HOMELIE 7° DIMANCHE ORDINAIRE

Frères et sœurs,
Les escrocs aiment les escrocs.
Même s’ils se détestent ils aiment se retrouver sur le même terrain d’action.
Les artistes aiment les artistes.
Et même s’ils se critiquent, ils aiment à s’observer.
Les banquiers aiment les banquiers.
Même s’ils ne visent qu’à prendre l’argent de la banque d’à côté.
Les poètes aime les poètes, les commerçants aiment les commerçants, les pauvres aiment les pauvres, les hommes de foi aiment les âmes de lumière.
Les guerriers aiment les guerriers.
Les doux aiment les doux.
Les politiciens aiment les politiciens. Alors même qu’ils se tirent dans les pattes.
Mais les escrocs aiment aussi les hommes honnêtes parce qu’ils peuvent mieux les plumer.
Mais vous voyez, ce n’est pas par le même amour que cet escroc aimera un autre escroc.
Un escroc vis-à-vis d’un autre escroc a un amour du cœur. Il en est presque amoureux je dirais.
Un escroc pour un bonhomme honnête a un amour d’intérêt. Mais il le méprise.
Même si un escroc déteste son rival, il a pour lui un amour qui dépasse la haine.
Ce sont ces haines qui peuvent s’ouvrir sur de grandes amitiés.
Autre exemple d’amour. Celui de Salah El-Din, le grand chef musulman qui respectait ses ennemis lorsqu’ils étaient nobles.
Il y a de lui ce magnifique geste, vis-à-vis de Baudouin IV, le roi lépreux :
Salah El-Din en décembre 1183, assiége la plus belle forteresse des croisés, le Crac de Moab, la fameuse forteresse de kerak en Jordanie actuelle.
Il n’a juste qu’à cueillir la victoire.
Petits chevaux fougueux, armée nombreuse et vigoureuse.
Baudoin IV, roi de Jérusalem, malade au dernier degré par la lèpre. Il a 24 ans, il est aveugle, paralysé, et il demande qu’on le porte sur une civière à la tête de ses troupes, précédé par la Sainte Croix du Christ.
Armée piteuse, quelques centaines de chevaliers, conduite par un roi mourant.
On avertit de cela Salah El-Din, derrière lui, il a plus d’une centaine milliers de soldats, on l’avertit de ce sursaut désespéré dont il ne peut faire qu’une bouchée.
Alors le noble jeune chef musulman, vénéré de tous, décide de battre retraite.
Quelques heures après, il a disparu de l’horizon.
Pourtant ce n’est pas faiblesse de sa part, il n’aura pas l’ombre d’une hésitation lorsqu’il faudra exterminer les croisés sur les collines de Hattin, près de Tibériade, 4 ans plus tard (juillet 1187).
Parce que à ce moment-là ce seront des petits chefs sans envergure, sans qualité humaine, qui mèneront nos armées à leur perte.
Il coupera lui-même de son sabre la tête de Renaud de Châtillon, ce chef croisé qui, sans vouloir faire de jeu de mots, était une tête en l’air, tout en embrouilles pour sa gloriole.
Les grands aiment les grands alors même qu’ils découvrent cette grandeur chez les petits.
Mais est-ce l’amour des ennemis dont parle Jésus-Christ ?
Que faites-vous d’extraordinaire si vous faites selon le mode des escrocs ?
Que faites-vous d’extraordinaire si vous aimez ceux qui vous aiment ?
Les escrocs ne font-ils pas autant ?
Les musulmans n’en font-ils pas autant ?
Les artistes n’en font-ils pas autant ?
Les commerçants, les guerriers, les banquiers… n’en font-ils pas autant ?
Les démons n’en font-ils pas autant ?
Alors, chers frères et sœurs, en quoi sommes-nous chrétiens ?
Quand je vois certains bons chrétiens pratiquants demander la prière pour gagner un procès, pour avoir le meilleur avocat, je me dis : “très bien, mais cela n’est pas de mon ressort, car nous ne sommes pas dans l’ordre de la grâce de Dieu.”
Nous sommes dans l’ordre de la justice humaine.
Or, le chrétien aime l’escroc, d’abord parce qu’il sait que lui-même est un escroc, mais ensuite parce qu’il sait que Dieu aime les escrocs, et que son premier amour ce n’est pas l’escroc, mais c’est Dieu.
C’est Dieu qui se trouve dans l’ennemi.
Le chrétien il aime le guerrier, il aime le banquier, il aime le doux, le politicien, l’artiste, le commerçant et le pauvre.
Il ne les aime pas pour un quelque intérêt.
parce qu’il y aurait des honneurs à en tirer ou des batailles à gagner.
Il les aime parce que le Christ se trouve au centre de leurs cœurs.
Parce que le Christ crie, de ce cri silencieux, du centre du cœur de chacun d’eux.
Et que si je rends la gifle que l’on me donne, si je réclame à tort et à cris les 50 € que l’on m’a volés, ou si je me détourne de celui qui menace ma tranquillité, je prends de la distance avec celui que j’aime, le Christ.
Je ne peux pas écouter le Christ qui crie dans le cœur de celui que je giflerait.
Pour être extraordinaire frères et sœurs, il ne s’agit pas d’être le vertueux du village.
Ni même d’être la ceinture noire 4e dam, contre laquelle on n’ose pas élevé de critique.
Ni même d’être généreux avec les pauvres et modèle de pureté au milieu d’un monde impur.
Tout ça appartient au monde que ce soit bon ou moins bon.
Mais il s’agit, frères et soeurs, pour être chrétien, de devenir fou de l’amour de Dieu en nous.
De devenir tellement amoureux du Christ, tellement à écoute du moindre signe de sa présence délicieuse, qu’une gifle, que 50 €, que n’importe quelle calomnie qui peut nous viser, ou injustice tordue… Ou simplement n’importe quel visage mauvais contre nous, que tout cela soit considéré comme un chemin pour toucher le Christ dans le cœur de notre ennemi.
Je t’aime, mon ennemi parce que si tu n’étais pas là, n’existerait pas ce chemin épineux que tu m’offres pour rejoindre le Christ.
Je préférerais que ce soit un chemin de roses que tu me présentes.
Mais puisque le Christ a choisi ce chemin épineux, c’est bien le meilleur que tu puisses m’offrir.
Si l’on voit l’ennemi avant le Christ il est impossible de ne pas lui arracher l’œil.
Si l’on voit le Christ avant l’ennemi, alors on se rend compte que l’ennemi est au Christ et que le Christ est mon bonheur, dans mon ennemi.
En fait, au moment de la gifle, le Christ ouvre la porte.
Si vous ne voyez pas la porte ouverte au moment de la gifle que vous inflige votre ennemi c’est que votre charité n’est pas encore chrétienne.
Car c’est à ce moment-là que vous devez vous dire : Seigneur, je dois entrer, par cette gifle, auprès de Toi.
Et vous n’avez pas envie de rendre la gifle.
D’une certaine façon la brûlure de la gifle de l’ennemi – qui existe réellement pourtant – réveille la douceur autrement plus intense de la grâce de Dieu qui monte de notre cœur.

HOMELIE 6° DIMANCHE ORDINAIRE A

De ce long Évangile, je vais juste tourner autour des premiers mots :
“Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir”.
Vous prenez une panthère ou un lion, ou, n’importe, une gazelle… ou un ouistiti.
Vous les placez dans un zoo.
Pensez vous que cette panthère ou ce lion soit accompli ?
J’ai un sentiment de malaise, à regarder dans les yeux une pauvre panthère noire, tournant dans quelques mètres carrés, derrière deux rangées de grillage.
Parce que, ce qui m’intéresse, c’est l’accomplissement de sa force, de sa capacité de chasser, de courir les grands espaces, de se dissimuler… et d’une certaine façon, d’être mystérieuse.
Voilà sa beauté et sa nature ! C’est cela qui me captive.
Les scribes et les pharisiens avaient mis les commandements en zoo.
Ils les nourrissaient bien. Ils les analysaient derrière leurs grilles.
Mais ils leur interdisaient de courir dans la nature, et de déployer leurs ailes.
Bref, ils leur interdisaient de s’accomplir.
Et ils ont si bien réussi, que le mot ‘commandement’ est devenu synonyme de règle, d’une législation qu’on doit appliquer, et bien sûr, que certains petits malins vont chercher à enfreindre, tôt ou tard.
Les pharisiens – qui existent toujours, et aussi nombreux que du temps de Jésus, parce qu’il s’agit d’une tournure d’esprit – réduisent la réalité en la mettant derrière des grilles (des grilles de lecture, des grilles de lois, souvent des grilles de programmes…).
Et qu’est-ce qui arrive ?
Hé bien, derrière les pharisiens, arrivent les abolitionnistes, ceux qui veulent abolir – il y en avait du temps de Jésus, mais ils sont beaucoup plus nombreux après lui. Ce sont des Voltaire, des Rousseau, des Robespierre et des Sartre ou des Simone de Beauvoir, et beaucoup d’autres… – Et ils ont fait des petits, dont nous héritons.
Aux pharisiens qui fabriquent des zoos, répondent ceux qui se donnent comme mission d’abattre les grilles des zoos !
Accompagnés pour la plupart d’une grande erreur. Celle de croire et de faire croire que le monde entier est un zoo.
C’est contre cet esprit que luttera, avec force, Jésus.
Et c’est là que l’on voit que Jésus est tellement plus intéressant que les pharisiens qui construisent les grilles. Et tellement plus sage que leurs frères ennemis, les pharisiens anti-pharisiens qui ne pensent qu’à faire tomber les grilles.

Jésus vient accomplir. Il vient accomplir les commandements…
Ça veut dire qu’il vient rendre la panthère à sa liberté, mieux : il vient rendre la panthère à sa nature. Sans se préoccuper des grillages. Avec ou sans grillages.
Car les commandements, jusqu’aux plus petits d’entre eux, ne sont qu’une harmonie inscrite dans les sources merveilleuses de notre nature.
Le but de notre vie, de notre foi, est de redécouvrir à sa source cette harmonie brouillée.
Et même d’aller plus loin : D’ouvrir notre nature à ce qui la dépasse et la comble en même temps quel que soit l’environnement.
Les commandements de Dieu sont des portes qui nous permettent, au cœur, d’être inondés de sa lumière infinie.
En fait, d’être inondés de ce qui nous dépasse et de goûter alors à une paix plus intense.

Et quand Jésus dit que l’insulte, jusqu’à celle qui exclue son frère ou sa sœur sans qu’il n’y paraisse rien…
la colère, même simplement intérieure…
le manque de pardon, même celui qu’on ne manifeste pas…
le regard de convoitise, même celui que l’on garde dans ses fantasmes…
le péché inconnu, même s’il n’est pas divulgué.
… Il dit que toutes ses impulsions premières qui passent inaperçues et dérivent de l’amour propre, nous enferment et endommagent la belle œuvre d’art que nous devrions faire de notre vie. Ils endommagent le visage pur de L’Église.
Voilà les grilles véritables !
Ce ne sont pas des préceptes que nous propose Jésus, c’est un retour aux sources.
Un retour à la source de notre existence qui se trouve comme par hasard dans tous les commandements :
‘Tu aimeras’. Voilà la source..
Tu aimeras du fond de ton être.
Tu laisseras monter en toi l’amour.
Mais pas l’amour sentimental, cet amour-people qui est mêlé d’impur et d’écume…
ni cet amour pharisien mêlé de peur et de rigidité,
ni cet amour aux apparences souriantes qui enferme l’autre plutôt que de le faire grandir.
L’amour qui monte du fond de notre être, c’est celui ‘…que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé’.
C’est celui que l’Esprit Saint prépare comme un cristal au fond des âmes pures.
De celles qui seraient prêtes à sacrifier leur œil pour continuer d’aimer.
Frères et sœurs, en fait nous avons une capacité presque infinie de faire vivre la panthère ou le lion ou le ouistiti qui est en nous, selon toutes les possibilités de leur nature.
De les libérer, de nous libérer de nos peurs, et de rugir… d’amour bien sûr…

A chaque communion, nous permettons à Jésus d’aller trouver derrière les grilles de nos enclos intérieurs, notre nature faite pour la liberté et la lumière de Dieu.
Cette sagesse tenue cachée dès avant le temps et la Création peut, en toutes circonstances, être réveillée.
C’est rien moins que cela, que la grâce de Dieu nous permet de rejoindre.
C’est autrement plus palpitant que ce que nous proposent, comme le dit Saint Paul, ceux qui dirigent le monde, de façon visible ou occulte, et qui n’ont pas tout compris au grand jeu de l’Esprit.

Nous sommes libres, nous, par l’Esprit Saint et par l’union à Dieu, parce que Jésus-Christ est l’Agneau tout blanc qui courre parmi les loups.
Il est celui qui montre le chemin de l’accomplissement de la beauté de l’homme au-delà des premiers mouvements secrets de nos passions.
Il nous rend à notre nature.
Avec Jésus, la panthère, même derrière les grilles, est libre.
Il n’y a rien de plus libre et de plus profond. Et de plus apaisant.

HOMÉLIE 5° DIMANCHE ORDINAIRE A

Frères et sœurs,
Il y a la foi, il y a la charité.
Et Jésus dit qu’on doit y mettre notre grain de sel…
C’est même obligatoire.
Sans grain de sel, l’aventure chrétienne tourne au vinaigre.
On connaît le sel qui conserve le jambon ou le hareng.
Qui aide aussi à rendre les escargots plus doux dans la casserole.
Le sel qui purifie. L’eau bénite par exemple.
C’est pour cela que le rite de l’eau bénite peut prévoir l’ajout de sel béni.
Dans la Bible, le sel est souvent mentionné en tant que purificateur.

Mais Jésus le prend en tant que donneur de goût. Il rehausse la saveur.
Alors, la grande question, pour le chrétien, pour l’homme de foi, c’est de savoir où trouver ce goût pour sa foi et pour sa charité ?
Jésus parle toujours du Royaume des Cieux comme d’une réalité cachée.
Et la foi est le chemin caché qui pénètre jusqu’à ce Royaume caché.
En fait pour que notre foi coule de source, et qu’elle ait de la saveur, elle doit creuser. Creuser toujours plus profond.
Un peu comme Bernadette qui gratte la terre boueuse, devant la grotte de Lourdes, où la Belle Dame lui parle.
Elle creuse et la source cachée apparaît.
Plus on creuse, plus le sel de la foi prend de la saveur.
Et plus la charité devient source savoureuse.
Et plus les deux deviennent vraies.
Mais c’est dans l’obscurité de notre cœur.
D’où l’inquiétude de ceux qui font quelques pas dans le mystère de Dieu :
“Je n’ai pas de lumières particulières.”
Mais c’est très bon !
C’est que vous êtes en train de donner de la profondeur et de la substance à votre foi.
Vous êtes en train de laisser sa place à Dieu.
Et c’est là, dans cette nuit que votre sel prend de la saveur.
Il y a simplement une progression à respecter.
D’abord le sel dans la nuit. Ensuite, la lumière.
Le sel devient lumière dans la nuit.
Celui qui avance avec fidélité et humilité, ressent au fond de lui même que son sel se change en lumière.
Sans pourtant comprendre cette transformation que produit la grâce en lui.
Les lampes du temps de Jésus, ce n’était pas un interrupteur à presser.
C’était une petite fiole contenant de l’huile dans laquelle trempait une mèche.
L’huile est comme une sève qui vient de l’intérieur de la lampe et se change en lumière.
C’est la même chose pour la foi, pour que notre cœur devienne lumière.
Le témoignage alors sonne juste.
Il est le rayonnement diffus de la présence de Jésus rencontré dans les profondeurs
de notre cœur.
C’est de la paix lumineuse de notre âme qu’émerge la beauté de la grâce divine pour nos frères.

Juste une petite remarque :
On peut se tromper… Et confondre le sel avec le piment.
Le piment, c’est l’esprit de création qui multiplie les expériences.
Mais le piment enflamme la bouche.
Je me souviens de ce bol de soupe qu’on m’avait servi dans un pays et dont deux gorgées avaient suffi à mettre en flamme, ma gorge, ma langue, mon estomac.
J’ai demandé de l’eau, du pain, quelque chose qui pouvait atténuer le feu…
Et comme rien ne venait, j’ai laissé rapidement un billet sur la table, pour la soupe et je suis parti en courant acheter du pain pour calmer les flammes
Il ne faut pas confondre du piment avec le sel de la grâce de Dieu.
Le piment irrite, il prend toute la place et n’apporte rien à la foi.
Le sel apaise et rend savoureuse la charité.

Je voudrais terminer par une remarque de Raïssa Maritain, une grande chrétienne du siècle dernier qui illustre bien le chemin que demande Jésus. Elle écrit :
«  Ce qui me bouleverse et me remplit l’âme de questions que je me suis déjà posées et que j’ai déjà résolues (…) c’est que ces questions peuvent se présenter de nouveau devant l’esprit et se présentent de nouveau avec l’exigence d’une nouvelle pénétration plus intense et plus vive et plus profonde. Elles réclament une solution plus proche et plus haute et plus efficace de la difficulté, vue sous un nouvel aspect. »
Elle ajoute : «  la tentation devient nécessaire pour intensifier les questions qui se posent plus véhémentes à notre âme.
Alors, surmontant cette tentation, un amour plus grand apparaît, un amour plus clairvoyant, un don plus profond de ses profondeurs, une acceptation plus consciente et plus généreuse du sacrifice en faveur du Seigneur. »

Frères et sœurs, là, il y a du sel !…

HOMELIE FETE DE LA PRÉSENTATION DE NOTRE SEIGNEUR AU TEMPLE

Il n’y a rien qui vous étonne quand vous écoutez le récit de saint Luc ?
Saint Luc annonce deux rites:
D’abord, la purification de Marie. Il permettait à cette jeune maman de reprendre sa vie normale de prière, par la fréquentation du Temple ou de la synagogue. Elle devait offrir un sacrifice de deux tourterelles, (pour les plus pauvres c’était le minimum).
Saint Luc insiste sur le fait qu’elle suivait la loi juive:
Une colombe pour satisfaire à l’impureté, une autre en sacrifice d’oblation, disons de remerciement.
En fait, ce rite ne servait à rien pour Marie puisque, pour elle, il n’y avait aucune impureté..
Luc, le chantre de la Virginité de Marie, le savait bien.
Vierge, avant, pendant et après son accouchement, affirme l’Église.
Et la suite… :
‘Les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi: tout premier né de sexe masculin sera consacré au Seigneur’.
Et que se passe-t-il ?
Luc ne décrit rien de ce rite.
Il devrait y avoir un prêtre. Il n’apparaît pas. Il devrait y avoir une offrande d’argent. Bizarre.. ! Parce que le rite de la Présentation de l’enfant comportait le rachat du premier né au Seigneur.
Ici, le rachat n’est pas mentionné. Le sujet du récit n’est pas traité..
Et pour cause…
Nous le savons, nous, Jésus est Dieu, il ne peut pas être racheté.
S’il n’est pas racheté, c’est qu’il sera le sacrifice, Lui-même pour racheter le monde entier.
Et c’est ce que Siméon et la prophétesse Anne comprennent bien.
D’ailleurs, en voyant la lumière de sainteté qui émanait de cette petite famille, et en approchant de son merveilleux silence, il n’était pas difficile de pressentir l’avenir puissant, la mission incroyablement lumineuse, et contradictoire aussi, du bébé en question.
En fait, par ce que Saint Luc ne dit pas, transparaît la puissance de l’avenir de Jésus.
Mais je voudrais relever autre chose qui nous est très instructif.
Il y a dans la démarche de cette petite famille, un signe.
Marie ne dit rien. Jésus ne dit rien, il est trop petit encore. Joseph ne dit rien.
De ces deux rites annoncés, on oublie tout.
C’ets un peu comme si vous vouliez me décrire la visite d’un église et que vous ne me parliez que des deux motos qui se trouvent devant la porte. Et puis, plus rien.
Par contre, Siméon, la prophétesse Anne, deux inconnus, amis de Dieu, annoncent que le Messie, universel, il est là.
Notre religion c’est cela.
Au delà du rite, la rencontre est plus importante.
La Bible en est truffé depuis Abraham : Annonciation, Visitation, Présentation, et toutes les rencontres de Jésus qui se succèdent.
Notre religion, notre foi, invitent avant tout, à la rencontre des cœurs.
C’est la rencontre qui va donner le message.
Et je vois dans cette fête une leçon très intéressante.
Quand je dis intéressante, c’est que c’est très pratico-pratique.
Quelque chose qui est essentiel pour vivre notre foi et notre religion.
La Présentation de l’Enfant Jésus dans le temple de Jérusalem…
C’est une série de rencontres qui prennent le dessus sur le rite de la loi.
Ce rite est inutile en l’occurrence pour Marie et pour Jésus.
Il devient comme masqué par les rencontres de Siméon et de Anne.
Notre foi, en fin de compte, vise, avant tout, la rencontre.
Si vous prévoyez un voyage, il y a une procédure à suivre.
Vous vous renseignez sur les conditions,
Vous étudiez les cartes, les itinéraires.
Et, bien sûr, vous prenez la route… ensuite.
Pour aboutir à la joie de la rencontre, soit des personnes, soit des paysages.
Pour tout ce que nous faisons il y a un ordre à suivre…
Pour notre religion, il y a une procédure aussi, qui ne suit pas le même ordre.
Par la foi, nous commençons par la rencontre.
La conscience et la joie d’être aimé.
Qui contient la promesse du chemin et de la plénitude finale.
Cela a donc une conséquence très claire.
Par exemple, avant d’étudier, avant de se creuser la tête pour comprendre, il faut vivre l’expérience de Dieu dans notre cœur.
Ensuite, et seulement ensuite, on comprend mieux la pratique de la religion, les rites, les sacrements, la messe, et les œuvres de charité.
Ensuite, et seulement ensuite, on peut se pencher sur le catéchisme et les vérités théologiques de l’Église.
La rencontre avec Dieu, autrement dit la prière, est première pour le chrétien.
Si on focalise sur les modalités du chemin on risque de se tromper de religion.
Et tout au long de notre vie de foi avec le Seigneur, il faudra revenir à cette priorité de la relation, de la rencontre de cœur avec le Seigneur qui nous aime.
C’est la prière qui est déclencheur de notre joie, de notre enthousiasme, de notre curiosité, légitime d’ailleurs, des vérités de l’Église.
Mais sans elle, nous vivrons un christianisme faux. Peut être brillant de paroles ou d’actions, ou de théories et même des réussites.
Mais faux, parce que Jésus commence par la rencontre, toujours.
Or, nous voyons de “bons chrétiens”, et ce peut être des prêtres et même des religieux, qui se font dépassés par leurs raisonnements ou leurs efforts de vertus, parce qu’ils n’ont pas compris que la prière est première dans la vie spirituelle.
Ils peuvent avoir de grandes théories, parfois de grandes revendications de justice, de paix, de beauté, de grands efforts pour mener leur vie avec droiture, comme il faut… Mais ils n’ont pas l’esprit de l’Église et de Jésus
Leurs discours et surtout leurs réactions ne sont pas ajustés à la grâce divine.
Il manque l’onction de l’Esprit Saint qui se puise dans les moments d’intimité avec Dieu, que j’appelle ‘moments de rencontre avec le cœur de Dieu’.
Jésus n’est pas venu sur terre pour faire des discours, mais pour regarder dans les yeux ceux qu’il rencontre.
Davantage… pour se donner, corps et âme, au corps et à l’âme de celui qui s’approche de lui.
S’il y a cette communion avec Lui, cette union de grâce et d’amour avec Lui, tout le reste suit avec harmonie selon les dons de chacun.
C’est pour cela qu’à chaque période de notre vie, nous devons vérifier la place de notre rencontre avec Dieu.
Si j’étudie, je dois prier davantage et en proportion.
Si je travaille davantage, alors je prie davantage.
Si je fatigue, alors je prends plus de temps pour la prière.
Sans prière, mes études et ma curiosité seront stériles et nuisibles.
Sans prière suffisante, mon travail me rendra malade, mes dons feront de moi un pharisien, sans prière suffisante je fatiguerai de mauvaise fatigue, vaine et inutile.
Et les rites que je pratiquerais seront creux.
Et tout ça sonnera faux, sera faux témoignage.
Le Christ n’est pas venu pour des idées lumineuses, ni pour rendre possible une morale de ‘gentil chrétien’, ni même pour que l’histoire du monde soit tranquille et bien lissée, dans la justice et dans la paix.
Il est venu pour qu’on s’accroche à Lui.
Et qu’on lui ouvre notre cœur.
C’est ça la charité !
C’est très très simple :
On peut prendre comme prétexte d’apporter deux petites colombes en sacrifice.
On peut mettre deux pièces dans le tronc de l’église, mais ce qui compte c’est de lui dire :
” Je veux ton cœur.
J’offre mon cœur.
Je veux… Toi !
Je Te veux !
Je veux ton Esprit, ton regard, ton visage, ta vie en moi, je veux une vraie et profonde rencontre avec Toi, Seigneur !
Et alors, et alors….
Tu feras la Lumière sur toute ma vie, mon intelligence, mes amours, sur tout ce que je vois et pense.
Je veux… Toi !

HOMÉLIE TROISIÈME DIMANCHE ORDINAIRE

Frères et sœurs,
Nous sommes sur un chemin…
Un chemin au relief varié. Parfois cabossé, rarement plat, parfois en montagnes russes, ça monte, ou plus inquiétant qui descend. Enfin, pas de tout repos.
Et puis, point de vue de la vitesse, les uns sont en petit train, d’autres en jeep, quatre roues motrices. Il y a des vélos, quelques ‘Formules un’.
Chacun son chemin.
Les apôtres en train de raccommoder lentement leurs filets de pêches, étaient en chemin. Aussi…
Le chemin c’est quand on va vers un but.
Qu’on attend quelque chose. En quelque sorte, qu’on se pose des questions.

Alors, déjà, il y en a qui essaient d’échapper à ce chemin.
C’est vrai qu’il n’est pas toujours léger (pensez aux matins, quand le lever est difficile, pour tomber du lit).
De grands esprits, ou moins grands, essaient de contourner la réalité, peut être pour avoir le dernier mot.
Par exemple Sartre, Jean-Paul Sartre, qui forge ce genre de réflexion ( dans ‘la Nausée’) : «Tout ce qui existe naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre».
Ça ne veut pas dire grand chose, mais ça paraît profond et ça a de l’impact sur le moral.
Un autre philosophe du désespoir qui s’appelle Cioran, Emil Cioran, ajoute :
«Le monde est un enfer dont chaque instant est un miracle”.
Ça semble plus poétique que de parler d’un chemin rugueux.
Mais en fait, c’est ce genre de phrases qui sont des fausses cartes, de la fausse monnaie. Elle n’ont pas de sens ni de racines dans la réalité. Et si on veut les suivre, elles conduisent à la folie.
Or, le chemin que nous suivons, nous, les croyants, c’est un chemin qui a une promesse, et cette promesse c’est une rencontre, une vraie, celle d’une personne qui nous aime.
Et qui, du coup, nous conduit à la joie.
Parce que nous sommes faits, (c’est notre nature qui est construite pour ça) pour goûter à la joie. Et pour rencontrer Quelqu’un.
On peut rencontrer 10000 escrocs, qui nous ferons du mal, mais ça n’empêchera pas qu’il y a un « Quelqu’un » qui nous aime et qui peut faire fleurir la joie en notre cœur.

Vous allez me dire : la joie sur ce chemin, elle apparaît de temps en temps, mais les efforts sont quand même plus considérables que les moments de bonheur. J’admets…
Et puis, les paysages que nous traversons quels sont -ils ? L’enfer ?
Et bien non !
Les paysages ce sont nos blessures, oui. Elles font partie du paysage.
Nos blocages aussi. Tous nos manques de l’enfance.
Tout ce qui a été raté, quand nous étions petits ou plus âgés. Ça, ce sont les cailloux.
Tous ces désirs jamais exprimés… et enfouis.
Oui, notre chemin doit passer par là.
Si on veut vraiment vivre. Mais il y a un fond de grande paix, à travers cela.
Si on respecte quelques conditions.

D’abord de regarder où on va. Au loin.
Et puis, d’être capable de décoller…
C’est le décollage qui est intéressant. Et qui fait une vie.
L’instant du décollage.
Si on ne décolle jamais, le chemin devient insupportable. On va tout faire pour améliorer le chemin, lui donner du confort. Et on se trompe de cible. On va fatiguer. Peut-être même s’arrêter. Au pire tomber dans un fossé. S’embourber.

Qu’est ce que j’appelle le décollage ?
C’est notre capacité à écouter un appel. A changer..
La capacité à attraper, un jour, dans notre vie – plusieurs fois dans notre vie – un choix qui change notre vie.

Regardez les apôtres…
Ils étaient travaillés par une recherche. Intérieurement.
Jésus passe… Ils répondent.
Ils répondent, radicalement.
Par un choix immédiat, ‘aussitôt’. C’est écrit : « aussitôt ». La réponse parfaite.
Et ils décollent ! « Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent ».

Vous vous rendez compte la capacité au changement qu’ont eu les disciples ?…

Alors pour nous, quel est le moment de la rencontre avec Jésus qui va changer notre vie ?
Jésus qui va nous permettre le décollage ?
C’est quand on remet notre cœur, et le plus souvent le lieu de notre blessure, dans sa lumière.

Quand on admet que la présence de Jésus peut guérir et dépasser tous nos repères et nos raisonnements.
Pourquoi ? Parce que quand Jésus appelle, il appelle le fond de notre cœur.
A la racine… et la réponse ne peut être que : ‘aussitôt’
Plus on va au fond de nous, plus la réponse doit être intuitive et spontanée.
Plus elle est pure.
Tout au fond, le Saint Esprit…
Je dirais même, plus notre cœur est touché en profondeur, plus le Saint Esprit est vrai en nous.
Il y a conversion quand il y a décision, c’est a dire quand on dit ‘maintenant, ok’.
Pas quand on dit ‘bientôt’, ‘je vais voir’.
Je vais voir quoi ? … des raisons ? Des justifications ? Des déviations ?
Et ce mot, “aussitôt”, que saint Mathieu emploie très souvent dans son évangile, signifie que dans le chemin de la lumière, il faut laisser parler notre cœur, notre intuition, pas notre raisonnement qui, la plupart du temps, n’est pas net.

Bien sûr, l’intuitif est risqué, parce qu’il semble échapper à notre fragile logique, mais quand il est lumineux de l’Esprit de Jésus, il est libérant et plus parfait que tout.
Tant que vous fonctionnez par votre tête, vous êtes encombré.
Et en même temps, vous vous fatiguez. Car notre tête nous demande une somme d’énergie considérable pour calculer, penser, mettre en doute et conclure par des résultats maigres et rarement définitifs.
J’aurais envie de vous dire :
Permettez vous d’exister, frères et sœurs !
Répondez à Dieu.
Il n’y a que dans la foi, la foi de l’Église, que nous pouvons libérer notre intuitif, notre cœur en fin de compte.
Et que le chemin devient beaucoup plus léger et plus lumineux, même s’il reste le même qu’avant.

En fait, c’est quand nous répondons ‘aussitôt’ que notre conversion est activée, qu’il y a véritable conversion de notre cœur.
Vous savez, on traîne des bonnes intentions, à moitié claires et à remettre toujours au lendemain, et on se confesse régulièrement des mêmes faiblesses ou des déviations qui ne nous semblent pas trop méchantes en fin de compte.
Mais quand on se confesse, le plus souvent ce n’est pas ce que nous faisons qui est plus grave généralement, mais notre incapacité à changer.
Et tant que nous ne basculons pas dans une décision nette : “maintenant ça suffit, je veux faire un pas de plus “, ou encore, “Au Diable ce que j’ai l’impression de perdre, tel plaisir, tel confort, telle assurance !… je te réponds à Toi, Jésus, parce que tu vaux tout cela, parce que cette perte ne pèse pas devant le poids de ton amour”.
A ce moment là on fait un pas… Il faut la grâce et L’Église.
… et on entre dans un chemin de croissance de notre âme.
Pour ne rien vous cacher, frères et sœurs, il y a toujours un moment de douleur, la douleur de changer d’habitude ou de repère.
Il faut bien que les plateaux de la balance changent de position et trouvent un nouvel équilibre..
Mais quelle joie d’avoir été capable de faire un choix net, et surtout de se livrer à un amour qui nous chamboule.
‘Livré à un amour’, ça veut dire qu’on ne peut plus revenir en arrière.
La marque de ce pas, c’est quand on passe le mur du… “aussitôt”.

Nous cherchons bien souvent à vivre dans des limites qui nous rassurent.
La clé d’une vie c’est notre capacité à changer dans les petites choses qui nous permettront les grandes
La vie est changement, c’est évoluer.
Et à combien d’appels répondons nous ?
Beaucoup restent sur la rive, retenus par mille petits fils invisibles, pendant que d’autres sont déjà embarqués à la découverte d’un continent nouveau.
Nous sommes, frères et sœurs, ce que nous choisissons d’être…..

Les apôtres ont choisi. «Aussitôt, laissant leur barque et leur père. »
‘Aussitôt’ donnant leur cœur à Jésus…. !! ça fait rêver !