HOMÉLIE DIX-NEUVIÈME DIMANCHE ORDINAIRE B

Retrouvez les textes de la messe de ce jour sur le site : https://www.aelf.org/2018-08-12/romain/messe

Premier livre des Rois 19,4-8.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 4,30-32.5,1-2.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,41-51.

Vous avez peut-être remarqué, chers frères et sœurs, qu’il y a dans les lectures d’aujourd’hui, deux teintes dominantes :
la teinte de l’amertume et de la critique,
et la teinte de l’onction et du parfum agréable.

Et je me disais : c’est vrai que dans les Evangiles et dans toute la Bible, il y a une lutte terrible entre le Mal et le Bien.
La Bible, surtout depuis la venue de Jésus est un terrain de contrastes parfois violent.
Et pourtant, elle est apaisante.
Parce qu’il y a de la joie profonde.
Quand je dis ‘joie’, je ne cherche pas des histoires drôles dans saint Paul ou les Evangiles.
Et pourtant, il y a un humour très fin de Jésus et des apôtres.
Saint Paul aussi se régale dans les volutes de l’Esprit Saint.
Il y a un style chrétien qui est le style de la gratuité de Dieu.

« A ceci, on reconnaîtra que vous êtes mes disciples : à ce que vous vous aimerez les uns les autres »
ou encore, un psaume le dit joliment : « qu’il est doux, qu’il est bon de vivre en frères et d’être unis, c’est comme un parfum versé sur la tête, un parfum qui coule sur la barbe, la barbe d’Aaron, sur les bords de son vêtement ».
Voilà la teinte d’onction spécifiquement chrétienne.

Voyez Élie… condamné à mort par la reine Jézabelle. Ça rigole pas avec elle.
Un ange le prend son sous son aile.
Il y a quelque chose de puissant et de doux dans la fidélité du prophète.
Et saint Paul, le terrible saint Paul.. à ses chers Ephésiens, il ne cesse de leur répéter :
‘soyez généreux, soyez pleins de tendresse, de pardon, de désintéressement.
Mes enfants bien aimés, sacrifiez-vous, comme un parfum très doux…’
Dans quelle littérature trouve-t-on des accents si doux ? Sinon, peut être, aux hasards d’une littérature amoureuse de Roméo et Juliette.

Quant au Christ, il parle d’attirance.
Si on se laisse attirer par la grâce de Dieu, on entre dans une vie de ressuscité.
‘Mangez-moi, dit le Christ, et vous aurez plus de joie que les hébreux se régalant au milieu du désert.’
C’est pas beau cela ?!
« Que les pauvres soient en fête. Exaltons tous ensemble le Nom du Seigneur.
Qui regarde vers Lui resplendira. C’est le psaume d’aujourd’hui.

J’en veux, frères et sœurs, de cette louange là !
Mais seulement voilà, elle ne se fabrique pas sur des attitudes construites.
Elle émane du cœur d’un guerrier sacrifié.
Cette louange est une victoire sur l’angoisse d’une nuit intérieure.
C’est celle qui traverse les ravins de la mort.

Pratiquement, comment trouver cette teinte, bien chrétienne, de joie intérieure, qui ne soit pas amusements plaqués ‘apparence de rire’.
Je vois une condition, facile à discerner, en fait.
C’est celle de vivre de l’Esprit de L’Église.
C’est à la fois, un préliminaire et à la fois un aboutissement.
C’est la robe de noces qui fait qu’on est admis à a fête divine ou qu’on ne l’est pas, si elle manque.
L’Esprit de L’Église est évoqué par Jésus.
« Personne ne peut venir à Moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. »
Autrement dit, notre cœur doit être frôlé par la grâce de Dieu pour vivre en sincérité.
Dieu, l’Esprit Saint, L’Église, procèdent par appel intime et par attirance.
Sinon, le scénario de nos bonnes volontés tournent au vinaigre ou restent plaquées au sol.

Frères et sœurs, l’Esprit de L’Église donne son sens à nos efforts, un peu comme pour une barque sur le fleuve.
On peut vouloir remonter le courant, décider soi-même du sens du courant, on s’épuisera en efforts stériles.
Il est tellement plus jouissif de ramer dans le sens naturel du flot.
Mais cela demande de l’humilité.
L’humilité de l’obéissance et l’humilité de la vérité.
Et là, notre fête devient sans fin, quelques soient les rochers rencontrés.
C’est vrai que l’Esprit Malin cherche à gâter nos fêtes du cœur. Avec ses grossières opérations coups de poing.
Vous savez, un peu comme ces apparitions de femens qui cherchent uniquement à gâcher la joie du sacré.

« Amertumes, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie », dit saint Paul.
Mais pas par un sourire aimable ou une retenue vertueuse et polie.
Mais parce que notre cœur est obéissant à la grâce divine qui le comble et qui lui donne sa source de bonté. Et du même coup son pouvoir de créer.
Il n’est pas possible sans la foi, de tenir dans la douceur.
Une personne, avec un vide intérieur, qui résiste à la grâce de la foi en Jésus, en lEglise, ne peut être tranquille.
« Imitez Dieu », dit notre ami saint Paul. Rien que ça !
Oui, pourtant, mais pas par une imitation de parodie.
Il existe des contrefaçons de la joie, des spiritualités même, que je nommerais ‘people’ et qui ne nourrissent pas son homme. Je dis, l’âme de l’homme.

Imiter Dieu dans son amour généreux… sacrifié.
Voilà les profondeurs qui nous permettent de vaincre toutes espèces de méchancetés.

En fait, une communauté chrétienne ne trompe sur la symphonie qu’elle joue.
Parce qu’elle a un goût du Ciel qui est inimitable. Qu’on appelle ‘Espérance’…

Un chrétien, à part, peut faire illusion sur la qualité de sa vie.
Mais une communauté ne peut pas tromper sur son Esprit d’Église et sur le souffle qui la porte.

A nous, frères et sœurs, de choisir la musique de fond de notre Église.
Soit grincements de dents d’enfants récalcitrants, soit discrète valse de nos âmes, marquées de l’Esprit de Dieu.
Mais pour cela, pour rejoindre l’Esprit de L’Église, nous devons avoir en visée un esprit évangélique, empreint de la Présence de Dieu.
Se laisser attirer par la grâce du Christ jusqu’à se rendre compte, humblement, que nous pouvons toujours faire des progrès dans nos vies, dans la gratuité de l’amour.

 

DIX-HUITIÈME DIMANCHE ORDINAIRE B

Retrouvez les textes de la messe de ce jour sur le site : https://www.aelf.org/2018-08-05/romain/messe

Livre de l’Exode 16,2-4.12-15.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 4,17.20-24.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,24-35.

 

Une petite phrase curieuse du Seigneur, dans le livre de l’Exode… :
« A mon peuple, je vais lui donner tout ce qu’il veut… ainsi je vais le mettre à l’épreuve. »
« … Je vais le mettre à l’épreuve… »
C’est quand même merveilleux ! Dieu met à l’épreuve ses fidèles en les comblant… de cailles, de pain, à satiété. Au milieu de nulle part.
Notre Dieu sait ce qu’il y a dans l’homme…
« Vous cherchez quoi ? », demande-t-Il.
Voilà la question.
Vous cherchez en fait, la part animale de votre nature.
Le confort du ventre, d’abord, et le confort de votre affectif sensible.
Que recherchent le papillon, le grand requin blanc, le dinosaure ou le petit chat tout mignon ?
Du pain à se mettre sous la dent. Du pain ou du bifteck.
Pas grande différence donc avec les foules qui courraient après Jésus, ou le peuple hébreux dans le désert…
Pas de différence pour cela d’avec le petit chat ou la mouche.

Et la preuve, c’est que, soit pauvre, soit comblé, on se débrouille si mal avec la part humaine de notre personne. Notre âme.
En fin de compte, on désire secrètement que Dieu fasse de nous de braves bêtes repues.
C’est le propos de Dostoïevski dans son roman ‘les frères Karamasov’, dans ce qu’il a appelé ‘la légende du Grand Inquisiteur’ :
Vous savez, il imagine une rencontre entre Jésus qui revient sur terre et un cardinal espagnol dirigeant l’Inquisition.
Le Cardinal reproche à Jésus de ne pas avoir généralisé la multiplication des pains.
‘Tu aurais calmé l’éternelle inquiétude de l’humanité, savoir : ‘devant qui s’incliner ?’
Tu aurais brandi le drapeau infaillible du pain terrestre et tous les hommes se seraient courbés devant toi !’
C’est exactement ce qui se passe dans l’Évangile… Et que Jésus veut contrer.
Et Dostoïevski continue : ‘tu l’as repoussé au nom du pain céleste et de la liberté !
Le pain Te garantissait le succès, l’homme s’incline devant qui le donne (…), mais qu’un autre se rende maître de la conscience humaine, il laissera là son pain pour suivre celui qui captive sa conscience. As-tu donc oublié que l’homme préfère la paix et même la mort à la liberté de discerner le bien et le mal ? Et toi, tu as accru la liberté humaine’…
Et Dostoïevski poursuit magnifiquement sa prophétique parabole, qui est si actuelle… !
Mais ce petit début nous suffit.
Il y a en nous comme une nostalgie d’atteindre la perfection de l’animal.
Une sorte de fascination de l’exploit physique qui tient du réflexe animal.

Jésus est venu nous dire que nous n’étions pas des animaux, ni même des animaux supérieurs.
« Que devons-nous faire ? » demandent les foules.
Réponse : « devenez des hommes, et pour cela sachez que vous avez un esprit et que son acte le plus parfait, il se trouve dans la foi. Croyez ! Priez ! Découvrez que votre âme est bien plus affamée d’amour de Dieu que votre corps ne l’est de pain et de confort.
Et cela vous ne le découvrirez que si vous laissez tomber vos soucis de pain, de loisirs, de confort, de projets de tranquillité.
Et vous découvrirez que vous appartenez au genre humain sur lequel Dieu se penche avec tant d’attentions.

Remarquez les solutions que proposent les journaux grand public, contre les maladies, les frustrations ou les dysfonctionnements en tous genres, de sommeil, de caractères, de mal être ; elles sont toutes des recettes de plantes, de boire et de manger, de sport, de pilules, ou de réponses matérielles et sensibles.
Parfois d’environnement affectif ou de postures … zen…
Et nous voilà à l’animal. Ils nous disent poliment ou crûment qu’on est des animaux.
Et de savoir si notre conscience, notre âme respire bien, si nous faisons notre heure de prière quotidienne, si nous avons une foi en vérité, et non pas dans le brouillard ou les pratiques ésotériques qui sont des poisons…
de savoir cela, ces journaux n’en ont pas la capacité, parce qu’ils sont des journaux qui nous caressent dans le sens du poil.
Jamais nous n’arriverons par une priorité d’équilibre physique et affectif, à un équilibre de paix intérieure. Jamais.
Jamais nous n’arriverons par des chemins de substituts qui mêlent le poison à la vérité, contraire à L’Église catholique et à notre conscience, à donner une unité à notre vie.
Car alors, nous nous écartons de notre dignité humaine, et de l’appel au bonheur humain qui se résout par notre âme illuminée de la grâce.

Ce n’est pas facile de rétablir la beauté de notre âme.
Mais nous pouvons prendre deux chemins assurés. Deux chemins simples et qui sont de foi pure : le premier, c’est de s’accrocher à L’Église catholique, dans la foi entière et toutes ses lumières si exigeantes et si libérantes.
L’esprit saint est l’âme de L’Église catholique.
Le second, il est aussi dans l’unique Église du Christ, c’est de puiser au Pain de la vie, par le sacrement de la réconciliation et celui de la communion. L’un et l’autre étant inséparables, l’un ne pouvant pas aller sans l’autre.
Voilà, chers frères et sœurs, ce qui nous distinguera du papillon, du grand requin blanc, de la caille, du petit chat tout mignon ou du cochon, tout rose.

DIX-SEPTIÈME DIMANCHE ORDINAIRE B

Retrouvez les textes de la messe de ce jour sur le site : https://www.aelf.org/2018-08-05/romain/messe

Livre de l’Exode 16,2-4.12-15.
Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 4,17.20-24.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,24-35.

 

A Cana : des noces. L’eau se change en vin. Et en abondance.
Sur les berges de la mer de Galilée, le pain fait des petits. Et en abondance. Le poisson aussi.
A une parole de Jésus , la maladie se change en santé.
A un geste de Jésus, la Loi juive retrouve une nouvelle sève.
Les mots même de Jésus regorgent de sens multiples, puisque nous ne les avons pas épuisés depuis 2000 ans.
Jésus transfigure tout ce qu’il touche.
Même les vertus… L’honnêteté, la justice, l’amour, entre autres, explosent au passage de Jésus.
Et Il pousse le bouchon toujours plus loin.
« Les œuvres que vous ferez seront encore plus grandes que les miennes », annonce-t-il avant d’ouvrir le passage à l’Esprit Saint.

Je vois là un signe distinctif du chrétien, de l’homme qui a foi en Jésus : il regarde plus grand, plus profond. Il vise à plus.
Et cela sans limite. Plus d’intelligence, plus de désir.
Et même je dirais, plus il se trouve dans une situation d’impasse, plus il jubile dans une sorte de folie des grandeurs.
‘Les pauvres, heureux sont-ils, ils vivent le Royaume des Cieux.’ C’est fou quand même.
Vous êtes dans le désert, heureux êtes-vous, car vous goûtez à un festin secret.’
Le signe de la foi, c’est d’ouvrir du sens, des possibilités et des fécondités où celui qui est athée va gratter des limites et râler contre les impossibilités.

Il y a deux options à chaque projet de vie.
Celle qui voit le projet à réaliser et à ‘boucler’.
En quelque sorte le regard qui voit le bilan à atteindre.
Et puis, il y a l’option qui attend de chaque événement une ouverture, de multiples ouvertures. Des renouvellements à saisir.
Et curieusement, cette attitude favorise la souplesse, la tolérance, l’ingéniosité et la création féconde.
J’ai rencontré un artiste il y a quelques temps, auquel j’ai soumis un projet, (qui viendra peut-être en son temps).
Je m’attendais, et j’en suis un peu confus, à ce qu’il me fasse une liste d’objections dans le style : ‘ça va coûter cher’, ‘il faut prendre en compte les normes et les respecter’. Bref, la liste des problèmes classiques…
Mais en fait, c’était un artiste, un vrai. Avec une foi d’artiste
Et il s’est ouvert à des propositions que je n’avais pas pensé.
il m’a présenté sa vision des choses à plusieurs étages, comme un catalogue où la beauté apparaissait si je le laissais vivre. Si j’avais le respect de l’écouter avant de verrouiller mes a priori.
Et j’ai découvert en le quittant qu’il ne m’avait pas seulement donner des produits, mais qu’il m’avait ouvert l’esprit à une approche féconde. Qui dépassait ce pourquoi je l’avais appelé.
Frères et sœurs, c’est la base de la foi. Il faut oser.
Et la foi en Jésus, davantage que la foi du poète, va transfigurer toute réalité.
Jusqu’aux plus contraires et aux plus souffrantes.
Il ne s’agit plus de rechercher des issues de secours dans notre vie.
Il s’agit d’ouvrir toutes nos impossibilités à la Présence de Jésus.
Il y a quelque chose en nous qui murmure des « oui, mais… », une certaine critique à tout ce qui se fait. Un fond de blocage permanent.
Ça ne veut pas dire que nous devons être béat : ‘Tout le monde il est beau, tout le monde, il est gentil.’
Il ne s’agit pas non plus de vouloir vaincre toutes les impossibilités avec acharnement, mais de savoir qu’à travers elles, en elles, il existe autre chose à discerner, à libérer, des vies multiples à libérer et que parmi ces vies, l’ultime qui illumine toutes les autres sera celle du Cœur de Jésus.
Que ce soit nos ennemis, ou la maladie ou l’échec, ce sont là des réalités qui nous invitent à grandir.

Et peu à peu, notre regard entre dans un mode de joie, si on prend l’habitude de voir le monde ainsi.
Tout, toute chose, toute personne, s’ouvre sur un mystère de bonté et d’existence.

Réponse de Philippe : ‘on n’y arrivera pas, il faudrait un an de salaire’
Réaction de Jésus : homme de peu de foi. Ou plutôt, homme qui n’ouvre pas les possibilités de ton esprit.
Et pouf ! Jésus multiplie.
Philippe n’avait même pas osé l’imaginer, même en rêve.
Tiens… juste une remarque que j’ai retrouvé dans mes notes de lectures. Celle d’un meneur d’hommes. L’un de ses hommes qui pourrait être chef d’entreprise, général d’armée, commandant de missions spéciales, ou artistes. La voici :
« je dis souvent à mes subordonnés : « messieurs, expliquez-moi comment on va faire et pas pourquoi on ne peut pas le faire. » [ De Marenches – dans le secret des Princes]

Vous voyez, chers frères et sœurs, la qualité humaine, fondée sur l’ouverture d’esprit, , même sans la foi, fait se lever des vies.
Alors, imaginons la beauté et la grandeur si on laisse Jésus intervenir !

« on mangera et il restera en abondance… et notre cœur se réjouira ! »

SOLENNITÉ DE SAINTE MARIE-MADELEINE

Retrouvez les textes de la messe de ce jour sur le site :
https://www.vercalendario.info/fr/evenement/liturgie-catholique-22-juillet-2018.html

Lecture du Cantique des cantiques   Ct 3, 1-4a

Lecture de la seconde épître de St Paul aux Corinthiens   (2 Co 5, 14-17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean.  Jn 20, 1.11-18

Marie Madeleine a alimenté beaucoup de fantasmes qui n’ont pas manqué d’imagination.
C’est normal, elle touche deux mystères qui fascinent et engagent les profondeurs de l’homme :
le mystère de l’amour, pour le meilleur et pour le pire
le mystère du mal, pour le pire uniquement.
Mystère de l’amour. Parce que cette femme a trouvé dans la rencontre du Christ l’accomplissement de son être, qui a balayé les autres amours déviés de sa vie.
Mystère du mal parce qu’on sait qu’elle fut habitée par sept démons. Ça fait beaucoup..
Elle fut une femme qui a joué toutes les cartes du mal et a été fatiguée de son orgueil.
Et elle avait trouvé un infini de beauté pour pouvoir enfin pleurer de larmes fécondes.
Alors, pour cette homélie, c’est l’aspect ‘amour’ qui m’attire.
Je laisse tomber le mystère du mal. Je vais le frôler, mais je me mets à l’école de l’amour de Marie Madeleine.
En fait, ce n’est pas si facile que ça que de pénétrer le chemin intérieur de Marie Madeleine jusqu’à sa joie.
Parce que nous buvons aux mêmes sources qu’elle.
Nous croyons peut-être comprendre l’amour. On en parle. En tout cas on y pense et il reste en nous la réalité la plus secrète et inexprimable.
Vous allez me dire : « j’aime ma famille, mon époux, mon épouse, mon jardin. J’aime le soleil, j’aime le foot, ou les paupiettes de veau aux champignons… »
Et il n’y a pas loin à ajouter : « j’aime boire, m’abrutir devant la télé, ou j’aime taper du pied dans les flaques de boue… »
Vous voyez, frères et sœurs, qu’il y a grande confusion avec ce verbe aimer qui peut être un faux frère…
Que la Magdalénienne ait pu se tromper de cible avant Jésus, on le comprend.
On confond l’amour, le désir, la jouissance, l’attirance, et on court…
Or ce qui traduit l’amour, c’est le désir.
L’amour n’est pas le désir, mais il provoque le désir. Petite nuance importante.
Le désir c’est un mouvement, en moi, une tendance à me rapprocher de ce qui me séduit.
Quelque chose m’avertit que je suis séduit, que ça me correspond, que ça me ressemble, que ça va me compléter et m’apporter un accomplissement .
L’amour, c’est quelque chose de planté en moi, indépendant de moi.
C’est cette mystérieuse correspondance, ce frémissement intérieur qui me dit : « ça te convient », et même davantage : « cette chose, cette personne, peut devenir un part de ta vie. Elle est ta vie si tu t’unis à elle. Elle peut devenir toi et t’aider à devenir toi-même ».
Et de là naît le désir de la rejoindre, de la joindre à nous.
Mais, petit problème… C’est qu’à tous les aiguillages de cette aventure, on peut se tromper.
On ne se trompe pas sur ce qui nous correspond (bien qu’on puisse prendre un champignon vénéneux pour un champignon délicieux. Mais là ce n’est pas l’amour qui se trompe, c’est notre connaissance du champignon)
Mais on peut se tromper sur l’importance à donner entre deux amours.
Si vous préférez les paupiettes à la fidélité à votre épouse, il y a anomalie dans votre jugement, voire une maladie.
Nous rions, mais c’est si facile quand notre estomac crie famine, de faire taire le cri de notre âme profonde.
Et au niveau du désir, là aussi tromperie facile.
Que celui qui ne s’y est pas trompé, vous jette la première pierre, Marie Madeleine.
Pour chaque degré d’amour, un désir différent…
Le désir inclut en lui, un rapprochement et même une prise de possession.
« j’ai trouvé celui que mon âme désire, dit la bien-Aimée du cantique des cantiques, je l’ai saisi, je ne le lâcherai pas ».
C’est à voir… !
Évidemment, si j’aime les paupiettes il faut que le veau se retrouve sous ma dent.
Je veux que le veau devienne moi. Et pauvre petit veau, il me correspondra bien quand je le digérerai.
Mais ma voisine, doit-elle finir selon la même recette, parce que je l’aime ?
J’ai un désir qui me porte à elle, mais l’union qui me permettra l’accomplissement de l’amour, n’est pas du même style que le plat qu’il y a dans le four.
Désir ne signifie pas possession matérielle, physique, en ce cas.
Voilà la confusion tellement désastreuse…

L’union d’avec mon épouse, mon époux, doit m’inviter à rejoindre le mystère de sa liberté.
Autrement dit, plus je vais m’unir à la liberté de l’autre, à vivre de son esprit, de son amitié, sans le posséder, plus je vais favoriser ce mouvement d’épanouissement de sa personnalité et de respect de sa conscience, et plus je serais uni à ce qu’il me correspond.
Pour une personne, le désir ne doit pas s’achever à la possession ( même si vous l’appelez par un autre nom : protection, fusion, ou ‘mon petit chat’…)
L’amour s’exprime par le fait de se donner à l’autre, pour le faire grandir.
C’est paradoxal, mais plus on laisse l’autre prendre sa vraie liberté, plus l’union devient précieuse et profonde.
Le désir de l’amour humain entre deux personnes doit viser un don, plutôt qu’une possession, pour atteindre l’union.
On ne comprend bien l’autre que quand on le laisse à lui-même et qu’on se donne à lui. Pas qu’on l’attire à nous.
C’est le mouvement contraire que pour le veau.
Vous vous unirez au veau quand il sera bien ficelé et bien cuit. Et qu’il se donnera volontiers à vous au bout de votre fourchette.
Vous voyez comme c’est difficile, car entre l’amour du veau et du conjoint, il y a d’innombrables mode d’amours qui réclament des nuances de désir.
Et je parle de celui qui aime mais du côté de celui qui est aimé, il peut y avoir erreur sur la marchandise aussi…
J’ai vu des personnes persuadées que bien ‘aimer’ et bien ‘être aimée’, c’est de se faire manger à toutes les sauces trompeuses et assaisonnées de compromissions.
Aboutissement de ce chemin : la destruction de soi et de l’autre.
On justifie cela par l’amour.
C’est un simulacre auquel n’échappe pas des couples chrétiens.
Si vous avez un doute pour votre vie, une seule solution : faire appel à une aide extérieure, longue et persévérante. Pour ne pas perdre votre vie sur une erreur d’aiguillage.
C’est tristesse que cette attirance qui conduit à se laisser travailler par l’araignée affective qui ficelle, puis anesthésie, et enfin vide de l’intérieur la source spirituelle.
La victime se débat quand il est trop tard.
Seulement voilà, l’araignée fait son œuvre pendant une demie-heure avant de rejeter sa momie desséchée. Tandis que l’amour blessé va s’épuiser et épuiser pendant toute une vie.

Mais il y a un amour qui, lui, est encore plus secret, plus intime, mais plus fort, et qui nous remet à notre place habituellement.
C’est la rencontre du Christ qui s’imprime en notre cœur.
Et Marie Madeleine n’a pas manqué de se faire remettre à sa place.
« Ne me touche pas » !
Notre cœur sait que ce qui lui correspond le plus profondément et le plus intensément, c’est de se donner au Christ. De se laisser saisir par Lui.
Et ce désir peut prendre toute la place, pas en remplaçant, mais en replaçant nos autres amours à leur juste mesure.
L’intimité avec Dieu contient tous les aspects délectables de l’amour.
Sauf un… sur terre, il manquera la joie de vision totale.
La foi oblige toujours à un désir inassouvi. Frustration, mais frustration délicieuse.
« ne me touche pas »… jusqu’au Ciel !
Là, tu pourras exulter dans la saisie de ma divinité ? Corps et âme. »
Mais ici-bas, nous n’avons que quelques prémisses.
Notre âme se donne et Dieu se donne, en nous possédant.
Seule possession permise, qui nous est une libération.
Dieu nous ne le posséderons jamais, mais quand on se sera oublié pour Lui, dans l’amour qui nous envahit, on se retrouvera uni à Lui, selon le mode le plus intime et total.
Et là, dans la nuit, ayant renoncé à saisir, on Le comprendra par un chemin inexprimable.
Au plus profond repli de notre existence, on le comprendra.
C’est bien le désir le plus fort de l’homme que de vivre une telle union.

« le roi m’a introduit dans son cellier » dit le Cantique des cantiques.
C’est alors que frémissent la joie et la plénitude du Bien aimé :
‘Que tu es belle mon amie, mon âme…’ Dieu se réjouit.
MAIS …… ‘tu ne peux pas encore me toucher… !’

Merci Marie Madeleine. Priez pour nous que nous vivions le bel amour de charité.

HOMELIE 14° DIMANCHE ORDINAIRE

Retrouvez les textes de la messe de ce jour sur le site :
https://www.aelf.org/2018-07-08/romain/messe

Livre d’Ézéchiel 2,2-5.
Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 12,7-10.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 6,1-6.

 

il y a une confusion tellement fréquente que je me demande si une personne y échappe.
Elle n’est pas une faute puisque même la Vierge Marie y a penché pendant une seconde.
Quand elle demande à Dieu : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? »
Inévitablement, notre esprit cherche une cause matérielle quand un problème se pose.
Réponse de Dieu : « Ça se fera par l’Esprit »
L’avantage de la Vierge Marie, c’est qu’elle a immédiatement rectifié par un mouvement de foi, intérieur.
« Ok, Seigneur, c’est Toi qui sais ».
Et les habitants de Nazareth… ?
Eh bien, ils n’étaient pas la Vierge Marie… ! Pas tous… !
Ils nous montrent ce qu’il ne faut pas faire.
« On veut savoir d’où ça vient… Et surtout, on veut que Tu nous fasses une démonstration. De miracles, bien sûr. »
Démonstration de sagesse, ça ne nous suffit pas. Il nous faut profiter de tes pouvoirs. »
Deux réactions imbibées de cette confusion dont je vous parle.
Or, la confusion, elle se trouve dans l’emprise de la matière.
Envie de la matière. Influence de la matière dans nos désirs et nos jugements.
Bien sûr que nous sommes faits dans la matière et qu’elle est une composante de notre vie, mais… mais, elle veut être principe de tout. Là se trouve la catastrophe.
Elle n’est pas mauvaise en soi, puisque Dieu nous a créé avec un corps de chair.
Mais nous estimons toute réussite à sa mesure.
Et là est l’illusion qui envahit nos amours.
Tout ne dépend pas de la matière.
Et surtout pas l’esprit et la vie de l’esprit qui nous porte au bonheur et à la joie.
L’invasion de la matière, elle est évidente dans notre monde, économique, écologique, politique, social, dans le monde des plaisirs et des divertissements, de l’éducation et de la santé. On ne pense qu’en termes de matière et de statistiques.
Et dans l’art, l’intuition créatrice cède sa place à des fabrications matérielles curieuses, mais vidées du souffle de l’esprit.
Nous jugeons à l’accumulation des moyens matériels. Plus, plus… de richesses, de produits. Toujours, expansion …
L’enfant lui-même considéré comme une matière en plus ou en moins.

Mais pour nous chrétiens, il y a un danger plus subtil et plus méchant, parce qu’il se cache et que personne va nous le reprocher.
Nous introduisons la matière dans notre foi et, je dirais, en toute bonne foi.
Aussitôt que nous pensons ‘foi’, nous pensons, effets matériels, miracles visibles, bien-être physique ou guérisons.
Nous pensons la foi comme une réaction chimique. « Si j’ai la foi, ça va se réaliser ! »
Mais quoi ? L’effet visible, bien sûr !
Voilà la méprise qui nous freine dans notre vie et notre joie.
Nous associons la vie de l’Esprit-Saint, de Dieu, l’amour du Christ, à des effets matériels dans notre vie.
Cela est confusion et erreur. On se trompe de recherche.
Pas étonnant que certains soient déçus et même fatigués de la grâce de Dieu.
Ils la cherchent là où elle n’est pas.
Les frères et sœurs de Jésus se fâchent et lui veulent du mal pour cette raison.
Alors que plus la foi est vive et profonde, et même vraie, moins elle fait de cinéma.

Mais il existe une erreur encore plus subtile et encore plus insinueuse.
Les meilleurs d’entre nous tombent dans ce piège. Je parle de ceux qui désirent sincèrement se rapprocher de Dieu par la prière les sacrements et l’humilité.
Par exemple, combien de fois ai-je entendu des plaintes au sujet de la prière.
‘Oh, mais je suis distrait, je n’arrive pas à me concentrer, je rêve, ma tête gamberge.’
Ou, au contraire : ‘ces temps-ci je prie bien, je suis en grande paix intérieure et Dieu me fait réussir mes résolutions.’
Mais, frères et sœurs, il n’y a quasi aucun rapport entre notre vie avec Dieu et ces appréciations de dépit ou de satisfaction.
Nous croyons que le silence spirituel est un silence de vide et nous confondons encore esprit et matière.
La foi n’est pas affaire de plus ou de moins, même dans nos pensées.
‘J’ai de bonnes pensées, donc j’ai la foi’ : —> non !
‘J’ai des distractions, donc j’ai moins de foi ou de charité’ : —> non ! Aucun rapport.
‘Je me traîne pour venir à la messe donc je suis un chrétien médiocre. Peut-être même devrais-je arrêter d’y aller… ?’ Encore du ressenti.
‘Je ne vois pas d’amélioration dans ma vie spirituelle…’
Mais que voulez-vous voir ?
La grâce de Dieu suffit. Elle se suffit et ne se voit pas. Laissez lui donc faire sa vie !
Quand Abraham marchait vers la Terre promise à travers ses déserts de cailloux, il ne voyait pas la grande œuvre qu’il accomplissait. Rien de rien.
Et c’est justement cela qui faisait sa foi, et c’est à cause de ce manque de miracle qu’il avait la grâce et la foi comme une montagne.
Quand Dieu dit à Ézéchiel de parler à son peuple, les résultats apparaîtront 50 ans plus tard. Croyez-vous qu’Ézéchiel mesurait sa foi aux effets de sa parole ? Absolument le contraire. Il a foi en la grâce et cela suffit.
Matériellement, rien de visible ne va pousser.
La foi d’Ézéchiel sera féconde par la grâce de Dieu uniquement.
L’esprit du monde envahit notre prière et nos réactions à la prière, quand nous voulons mesurer nos bénéfices.
Mais la grâce de Dieu, le silence de la grâce de Dieu est au-delà de nos retours sur soi et de nos pauvretés. Dieu passe dans nos faiblesses et nos insuccès.
Parce que l’Esprit crée et agit dans la matière quand on n’est plus à l’affût des résultats tangibles.

Tiens, voici quelques jalons pour votre foi :
Tant que vous mesurez, que vous comptez, vous n’êtes pas dans un mouvement de foi.
Tant que vous vous regardez, vous n’êtes pas dans un mouvement de foi.
Tant que vous attendez un signe, vous n’êtes pas dans la foi pure.
Tant que vous soupesez le passé, le présent ou l’avenir, vous n’êtes pas dans la foi théologale.
Sainte Thérèse de Lisieux, que j’aime beaucoup, dit que la prière est un cri.
(saint Paul aussi dit la même chose)
Eh bien, le jour où vous sortirez tous de la messe en criant et en gémissant ( pas besoin de grands éclats de bruit pour cela), la paroisse aura grandi dans la foi.
Autre jalon… :
Passez du temps (… remarquez que le temps est silencieux)
devant le tabernacle, la Présence de Dieu parmi nous (…remarquez que le tabernacle est silencieux)
[ le tabernacle, il est là. Je le précise car il y a tant de gens qui tournent dans cette église, qui regardent partout sauf là ! Même des chrétiens qui entrent ici sans saluer Jésus au Saint Sacrement… Quelle honte ! quelle absurdité !
En tout cas, prenez des temps, seul ] , seul à seul, le plus silencieusement en votre corps et en votre esprit, ou plutôt… comme vous pouvez (!)
votre cœur à nu devant Notre Dieu,
et je vous garantis que votre foi prendra de l’altitude, et votre joie, votre paix tout autant.
Sans cela, même nos frères païens s’étonneront de notre manque de foi.
Quand dans la foi, s’introduit un souci de changement, une démangeaison de variations, ou une certaine recherche de spectacle, de visibilité, cela signifie qu’au minimum, la matière dévalue la grâce de Dieu. Ou qu’elle a viré à la superstition.

Les gens de valeur dans L’Église, ceux qui portent de leur foi le Salut du monde, sont les silencieux. Les véritables humbles. Certains même, vous ne les verrez pas.
La vie de l’Esprit ne réclame que le silence, la fidélité dans l’amour, la permanence d’une fécondité invisible à laquelle on croit.
Le reste c’est la crème gratuite et accessoire sur le gâteau.
Une crème, ça ne se conserve pas.