Thérèse d’Avila dit qu’une âme qui s’en tiendra un quart d’heure par jour à l’oraison, la prière de recueillement, et coûte que coûte, préservera ce moment dans les tentations, en viendra inévitablement à goûter les fruits de la Présence de Dieu.

Tout se mettra en place harmonieuse :
Nos façons de prier.
Nos jugements qui seront plus droits et plus clairs.
Notre vie de famille.
Notre travail.
Nos relations.
La charité fraternelle.
L’évangélisation.
L’amour de l’Église et de la Vérité.
Notre pauvre village.
L’équilibre de la semaine.
Peut être même notre santé physique et mentale.
Et surtout, tout convergera vers la paix de notre cœur illuminé de la grâce divine et désireux de la vie éternelle.

Je parle … mais y en a-t-il 10 parmi vous qui reviendront à partir d’aujourd’hui, un quart d’heure par jour, ou une heure (quel bonheur…), dans une prière silencieuse, demander à Jésus son intimité amoureuse et transformante ?
Il n’y a pas que les prêtres… Même vous… !
… si je vous voyais sortir de l’église en tutu après une heure de prière, je lèverais les mains au Ciel et je bénirais les surprises de l’Esprit Saint !

HOMELIE DU 26° DIMANCHE ORDINAIRE

Le problème, frères et sœurs, est-il en nous ou dans l’argent ?

Bien malin qui ne s’y fait pas prendre.
On peut bien dire : «  l’argent ne m’interesse pas.
On garde un petit billet de côté.. ; au cas où … n’est-ce pas ?
On peut bien dire :
‘quand j’aurais suffisamment pour régler mes crédits et assurer l’année qui vient, je donnerai tout le reste…’
Il est si facile de continuer à mettre de côté, toujours plus… pour faire des cadeaux qu’on ne donne jamais, en fait !
Non, frères et sœurs, il y a un problème.
Et qui ne se résout que par un abandon à la Providence qui tient de l’héroïsme.

Est-ce simplement que nous désirons assurer l’avenir ?
Ou améliorer notre image de marque ?
L’argent nous aide à paraître ‘mieux’
Il semble nous rendre libre… et beau
Il semble nous permettre de respirer
Et on accumule les complications pour nous faciliter la vie. Et paraître.

Bref, tout le contraire de l’intériorité et la transparence vraie.
On ne peut servir Dieu et l’Argent.
Mais, au delà de cette intrusion de la matière, des comptes, n’y-a-t-il pas un mouvement plus profond en nous qui nous jette dans les tentacules de l’argent ?

Le riche de l’évangile nous montre avec évidence une déformation.
Qui atteint notre nature même.
Cette déformation c’est la surdité, tout simplement.
Le riche est sourd.
Le riche est fermé, dans sa maison. Dans ses biens.
Le riche n’écoute plus. Ou disons, n’écoute que ce qui coïncide avec ses intérêts.
Le riche, aussi bien matériellement que spirituellement ou psychologiquement, ramène à lui. Ce peut être un bon gâteau, un bon vin, ou un savoir très louable.
Même s’il donne, c’est pour que ça lui revienne d’une certaine façon, à lui ou à sa communauté.
Et cela est contraire au mouvement de la relation avec Dieu.

Le pauvre est ouvert. Fondamentalement en un mouvement dynamique et de partage.
Soit il accueille (volontiers), soit il donne (avec une joie gratuite).
Et ce mouvement est fondamentalement celui de la relation avec Dieu.
Accueillir – donner. Circuler !
Quand on parle de la grâce de Dieu, ça circule…
On accueille la grâce en la vivant. En la donnant. En ne gardant rien pour soi, et souvent avec effort.
Et ce mouvement se marie avec l’oubli de soi.
Et cet oubli de soi est source d’une joie profonde .
Parce qu’il est en accord avec notre nature.
C’est ce qu’on appelle d’une façon pleine ‘l’amour’.
Un amour qui est à la fois écoute et don, expression.

La richesse – même de dons naturels – engendre toujours une illusion:
L’illusion de croire que nous sommes davantage, en possédant plus.
Parce qu’on possède, on se croit plus. Plus intéressant, plus beau ( ou belle ).
On se croit en plus grande sécurité.
On se croit fort devant l’avenir.
On se croit béni des dieux.
J’ai connu un jeune homme qui était addict au jeu, dans les Casinos. Il me disait : « quand je gagne, il y a en moi uine bouffée de bonheur qui me dit : ‘Dieu est avec toi. Tu es béni et aimé de Dieu parce qu’il t’a fait gagner’
On voit que le démon sait poser ses filets trompeurs. Il remplit de joie d’un côté pour vider de vie d’un autre.
Il vide le désir, la vie la fécondité, par une réussite immédiate.

Jésus ne demande pas de Lazare d’adhésion de foi.
Il ne parle que de sa pauvreté. Nue.
Parce que son propos ici, est au niveau du mouvement premier d’une relation.
On ne peut vivre une relation que si elle pose sa graine sur une pauvreté.

Le riche est autiste
Le pauvre est à l’écoute de chaque espoir qui lui vient de la table du riche.

Jésus veut de nous que nous existions. Vraiment.
Que nous existions par chaque cellule de notre corps et chaque impulsion de notre âme.
Et pour cela nous devons entrer en état d’écoute.
L’écoute permet de se tourner vers.
Rappeler vous les premiers mots de L’Évangile selon saint Jean.
Le Verbe était auprès de Dieu.
Le Verbe était tourné vers Dieu. (On peut traduire aussi : ‘pour Dieu’.. le Logos, au commencement, était ‘pour’ Dieu)

Nous devons être des êtres ‘vers’, ‘tournés vers’.
Vers tout ce qu’on veut, sauf nous-mêmes !
Et on s’aperçoit alors que nous existons de plus en plus si nous libérons la relation.
Relation d’amitié, vraiment féconde dans la prière.
Relation de charité fraternelle, qui demande sacrifice et effort, que ce soit pour nos enfants, petits enfants, ou le pauvre à notre portail, le pauvre avec lequel nous vivons chaque jour.

Même au Ciel, le riche ne pense qu’à ses intérêts ou ceux de sa tribu.
Normal, il n’a jamais appris l’écoute de l’autre.
Chateaubriand, un jour se moquait de Talleyrand.
Et de bonne guerre, celui-ci pour lui répondre, lâchait au détour d’un couloir :
« quand on cesse de parler de lui, monsieur de Chateaubriand croit qu’il est devenu sourd. »
c’est délicieux comme médisance assassine. C’est la définition d’un riche.

Alors, comment faire pour échapper au piège de l’enfermement ?
Si nous commencions par une écoute, rudimentaire : ce peut être la nature, les petits oiseaux. Une réalité (mais réalité réelle) qui nous captive.
Se faire pauvre avec la nature.
Se libérer alors des encombrements qui, à nos dépends, nous calent et nous rendent sourds.
Le mouvement d’écoute donne vie, surtout bien sûr s’il se tourne vers nos frères.
C’est déjà bien difficile ce mouvement d’oubli de soi.
Mais s’il s’agit de l’écoute et de l’attente de Dieu, de sa Parole, d’une Espérance permanente, nous ne pouvons mettre notre espoir qu’en sa grâce.
Car c’est bien vers Dieu que tout converge.
Pour être empli de ce mouvement : ‘tourné vers’.
Tourné de plus en plus profondément vers l’être des choses et des personnes.
Que la grâce va provoquer, creuser, élever et combler de joie.

HOMÉLIE DU 25° DIMANCHE ORDINAIRE

Vous vous rendez compte ?…
Judas qui écoutait cette parabole de Jésus …
Ou Mathieu le collecteur d’impôts…
Tous deux, si proches des sous…
Judas par une sorte d’obsession d’argent qui le conduira à demander 30 derniers, pour aider le service de renseignement des pharisiens à éliminer Jésus. Tellement petit…
Et Mathieu, par état d’esprit professionnel du collecteur d’impôts qui sait compter avec précision
“Tu dois combien ?
Garde 10 pour cent pour toi….”
Il existe des états d’esprit différents vis à vis de l’argent.
L’état d’esprit :
“Tu me rends mon centime.”
Ou l’état d’esprit : “gardez tout”.
Ce n’est pas simplement pour rendre la monnaie, cet état d’esprit, il a son écho dans tout ce que nous faisons.
D’une certaine façon, c’est l’esprit de riche qui est un esprit ligoté par le calcul.
En soi il n’est pas mauvais mais il envisage les actions, les œuvres, les résultats, même de générosité, d’humanité, ou de prière aussi, sous la mesure de l’efficacité, du nombre, de la réussite…
Le riche oublie le Don gratuit qui est une des caractéristiques de la vie divine et de la vie des coeurs.
De la relation d’amitié aussi.
L’état d’esprit du riche, même s’il est pauvre trouve toujours des impossibilités, parce qu’il pèse et soupèse les intérêts.
Et puis il y a l’état d’esprit du pauvre.
De celui qui n’a rien à perdre, soit parce qu’il a tout perdu, soit parce qu’il ne s’intéresse pas à la mesure de ce qu’il possède.
Mais du coup, le pauvre est grand dans son appréciation des choses et surtout dans son approche de l’esprit.
Parce que l’esprit n’est pas dans la mesure calculée de la matière et de l’argent.

Ceci dit, nous nous y perdons un peu si nous voulons appliquer nos repères habituels de valeurs et morale honnête à l’histoire de Jésus.
Que vient faire ici l’éloge d’un filou dans la bouche de Dieu, de Jésus qui vient délivrer le monde des filouteries.
On peut penser alors que ce n’est pas l’intention divine que de mettre en prison tous les escrocs.
Ça c’est l’homme qui réagit ainsi.
Tu voles un bout de chocolat, je te tape sur les doigts. Tu dis un mensonge, je tape sur ton nez qui s’allonge…
Eh bien non, le bon Dieu n’a pas la même position que nous.
Ce gérant a plein de défauts : menteur, voleur, manipulateur, incapable de gérer, mais… Il est libre de l’argent. Un peu trop, mais bon…
Le mauvais gérant joue.
Et l’impasse dans laquelle il se trouve, même si elle est de sa faute, lui permet d’introduire avec les débiteurs un acte de bonté, et même de compassion.
Si le maître loue son habileté c’est qu’il y a une miette de grâce divine dans sa pirouette.
Jésus aime la débrouillardise et l’initiative de vie.
Pas facile pour nous de placer notre regard à ce niveau.
Parce que les défauts visibles de nos frères – et ceux de ce gérant – nous cachent une ligne d’horizon plus lointaine mais plus pure aussi.
Jésus vise la ligne d’horizon de la bonté de nos cœurs.
Et c’est sur cette ligne d’horizon que son Église se construit.
Il y a, frères et sœurs, une perspective d’appréciation qui consiste à découvrir derrière toute situation ou personnalité, l’espace de désir qui s’appuie sur la bonté.
On peut toujours garder en mémoire les déficiences qui vont paralyser une évolution ou un regard de compassion.
On peut toujours à l’inverse, préserver la petite fleur délicieuse qui tente de survivre dans les buissons d’épines.
L’attitude de charité est une attitude d’émerveillement.
Quand j’estime les personnes qui m’ont aidé, je peux considérer leurs défauts, parfois évidents, qui auraient pu me cacher la lumière qu’ils m’ont cependant transmise.
C’est habileté que de relever le meilleur de quelqu’un.
C’est d’ailleurs une conduite d’éducation.
Encourager l’enfant, lui donner de l’ambition même sur une petite fenêtre ouverte de ses talents.
N’aurait il qu’un petit talent timide et des tonnes de défauts et d’insuffisance…
Lui promettre l’excellence sur ce petit talent que vous l’aidez à soutenir, lui permet de grandir.
Pas selon notre mesure mais selon la largesse des dons de Dieu.
Il y a une liberté, un esprit de liberté qui est celui des évangiles et même celui de la Bible toute entière.
Celui de David qui danse en pagne devant l’arche de Dieu, celui de Jacob qui se débrouille pour se marier et repartir avec Rachel, qu’il aime.
Saül, le premier roi d’Israël, était, quant à lui, trop investit dans l’intérêt, jusqu’à devenir obsédé de pouvoir et de jalousie.
L’Esprit de Dieu procède par effusion d’amour.
Il y a un art de vivre la vie intérieure que nous indique Jésus par ce gérant escroc.
Qui libère de la prudence et de l’honnêteté bon chic.
Comme il est difficile d’être un chrétien libre intérieurement !
Libre de la liberté des enfants de Dieu…
Si Jésus présente son histoire avec tant de détails qui sont déroutants pour la bonne morale, c’est qu’il a une raison.
Il a une intention.
Certainement pas celle d’encourager la malhonnêteté et le profit.
Son intention, (et c’est la seule façon de sortir de la contradiction) elle est de pointer un essentiel qui dans la réaction du mauvais gérant.
Cet essentiel est une liberté, que l’on peut appeler souplesse ou habileté, mais en tout cas qui mesure selon l’existence et une abondance créative.
Tout perdre, plutôt que de perdre cette indépendance.
Comme l’écrivait l’un de ses amis à Cocteau :
“Nous donnerions tous les poèmes et tous les systèmes (j’ajouterais ici : ‘tous les systèmes de bonne morale’) pour le petit repos d’amour, invisible même au regard naturel des anges, d’un cœur uni à Dieu.” [Correspondance Cocteau-Maritain – nrf – 1993].
L’ami de Dieu boîte dans ce monde.
Parce qu’il poursuit une amitié qui ne s’enferme pas dans la morale.
Pourtant, on voudrait l’enfermer dans une morale pour mieux la critiquer.
Et sa charité s’envole dans une liberté qui rend plus pure que la morale ne peut atteindre.
Le monde croit trouver la charité dans la morale.
La morale est libérée de son infirmité par l’émerveillement évangélique.
Cependant, frères et sœurs, il y a gros risque d’être condamné par les purs de ce monde, les”faux purs”, les riches de ce monde,
Une morale qui n’aurait pas pour fondement l’existence d’un Dieu qui m’aime, révélé en Jésus Christ, reste étroite et ne tient pas dans la longueur.
Et je comprends que la remise en question des fondements de la morale par les systèmes philosophiques athées ou par les confréries francs maçonnes, part dans un sens destructeur de l’homme et de la société.
Parce que, sans la foi en Jésus Christ, venu nous sauver par amour, et ressuscité, la malhonnêteté et le mensonge n’ont plus de limites.
Le Christ est venu apporter une beauté qui n’appartient qu’à Lui.
La beauté qui ne monte pas de systèmes obscurs d’esprits durs, mais qui monte de l’amour des cœurs doux, compatissants et libres.
Le mauvais gérant de la parabole de Jésus arrive a changer le regard matérialiste du maître, proche de ses intérêts.
Être libre, être dans la vérité, et être dans la compassion de l’amour, seul l’Esprit de Jésus, vécu dans la pratique, nous le permet.
C’est Talleyrand qui aimait citer cette phase :
“Avec du temps et de la patience la feuille du mûrier devient satin”
Mais il aurait pu dire : « avec l’Esprit de Jésus, même la feuille du buisson plein d’épines
peut devenir satin”.

HOMELIE POUR LA FETE DE NOTRE DAME DES SEPT DOULEURS ( patronne de notre église de Villecroze)

La fête de Notre Dame des douleurs est une fête à hauts risques.
Tout comme d’autres fêtes inscrites dans le missel.
Notre Dame de Lourdes, notre Dame du Rosaire, notre Dame du Mont Carmel, ou encore Marie Reine ou le Saint Nom de Marie.
Toutes des fêtes de dévotions particulières plus ou moins rattachées à l’Évangile.
En fait, ce sont des fêtes a hauts risques dans la mesure où nous ne les plaçons pas bien dans notre relation avec le Seigneur.
Parce que chacune laisse place trop facilement à un ressenti tout subjectif.
Le risque est à proportion de l’importance que nous accordons aux aspects secondaires de notre vie de foi.
Je vois trois règles à respecter si nous voulons ne pas tomber malade par dévotion.
D’abord une dévotion est une dévotion. Elle ne peut pas être une ressenti qu’on s’impose par dessus la vérité de l’Église.
Ensuite, une dévotion ne doit pas être figée.
Si une dévotion n’évolue pas, pour nous personnellement, si on ne lui permet pas de prendre des formes différentes, notre vie pour Dieu va être freinée dans sa croissance.
Une loi essentielle de la prière est de vivre notre prière avec liberté.
Comme le recommandait sainte Thérèse d’Avila, il n’est pas avantageux de rester dans une seule pièce du château de notre âme. Circulons donc sans scrupules et adaptons nos formes de pratiques selon nos évolutions, nos fatigues ou nos périodes de désirs enflammés.
Et puis, une règle fondamentale, c’est que nous ne préférerions pas une dévotion aux pratiques de l’Église universelle.
Il est absurde de brûler un cierge à un Saint en négligeant d’aller communier à la messe. Absurde et stérile. C’est là qu’on tombe malade.
Pour en revenir à Notre Dame des Douleurs…
Et pour bien la placer dans notre vie spirituelle…
Cette dévotion touche à la souffrance comme d’autres touchent au miracle.
Or l’approche de la souffrance est à haut risque, si l’on prend la souffrance comme une porte d’entrée pour regarder le Ciel.
Ce qui s’applique aussi au miracle, d’ailleurs.
Il existe une tendance à l’union dans la souffrance qui est malsaine et impure.
Je ne dis pas cela sans fondement puisque la séquence qui nous est proposée pour cette messe de chanter avant l’Évangile est pour moitié orientée sur un dolorisme malsain. C’est le Stabat Mater, qui vient d’une pitié sentimentale d’une XIII° siècle, que le grand concile de Trente au XVI° siècle avait mise de côté.
Et qui est re-rentrée par la petite porte les siècles qui ont suivis.
C’est de ce genre de piété contre laquelle s’est insurgé Luther pour rejeter la place des saints. Et je le comprend sur ce point.
Écoutez quelques bribes du Stabat Mater :
“Daigne, ô Mère, source d’amour, me faire éprouver tes souffrances pour que je pleure avec toi.”
Ou encore :
“Vierge bénite entre les vierges, pour moi ne sois pas trop sévère et fais que je souffre avec toi”
“Je désire être avec toi près de la Croix, et ne faire qu’un avec toi, dans la douleur”.
Voilà typiquement une dévotion à hauts risques de déviance.
En laquelle on peut facilement glisser.
D’abord, il est doucement comique – et le Christ ne l’a jamais demandé – à chercher à être un avec la Sainte Vierge.
Marie a vécu de façon unique et éminemment personnelle ses joies et ses souffrances, enveloppée toute entière de l’Esprit Saint.
C’est comme si on demandait d’être un avec Marie pour la conception de son enfant…!
Marie a vécu les souffrances de la Croix avec une grâce unique et exceptionnelle.
Que nous n’imaginerons jamais même si on nous la dessinait en trois D..
Et les souffrances de Marie ne sont pas rédemptrices.
Ce n’est pas Marie qui s’offre sur l’autel à chaque messe.
C’est à Jésus que nous devons nous unir.
Ce n’est pas Marie non plus qui peut nous faire éprouver quoi que ce soit, ou nous donner part à ses peines ou à ses joies, comme le préconise le Stabat Mater.
C’est Jésus et la grâce de son Esprit.
Marie est le magnifique exemplaire d’une réussite de l’Esprit Saint, mais elle reste comme tous les saints, le canal – pas la source ! – de l’amour qui nous sauve.
Dieu se sert de canaux pour nous communiquer ses étincelles de grâce et d’amour, dont Marie par excellence, mais elle reste en tout “servante de la seule Source de vie et de sanctification de nos cœurs”
Le reste est imagination centrée sur nous, qui ne plaît pas au Seigneur.

La place de la douleur et de la souffrance est aussi très délicate dans nos dévotions.
Le Christ est venu assumer, et offrir ses souffrances, pour rendre le monde et chacun de nous en particulier, à la tendresse du Père des Cieux.
Il est venu libérer la joie prisonnière chez les pauvres terriens.
Et c’est par cette joie, cette grâce restaurée par amour, dans l’Espérance du Ciel, que nous pouvons traverser nos souffrances.
Demander des souffrances et demander en particulier les souffrances de la Vierge Marie, c’est ne rien comprendre au Plan de Dieu sur nous.
La souffrance ne nous sera peut être pas épargnée, mais c’est juste la part que nous réserve Dieu que nous devons accueillir.
Ne jamais demander la souffrance des autres.
Surtout pas celles de la Vierge Marie. Nous n’avons pas sa grâce !
Mais si nous fêtons Aujourd’hui Notre Dame des Sept Douleurs, c’est pour une leçon qui peut nous soutenir dans notre pauvreté.
C’est que, une femme, totalement pure, est passée par la souffrance.
Sans aucun péché, Marie a dû porter un cœur brisé.
Participante aux souffrances de son Fils, non pas pour en être purifiée – elle n’en avait pas besoin –
mais pour ouvrir à l’Église la communion des saints qui portent en leur corps les péchés de ceux qui ne sont pas dans l’Église.
Marie donne un sens nouveau à la souffrance, par son exemple.
Toute souffrance qui sauve appartient au Christ.
Nous souffrons quant à nous pour nos fautes comme une pénitence justifiée.
Mais si nous sommes vraiment adorateurs du cœur du Christ, il peut nous être confiées quelques souffrances supplémentaires à porter pour nos frères.
Mais attention ! jamais choisies ou voulues ou demandées.
Simplement accueillies, comme Marie a accueilli, au plus près, celles de la Croix de son Fils.
Mais elle était remplie des Dons du Saint Esprit et d’une joie profonde,
Tout le reste est folklore absurde et périlleux même pour notre santé mentale.

La Croix nous pouvons l’approcher, quand la joie est déjà surabondante en nous.
Nous ne pouvons vivre la Croix que quand nous avons déjà chanter le magnificat.
Seigneur, apprends moi à chanter mon magnificat…

HOMÉLIE 24° DIMANCHE ORDINAIRE

quelques allusions avec une certain sketch de Coluche (histoire d’un mec) ne sont pas fortuites…

C’est l’histoire d’un… Manque.
Un manque… normal.
Et même, je dirai, c’est l’histoire de deux manques.
Un autre manque… qui arrive en plus du manque normal.
La rencontre de deux manques. Sur le pont de la vie éternelle.
Vous la connaissez cette histoire, frères et sœurs. Nous la connaissons tous…
D’une certaine façon, c’est l’homme qui a perdu ses lunettes et qui les cherche.
Ça c’est le premier manque.
On cherche nos lunettes.
On ne sait plus où elles sont tombées. On croit les avoir perdues dans la Loire et on
les cherche dans la Seine !
Jésus dit : ‘vous avez une poutre dans l’œil.’ Alors comment pouvons-nous y arriver ?
Et le second manque qui rencontre le premier, c’est que notre cœur est sans repos
s’il ne repose pas en Dieu.
Ça c’est un manque différent…
En fait, l’histoire du premier manque, normal… c’est l’enfant prodigue qui part à
l’aventure.
Il a envie. Il a besoin de tout remettre en question.
Il a en lui un désir, mais ce désir, sans lunettes, est voué à partir dans le décor.
Il ne sait pas où il va, mais il part.
ll n’a pas grand chose au départ… Tous ce qu’il a, c’est ce qu’il a reçu de son père,
un héritage…
Il répond à l’excitation qui tarabuste son cœur.
Dieu sait pourtant qu’il vaut mieux tout que d’étouffer cette faim.
Dieu cherche celui qui a faim.
Alors même qu’il se trompe.
Alors même que c’est un manque qui dit non et qui se débat.
Le fils cadet est plus sympathique que son frère aîné, parce qu’il se jette à l’eau,
sans ses lunettes peut être, mais il parvient à l’humilité, calculée en partie peut-
être, cabossé et les pieds sales, certainement, et plein de blessures qui seront la
leçon de sa vie.

Le plus grand mérite du fils prodigue c’est qu’il met en évidence la tendresse du
cœur ouvert de son père… du Père.
Le génie de l’histoire de Jésus, c’est qu’avec deux fils imparfaits, il découvre un
Père parfait.
“Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras”, comme disait l’autre.
Je vaudrais revenir à l’histoire du manque…
C’est l’histoire du fils le plus jeune, c’est notre histoire.
C’est cette recherche pour laquelle nous courons du matin au soir, et parfois,
souvent, de façon complètement ébouriffée, stressée, quand ce n’est pas en
dérapage ou en faute.
On ne sait plus pourquoi, ni où, on court.
C’est l’histoire de ce monde déglingué depuis la nuit des temps.
Depuis la nuit d’Ève et d’Adam.
Premier manque, normal.
Il y a un blanc sur notre désir profond.
Et puis, il y a un deuxième manque.
Qui vient en quelque sorte prendre dans sa barque le premier.
En réponse à cette inquiétude, que l’on ne sait pas résoudre et qui peut finir chez
les cochons, Dieu nous dit :
« Je peux te montrer le vrai manque, pas celui qui dit ‘non’, mais celui qui dit ‘oui’.
Et qui te donnera le veau gras. »
Frères et sœurs, nous pouvons nous réjouir, car c’est celui qui nous amène ici ce matin.
Le manque qui a retrouvé ses lunettes, c’est celui qui par la grâce du Saint Esprit,
nous conduit à nous mettre en prière.
Et là, on comprend que le manque fondamental.
Il n’est pas notre ennemi, il est, au contraire, à rechercher, à cultiver.
Et que, même si on a la tête sur l’épaule du Sauveur, il reste un creux dans notre
âme.
Ce n’est pas le manque du travail qu’on recherche, ou celui du retour d’affection de
son mari ou de ses enfants, qui ne vient pas. Ou un manque d’inspiration ou de
reconnaissance.
Non… C’est le manque de fond, de notre nature qui a besoin de Dieu.
C’est le manque qui revient vers le Père.
C’est le manque qui se met à genoux dans une église.

Il y a toujours manque, mais c’est un manque qui peut trouver la paix.
Un chrétien qui a retrouvé ses lunettes c’est un manque qui prie.
Les deux à la fois… qui prie et qui reste un manque
Et même, qui veut être en manque de plus en plus.
Toute la Bible, c’est l’histoire de deux manques.
Le manque révolté. Qui fuit, qui se referme sur lui-même.
Et le manque humilié. Humble et paisible.
Mais en fait, il y a un troisième manque… Et c’est là que ça devient intéressant.
celui-là il est lumineux.
Avec des lunettes, quoi !
Ce n’est pas celui qui cherche ses lunettes,
ce n’est pas celui qui traverse le pont.
C’est celui qui construit le pont au-dessus de l’eau. Parce qu’il y a de l’eau…
C’est le manque du père… dans ses fils. Ses deux fils qui le font souffrir de leur
incompréhension et de leur égoïsme.
C’est le manque de Jésus-Christ qui n’a pas de réponse à ses appels d’amour.
Et plus on aime, plus on ressent ce manque vis-à-vis de ceux qui nous peinent.
Le plus jeune fils répond à son manque en partant, pour s’occuper des prostituées et des cochons.
Le fils aîné réponds à son manque en se plaignant.
Le père répond à son manque en surabondant d’amour. De patience et d’amour.
Il se jette au cou de son fils dégénéré.
Il n’y a pas plus belle image d’une relation d’amour.
Dieu voit notre péché comme un appel d’amour qui a dérapé. Et Il appelle.
Nous, nous voyons le péché (des autres), comme un mal et comme une agression.
Mais Dieu voit notre péché comme un désir mal orienté.
Et Dieu ne peut pas résister à l’appel…
Le fils aîné n’a pas demandé.
Son frère a demandé (son héritage). Sa demande n’est pas ajustée mais elle est
demande, un désir. Cela seul compte.
Et nous tendons a vouloir éliminer ce manque.
Or, la seule disposition vraie est de mettre encore plus ce manque en évidence. Par
la prière et le jeûne.
Celui qui sait aimer, c’est celui qui respecte l’insuffisance de l’autre et qui laisse
grandir le désir en lui.
Ce n’est pas celui qui veut à tout prix combler son désir.
Là où le péché a abondé, la grâce peut surabonder.Là où le désir se reconnaît impuissant, la lumière se répand, mais une lumière de
compassion d’amour.
Elle ne guérit pas du désir. Elle le rend plus douloureux encore.
Et Dieu, pendant ce temps, donne sa grâce….. L’eau coule sous le pont.