HOMELIE 24° DIMANCHE ORDINAIRE

J’aime bien ces petit croquis, dans les évangiles, qui mettent en scène la vie quotidienne des

disciples.

Nous avons ainsi un portrait, psychologique, assez précis de nos maîtres dans la foi.

Davantage pour Pierre, Jacques et Jean, parce qu’ils ont écrit des lettres. Jude aussi.

Des hommes qui peuvent se tromper et qui ont leurs penchants, leurs dérives, leurs

tentations pas toujours pures. Être le plus grand… Le plus… Le premier

Leurs incompréhensions…

Il est normal par exemple que quand Jésus leur parle d’un avenir sombre, ils soient mal à

l’aise.

Bizarre quand même que Jean n’ait pas osé interroger Jésus. Mais Jean était bien jeune.

Pierre, lui, il s’est dit : ‘sujet sensible… ça ne m’a pas réussi, j’ai pas envie de me faire

brosser les oreilles…

Quand on parle de souffrance, on ne peut guère faire de théorie.

Les apôtres résoudront le problème de la souffrance, celle du Christ et leur souffrance

propre, leurs peurs, que par le feu de l’Esprit Saint qui leur sera donné à la Pentecôte.

Parce que quand le Christ leur annonce qu’il va être livré, tué, et qu’il ressuscitera, le mot

‘ressuscité’ ne leur dit rien.

Non seulement pour eux, cela démolit leurs ambitions de victoire, mais cela réveille aussi

leurs angoisses et leurs peurs devant la souffrance, comme il en est pour chaque homme.

Et pourtant, Jésus leur annonce le signe ultime et principal de sa mission.

Signe de son amour.

De l’amour de Dieu pour le monde :

Le signe de Jonas, comme il l’appellera. Qui ne ressemble à rien.

Le signe qui ne peut pas être accepté en dehors de la foi et de la grâce de Dieu.

Lorsque nous faisons le signe de la croix, c’est par excellence le signe de notre foi.

D’ailleurs, les impies dont nous parle le livre de la Sagesse dans la première lecture, ne se

trompent pas sur l’épreuve à infliger à celui qui affirme sa foi.

Il faut le faire souffrir.

Jusqu’à la honte et jusqu’à la mort. Sa confiance persévérante dans la souffrance sera le

signe de vérité qui le relie alors à la présence surnaturelle de Dieu.

Plus la foi est fondée, et vraie, plus alors elle est détachée des douceurs sensibles et des

phénomènes perceptibles.

Plus elle est, ce qu’on appelle, la foi obscure.

Croire consiste à adhérer à une présence qui dépasse la nature et l’expérience.

Une présence transcendante.Cela veut dire qu’il y a différents degrés de foi.

Plus les signes sont sensibles et favorables à la nature, plus alors ils sont mêlés de la nature

et de nous même.

De nos interprétations, de notre psychologie, de nos émotions.

De soi, le monde des phénomènes et tout ce que nous percevons, les messages, les visions

et les apparitions, les miracles qui tiennent de la guérison, ne forment pas le monde de la

réalité divine.

Ce sont des ricochets. Des échos que nous pouvons fabriquer.

Mais la foi, le cœur de la foi, n’a pas besoin de ricochet.

Et c’est pour cela que la foi, à son plus haut degré, se situe devant la croix de Jésus, dans la

contrariété la plus absolue. Sans consolation. Là elle ne trompe pas.

Tout est signe, puisque tout vient de Dieu.

Mais il y a beaucoup de signes que nous chargeons d’illusions et d’interventions humaines.

Le chemin de la foi c’est de purifier notre regard.

Plus on cherche les signes, plus on favorise la tromperie de notre imagination.

Et plus on affaiblit notre capacité de foi. Et surtout, notre croissance dans la foi.

Oui, tout est signe.

Tout est signé de Dieu.

Mais notre désir de signes, notre avidité de perceptions, d’interprétations, de

correspondances, polluent la pureté du signe de Jonas, du signe de la croix.

Et donc de notre union à Dieu.

C’est une première étape dans la saisie de la présence de Dieu.

Tout comme c’est une première étape de trouver Dieu dans la nature.

Oui la nature est un signe de Dieu. Elle manifeste Dieu. Je dirais presque, avec évidence.

Mais la foi dans la Croix glorieuse du Christ, la foi dans un dernier, un petit, un

souffrant, un bouseux ou un honteux, en lequel nous reconnaissons le Christ, est une foi

plus pure, plus fécondée par l’Esprit-Saint, plus intime à la présence de Dieu.

Plus il y a retour sur nous-même, ou plus il y a intervention d’interprétations, plus alors

il y a

un appel à purification.

On cherche la guérison, ce qui est bien, on cherche un certain confort, ce qui n’est pas

une

faute en soi, on cherche une première place, ce qui peut stimuler nos efforts et notre

ambition, mais Jésus nous montre du doigt sa Croix.

Car c’est au pied de la Croix que l’on peut croire sans illusion.

Oui, il faut bien passer par les toutes premières étapes de la foi.

Où l’on pense que si on gagne le match de foot, Dieu nous a favorisés.

… si on retrouve nos clés de voiture qui ont glissé sous le coussin du fauteuil, on le doit à la

sainte Vierge.

Si on a crevé dans un chemin au milieu de la forêt, et que quelqu’un passe par là pour nous

aider, c’est une intervention de la sainte Trinité que l’on doit remercier par un cierge…Ou si l’on voit une lumière au-dessus du prêtre qui consacre l’hostie…

Tout cela peut être vrai pourtant…

Mais tellement faible au niveau de la foi.

Et dangereux si nous n’évoluons pas au delà de ces correspondances d’esprit qui sont toutes

proches de l’esprit superstitieux.

C’est une toute première étape dans la foi que Dieu permet aux

nouveaux convertis.

Mais que l’on doit bien vite purifier pour ne pas faire obstacle à

l’action, tellement plus

profonde, de Dieu en notre âme.

Toutes ces coïncidences sont des indices que Dieu peut mettre sur notre route, si nous

sommes encore faibles dans la foi.

C’est comme certains jeux de société : on tire une carte et on doit répondre à la question.

Et l’enfant qui ne connaît pas la réponse peut demander des indices.

En fait, plus il aura besoin d’indices, moins il sera brillant.

Celui qui répond avec justesse, sans aucun indice, et même en passant par des questions

pièges, celui-là est fort.

Heureux celui qui croit sans

indice. Sans grâce sensible, sans phénomène de révélation et

sans statistique.

Certains sont complexés de

ne pas avoir de retour sensibles de leur foi. Mais bienheureux

êtes-vous ?C’est plus aride,

mais vous êtes dans le vrai.

Ce n’est pas la lumière au-dessus du prêtre qu’il faut voir comme un signe.

C’est le sacrifice du Christ dans l’hostie, qui n’est pas lumineuse pour autant.

Voilà un signe pur !

Le sacrement de l’eucharistie est le signe efficace de la réalité humaine et divine de Jésus.

Signe pur qui opère, qui réalise ce qu’il représente. Pas simplement un symbole.

Là se trouve la foi.

Nous sommes à chaque messe au pied de la croix.

De la Croix glorieuse. Et en même temps au matin de la Résurrection, devant le tombeau vide.

Là se trouve la foi. Au-delà de ce que nous ressentons.

Et là nous évitons de tomber dans une superstition religieuse.

C’est le plus difficile, mais c’est dans ces actes de foi que nous entrons purement en union

effective avec Dieu.

Que nous accueillons celui qui sauve notre cœur et notre esprit.

Sans illusion ni illuminisme.

Et je pourrais reprendre l’exemple de Saint-François d’assise.

Ses propos sur la joie parfaite.

Qui en fait sont des propos sur la foi parfaite.

La foi d’un chrétien accompli.

D’un saint…«Ô frère Léon, alors même que les frères réaliseraient les plus grands miracles, en cela ne

consiste pas la joie parfaite…

Ô frère Léon, alors même que les frères seraient les plus parfaits missionnaires, en cela

ne

consiste pas la joie parfaite…

Ô frère Léon, alors même que les frères connaîtraient les choses futures, et les secrets

des

consciences et des âmes, écris qu’en cela n’est point la joie parfaite…

Alors au bout de 3 kilomètres, frère Léon fort étonné, l’interroge : « Père, je te prie, de la

part de Dieu, de me dire où est la joie parfaite. »

et saint François lui répond : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, trempés

par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous

frapperons à la porte, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » « vous

êtes des menteurs qui trompez le monde et volaient les pauvres ; allez-vous en » ;

et s’il nous fait rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu’à la

nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui…

Si nous insistons à frapper un nouvelle fois et qu’il nous insulte et nous frappe, si nous

supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère

Léon, écris : « là est la joie parfaite.»

Nous ne sommes peut être pas encore configurés au Christ pour demander de compléter en

notre corps ses souffrances, mais si nous ne visons pas à grandir dans la foi, nous nous

étonnerons de ne rien recevoir à nos demandes ou pire, nous croirons recevoir de Dieu

satisfaction à notre confort et intérêts terrestres.

Le chemin de foi est un chemin de croissance, sinon il se sclérose et devient contre

témoignage.

Il s’agit de toujours progresser en suppliant dans l’amour de Jésus.

De toute façon, celui qui n’envisage pas de purifier sa foi, de la simplifier, ne peut pas

persévérer dans la prière.

Car la prière secoue bien souvent notre prunier et elle est menace pour notre confort.

HOMELIE 24° DIMANCHE ORDINAIRE

Pierre, quand il répond, il a presque toujours tout juste.
Il s’emballe, il est le plus spontané des apôtres.
Mais quand Pierre s’emballe il a un jugement qui est juste.
Le défaut de Pierre, c’est qu’il ne continue pas toujours a être très clair.
Il a peur. Il doute.
Et il revient parfois sur son premier mouvement.
Et là il coule.
C’est arrivé dans la tempête lorsqu’il marche sur l’eau.
C’est arrivé aussi après la mort du Christ, au tout début de l’Eglise, quand Pierre s’éloigne de la communauté des païens convertis. Et c’est Paul alors qui va le rectifier.
Ça arrive ici, comme ça arrivera aussi la nuit du procès du Christ.
“Tu es le Christ !”
Premier mouvement de Pierre. Juste. L’Esprit saint a fait son travail.
Et après, ç’aurait été facile, quand Jésus annonce qu’il va souffrir, et ressusciter… de redire :
“Mais, tu es le Christ ! ”
« Je ne sais pas Seigneur… Je ne sais pas ce que tu dis…
Mais tu es le Christ !
Je ne sais pas si ça peut t’arriver ou si tu peux y échapper.
Mais tu es le Christ ! »
Pierre aurait tout gagné…
Mais Pierre a peur. Pour lui, la souffrance, c’est honteux.
Il ne peut pas imaginer son ami, humilié, et il perd la pureté de sa première intuition lumineuse.
C’est ça le piège de la souffrance.
La peur de la souffrance nous détourne de la lumière et nous fait trébucher.
On se protège.

Vous voyez, frères et sœurs, tant qu’on est dans le mouvement de foi, ça tient.
Le mouvement de foi, c’est :
” mon Dieu tu es bon. Mon Dieu tu es absolument innocent de tout mal.
Tu ne fais que le Bien. Ça ne peut pas être autrement.

Il n’y a pas une miette en Dieu qui fabrique le mal. Ni de près, ni de loin.

Cela veut dire qu’à partir du moment où on regarde le mal, on s’éloigne de Dieu.
Même si c’est pour repousser le mal.
Le mal nous fait mal, mais aussi le mal détourne notre regard de Dieu.
Même si l’on veut vaincre le mal. Il ne faut pas le regarder.
Surtout pas le regarder en face.
Vous voyez alors, frères et sœurs, pourquoi je dis cela.
Parce qu’à partir du moment où il y a souffrance, il est indispensable de tenir notre regard sur la lumière et non pas sur cette souffrance.
Il n’y a pas de solution à la souffrance.
Il n’y a pas d’explication à la souffrance.
Une souffrance que l’on veut vaincre en l’explorant, devient un piège.
Aussi intelligent qu’ils aient été, aucun des génies qui ont exploré le mal et la souffrance en sont sortis indemnes.
Je pense à des philosophes comme Sartre, Nietzsche, Camus, des écrivains comme Boris Vian, André Gide, des artistes comme Picasso ou Rimbaud.
Des politiques comme Staline, Mao ou Hitler. Tant d’autres.
Une politique, un art, une pensée, et même une spiritualité qui veut régler son problème avec le mal se fait engloutir par son tourbillon.

Alors, comment faire devant ce mal omniprésent dans notre société, dans nos journées, dans nos familles, dans nos cœurs ?
« Qui veut sauver sa vie la perdra….  la perdra à cause de moi et pour l’Évangile. »
La perdra…  ça veut dire l’oubliera.
Mais on ne peut oublier notre vie que si nous sommes fasciné par une autre vie.
La Croix devient légère quand nous regardons celui qui porte la croix jusqu’à la Vie.
Quand nous le regardons obstinément, sans relâche et héroïquement.
Et pourquoi ça marche ainsi ?
Mais parce que Dieu marche ainsi !
Dieu est vainqueur du mal parce qu’il ne voit que la lumière, Sa propre Lumière.

Notre monde, nos informations sont éblouies par le mal.
Et c’est le chemin direct pour favoriser le mal, nous polluer du mal et nous engluer dans le mal.
” il faut bien savoir ce qui se passe … ! ” disent certains ! Et nous tenir informés.
Quand on dit cela, ça veut dire : ” il faut bien regarder le mal qu’il y a dans le monde ”
C’est une erreur…
Il faut regarder le bien, oui !
Et il faut vivre le bien, la bonté de Dieu dans la foi.
C’est ce qu’on appelle l’Espérance.
C’est très difficile.
Parce que le mal est lourd criant et nous fait mal.
Le mal est une pieuvre.
C’est une pieuvre qui utilise l’hypnose pour nous faire croire que ce qui ne sert à rien peut nous être profitable.
La seule voix pour se sortir du rien, c’est de regarder la lumière.
Quitte à en être ébloui.
Ce n’est qu’à un degré de profondeur d’un regard lumineux que le poison devient inoffensif. Autrement dit c’est en projetant une intensité de lumière dans l’ombre que nous pouvons atteindre le mal en son repère et le vivre en vérité.
Plus un chrétien, catholique, (parce que je ne crois pas que personne d’autre puisse vivre en vérité à de telles profondeurs, qu’un chrétien catholique), plus un chrétien catholique sera docile à l’Esprit Saint et vivra en accord avec l’Eglise, plus il vivra la souffrance de façon libre et au cœur.
Plus un homme sera devant le mystère du mal, sans Dieu et sans l’Eglise, plus il sera mangé par la souffrance, par le mensonge, quelque soit son combat et ses bonnes intentions.

Qu’est-ce que réclame l’attitude de salut ?
De l’intelligence ? Non. Elle n’est pas première.
De la pureté ? Non elle n’est pas première non plus.
Se cacher ou se révolter ?
Ceux qui se cachent, ce sont les lâches. Ceux qui se révoltent, c’est qu’ils ont déjà perdus la bataille. Le Christ n’a pas fui, il ne s’est pas révolté.

En fait, regarder la lumière réclame du courage. Et réclame du courage avec la foi.
La foi est une attitude courageuse qui mise inconditionnellement sur la lumière.
La lumière c’est la bonté de Dieu, la présence de Dieu, la toute-puissance du Christ. C’est la charité qui fait qu’on s’oublie au lieu de se regarder.
Quand on mise sur la lumière on perd tout le reste. Oui.
C’est cela renoncer à soi-même : perdre sa vie.
C’est tout simplement regarder la lumière et se perdre de vue.
Ça paraît évident.
Mais cela demande un courage héroïque.
Donc, vous voyez frères et sœurs, à partir du moment où nous parlons en mal, ou nous montrons du doigt le mal ou la souffrance, nous sommes les collaborateurs du mal.
L’amour parfait bannit la crainte dit Saint Jean.

Je voudrais citer un témoignage de Raoul Follereau.
Il s’est beaucoup occupé des lépreux.
Il parle d’une léproserie.
Des hommes abandonnés entre eux.
Des hommes ternes qui tournent en rond comme dans une cage.
L’un d’eux pourtant –   un seul –   gardait les yeux clairs.
Un seul pouvait sourire,  et même dire merci quand on lui donner quelque chose.
Alors, on l’observa, on le surveilla pour connaître son secret.
Et  qu’est-ce qu’on découvrit ?
Tous les jours, par-dessus le mur très haut de la léproserie, un petit visage apparaissait.
C’était un visage de femme, qui semblait petit parce qu’il était loin.
Mais ce visage souriait…
Et tous les matins, l’homme malade était au rendez-vous, .
et tous les deux se regardaient
Il  souriait et le visage disparaissait.
Et il attendait jusqu’au lendemain.
Alors on lui demanda quel était ce mystère ?
Et il dit simplement : ” C’est ma femme”
Et après un silence, il ajouta : ”  Avant que je vienne ici, elle m’a soigné en cachette.
Chaque jour, elle me mettait de la pommade sur le visage.
Sauf un petit coin où elle posait ses lèvres.
Et puis, ma maladie est devenue trop envahissante. Et on m’a fait venir ici.
Elle m’a suivi.
Lorsque chaque matin je la vois, je sais par elle que je suis vivant. ”
[ la seule vérité, c’est de s’aimer].

Hé bien, le regard si doux du Christ, en permanence, sourit à notre âme.
Tout en haut, derrière les murs qui sont durs, le mal-être, les difficultés.
On peut attendre, si on est courageux, ce sourire du Christ, inlassablement.
Notre vie est sauvée.

À l’homme sans la foi, il manque le sourire en haut du mur. Il n’existe pas.
Et on n’a jamais vu le visage de Satan sourire avec amour.

HOMELIES 23° DIMANCHE ORDINAIRE

Le plus grand mal que nous ayons vécu, ou que nous vivons… Quel est il ?
On peut répondre : une maladie. Un échec cuisant de la vie. La disparition d’un être cher. L’adversité. L’injustice…
Il y a de nombreuses situations de mal et de mal être.
Frères et sœurs, je ne crois pas que le mal le plus vif et le plus profond se trouve dans ces situations.
Il y a quelque chose qui est encore plus douloureuse.
C’est l’incompréhension, la non compréhension de ce qui se passe, de ce qu’on subit.
Quand on est malade, quand on subit une injustice, qu’on déraille d’une façon ou d’une autre, quand une séparation nous est infligée, il y a comme une ténèbre qui obscurcit le fond de notre esprit.
Cela va contre la nature de notre esprit et de la vérité.
Le mal le pire n’est pas la douleur, c’est le fait qu’on n’arrive pas à expliquer cette douleur.
(Pensons aux enfants dont les parents se séparent… ils n’ont pas la capacité de comprendre la rupture d’amour. Et pour eux c’est un martyre silencieux, de leur intelligence, qui les marquera à vie)
C’est le fait d’être aveugle qui est angoissant.
La nuit est angoissante car elle ne permet pas de tout voir.

Jésus rencontre un sourd. On lui amène plutôt…
Il y a chez un sourd un phénomène similaire à la perte de la vue.
Il ne saisit pas une partie de la réalité. Et c’est terrible cette fermeture au bruit du vent, aux sons des violons et de la harpe.
Aux mots d’amour et même aux paroles de haine qu’il est préférable d’écouter plutôt que de ne pas connaître.
Le silence est pour l’oreille ce que la nuit est pour l’œil. Un sourd ne comprend pas tout.

Pourquoi cette rencontre de Jésus avec le sourd-muet nous interpelle ?
Pour deux raisons.
La première c’est que nous avons conscience au fond de nous que nous sommes sourds sur une partie de la réalité.
Nous sommes aveugles sur une partie de la réalité.
Et nous n’arrivons pas à exprimer tout notre message, tout nous-même, toutes nos richesses intérieures.
Même à celui ou à celle qui partage dans l’amour, notre vie.
Bref, nous fonctionnons sur un univers qui est très limité.
Limité par nos propres limites. Et c’est frustrant.
Ceci dit, si vous avez cette perception d’un manque, je vous rassure, c’est bon signe.
Il n’y a rien de plus repoussant que quelqu’un qui se considère tout savant, tout puissant, infaillible et illimité. Et qui n’admet aucune poésie dans sa vie.
Car rien n’ouvre ses oreilles à d’autres messages que le sien.

Reconnaître que nous ne comprenons pas tout, admettre que nous sommes environnés par le mystère, est un acte d’humilité qui ouvre l’intelligence.
Je vais même plus loin.
Si, au moment où je comprends quelque chose ou quelqu’un, je me dis : ‘ il y a quelque chose d’essentiel qui m’échappe ‘.
‘Je suis sourd à une certaine mélodie des profondeurs… profondeur des esprits, des cœurs, profondeur des torrents d’existence…
Je ne sais pas ce qui m’échappe mais je ne peux pas tout saisir…’
Alors, si j’admets ceci, je me mets déjà en position de foi.
Je me mets déjà à la petite porte qui m’ouvre de nouveaux horizons.
Et je me donne la possibilité de grandir.
Je me libère.
Je ne suis peut-être pas immédiatement dans la foi théologale qui peut combler mon cœur de Dieu, mais je ne suis pas loin de la grâce du Saint-Esprit qui m’ouvre sur le mystère de la vie éternelle.
Vous voyez, frères et sœurs, que l’acte le plus intelligent d’un homme, c’est de se reconnaître aveugle et sourd aux mélodies qui le dépassent.
C’est tout simplement de se croire limité.
Jusqu’à même se reconnaître complètement sourd à tout ce qui importe vraiment de la vie.
Les pauvres sont quasi forcés à cette attitude intérieure, quand ils ne sont pas submergés par l’orgueil.
Faites cette expérience d’admettre que ce qui vous est le plus cher, le plus aimé, et le plus connu, celui qui partage votre cœur : votre conjoint, votre enfant, mais ce peut-être aussi votre savoir…  admettez qu’il contient un mystère inaccessible, en tout cas un mystère qui vous reste caché.
Alors vous devenez plus intelligent de l’intelligence de la foi.

Vous allez me dire :
‘ mais alors on se fabrique l’angoisse puisque ce qui nous est inconnu produit l’inquiétude.
Et bien oui… il y a un mouvement de frayeur devant la grandeur du mystère…
C’est d’ailleurs une étape de la vie spirituelle.
Quand on entre dans la proximité silencieuse de la divinité, il y a une certaine frayeur à passer avec courage.
Une déstabilisation de notre être qui plonge dans les profondeurs. Oui.
Dans les profondeurs de l’autre.
Et qui nous attire dans les profondeurs de nous-même.
Comment s’en sortir ?
A coup d’analyse et de psychanalyse ? Certainement pas.

Je vous ai dit que la rencontre de Jésus avec le sourd-muet nous interpellait pour deux raisons. Voici la deuxième, qui nous libère.
C’est que la rencontre avec Jésus résout tous les gouffres de silence, et apaise nos cœurs effrayés.
Il y a un mystère du mal, effrayant… qu’avec Jésus nous pouvons traverser.
Mais il y a un mystère du bien, un mystère d’innocence, qui peut-être aussi effrayant…
Jésus vient le cueillir au-delà de nos résistances.
Avec Jésus nous pouvons nous mettre à l’écoute des musiques éternelles qui traversent nos journées et nos cœurs, sans être paralysé par la peur.
Et peu à peu, Jésus transforme notre écoute, notre docilité à la grâce, et nous fait participer à son amitié rassurante.
Il nous permet d’entrer dans une obéissance au réel, qui change notre vie, et nous nourrit d’un nouveau style de communication et de compréhension.
Ce changement modifie notre mode de voir le monde et de l’écouter.
Nous pénétrons dans une vie plus riche, plus intense et plus vraie.
Un dynamisme nouveau, de paix et de force.
Nos expériences de foi, de prière, d’amour, mais aussi de relation avec nos proches et avec les inconnus changent de lumière et de visage.
Une sorte de saveur intérieure va irriguer notre travail, nos rencontres, nos projets, nos efforts et nos souffrances, notre imagination et jusqu’à notre sommeil.
Saint Paul parle de l’homme nouveau…
Frères et sœurs, avez-vous faim du mystère de Dieu qui se transforme en flamme d’amour. Une envie de communier à la beauté de Dieu derrière les limites du monde pas beau ? Avez-vous une prière ou un mot d’adoration chaque fois que vous respirez ?

Jésus est le seul qui puisse ouvrir nos oreilles aux harmonies silencieuses du mystère.
Parce qu’il vient d’au-delà de notre nature.
De notre nature blessée.
Et lorsque nos oreilles sont ouvertes aux nouvelles mélodies, alors les mots viennent aisément sur nos lèvres pour que nous les soufflions à notre monde.. qui ne les entend pas.

HOMELIE DU 22° DIMANCHE ORDINAIRE B

Certains disent qu’il y a du mal dans le monde…
Ah bon… vous avez remarqué …?
Bon… allez… je peux l’admettre.
Parce que d’abord, Jésus le dit.
Il dit qu’il y a des pensées perverses..
Il y a des vols, il y a des meurtres, en tout cas des pensées assassines, des regards adultères, des méchancetés, des bavardages truffés de calomnies, de critiques, des fakes news, de la fraude, du travil au noir, des mensonges (je signale quand même que c’est une fraude de faire des faux pour le vaccin que le Pape qualifie d’acte d’amour), de la débauche, jusqu’à légitimer même des actes homosexuels, de la pornographie qui pourrit notre regard sur les autres, et puis ce qui fait le lit de tout cela :
L’amour-propre, l’orgueil, les désirs qui partent dans tous les sens ou, au contraire, qui se referment sur eux.
Et quand le train est mis en route avec tous ces wagons, il ne faut pas s’étonner que ça déraille tôt ou tard.
Et si on pense que sur la surface de la terre tous les trains ont une bonne partie de leurs wagons mal arrimés, et sont un peu, beaucoup, déglingués, il faut pas s’étonner que les voyageurs ne puissent pas aller très loin.
Comment envisager d’aller dans un pays lointain, un pays de bonheur, quand on est à chaque instant, susceptible de dérailler…
On préfère tourner sur place, se laisser enfermer dans un périmètre restreint qui nous rassure.
Mais ça ne résout pas le problème.
Car on reste déglingué.
Mais au moins, si on déraille, ce n’est pas à grande vitesse !
C’est ce qui se passe pour notre monde.
On se bat de plus en plus dans des batailles minables, pour des sujets de plus en plus grossiers, avec des moyens qui sont de plus en plus courts.
En fait nos combats actuels, de notre monde actuel, ( on en voit par exemple le reflet dans les jeux virtuels des enfants), ils se déroulent avec des armes hyper sophistiquées
( pour les enfants ce sont des pistolets à laser, des bombes à retardement, des ceintures qui explosent, des drones, torpilles téléguidées pour les batailles navales…)
Pour les adultes, ce sont des médias, une surveillance surveillance multiforme des citoyens, des moyens de pression financiers, commerciaux, sanitaires, tout l’arsenal de la matière, lourde…
Et on se rend compte qu’avec ces armes, nous ne faisons pas mieux que l’homme préhistorique avec sa massue, au coin des bois.
L’enfant cherche à tuer le plus d’ennemis qui se cachent.
Le monsieur bien comme il faut cherche à voler l’espace vital de son voisin.
Et plus cela se fait dans la discrétion et l’incognito, plus cela est perfide et pervers.

Et c’est pour cela que Moïse ( qui entre parenthèses, s’est peut-être fait illusion sur ce point-là… ‘nobody is perfect’… ) a institué des décrets et des ordonnances à son peuple pour qu’il puisse voir un peu plus loin que le bout de son nez.
L’illusion de Moïse ce fut de croire que son peuple deviendrait sage est intelligent à force de décrets et de lois.
Car des décrets et des lois ne suffiront jamais à rendre pur un peuple qui ne sait pas aimer.

Car le but du voyage, et c’est là que Moïse aurait dû être plus expressif, ce n’est pas d’être pur, mais c’est de bien aimer.
De connaître le Seigneur qui est amour.
Moïse était un spécialiste de l’amour d’intimité avec Dieu.
Et Moïse en parle à son peuple de l’amour de Dieu, mais il ne s’est pas fait comprendre.
Et c’est normal.
Car l’amour, jamais il peut être imposé, ni forcé. Jamais il ne peut être institué par une politique, ni être acheté.
Ce qui est d’ailleurs très rassurant… Parce que si l’on ne peut pas forcer à l’amour, on ne peut pas non plus se débarrasser de l’amour.
Au niveau d’une société, on peut favoriser ou défavoriser les conditions du développement de l’amour.
Une société, une civilisation qui est dans une dynamique de création et de développement, va favoriser les conditions de la vie et de l’amour.
Une société, une civilisation qui est en régression, en perte de vitesse, va défavoriser, les conditions de la vie et de l’amour.
Une société qui va dans un sens ou dans un autre n’entamera pas, de toute façon, la vitalité de l’amour. Cela, c’est le rêve de ceux qui croient qu’ils peuvent façonner le monde.
Ca reste un rêve. L’ambition du démon, aussi.
Il n’atteindront jamais la racine de l’amour, ni le cœur de l’Eglise. Ni le dessein de Dieu.
Cependant, une dynamique de vie élève les petits. Elle permet aux faibles de subsister.
Une dynamique de régression, de mort, casse les ailes à d’innombrables petits moineaux qui n’auraient demandé qu’à babiller dans les taillis.
Les trains qui déraillent écrasent toujours les plus petits et les plus faibles.
Mais le génie de l’amour, la force de la foi, le torrent de la grâce de Dieu, rien ne pourra les freiner. C’est ça le merveilleux mystère de Dieu.
Quand l’homme fait ses petits jardins sur terre, le cœur de la terre qui contient ces milliers de degrés de température prépare de nouveaux volcans d’amour et de nouvelles dispositions des continents qui seront le génie de vie de notre jeunesse actuelle, pour demain.

Mais tout cela nous pouvons le pressentir, nous ne pouvons le comprendre en profondeur, et donc nous apaiser dans l’espérance, une belle espérance, que si nous connaissons l’homme.

Il y a une découverte à prendre en compte, et que les pharisiens avaient oublié, en tout cas ils n’en tenaient plus compte.
Parce qu’ils ne savaient pas comment résoudre le problème.
Moïse ne leur avait pas donné la solution, sur ce point-là.

Cette découverte surprenante et indispensable, c’est la religion judéo-chrétienne qui la possède, et c’est le christianisme qui lui donne sa clé.
Cette clé, elle explique tout, toute l’histoire bonne et mauvaise de notre monde, et les difficultés que nous avons avec notre cœur et notre âme.
Cet élément, c’est la révélation du péché originel.
Ce que pointe du doigt Jésus, c’est bien ce péché originel qui faisait grande difficulté aux pharisiens qui ne voulaient pas le voir et le prendre en compte.
Tous nos trains, avec nos wagons de bonnes actions et de bonnes pensées sont faussés et mal arrimés, à cause du péché originel.

Il y a eu à l’origine du développement de la race humaine, une erreur de liberté.
L’homme s’est servi de sa liberté pour virer dans le mensonge.
Et quoique nous pouvons faire, avec la meilleure volonté du monde, nous sommes ligotés par ce filet d’amour-propre et de mensonge, à tous les niveaux.
C’est un grand rêve idéaliste, même des chrétiens, que de croire que le monde un jour sera paradisiaque, sans le péché originel, dans une beauté pure.
Tout le monde, tout nu, avec des désirs purs, cueillant des petites fraises parfumées, sans défaut et en parfaite santé.
Du rêve… Ca n’arrivera jamais !
C’est au dedans, dans le cœur de l’homme, qu’est venue s’installer le dérèglement de la nature de l’homme.
Vous allez me dire : ” c’est horrible “.
Oui, c’est horrible… pour ceux qui n’ont pas la foi. Parce qu’ils n’ont aucune solution pour s’en sortir.
Alors, ils nient le mal qu’il y a dans le monde.
Ils ne veulent pas reconnaître que leur train et leurs wagons sont tout de guingois.
Et quand ils déraillent, ils affirment que c’est normal ou une petite erreur de parcours !
Ils se débattent pourtant mais avec le désespoir au ventre.
Et ce sont les pires pour débusquer et condamner les fautes des autres.
Le comble pour eux, c’est de reconnaître que le mal habite… dans leur cœur !

Et bien, pour nous chrétiens, ce n’est pas de la culpabilisation, mais au contraire c’est une libération de reconnaître que nous sommes habités par le péché.
Si nous refusons le péché originel, le mal qui est venu du premier couple originel, Adam et Eve – on peut les appeler comme cela – nous ne pouvons que créer de plus en plus de lois et d’oppression pour conserver l’illusion que nous pouvons atteindre un monde meilleur.
Mais si nous reconnaissons, qu’en nous, nous sommes impur d’un mal qui nous dépasse, dont nous héritons…
qui n’est pas un péché personnel, mais qui est une blessure envenimée, qui vient du dedans et empoisonne tout le reste…
… alors nous découvrons l’issue de secours, qui est en fait la seule révolution la plus puissante au monde.
En fait, la seule libération dont nous sommes fiers, nous, les chrétiens, d’avoir la lumière.
La solution que nous apporte le Christ, ce n’est pas une pureté pharisienne et hypocrite de décrets et de lois, de conseils ou de morale, qui sera de toute façon touchée par le péché originel, c’est à dire faussée, sale et invivable pour l’homme libre.
C’est une purification par l’amour.
La solution du Christ, c’est d’assainir le fond marécageux du péché originel au cœur de notre âme, par l’amour.
Et pratiquement comment ? … parce que c’est tellement facile de dire : ‘par l’amour’ !
Pratiquement, on peut purifier nos pensées par une relation.
Parce que l’amour ne se développe que par une relation.
Une relation choisie.
Vous voyez comme c’est simple, le chemin du Christ ! :
Nous sommes abîmés. – 1.
Ça c’est une constatation qui nous demande un peu d’humilité.
Comment réparer, puisque c’est au cœur ?
On répare le cœur par l’amour. – 2.
Mais quel amour va venir toucher notre cœur sans être lui même infecté ?
C’est l’amour qui nous est donné de Dieu et qui nous est donné pour Dieu. – 3.
C’est l’amour du Christ pour nous.
Alors, en entretenant avec la grâce de Dieu cette relation avec Jésus, le péché, à son origine, est vaincu. – 4.
Peu à peu notre vie intime avec Jésus va assainir, va rendre sa brillance à nos pensées, à nos choix, à nos amours. Et à notre société.
Celui qui a la foi, une foi vivante, entretenue, devient plus pur.
Pur dans son intelligence, cela veut dire plus intelligent…
Pur dans sa volonté, cela veut dire plus fort et cela veut dire qu’il sait mieux aimé.
Pur dans toute son âme, cela veut dire qu’il trouve la paix.
Pur en son élan de vie, cela ne veut pas dire qu’il sera parfait, mais il saura qu’il est libre même des racines du mal qui habitent en lui.

Il y a juste un désavantage pour l’homme de foi.
C’est qu’il voit ce monde se débattre dans son filet.
Il voit les trains dérailler. Il en est triste parce qu’il sait qu’il ne peut pas forcer le monde à l’intelligence, à l’amour et à la paix.
Il ne peut que pointer du doigt, c’est-à-dire en fait diriger son cœur vers Le Seul qui puisse sauver le monde, les cœurs, les intelligences, et son propre cœur.
Vers Celui qui nous appelle à Lui avec infiniment de respect, jusque dans nos impuretés :
Jésus Christ, celui qui est ressuscité. Ça vous dit quelque chose, ce mot de ressuscité, frères et sœurs ?… celui qui est là, le seul Sauveur, le seul qui nous révèle le vrai poison et le contrepoison du péché originel, par son sacrifice d’amour.

HOMELIE DU 21° DIMANCHE ORDINAIRE

L’Epitre aux Ephésiens… voilà le texte de saint Paul qui fait grincer des dents les féministes et sourire les machos…
Saint Paul parle de ‘soumission’….!
Horreur…
La femme doit être soumise à l’homme… Horreur…
Enfin ce n’est pas tout à fait cela…
C’est l’épouse qui doit être soumise à son mari…
Quand on sait que les hommes ne possèdent pas toujours la plénitude de la divinité, on ne peut que vous plaindre, mesdames.
Et puis de toute façon, le sort de l’époux n’est pas plus réjouissant.
Il doit se livrer pour sa femme, corps et âme !
Et pourquoi ?  pour la rendre sainte…
L’homme doit aimer son épouse pour la rendre sainte, pure et immaculée !
A-t-on déjà vu un mari rendre sa femme sainte ?
Ca ne m’engage pas à commenter ce texte.
C’est comme si j’entendais dans vos pensées : Ouh… Ouh… vous n’êtes pas courageux ?
Je ne suis peut être pas courageux, mais ce n’est pas pour cette raison que je résiste à commenter saint Paul.
C’est parce que, pour saisir une réalité trop belle, il faut partager l’esprit de celui qui nous la propose.
Saint-Paul, dans ce texte précisément, ne peut se lire que dans l’Esprit Saint et l’Esprit de l’Eglise, pour être compris.
Quand quelqu’un a un a priori dans la tête, c’est quasi indéracinable.
C’est pour cela qu’il est nécessaire de comprendre la beauté de l’Église, pour comprendre la beauté de la relation de l’épouse à l’époux.
De l’époux à l’épouse.
Si nous commençions par comprendre l’unité originelle dont Dieu a doté sa création…
Comprendre, disons au moins, la pressentir.
Si nous apprécions, en expérience, l’unité de notre âme et de notre corps, sauvés par la grâce rédemptrice du Christ…

Inévitablement, certains ou certaines d’entre vous ont réagi, au moment même de la lecture:
” De quoi Saint-Paul se mêle -t-il ?
D’abord, Saint Paul n’est pas marié…
Ensuite le curé, il est pas marié.
De quoi l’Eglise se mêle-t-elle ?
Alors que les familles ont tant de mal dans leur vie de tous les jours à trouver un certain équilibre.”
mais j’avance un contre-argument…
Un couple, peut-il légitimement mieux parler que Saint-Paul, sur la famille ?
Il n’y a pas un couple qui ressemble à un autre.
Il n’y a pas une famille qui a le même équilibre que la famille voisine.
Il n’existe pas de modèle de famille.
Même la Sainte famille n’est pas imitable.
Il n’existe pas un couple qui puisse faire la leçon à un autre couple.
Car chacun a un mystère unique qui est le sien.
Mystère de l’homme, mystère de la femme. Mystère de leur relation.
Quand il s’agit du sujet de la famille, c’est comme pour le sujet de la maladie.
Tout le monde devient docteur devant la maladie du voisin.
Tout le monde croit avoir son mot à dire. Son médicament à conseiller.
À partir de quoi ?
De son expérience que l’on croit identique pour l’autre et qu’on peut lui plaquer .
Puisque j’ai mal au pied et que tu as mal au pied, je te conseille le médicament que j’utilise… Mais que sais-je du mal de pied de mon voisin ?
Ce n’est pas parce que le docteur a expérimenté toutes les maladies qu’il peut donner une ordonnance judicieuse.
C’est parce qu’il a une lumière, une compréhension, qui touche davantage au principe de la santé, et lui permet de conduire le malade à la bonne santé.

Or, Saint-Paul parle par l’Esprit Saint.
Mieux, l’Esprit Saint, parle par Saint-Paul et par l’Église. … Et de temps en temps, par le curé aussi…
Ce n’est pas moi qui le dit c’est l’Église par le Concile Vatican II par exemple:
« les pasteurs de l’Eglise sont les ministres du Christ et les dispensateurs de les mystères de Dieu » [Lumen Gentium C3 – 21]

C’est l’Église qui donne le sacrement du mariage.
Donc, c’est de l’Église que les époux doivent recevoir le programme du mariage.
Si vous vous mariez uniquement à la Mairie vous recevez aussi de l’État le programme de votre mariage.
Que je ne trouve pas a priori jouissif.
Article 212 : « Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ». Bon, c’est déjà pas mal : normalement, l’un ne peut pas frapper l’autre sans avoir une amende. Normalement…
Article 371 -1 « L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Elle appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant » Et dans la pratique, on voit ce que la loi permet pour l’interet de l’enfant, au moment de la conception, par exemple…
Article 215, premier alinéa : « Les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie ». Le minimum en dessous duquel il n’y a plus rien.

Mais si vous vous mariez à l’église, vous entrez dans un programme qui vous dépasse.
Et vous comprendrez, si vous faites appel à la prière et à l’Esprit Saint, qu’il n’y a pas plus belle relation que celle du Christ et de l’Église,
Il n’y a pas de plus belle union, qu’une âme sanctifiée avec son corps, pur.
Et que la soumission dont parle Saint-Paul (“soyez soumis les uns aux autres”), elle est le fruit, et la source, de la merveilleuse union de la grâce avec la nature.
Elle est le reflet de la soumission du corps à une âme sanctifiée.
Dans l’esprit, dans le mouvement de l’esprit, la soumission est à des années-lumière de la soumission de la chair, destructrice de liberté, que pratiquent les dépravés… Ou les victimes de leur naïveté.
“Soumission” signifie “harmonie” originelle, qui n’est pas touchée par le péché.
On pourrait dire aussi cette mélodie secrète que permet le Christ quand il vient habiter notre coeur.
Et pourquoi Saint Paul a le droit de parler ainsi, lui qui n’y connait rien en vie conjugale ?
Parce qu’il connaît tout du cœur de Dieu.
Si on prend la vie conjugale selon la dimension humaine de la femme et de l’homme, selon l’expérience de la nature blessée, on croit tout savoir, surtout des problèmes d’ailleurs dont on ne se sort pas…
Et on se débat dans l’impasse en grand connaisseur de la vie familiale.
Ça peut durer d’ailleurs toute une vie.
Mais la lumière vient du mystère.
Alors même que nous ne le voyons pas, nous devons admettre qu’il y a un mystère.
Et nous devons admettre qu’il nous faut le recevoir.
Le recevoir de l’Église.
Le recevoir du Christ.
Le recevoir de Dieu.
Et alors, nous admettons que nous devons recevoir notre conjoint avec son mystère.
Et nous soumettre à son mystère qui est plus grand que lui.
Et nous unir à lui dans son mystère.
Dieu n’a jamais été marié.
Mais il a créé l’unité impossible de l’homme et de la femme.
Reflet de l’unité des 3 personnes de la Trinité.
Ça va chercher loin.
Ce ne sont pas les époux qui peuvent en remontrer à Dieu.
Ce sont les époux, en se sanctifiant, qui peuvent s’élever dans le mystère de leur union.
Par conséquent ce texte de Saint-Paul ne demande pas des analyses, il demande des heures de prière.
Des jours et des mois de prière.
C’est par cette porte étroite, après avoir goûté à l’émerveillement de l’œuvre de Dieu dans la relation de l’homme et de la femme, que nous pouvons balbutier le mystère de bonheur qui se trouve dans le couple.
Balbutier, c’est à dire, le vivre.
Il ne s’agit pas d’un jeu d’affection sensible entre deux personnes.
Mais d’une union inscrite dans notre nature par création divine.
Autrement dit, quand je m’adresse à un couple marié, si je veux apprécier la joie de leur témoignage, de leur croissance dans l’amour, ce n’est pas en leur demandant depuis combien de temps ils ont échangé leurs alliances, ni depuis combien de temps ils habitent à la même adresse…
Mais c’est en leur demandant combien, chacun et en couple, ils ont passé de temps en prière devant Dieu.
Car à ce moment-là, je sais qu’ils ont touché au mystère de leur amour.
C’est le plus difficile, je le sais ; mais c’est sur cette base que je connaîtrai l’union de leur mariage, la lumière aussi qui guide leurs cœurs et leurs corps.. La profondeur et l’intensité de leur amour.
Et que je connaitrai même le sens de leur vocation et de la mienne.
Que je connaîtrais mieux, à travers eux et leur témoignage, l’Église et le Christ.
Mais, si leur intimité avec Dieu ne dépasse pas celle de Saint Paul, je préfère recevoir le message lumineux de saint Paul.