HOMELIE DIMANCHE DE LA DIVINE MISERICORDE

Frères et sœurs, nous sommes le dimanche de la miséricorde.
C’est un mot qui sonne bien.
“Miséricorde”…
Vous allez la plupart d’entre vous regarder la messe sur un écran encore aujourd’hui.
Et je ne doute pas qu’il y ait de nombreuses allusions et évocations du Cœur sacré de Jésus duquel sort des rayons d’amour.
C’est le fameux tableau que le Christ a demandé à sainte Faustine de transmettre à notre génération.
C’est aussi la vision de sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial :
Le sacré-cœur de Jésus qui irradie notre monde de son amour tendre et
humble.
De son amour, comme un brasier qui veut se répandre sur le monde entier.
Le cœur de Jésus…
Quand on parle de “cœur” on parle du lieu le plus secret de nous-même qui se donne ou qui se retient, mais qui engage tout nous même.
C’est d’ailleurs pour cela que l’on parle du sacré-Cœur de Jésus transpercé sur la Croix.
Parce que c’est le moment du sacrifice extrême de notre Sauveur de l’engagement d’amour sans retour, qui a été jusqu’au bout.
” Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout”. [Jn ]
Il y a comme un lieu secret en nous, qui éveille tout notre être, qui sauve tout notre être, qui transforme tout notre être.
Pour Jésus, ce lieu était celui qui a éveillé le monde, sauvé le monde et l’a transformé.
Shakespeare applique une image très belle à César après sa mort. Il met ces mots sur les lèvres d’Antoine qui glorifie son maître assassiné.
Mais ils auraient bien plus s’appliquer au Christ 40 ans plus tard.
Voilà ce qu’il dit en pleurant sur la dépouille :
” O Cerf, toi dont la forêt était le monde, et le cœur le cœur du monde”. [Jules César, acte III, sc 1]

Il y a donc un lien très étroit entre la miséricorde et le Sacré-Cœur de Jésus.
Cependant ce don du Christ, imagé par son Cœur qui saigne, n’est pas le dernier mot de la miséricorde.
Il y a une expression que je reprends chaque jour pendant la messe, juste après le Notre Père.
“Seigneur, donne la paix à notre temps ;
Par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets…”
Quelle magnifique invocation !
Qui est complétée par une remarque de Saint Paul.
Dans sa lettre aux Romains : ( chapitre 9, 15-16)
Saint Paul cite Dieu qui dit son Nom à Moïse (le Nom on peut dire que c’est aussi le Cœur, ce lieu de l’être total):
‘À qui je fais miséricorde, je ferai miséricorde ; pour qui j’ai de la tendresse, j’aurai de la tendresse.’
Il ne s’agit donc pas, ajoute Saint Paul, du vouloir, ni de l’effort humain, mais de Dieu qui fait miséricorde.”
C’est cette phrase qui a illuminé sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et l’a emportée dans sa petite voix d’abandon à Dieu.

Avec la lumière de sainte Faustine, de Sainte Marguerite-Marie, et par ses deux citations de la messe et de la Bible, il y a quelque chose qui nous dépasse.
J’ouvre une fenêtre sur un mystère dans lequel nous sommes aspirés, engloutis.
La Miséricorde, ce n’est pas simplement être pardonné de nos péchés.
La miséricorde nous libère de notre péché.
C’est plus profond encore.
C’est beaucoup plus enveloppant.
La Miséricorde touche à la première racine de notre existence.
Car la miséricorde, c’est un mystère de prédestination.

“je fais miséricorde à qui je ferai miséricorde” dit le Seigneur.
Ça veut dire que tout commence, dans notre vie en général, mais aussi dans notre péché, par un premier regard d’amour de Dieu sur nous.
Le pardon de Dieu, il se trouve avant même d’être conçu dans le sein de notre mère.
Je dirais même, que Dieu nous conçoit dans le pardon, par le pardon.
“Je sais, mon enfant que tu vas me blesser et c’est parce que je te pardonne, avant même cette blessure, que je te fais exister.”
Vous voyez, frères et sœurs, comme le mystère de la miséricorde est profond.
Nous sommes inscrits dans le plan du pardon de Dieu.
Bien sûr que Dieu nous aime puisque sa signature à la forme de l’amour !
mais notre Dieu est un Dieu de miséricorde et cela va plus loin encore que l’amour.
je veux dire par là que la forme de l’amour de Dieu c’est un amour qui pardonne, avant tout.
Dieu me fait exister en me permettant de le blesser.
Ça, ça ne se voit dans aucune autre religion, ni aucun système humain.
‘En me permettant de Le blesser’, ça veut dire en me donnant un chèque en blanc, de pardon, sur ma vie.
“Pierre, tu m’as trahi… Tu m’as tellement déçu… Mais je le savais. Et mon pardon était déjà là, pour toi “. A chacun de nous, le Seigneur peut le dire…

Vous voyez peut-être une conséquence directe de cette miséricorde.
C’est que quand on commence à aimer Dieu, a revenir à Lui, quand on s’est rendu compte qu’il a touché notre cœur, on aimerait être parfait, Lui témoigner autant d’amour que Lui nous en témoigne.
Il y a ainsi dans notre vie spirituelle des périodes enflammées de désir de perfection.
Nous voudrions déjà être un saint ou une sainte.
Et, nos chutes nous remplissent de tristesse.
Parfois de mélancolie, aux frontières de la désespérance.
Parce que nous n’avons pas encore ouvert le robinet de la miséricorde de Dieu.
Ne voudrions jouir de la paix par des grâces de force et de lumière.
C’est très louable, mais ce n’est pas le plan profond de Dieu.
Et force est de constater que nous pataugeons tous les jours.
Tantôt en excès et en dérapages, tantôt en insuffisances et en chutes grossières.
On voudrait vivre en louanges pures.
Mais ce n’est pas ainsi que nous sommes libérés du péché.
“Par ta miséricorde libère-nous du péché et rassure nous devant les épreuves, en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets…”
Il y a plus parfait…
Plus parfait, c’est-à-dire vivre l’amour de charité sous la forme du pardon.
Du pardon qui nous est donné avant même la faute.
Et du pardon que nous pouvons donner parce que nous sommes pardonné.

Nous voyons donc que la miséricorde ce n’est pas simplement un rayon qui sort du cœur du Christ et que nous pouvons cueillir de manière sentimentale.
La miséricorde c’est la racine de l’amour divin.
Et qu’au fond du péché le plus terrible de notre vie – pensez, cher frère, chère sœur, au péché le plus douloureux dans votre vie. celui qui a fait le plus de dégâts et que vous ne pouvez pas encore toucher sans être trop sensible… Ou tout simplement pensez à ce fond qui empoisonne tout ce que vous faites, ce fond de dureté ou d’amour-propre…-
Et bien, au creux de ce péché, au cœur de ce péché, au cœur de toute cette existence belle ou souillée que vous essayez tant bien que mal de déployer ou de cacher…
Il y a le pardon de Dieu qui est déjà donné.
Et c’est bien cela qui “nous libère de notre péché et qui nous rassure devant les épreuves en cette vie…”

L’amour de Dieu, l’amour le plus beau de charité de Dieu, il n’est pas simplement amour.
Il est un amour dont le pardon est déjà donné.
Offert à l’infini… ce pardon.
Et comme il existe une prédestination, pour chacun de nous d’ailleurs… une prédestination d’amour…
je dirais, il y a un pré-don du pardon.
Qu’on peut exactement appeler ‘ la Miséricorde divine’…
Dieu ne peut pas être plus Père que quand il est Dieu de miséricorde.

Donc, frères et sœurs, au lieu de chercher à être des saints ou des saintes, cherchez à être des fils et des filles pardonné(e)s de notre Père miséricordieux.
Et vous serez au cœur du Cœur de Dieu.

HOMELIE 7° DIMANCHE ORDINAIRE

Frères et sœurs,
Les escrocs aiment les escrocs.
Même s’ils se détestent ils aiment se retrouver sur le même terrain d’action.
Les artistes aiment les artistes.
Et même s’ils se critiquent, ils aiment à s’observer.
Les banquiers aiment les banquiers.
Même s’ils ne visent qu’à prendre l’argent de la banque d’à côté.
Les poètes aime les poètes, les commerçants aiment les commerçants, les pauvres aiment les pauvres, les hommes de foi aiment les âmes de lumière.
Les guerriers aiment les guerriers.
Les doux aiment les doux.
Les politiciens aiment les politiciens. Alors même qu’ils se tirent dans les pattes.
Mais les escrocs aiment aussi les hommes honnêtes parce qu’ils peuvent mieux les plumer.
Mais vous voyez, ce n’est pas par le même amour que cet escroc aimera un autre escroc.
Un escroc vis-à-vis d’un autre escroc a un amour du cœur. Il en est presque amoureux je dirais.
Un escroc pour un bonhomme honnête a un amour d’intérêt. Mais il le méprise.
Même si un escroc déteste son rival, il a pour lui un amour qui dépasse la haine.
Ce sont ces haines qui peuvent s’ouvrir sur de grandes amitiés.
Autre exemple d’amour. Celui de Salah El-Din, le grand chef musulman qui respectait ses ennemis lorsqu’ils étaient nobles.
Il y a de lui ce magnifique geste, vis-à-vis de Baudouin IV, le roi lépreux :
Salah El-Din en décembre 1183, assiége la plus belle forteresse des croisés, le Crac de Moab, la fameuse forteresse de kerak en Jordanie actuelle.
Il n’a juste qu’à cueillir la victoire.
Petits chevaux fougueux, armée nombreuse et vigoureuse.
Baudoin IV, roi de Jérusalem, malade au dernier degré par la lèpre. Il a 24 ans, il est aveugle, paralysé, et il demande qu’on le porte sur une civière à la tête de ses troupes, précédé par la Sainte Croix du Christ.
Armée piteuse, quelques centaines de chevaliers, conduite par un roi mourant.
On avertit de cela Salah El-Din, derrière lui, il a plus d’une centaine milliers de soldats, on l’avertit de ce sursaut désespéré dont il ne peut faire qu’une bouchée.
Alors le noble jeune chef musulman, vénéré de tous, décide de battre retraite.
Quelques heures après, il a disparu de l’horizon.
Pourtant ce n’est pas faiblesse de sa part, il n’aura pas l’ombre d’une hésitation lorsqu’il faudra exterminer les croisés sur les collines de Hattin, près de Tibériade, 4 ans plus tard (juillet 1187).
Parce que à ce moment-là ce seront des petits chefs sans envergure, sans qualité humaine, qui mèneront nos armées à leur perte.
Il coupera lui-même de son sabre la tête de Renaud de Châtillon, ce chef croisé qui, sans vouloir faire de jeu de mots, était une tête en l’air, tout en embrouilles pour sa gloriole.
Les grands aiment les grands alors même qu’ils découvrent cette grandeur chez les petits.
Mais est-ce l’amour des ennemis dont parle Jésus-Christ ?
Que faites-vous d’extraordinaire si vous faites selon le mode des escrocs ?
Que faites-vous d’extraordinaire si vous aimez ceux qui vous aiment ?
Les escrocs ne font-ils pas autant ?
Les musulmans n’en font-ils pas autant ?
Les artistes n’en font-ils pas autant ?
Les commerçants, les guerriers, les banquiers… n’en font-ils pas autant ?
Les démons n’en font-ils pas autant ?
Alors, chers frères et sœurs, en quoi sommes-nous chrétiens ?
Quand je vois certains bons chrétiens pratiquants demander la prière pour gagner un procès, pour avoir le meilleur avocat, je me dis : “très bien, mais cela n’est pas de mon ressort, car nous ne sommes pas dans l’ordre de la grâce de Dieu.”
Nous sommes dans l’ordre de la justice humaine.
Or, le chrétien aime l’escroc, d’abord parce qu’il sait que lui-même est un escroc, mais ensuite parce qu’il sait que Dieu aime les escrocs, et que son premier amour ce n’est pas l’escroc, mais c’est Dieu.
C’est Dieu qui se trouve dans l’ennemi.
Le chrétien il aime le guerrier, il aime le banquier, il aime le doux, le politicien, l’artiste, le commerçant et le pauvre.
Il ne les aime pas pour un quelque intérêt.
parce qu’il y aurait des honneurs à en tirer ou des batailles à gagner.
Il les aime parce que le Christ se trouve au centre de leurs cœurs.
Parce que le Christ crie, de ce cri silencieux, du centre du cœur de chacun d’eux.
Et que si je rends la gifle que l’on me donne, si je réclame à tort et à cris les 50 € que l’on m’a volés, ou si je me détourne de celui qui menace ma tranquillité, je prends de la distance avec celui que j’aime, le Christ.
Je ne peux pas écouter le Christ qui crie dans le cœur de celui que je giflerait.
Pour être extraordinaire frères et sœurs, il ne s’agit pas d’être le vertueux du village.
Ni même d’être la ceinture noire 4e dam, contre laquelle on n’ose pas élevé de critique.
Ni même d’être généreux avec les pauvres et modèle de pureté au milieu d’un monde impur.
Tout ça appartient au monde que ce soit bon ou moins bon.
Mais il s’agit, frères et soeurs, pour être chrétien, de devenir fou de l’amour de Dieu en nous.
De devenir tellement amoureux du Christ, tellement à écoute du moindre signe de sa présence délicieuse, qu’une gifle, que 50 €, que n’importe quelle calomnie qui peut nous viser, ou injustice tordue… Ou simplement n’importe quel visage mauvais contre nous, que tout cela soit considéré comme un chemin pour toucher le Christ dans le cœur de notre ennemi.
Je t’aime, mon ennemi parce que si tu n’étais pas là, n’existerait pas ce chemin épineux que tu m’offres pour rejoindre le Christ.
Je préférerais que ce soit un chemin de roses que tu me présentes.
Mais puisque le Christ a choisi ce chemin épineux, c’est bien le meilleur que tu puisses m’offrir.
Si l’on voit l’ennemi avant le Christ il est impossible de ne pas lui arracher l’œil.
Si l’on voit le Christ avant l’ennemi, alors on se rend compte que l’ennemi est au Christ et que le Christ est mon bonheur, dans mon ennemi.
En fait, au moment de la gifle, le Christ ouvre la porte.
Si vous ne voyez pas la porte ouverte au moment de la gifle que vous inflige votre ennemi c’est que votre charité n’est pas encore chrétienne.
Car c’est à ce moment-là que vous devez vous dire : Seigneur, je dois entrer, par cette gifle, auprès de Toi.
Et vous n’avez pas envie de rendre la gifle.
D’une certaine façon la brûlure de la gifle de l’ennemi – qui existe réellement pourtant – réveille la douceur autrement plus intense de la grâce de Dieu qui monte de notre cœur.