HOMÉLIE DU DEUXIÈME DIMANCHE DE L’AVENT

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https://www.aelf.org/2018-12-09/romain/messe

Livre de Baruch 5,1-9.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 1,4-6.8-11.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 3,1-6.

Pourquoi, frères et sœurs, le texte de Baruch, cette joie de Jérusalem, cette joie promise d’être « paix-de-la-justice » et » Gloire-de-la-piété-envers-Dieu » donne à notre cœur cet air de fête ?
Qu’on peut appliquer à la fête de Noël ?
C’est pourtant bizarre cette correspondance.
Pourquoi ces images grandioses de montagnes aplanies par Dieu, nous parlent et nous plaisent ?
Elles ont un petit goût de contes pour enfant, mais elles nous touchent curieusement.
Elles nous invitent à quelque chose de grand et de paisible.
Mais si vous dites à votre voisine, en sortant de chez le boulanger, avec le pain dans les mains : « J’attends que les montagnes soient rabotées… » elle vous regardera avec un léger doute et vous répondra : « oui.. oui! » avant de filer chez elle .

Et le texte de saint Paul..
Pourquoi ça nous fait chaud au cœur, tranquillement, que Paul se réjouisse de sa petite communauté de Philippiens, qui marche bien ? Dans la grâce de Dieu.

Et pourquoi a-t-on envie que Jean le Baptiste nous appelle de son désert à la conversion ?
Nos chemins rocailleux seront aussi aplanis.

Jean-Baptiste, c’était l’an 15 du règne de Tibère, dans le désert.
Paul, l’an 40, en Grèce, région de la Macédoine,
Baruch, 580 avant Jésus-Christ, au temps de l’Exil à Babylone.

En fait, il y a un souffle, dans ces textes, qui dépasse les particularités de l’Histoire.
Et surtout il y a quelque chose tout simplement qui correspond aux désirs de nos vies.
Comme l’est la fête de Noël.
Quand on voit la contagion de cette fête, même pour les foules qui ne croient en rien, jusqu’en Chine athée, on se dit : il y a un appel à quelque chose d’enraciné dans le cœur de l’homme.
Parce qu’il n’existe pas de désir dans la nature qui ne mène à nulle part.
C’est une loi spirituelle qui n’a pas d’exception.
On peut se tromper de cible, mais il n’existe pas de flèche à laquelle ne correspond aucune cible.
Il y a quelque chose qui nous appelle à la ‘paix de la justice’, à la communion entre frères, à l’attente d’un Sauveur au milieu de nos déserts et dans nos journées accidentées.
Si nous n’atteignons pas le roc de la paix, l’unité fraternelle ou une foi sans nuages en Jésus, c’est que nous nous y prenons mal.
Que nous sommes emmêlés dans nos filets et savamment ficelés par l’esprit du mal.
Mais n’empêche que résonne en nous cette espérance de paix et d’unité, et elle résonne par une grâce qui vient de plus loin que nous, qui vient d’avant nous, d’une sorte de couronnement à laquelle notre nature aspire de toutes ses voiles !
Noël, au-delà de toutes ses déviations mercantiles, résonne dans chaque âme, comme un émerveillement de l’innocence.
Parce que l’innocence, la justice, la force de Dieu dans le cri d’un enfant divin, nous savons bien tous que ce n’est pas le Père Noël.
C’est le vrai de notre vie qu’on trouble si souvent.
Jésus, Sauveur, Dieu venu à la rescousse de notre monde empêtré, c’est du vrai et non seulement c’est du vrai mais c’est l’essentiel de l’Histoire du monde et des hommes.

Nous cherchons tous à rejoindre cette correspondance que nous évoque les images des prophètes de la Bible et des expériences incomplètes des premiers chrétiens.
C’est normal, c’est un appel de notre nature, l’apothéose du repos du cœur.

Mais tant que nous ne comprenons pas que nos efforts, nos chemins de ruses ou de vertus fabriquées par nous-mêmes, ou même de conquêtes pour la cause la plus parfaite qu’on puisse imaginer, nous conduisent à l’échec… Que seul, l’accomplissement de notre nature doit venir comme un cadeau et que ce cadeau est une grâce, on poursuivra des chemins accidentés et on se préparera de nouveaux échecs, gros comme des montagnes.

En fait le meilleur témoignage d’un chrétien à envisager pour Noël, c’est de laisser tomber les cadeaux pour se proposer de désencombrer l’appel de Dieu sur notre cœur.
L’esprit de notre monde cherche la solution de ses désirs dans l’accumulation, les revendications du toujours plus.
Le meilleur témoignage de notre foi, frères et sœurs, il est facile, c’est d’enjamber les cadeaux de Noël, de les contourner si nous n’avons pas les jambes alertes, pour marcher droit, ne les regardant ni par la droite, ni par la gauche, mais en priant le Seigneur.

Un Noël de pauvre, un Noël appauvri, voilà le cadeau original !

Alors nous recevrons ce à quoi notre cœur aspire plus que tout.
Alors, nous offrirons à nos amis ce que leur cœur cherche plus que tout, sans savoir où le trouver.

 

HOMÉLIE DE LA SOLENNITÉ DE L’IMMACULÉE CONCEPTION

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Livre de la Genèse 3,9-15.20.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 1,3-6.11-12.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,26-38.

Que de paroles dans le jardin du paradis manqué…
« j’ai pris peur… Je suis nu… Je me suis caché… C’est la femme, c’est de sa faute »
Et Ève : « C’est le serpent, c’est de sa faute »…
Il est vrai que le serpent, lui, n’a plus rien à dire. Il a réussi son coup et part en serpentant.
L’homme essaie de se rattraper. Il appelle sa femme ‘la Mère des vivants’
Mais avec un arrière goût d’amertume, parce que tous ces vivants, désormais, porteront le poids de ce qu’il a gâché.
Adam avait tout pour faire mieux.
Quand je dis Adam, c’est aussi ‘Ève’. Tous les deux dans le même panier.
Dommage quand même. La copie est raturée.
Elle reste lisible, mais… elle aurait pu être si belle.

… Que de silence dans le petit enclos de Nazareth.
L’ange du premier jardin était armé d’un glaive. L’ange de Nazareth, devant cette fille de Galilée, il est comme tout nu et timide.
Il voit une fille des hommes pure comme lui est pur.
Lui, il est pur de son esprit. Elle, elle est pure de son esprit et de sa chair.
Et cette jeune fille comprend le langage angélique sans traducteur.
Marie : 20 sur 20 pour son épreuve de langue angélique.
C’était une option, mais elle s’en sort avec félicitations du jury.
Ève, elle, dans la même matière, avait été repérée, choisie, par le mauvais professeur.
Eh bien, là c’est l’éminent professeur qui choisit la plus douée des élèves.
Mais pourquoi ce fut Marie et pas l’une de , mes sœurs ? Ou l’un de vous, mes frères ?
Où est la différence ?
Alors là, frères et sœurs, je suis désolé de vous décevoir.
Mais, tous, nous ne sommes quand même pas de la même classe que la Vierge Marie.
Nous sommes tous mordus, au flanc, par la douleur du mal.
Et nous, nous devons remonter le courant.
Marie, elle, a descendu le fleuve de paix, en ramant dans le sens du courant de la grâce divine.
Pourtant, on est porté par ce même courant qui déborde a profusion.
Mais le vent est si contraire pour nous, qu’on a l’impression de toujours ramer à contre-courant.
Marie, c’est la Formule 1…
Aucune prise au vent contraire. Profilé intérieur taillé à la perfection.
Elle ne connaît que le souffle de l’Esprit Saint qui propulse sa vie.
Le mystère de Marie, c’est qu’elle n’a pas mis 15 secondes pour atteindre 300 km/h.
Et nous, nous allons mettre toute notre vie pour laborieusement plafonner à 80 km/h. Et encore, si le moteur ne flambe pas en cours de route.
Mais le plus grand mystère, c’est que Marie ne se retourne pas sur la splendeur de son destin.
Elle a la grâce de ne pas se regarder.
Les plus vierges parmi nos filles d’Ève tendent à purifier leur corps et leur esprit.
A simplifier leur vie intérieure, leur connaissance de Dieu par des actes répétés d’amour.
A préserver leur corps et leur âme par la Présence en elle de l’Esprit qui les purifie.

Pour Marie, c’est encore plus simple.
La pureté en elle est source.
Marie vit sa pureté, sa virginité, sans aucun goût de sécheresse. Aucune tentation.
Aucune purification. Dès sa naissance, elle respire la pureté.
Et la pureté, en elle, devient fécondité.

C’est la grande différence entre Marie et nous.
Pour nous, l’amour va nous rendre pur en nous sevrant de nos actes impurs progressivement, et va faire grandir une certaine fécondité spirituelle.
Pour Marie sa pureté est féconde dès le premier instant.
Elle sera si intensément féconde que Dieu va rendre son corps fécond, par l’Esprit.

Ève a ressenti l’appel à la fécondité, mais comme une cassure de sa pureté qu’elle considérait comme frustrée.
Marie a été débordée par la saveur de sa pureté.
Elle n’a jamais ressenti la frustration.
Vous savez… ce goût d’ennui, d’acédie, de désert ou de stérilité que peut provoquer la trop grande limpidité de l’Esprit pour nous, lourds de notre chair.
C’est pour cela que nous meublons nos connaissances et nos désirs de distractions, de divertissements.
Internet et les dernières nouvelles de la télé nous arrangent bien pour donner n’importe quels grains à notre esprit.
Quand ça ne vire pas de la pollution de l’esprit à celle du corps.
Et plus nos divertissements semblent sérieux, honnêtes ou utiles, plus nous pensons qu’ils sont justifiés.
Il faut bien rester en connexion avec le monde, dit-on ! Oui, mais si le monde nous déconnecte de l’Esprit de Dieu, nous perdons tout. Le monde et Dieu
L’Esprit de Dieu nous rendra le monde au centuple si nous savons sacrifier notre connexion avec le monde.

Marie n’avait que faire de meubler son esprit de faits divers.
Elle était tellement comblée de grâce ! Et fut tellement comblée par son Fils … !
Et même au pied de la Croix, elle ne fut pas frustrée. Investie de l’Esprit Saint et d’Espérance.
Nous ne pouvons pas l’imaginer, parce que nous jugeons à partir de notre brouillard et la tête encombrée de bonnes raisons, le cœur pollué de nos attachements affectifs.
Mais la Vierge, au pied de la Croix, comme devant l’Ange, était tendue vers une nouvelle fécondité qui, une fois de plus, l’a dépassée.
Marie, au pied de la Croix, a accédé à la fécondité de L’Église universelle et éternelle.
Dans un magnificat de douleur.
Immaculée Conception…
Marie serait-elle une extra-terrestre ?
Admettons, extra-terrestre, mais tellement plus terrestre que nous.
« Réjouis-toi comblée de grâce ! »
Comme elle est belle, cette prise de contact.
L’Ange en fait, se plie à l’humaine façon de dire bonjour chez les humains.
Là, Gabriel s’annonce au cœur de la fille. Ne veut pas la brusquer.
_ « Marie ! ne soit pas surprise… c’est une bonne nouvelle que je suis chargée de t’annoncer. Mais tu as le droit de réagir en jeune fille sensible. »
Et l’Ange lui laisse la possibilité d’une question, juste le temps qu’elle reprenne sa respiration. C’est normal.
_ « Comment cela se fera-t-il ? »
Parce que toute immaculée qu’elle est, sans pourtant mettre en doute le message divin, elle est quand même obligée de reprendre son souffle.
Parce qu’elle n’est pas ange, mais femme.
Ça veut dire, que pour nous aussi on peut avoir droit à une question quand Dieu nous appelle.
A cette différence que nos questions sont quasi toujours questions d’inquisition et soulèvent des problèmes…

Pour l’Immaculée, sa seule question contient déjà son « oui ».
La question de Marie, c’est : « ‘oui’, mais explique-moi… »
Toujours cette longueur d’avance sur nous.
Pour nous, nos dialogues avec Dieu sont trop souvent :
« Attends, j’aimerais que Tu me convainques. J’aimerais comprendre pour accepter.
Pour nous, on ne peut pas s’empêcher d’une résistance avouée ou cachée. »
Et portant, Dieu se penche sur nos cœurs impurs en tenant compte de l’héritage de Ève et d’Adam. Et pourtant, Dieu se réjouit de nos petits pas hésitant, alors que pour Marie Il se réjouit en la devançant en volant devant elle de tous ses anges et de son Esprit-Saint.
Pour la Vierge Marie, l’escorte de Dieu est devant elle.
Marie ne regarde que devant elle.
Elle seule est noble de sa grâce de blancheur et de la joie de Dieu dont il n’est pas avare.

Pour nous, l’escorte de Dieu marche devant, mais aussi à petits pas derrière nous, avec une patience divine. Et nous sommes souvent obligés de nous retourner pour l’appeler à l’Aide.

 

PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT

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Livre de Jérémie 33,14-16.

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens3,12-13.4,1-2.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 21,25-28.34-36.

 

Dieu, « Le Seigneur-est-notre-justice », écrit Jérémie.
« Germe de justice ». Les Pères de L’Église l’ont toujours appliqué à Jésus, le Messie.
Évidemment, le mot justice a un goût de gendarme et de barreau de prison, pour le voleur.
Mais ‘justice’ pour l’ami de Dieu a un goût délicieux de lumière, d’amour et de libération.
D’une certaine façon, c’est le dernier coup de pinceau qui achève et fait justice à la beauté d’un tableau.
En fait, la dernière phrase de l’Évangile est puissante de beauté.
« Vous serez capable de tenir debout devant le Fils de l’Homme.
Être debout : ça veut dire être en position de vérité –
Position vulnérable, mais aussi position où nous sommes connu dans notre singularité.
Être debout devant quelqu’un c’est se regarder dans les yeux et s’offrir à lui.
La Vierge Marie, notre Mère, était debout au pied de la Croix dans un acte de vérité suprême ; révélé par la souffrance de son cœur transpercé.
Il y a quelques temps, je voyais sur le quai d’une gare, une jeune fille. Comme 80% des gens elle manipulait son portable.
Un jeune qui avait l’air d’être un camarade de classe, est arrivé. Allure « in », cheveux fraîchement coupés, passés au gel, et à peine teints.
Conversation entre eux. Je n’en ai pas perçu le sens, mais sérieuse.
Or, la fille continuait de tapoter sur son clavier, les jambes croisées, un pied devant l’autre, touchant ses cheveux, le col de son blouson, regardant souvent du côté de l’arrivée du train.
Le gars croisant ses mains derrière le dos, balançant son sac, avec un mouvement de rotation du buste.
Je me suis dit un peu amusé : ‘Il n’est pas facile d’être soi-même, debout, en vérité, tranquille, devant quelqu’un qui nous implique.’
Alors, debout devant le Fils de l’Homme…
Ce sera en position de justice, c’est-à-dire, connu vraiment tel que je suis.

Je vois trois attitudes pour se présenter devant quelqu’un qui nous connaît au cœur ?
D’abord, celui qui n’a pas de prise au reproche.
Deux personnes au monde ont pu être dans cette attitude en vérité.
Jésus sur la Croix quand Il dit ‘tout est accompli’
et … La Vierge Marie, sans aucun retour sur elle-même.
Et c’est aussi l’attitude des pharisiens de toutes catégories. Mais, pour eux, c’est une attitude fondée sur une étroitesse de jugement, sur un rêve, un peu comme l’enfant qui se met au volant de la voiture de son papa et qui se croit Sébastien Loeb en faisant : ‘Bbbrrr mmm… ! Il est champion. Mais pour lui il est bon de rêver…

La deuxième attitude, c’est celle de celui qui se sait nul et qui se cache.
On ne rêve pas, mais on a peur. Peur de se retrouver en justice et de rendre des comptes.
Alors on joue au feu d’artifice. Le feu d’artifice peut être une manière de cacher sa misère. Le ciel s’illumine, mais les lanceurs de fusée, on ne les voit jamais.
Ceux qui craignent la justice sont des lanceurs de fusées multicolores.
Position de tous les Tartuffe, menteurs aux décors en trompe-l’œil.
Ça dure le temps d’un feu d’artifice, mais le Fils de l’Homme, aimera-t-il les feux d’artifice dans l’éternité, quand nous serons devant Lui. J’en doute. Il aura mieux à proposer.

Alors, j’en viens aux pauvres de Yahvé, aux pauvres des béatitudes, qui seront – je le crois – foules, au festin du Royaume.
La dernière attitude : celle de vérité.
C’est le petit qui se présente en implorant, debout, parce qu’il ne veut pas ou qu’il ne peut pas se cacher, mais en tendant les mains.
C’est le geste des deux malheureux qui, dans le tableau du Jugement dernier de la Chapelle Sixtine, à Rome, essaient d’attraper le chapelet qu’on leur tend. Ils sont proches de l’enfer. Leur dernier secours, avant le fond, c’est ce chapelet.
Le cri : ‘Donne-moi la main !’
En fait, il y a une condition pour prier ainsi. C’est de croire que la Main du Fils de l’Homme est toute d’amour, et l’avoir expérimentée comme telle.
C’est de croire que la justice du Fils de l’Homme est une justice d’un cœur de tendresse qui se penche vers le petit et le pauvre.
L’amour devient mesure de la justice.
Et comment pourrions-nous en douter quand on considère Jésus dans la crêche ou Jésus crucifié pour nous ?!
Il ne suffit pas de se reconnaître pécheur. (On peut se savoir pécheur, mais en tremblant)
Il s’agit de se reconnaître pécheur insuffisant et pauvre nul, mais… en ayant goûté à une expérience de résurrection.
La justice de Dieu n’est pas notre justice humaine qui se donne, approximativement, de l’extérieur.
La justice de Dieu est une justice de rédemption.
La justice de Dieu rejoint dans la faiblesse ce qui attend d’être aimé.
Voilà la merveille, frères et sœurs, et que nous devons appliquer dans nos vies chrétiennes.
Dans notre vie spirituelle.
Désirer d’abord pour nous, nourri d’espérance, le regard de Dieu sur notre cœur.
Et vivre pour les autres dans l’espérance leur possible guérison de l’âme.
La justice divine est une proposition à être vivifié jusqu’au fond de nos misérables insuffisance et limites.

La justice divine devient splendeur, si elle est vécue comme attendue, désirée de tous nos désirs.
En fait, se trouver debout en face du Fils de l’Homme, c’est lui crier un jour : « Transforme-moi maintenant, en ce que je dois être. Je suis loin du compte, Seigneur ! »
Et on se rend compte que le jugement de Dieu est réparateur.
Mais alors pourquoi Seigneur, pourquoi, Sauveur du monde, envisager des cataclysmes apocalyptiques des derniers jours ?
Tu proposes une réponse…
C’est que celui ou celle qui veut avancer vers Dieu doit passer par des purifications intérieures qui ressemblent dans sa vis personnelle à des cataclysmes. Il doit apprendre que son secours est dans le Nom du seigneur, son refuge est le Cœur du Christ.
Le même refuge qui sera proposé quand il y aura le changement de décor de la fin du monde, au dernier jour, juste avant l’explosion de joie de l’Eglise du Ciel.

Toutes les circonstances de décor, même les astres, même les belles moissons, même les intentions de paix et de confort, tout cela fera place à une vérité essentielle.

Celui qui aura donné son cœur en intimité à Dieu, en parfaite intimité d’union, par une prière permanente, – c’est une promesse de Jésus – , vivra les temps d’amertume et d’effondrement des décors. Il vivra les cataclysmes gigantesques du soleil et des étoiles,
mais il échappera aux frayeurs, comme en sécurité, l’âme inondée de paix.
Comme l’ont vécu et le vivent tant de martyrs de notre belle foi.
Un saint écrivait :
« la noblesse et la stabilité de l’âme peuvent être si parfaites en cet état de transformation d’amour, que les eaux de la douleur au lieu de la submerger, n’arrivent même plus jusqu’à elle. » [Jean de la Croix – CSB 20, 12]
La souffrance n’est plus la même. Elle est vécue dans l’assurance de la justice.

Dans les flots de la grâce, Dieu engloutit ses amis, comme des cathédrales englouties.
Il vient transformer leur désir en paix.
La justice de Dieu consiste en cela : à rejoindre le pauvre et lui donner la récompense à la mesure du désir de son cœur.
Selon l’amour qu’il a en lui. Voilà pourquoi la charité bannit la crainte.

« Au soir de la vie, tu seras jugé sur l’amour »

HOMÉLIE DE LA SOLENNITÉ DU CHRIST-ROI DE L’UNIVERS

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https://www.aelf.org/2018-11-25/romain/messe

Livre de Daniel 7,13-14.
Livre de l’Apocalypse 1,5-8.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 18,33b-37.

Le 11 décembre 1925, le Pape Pie XI proclame une solennité qu’il explique par une lettre encyclique.
Un peu originale dans son énoncé quand on la compare aux autres fêtes du Christ.
Nous avons Noël, la naissance.
Nous avons L’Épiphanie, fête d’une étoile qui annonce au loin le rayonnement du Christ sur le monde.
Nous avons les Rameaux, Pâques, l’Ascension… Tous événements de la vie de Jésus.
Fêtes qui sont des anniversaires de l’Histoire de Jésus.
Il y a aussi quelques fêtes pour raviver la piété, par exemple au Sacré-Cœur de Jésus, pour orienter les cœurs vers la charité qui jaillit du côté du Christ, ou encore la Fête du Très Saint-Sacrement qui rehausse la Présence réelle de Jésus dans le Sacrement de son Corps et de son Sang.
Et puis, aujourd’hui, Jésus-Christ Roi qui est une référence à une qualité et une référence à une qualité qui semble politique.
Une marque qui va être apposée sur Jésus par dérision, comme on aurait pu inscrire sur la Croix : ‘Jésus-Médecin’ ou ‘Jésus- Le Prophète’.
Et là nous avons Jésus ou plutôt Christ, c’est à dire Messie-Roi.
Pilate n’a pas fait écrire ‘Le Messie-Roi’ parce qu’il y aurait eu au-dessus de Jésus la notion de Messie dont les romains avait peur. C’était une notion trop juive.
Et les juifs auraient cassé la Croix de Jésus pour enlever ce mot Messie, blasphématoire pour eux.
‘INRI’ : ‘Le Roi des juifs’.
C’était un écriteau à la fois ridiculisant Jésus et méprisant les juifs. Mais, à la limite, ça pouvait passer.
Donc, on en arrive à la fête du Christ-Roi…
On aurait pu aussi avoir la Fête du Christ-Agneau. Du Christ-Bon Pasteur, Christ-Alpha et Omega.
Mais Pie XI avait une intention qui visait la société de son temps.
Il a promu, dit-il cette solennité du Christ-Roi pour lutter contre La peste de son époque, qui était le laïcisme (…) dont les germes sont les jalousies et les rivalités entre les peuples qui entretiennent les querelles internationales et retardent l’avènement d’une paix de réconciliation. Tout cela conduisant à une apostasie générale.
Fête qui permettra, ajoute-il, à l’ensemble des fidèles de combattre, vaillamment et sans relâche, sous les étendards du Christ-Roi, enflammé au cœur du feu de l’apostolat.

Ce ne sont plus des mots que nous utilisons à notre époque. Et l’intention de Pie XI qui était politique, contre les ennemis de la foi, est maintenant lointaine ou en tout cas, ne s’exprime pas par les mêmes expressions.
Mais alors, qu’est-ce que la notion de Roi suggère dans la Bible ?
C’est essentiellement une notion politique.
Il existait des rois païens, des hommes qui prenaient en main une tribu un clan et les mènent à la victoire d’une bataille et qui s’imposaient pour l’ordre et la justice d’un moment.
Comme ceux avec lesquels va batailler Abraham.
Le Pharaon, Roi d’Égypte, ça c’est de la plus grande pointure.
Les rois de Perse, d’Assyrie aussi.
Et les rois que les romains établiront à leur service, dans leurs pays conquis.
Hérode le Grand, Hérode Agrippa, son petit-fils, en seront les quasi derniers pour Israël.
Le roi représente l’ordre politique.
Cet ordre politique avec lequel Dieu ne veut pas être confondu.
Parce qu’Il sait que par le gouvernement du monde, Dieu ne peut pas retirer une goutte de grâce divine.
Dieu rechignera à donner un roi à son peuple.
Le premier fut Saül, choisi par le prophète Samuel.
Et ce fut un raté de l’Histoire juive.
Dieu aurait préféré que son peuple choisi écoute ses prophètes.
Qu’l soit conduit par des hommes charismatiques, comme Moïse, Josué, Élie.
Des hommes qui resplendissent l’Esprit-Saint.
Et il y aura toujours cette méfiance et cette rivalité entre la parole des prophètes et les décisions des rois juifs.
Mais bon… on essayait de faire avec… d’entendre l’un ( le prophète) et de respecter l’autre (le roi).
Sauf que peu à peu, pour les vrais juifs croyants, la politique d’Israël est devenue un sujet favori de révolte.
Combattre le roi injuste et l’apostasie du peuple mènera Israël à sa destruction complète.
Comme le dit Charles Péguy :
« tout commence en mystique et finit en politique ».
L’homme est un infirme qui d’abord ne peut plus se passer de ses béquilles qui deviennent totalitaires sur sa conduite.

Et Jésus que dit-il de la Royauté ?
Il parle de rois et de royauté.
Il parle d’abord du Royaume de Dieu :
Il est comme une graine de moutarde… donc à mille lieues d’un royaume politique.
Quand il utilise l’image du Roi dans ses paraboles, il évoque toujours Dieu , Maître tout-Puissant qui commande et qui punit si besoin.
Qui récompense aussi.
Mais Lui, Jésus tient la place du Fils du Roi.
Dieu le Père et Roi pour montrer que Dieu est source de surabondance.
L’image du père est plutôt source de miséricorde.
L’image du Roi, davantage orientée vers la justice.
En tout cas Jésus ne s’applique pas cette comparaison à Lui-même.
Il aime tellement plus pour Lui-même l’image de l’Époux qui aime son épouse.
De l’agneau offert par amour.
De Lumière dans les ténèbres.
De Bon Pasteur, de Voleur aussi, parfois… mais ‘Roi’, ce n’est pas Lui.
Et même son appellation préférée, comme il la nomme Lui-même, c’est l’inverse de la place de Roi.
C’est ‘Fils de l’Homme’, qui est une appellation de très commune place.
Comme on dirait : « celui-là …»
Une espèce de neutre, un peu confus, sans caractéristique, tellement humble que le nom n’importe pas.
L’opposé du Roi, avec faste représentant Dieu sur terre.
Jésus a horreur qu’on le rapproche d’un politique et d’un politique qui dirige.
Il est serviteur, l’Ami, l’Époux, l’Obéissant, la Victoire du sacrifice.
Alors, qu’est-ce que c’est que cette fête, cette solennité instituée pour toute L’Église ?
Christ-Roi pour couronner l’année liturgique. Point d’orgue, bouquet final du feu d’artifice de l’Histoire des saionts de L’Église ?

Le Roi sera séduit par ta beauté… Belle Église.
En fait, il n’y a qu’un chemin légitime pour entrer dans le sens de cette fête.
C’est celui de la place qu’impose le cœur. Que l’on trouve par exemple dans une famille.
Qu’est-ce que je veux dire par là ?
Dernièrement, je mangeais à la table d’une famille. La mère, ses deux filles mariées, et les hommes respectifs. Et puis, deux petits. L’un de 6 ans, l’autre de 6 mois.
Et la place de roi, c’était ces deux enfants qui se l’appropriaient.
Les papas aux petits soins pour découper la viande, ou écraser les pommes de terre, pour remettre la serviette mise de travers, ou rattraper la sucette qui tombe.
Les mamans constamment un œil sur leurs bambins sages mais remuant, bref en bonne santé.
Deux rois, parce que rois du cœur de leurs parents… et de celui de leurs grands-parents, n’en parlons pas !
Aucune puissance de force.
Tout dans la puissance de leur faiblesse et en grande partie de leur innocence et pureté, orientant les cœurs.

Et je me suis dit : Christ-Roi : écriteau dérisoire de la mauvaise conscience de Pilate, qui se venge.
En fait, Dieu a changé le sens du jugement des hommes.
La Royauté du Christ a été clouée sur une poutre de bois pour perdre de sa valeur politique.
Sur la Croix, la valeur politique devient insignifiante face à la force de l’amour divin
La Royauté du Christ, c’est son pouvoir sur le cœur.
D’ailleurs le Pape Pie XI le voyait bien ainsi, aussi :
Le Christ règne sur les intelligences, dit-il, à cause de la pénétration de son esprit… Il règne sur les volontés, parce qu’en lui il y a une volonté parfaitement droite.
Il règne sur les cœurs, à cause de sa charité, de sa douceur et de sa bonté qui attirent à Lui tous les cœurs.
C’est cette royauté qui s’est exercée sur le Bon Larron fasciné par le Christ défiguré.
Ou sur le centurion au pied de la Croix qui s’écrit : « Celui-là était vraiment Fils de Dieu »
Telle qu’elle s’est exercée tout au long de la vie du Christ.
Quand il appelait ses apôtres, aussi au commencement…
C’est le pouvoir à l’opposé du pouvoir politique.
Le pouvoir du cœur sur l’Histoire du monde.
Indestructible et qui fait la vraie Histoire invisible qui mène tout.
En fait, l’événement que l’on fête aujourd’hui, c’est le moment où le Cœur du Christ est touché sur la Croix. Au moment de la dernière palpitation de son Cœur humain qui emporte notre amour vers le cœur de l’Humanité.
Christ-Roi, oui, mais rien à voir avec Christ-Roi politique.
Christ-Roi des cœurs, j’adhère.
Messie offert qui attire tous les hommes vers les flots de la grâce divine, oui.
Amen …
Tout en laissant libres ceux qui veulent résister à cette attirance.