HOMELIE DU 18e DIMANCHE ORDINAIRE

Comme il est gentil le texte d’Isaïe que nous avons lu en première lecture…
À chaque fois que je l’entends, je me dis :
“Isaïe est un grand poète…”
Il suffirait de prier, et couleraient des sources de petit lait…
Du lait, du miel, et de tendres viandes bien cuisinées…
La vie se transformerait en un repas de tendresse.
Je ne pense pas que tous, ici, vous ayez cette expérience.
En tout cas, ce n’est pas la mienne.
La prière ne change pas mon garde-manger.
Et je dirais même, la casserole de polenta que j’ai dans mon frigo, je n’ai pas envie qu’elle se change en viande savoureuse.
Pensons à tous nos frères qui souffrent aux quatre coins du monde à cause de leur foi.
Je reprends une page du pasteur Richard Wumbrand, emprisonné de nombreuses années dans les prisons roumaines de Ceausescu.
Il parle de son lavage de cerveau.
” le jour vint où je finis par croire à ce qu’ils me répétaient depuis des mois : le christianisme était mort.
Je songeai alors à Marie-Madeleine et ce fut cette pensée là, plus qu’aucune autre, qui me sauva du poison destructeur de l’âme répandu au cours des dernier lavages de cerveau.
Je me souvins de sa fidélité au Christ même lorsqu’il cria sur la croix : ” mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?”.
une fois enseveli, elle s’assit à côté du tombeau pour pleurer et attendre qu’il se lève.
Si bien que lorsque je crus le christianisme mort, je me disais :
” J’y croirai quand même je pleurerais sur ses cendres, jusqu’à ce qu’il se relève comme il n’a pas manqué de le faire pour Marie-Madeleine. ”
Il ajoute dans son livre :
” Viendra un temps, mon frère, où vous aussi vous serez emprisonné et souffrirez parce que vous serez chrétien. Vous devez décider maintenant si vous êtes prêt à affronter ce jour-là. ”
C’est bien davantage du Saint-Paul que du prophète Isaïe.
” Frère, qui nous séparera de l’amour du Christ ? ”
Réponse : absolument rien.
J’ajouterai … Sinon notre mollesse et notre confort.
J’aime bien cette phrase d’un amour viril du Père Jerzy Popiéluszko :
” Le plus qu’ils puissent me faire, (il parle de la police secrète communiste ), c’est de me tuer.
Je n’ai ni femme, ni enfant, par conséquent personne ne peut en souffrir et, … (C’est ce petit bout de phrase qui est excessivement fort) et si l’on me tue, pourquoi l’aura-t-on fait ?
Réponse : pour son ministère, pour la vérité proclamée, pour Jésus-Christ.
Et quand on lit le récit de la multiplication des pains, on imagine immédiatement le miracle, l’étonnement des foules.
Mais ce miracle il vient sur une inconditionnelle et ardente fidélité des foules à Jésus.
Tous ces pauvres gens suivaient Jésus à en oublier de manger.
C’est ça le terrain du miracle de Jésus.
Un enthousiasme profond, une espérance qui déborde les besoins du corps.
Et c’est là que se trouve la clé de lecture du prophète Isaïe d’aujourd’hui.
la prophétie d’Isaïe n’est pas d’abord un ouvrage de poète.
C’est une page d’un homme de Dieu.
Et Isaïe ne nous invite pas à créer une ferme modèle, genre kibboutz, où l’on distribuerait le lait et la viande bien cuisinée de l’agneau que l’on vient de tuer.
Isaïe annonce que si l’on est capable de traverser le désert de la prière, les étendues très grandes d’aridité de nos cœurs, et tous les obstacles particulièrement aiguisés qui se présentent pour celui qui chemine dans la grâce de Dieu,
hé bien, Isaïe annonce que derrière cela, dans ce terrain défoncé, comme en surimpression, il y a des délices, dans les profondeurs de notre âme, qui nous réjouissent.
Et comment pourrait-on exprimer cette surimpression spirituelle autrement que par des images de petit lait et de repas savoureux ?
Rien à voir avec un repas savoureux qui sort du four.
Mais l’homme a besoin d’exprimer ce qui est inexprimable.
Il a besoin d’exprimer les profondeurs de son être qui goûte au silence et à la paix divine.
Quand nous allons communier dans un instant, nous allons consommer l’hostie avec tous nos problèmes et nos lourdeurs.
Nous n’avons pas à faire effort d’abstraction de nos problèmes. Cela d’ailleurs nous conduirait davantage à la maladie mentale et à l’illusion.
Je préfère dix mille fois quelqu’un qui se plaint d’être encombré de troubles ou de tentations ou de peines, que quelqu’un qui vit sa messe dans du coton lumineux, ébloui de lumière ou noyé dans du petit-lait.
Car ce dernier est proche de l’illusion et s’il ne l’est pas c’est que Dieu lui réserve une purification bien sévère qui passera par la Croix de son Fils.
C’est avec nos encombrements que nous allons recevoir au profond de nous-même, un gage, un avant-goût de la béatitude que nous promet le Christ.
Et ce sera peut-être parmi vous celui qui s’avancera avec le plus de contrariétés, surtout si ces contrariétés sont générées par la foi et par une prière fidèle, par une charité ardente mais contrariée ou blessée… hé bien ce sera peut-être celui ci ou celle là qui goûtera à l’union la plus intime avec son Sauveur, avec Jésus et qui, sans pouvoir la décrire, vivra cette saveur profonde ‘de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus.’ comme le dit saint Paul.
Ne cherchons pas, privons nous au contraire, chers frères et sœurs, de petit lait et privons nous de nos viandes savoureuses habituelles.
C’est par là qu’il faut commencer.
Prêtons l’oreille, prêtons, donnons notre cœur au Seigneur.
Et nous goûterons, mais d’une grâce qui vient de plus loin, le petit lait et les viandes savoureuses de l’amour du Christ qui dépasse tout ressenti et toute expression.

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HOMELIE 17° DIMANCHE ORDINAIRE 2020

Dimanche 17 ième ordinaire 2020 

Quel est le mot le plus terrible, ce dimanche, dans ce que nous venons de lire ?
C’est un mot qui est repris plusieurs fois par Jésus.
Et c’est un mot ‘spécial homme de foi’.
C’est le mot : ” tout “.
Évidemment, quand on a la foi on saisit Dieu comme un tout.
Une totalité, un infini.
Le ‘Tout-Puissant’… ‘Père infiniment bon’. Ce qui veut dire “tout Bon”.
Dieu est un tout infini.
Et ça veut dire que dans toute sa création, mais bien plus encore dans notre relation avec lui, il y a un appel à l’infini.
À vivre selon un tout, selon un mode de totalité.
Il y a dans toute sa création, mais bien plus encore dans le fondement de notre âme, une aspiration à vivre le ‘tout’, la marque du divin.
Tout l’Évangile, chacune des paroles de Jésus, nous invite à ne pas nous arrêter à une partie, à un degré moindre.
Parce que notre esprit veux boire à une source qui soit à sa dimension.
Et cette dimension, c’est une dimension d’infini.
Chaque homme, chaque âme est assoiffée de se donner sans limite.
C’est le reflet de la présence du Créateur en nous.
Et si notre âme, et notre corps, ne va pas jusques là, il reste frustré, et même malade.
C’est le cri de Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus :
” Ma Mère, dans l’Eglise, je veux être tout. Je serai l’amour. ”
Réponse de Jésus :
” vends tout ce que tu possèdes.”
Tout ce que tu possèdes…
Si tu veux le Tout, ne garde rien.
Le grand problème, chers frères et sœurs, c’est que alors même que nous aspirons tellement à la plénitude, nous avons en même temps, notre cœur serré, comme une tenaille, sur nos petits riens qui nous empêchent de décoller.
Des petits riens qui nous semblent toujours, pour nous, des montagnes.
Et si nous vivions à la dimension de nos âmes… !
Nous respirerions tellement mieux, même avec nos masques…
Regardons Salomon, le grand Salomon…
Dieu lui demande ce qu’il veut. Il ne peut pas faire mieux… !
Salomon va lui répondre par une sagesse humaine, simplement humaine.
Et en cela, Salomon n’arrive pas à la cheville de son père, le roi David.
David a eu peut-être de très gros défauts, mais il s’est toujours entretenu avec Dieu avec une sagesse inspirée, infuse de la grâce divine.
David aurait répondu à Dieu :
“Ce que je veux, c’est ce que Toi, tu veux pour moi”.
Salomon demande ce qu’il y a de mieux pour un homme de gouvernement.
Mais il s’arrête à un degré humain de perfection.
C’est le tout de sa vie.
Enfin presque…
Parce que comme d’autres hommes généreux, et son père en faisait partie, il ne dédaignait pas la bonne compagnie des femmes, de nombreuses femmes.
Seulement David n’a pas délaissé son Dieu pour cela. Momentanément, oui, comme pour les trahisons de Saint Pierre.
Salomon, lui, abandonnera le premier commandement de Moïse sous l’influence des plaisirs du harem.
« tu aimeras ton Dieu de toute ton âme, de tout ton cœur, de toute ta force”.
Ce n’est pas une option , c’est le désir fondamental de notre être.
Mais ce désir fondamental, nous ne pouvons l’exprimer et le concrétiser que sous l’action de l’Esprit Saint.
Je me souviens avec émotion, d’un catéchumène qui approchait de son sacrement de confirmation.
Il avait fait une très belle évolution dans sa foi et dans sa pratique de l’Eglise. Il revenait de loin.
Je lui ai envoyé un jour, par mail, la date et l’horaire de sa confirmation.
J’ai reçu une heure plus tard un message en retour.
À peu près comme ça :
“Mon père, il va falloir remettre la confirmation à l’année prochaine.
Car le jour que vous m’indiquez tombe dans le weekend du GP camions au Castellet. (Traduisez : Le Grand prix camions au circuit du Castellet)
J’ai acheté ma place depuis longtemps, comme chaque année et tous mes copains, m’y attendent.
Désolé, mon Père, nous verrons l’année prochaine.”
Ce sont ces moments, en tant que curé, où le cœur s’arrête de battre pendant quelques minutes.
On s’allonge, et on attend que le bon Dieu nous fasse un massage cardiaque.
Pour mon catéchumène – je vais l’appeler “Fabrice” – la montagne qui lui cachait le Tout, c’était ses camions.
C’était un fou des camions.
Pourquoi pas ?
Pour d’autres ce seront un chat, pour d’autres l’affection à leur petit neveu, pour Salomon c’était le don de bien gouverner avec sagesse…
J’ai dû lui écrire 2 petites lignes en texto, une fois que mon cœur se soit reposé sur Jésus et que moi-même, j’ai eu vendu, abandonné dans les mains du Seigneur, le désir de sa confirmation.
Et le soir, juste avant de m’endormir, j’ai reçu un bref message de Fabrice.
” Mon père, mon cœur est arraché, mais il me dit que je ne peux pas manquer ma confirmation.
Je sacrifie Le Grand prix camion avec les copains cette année.
J’irai simplement fêter l’arrivée de la course le lendemain.”
Simplement, pour la petite histoire, je lui ai offert un magnifique camion miniature pour sa confirmation… !
Il ne m’en voudra pas d’avoir raconté ici cette petit histoire.
Dieu avait appelé Fabrice. Ce jour-là, Dieu l’a rendu juste, conforme à l’image de son Fils. Il lui a donné sa gloire.
“Celui qui a trouvé la perle de grande valeur va vendre tout ce qu’il a…”
Alors il connaîtra la tendresse de Dieu. Elle coulera sur son cœur.
Dieu n’a pas de demi-mesure pour se donner à nous.
Et notre réponse d’amour consiste à débusquer dans notre vie, dans notre cœur, dans nos dons, légitimes pourtant, tout ce qui nous retient par des petits liens, aussi puissants que des montagnes, et de les sacrifier sur l’autel du détachement.
C’est une union à un infini amour que nous désirons.
Et pour vivre cette union, nous devons, chaque jour, offrir un petit lien, extérieur ou intérieur, qui pose entre nous et Dieu un voile indéchirable.
il n’est pas rare que ce petit lien puisse être une grâce, reçue de Dieu pourtant, mais que nous ne voulons pas lui rendre.
Tous ces plaisirs spirituels, ces conforts que Dieu nous a offerts pour un temps et que nous voudrions conserver pour toujours.Seigneur, prends tout !
Parce que tout est rien quand Toi, tu es là, présent, Royaume des Cieux en mon cœur.
Centuple de joie tu promets à nos cœurs si émotifs et si charnels.
Mais que de foi nous demandes-tu en cette vallée terrestre !!

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HOMELIE 14° DIMANCHE ORDINAIRE

” Visez toujours à la tête, disait Léon Bloy, pour être sûr de n’atteindre jamais plus bas que le cœur. ”

Je pense que c’est une bonne base pour engager sa vie.
Au moins pour s’engager dans tel ou tel chemin :
Chercher la tête.
Il y en a qui cherchent toute leur vie, tête baissée, mais ils ne cherchent pas la tête.
Leurs efforts sont sans queue ni tête. Pour un résultat vain, comme dit le sage de la Bible.

En fait, je crois que, peu à peu, j’ai découvert qu’être ‘chasseur de têtes’, c’était une bonne option dans la vie. La meilleure option.
Évidemment, chasseur de têtes, ce n’est pas gagné, parce que dans notre monde, des têtes, c’est pas très fréquent… Je parle de bonnes têtes…

Mais, de têtes en têtes, j’ai compris que je pouvais me reposer sur une tête.
Celle de Jésus.
Et j’ai compris que c’est par rapport à la tête de Jésus que tout visage devient lumineux ou, au contraire, reste triste.
Pourquoi je vous dis tout ça, frères et sœurs ?
Parce qu’aujourd’hui, Jésus nous dévoile sa tête…
Quelle tête a la tête de Jésus ?
C’est très simple. C’est d’ailleurs si simple que les gens de tête n’arrivent pas à donner la réponse…
Les gens compliqués de logique, et ceux dont le sonar des profondeurs de leur nature est abîmé.
Je me rappelle la scène de Jean Cocteau dans son théâtre “la machine infernale “.
C’est une maman qui passe devant le Sphinx de Thèbes, cette bête terrible, mi animal, mi femme, qui mange ceux qui ne répondent pas à ses énigmes.
Et la maman discute avec le Sphinx, comme ça, dans la rue.
Et son petit garçon, au bout de quelques secondes, la route par la manche et lui demande : ” dis maman, c’est ça le Sphinx ?”
Lui, le petit, il a deviné.
Et sa mère le traîne en lui disant : tais-toi donc ! Allez, avançons, mauvaise troupe !”
Et l’enfant crie de plus belle ” c’est cette dame le Sphinx ?”
Il a tout compris, parce qu’il est pur, et sa maman ne sait pas écouter. Elle a d’autres soucis.
C’est Jésus qui le dit : ” les sages et les savants passent a côté de ce que les tout petits saisissent spontanément. ”
Elle est tellement simple la religion de Jésus…
Alors, la tête de Jésus… ? Eh bien, c’est celle du Père.
Le Père qui remet tout au Fils.
” Philippe… Qui me voit, voit le Père “.
On voit le Père du côté du Fils, bien sûr, mais le Fils ne peut pas ne pas dire le Père.
Il ne peut pas y avoir de Fils sans Père.
Et c’est la base absolument essentielle qu’est venu nous découvrir Jésus.
Relisez le chapitre 15 de l’Évangile de Saint Jean.
Ce sont ses dernières paroles avant sa Passion.
Le point d’orgue de sa vie et de sa mission.
Il ne parle que du Père et au Père.
“Père Saint, glorifie ton Fils..”
” la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, Toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé… ”
” tout ce qui est à Toi, est à moi… ”
” Père Saint, je t’ai connu… ”
Père juste, nous sommes un… ”
” Père, tu m’as aimé de toute éternité… ”

D’ailleurs, la seule prière que Jésus nous a apprise directement, est : ” Notre Père… ”
Ne rabâchez pas comme les pharisiens dont les prières sont vides, mais dites : ” notre Père… ”
Et certains saints, comme sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ne pouvait aller plus loin…
” Père… ” Voilà la tête de notre religion, de toute notre foi, que nous a révélée Jésus.
Saint Paul le dit quelque part. La prière du Saint Esprit, c’est un seul mot, au profond de notre cœur, de notre âme. Un cri : ” Abba… Père ! “.

Quand on voit les grands problèmes que les grandes politiques ou les grandes philosophies, ou même les grandes religions poursuivent jusqu’à épuisement parce qu’elles n’ont pas découvert la sagesse de l’Église qui est d’être
Que d’efforts pour un Marx, pour un Napoléon, pour un Jules César, pour le Bouddha ou Lao Tseu.
Que d’efforts de tant de scientifiques et chercheurs enthousiastes, je parle des hommes des plus sincères… Des Sages…

Efforts de tête mais sans tête, efforts stériles et qui provoquent fatigues et déceptions.

Bien plus, on comprend aussi pourquoi le démon vise l’affaiblissement de la paternité, particulièrement en nos jours. Parce que l’amour paternel et sa fécondité, l’amour filial, est noyau de tous les autres amours.

Car le Christ le dit bien :
Le repos de l’âme, il se trouve dans une démarche de disciple. De Père à fils.
L’enfant porte beaucoup moins quand son père est là.
Le véritable Père est là pour donner l’impulsion et pour porter l’effort.
Autrement dit, il est là pour transmettre l’Esprit et pour accompagner la purification du Chemin.
Pour éviter cette présence du Père qui résoud tous les problèmes psychologiques et de société, l’orgueil du Malin fabrique du stress, fournit des alibis d’activités, des alibis de lutte des classes ou de politiques de mort.

Notre religion, c’est un Père qui nous aime.

Et on le comprend paradoxalement, quand on regarde Jésus sur la Croix…
S’il n’y a pas de Père, il y a la haine contre tout.
L’antidote de la haine est la présence du Père que seul le Fils connaît et le disciple du Fils.
D’ailleurs, le remède contre la haine, c’est de haïr le Père qui ne peut pas ne pas être Père.
Freud l’a bien mis en évidence au niveau psychologique.

Frères et sœurs, quand il y a problème, cherchez la tête. Si votre recherche n’aboutit pas à la tête du Père, reconnu, accueilli, respecté, pas étonnant que le problème n’ait pas d’issue.
Le chemin jusqu’à la tête du Père, ce sont les épaules du Fils..
Les petits qui aiment grimper sur les épaules le savent mieux que quiconque.

Le chemin du Père, c’est le cœur de la mission de Jésus. Jésus exulte quand il s’adresse au Père (Luc, 10,21)
C’est donc là que se situe le cœur de notre vie.
C’est dans l’humilité d’un cœur de disciple, ou d’un cœur de tout petit, que s’ouvre le plus grand mystère qui fait frémir nos entrailles, mystère qui n’est pas celui de la création, mais celui de la paternité.
Notre Dieu est Père. Notre Père.

HOMELIE 13° DIMANCHE ORDINAIRE

Quand j’étais au collège, je me souviens d’un conseil de mon professeur de français.
C’était une stratégie pour les dissertations. « commencez par écrire votre conclusion.
Puis ensuite vous ferez votre plan et vous rédigerez ».
C’est excellent, et c’était un excellent professeur.
Je l’ai écouté.
Je l’ai bien écouté et j’ai compris, plus tard, progressivement, que Dieu procédait ainsi.
Dieu nous donne la conclusion. Nous n’avons pas le choix sur la conclusion.
Nous n’avons pas le choix parce que cette conclusion, c’est une explosion de délices qui ne se refuse pas.
Pour Dieu, c’est infiniment jouissif, parce qu’il la possède de toute éternité.
Il nous laisse simplement libre de rédiger le reste de la rédaction de notre vie.
Pour le plan, il nous laisse un peu moins libre, mais nous avons encore de la marge pour le façonner.

Alors ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est de discerner la conclusion des textes de ce dimanche.
Dans la première lecture Élisée pose la question  : « que peut-on faire pour cette femme ? ». comment peut-on conclure ?
On pourrait répondre que le terme était d’accueillir un enfant dans sa vie.
J’irai un petit peu plus loin :
C’est accueillir un miracle de Dieu. Que peut-on faire pour cette femme ? Lui donner une récompense de prophète…
Un miracle de la foi.
Qui sera effectivement la paix au cœur de cette femme.
Et les deux autres textes – Saint-Paul ou l’Évangile – nous propulsent dans des conclusions que l’on n’attendait pas.
Saint Paul nous parle du baptême :
Ensevelissement dans la mort de Jésus.
C’est vrai que le baptême nous vide de toute pollution de toute impureté, et nous vide de nous-même. Mais ce n’est pas la conclusion du baptême.
Cette conclusion c’est que nous en sortions vivants, pour Dieu, en Jésus-Christ.
Nous sommes vivants.
Vous voyez un peu la démarche du chrétien.
Sa démarche intérieure, c’est quand tout ce que fait, il le vit à la lumière de la conclusion.
Et là, on va voir qu’on peut grandir, qu’on peut toujours grandir.
Tu aimes ton père et ta mère. C’est normal.
C’est l’amour naturel premier de tout être vivant.
Naturel, parce que tout être vivant est rattaché à sa mère.
Tout être vivant porte sa mère en lui-même. Sa mère et son père.
Et avec plus ou moins de proximité, toute son hérédité.
Que de morts nous portons en nous !
Tu aimes ton fils ou ta fille…
C’est normal.
Parce que, à moins d’un défaut tordu contre-nature, la famille, les différentes générations forment un tout, forme une unité, qui s’aime.
Tu aimes ta vie, tu t’aimes toi-même, c’est normal et naturel.
C’est le premier amour qui monte des profondeurs de toi dès le premier instant de ta conception.
Le tout petit bébé, l’embryon de quelques semaines, lorsqu’on lui fait violence dans le ventre de sa maman tente de se protéger :  Il s’aime.
C’est normal.
Il n’y a que notre culture de mort pour nier l’évidence de l’amour à la base de toute vie.

Or, Jésus nous dit aujourd’hui : il y a une autre conclusion.
Le cœur de l’amour, il ne se trouve pas encore dans l’amour de la mère pour son enfant.
Il ne se trouve pas encore dans l’amour du père et de la mère pour leur bébé.
Et pourtant, que cet amour travaille nos entrailles. !
Nos entrailles, nos nerfs, notre cerveau, notre âme au plus profond.
Jésus nous dit : il y a encore plus essentiel.
C’est l’amour de Dieu. Amour qui dépasse l’amour le plus intime de l’homme et que l’on trouve en Jésus.
« Si une mère pouvait oublier le fils de ses entrailles… Moi, jamais ! » dit Dieu, « Je te porte gravé dans mes mains. » [ Isaïe 49,15 ]
Cela veut dire que la conclusion qui éclaire tout ce que nous pouvons faire, elle ne se trouve pas dans un amour naturel.
Elle se trouve dans un amour qui a sa source dans la foi. Et que l’on saisit dans l’Espérance.
Cela veut dire également que le chemin de guérison des blessures d’avec notre père , d’avec notre mère – de toutes les blessures héréditaires, qui se cachent aussi -, ce chemin est possible, si on laisse Jésus atteindre les profondeurs de notre cœur.
Vous aimez votre fils votre fille, mais plus beau que cet amour, qui est déjà le plus beau, il y a l’amour de Jésus.
Vous aimez votre bébé, mais la conclusion de votre amour ne sera pas votre bébé, elle sera l’amour de Jésus.
Sinon, il y aura inévitablement un déséquilibre dans votre relation avec votre enfant.
Et si vous accueillez quelqu’un, il ne doit pas être le terme de votre accueil.
Car derrière l’un de ces petits que vous accueillez vous atteignez Jésus.
Au moment d’ouvrir votre porte à quelqu’un, dites-vous que celui qui se trouve derrière la porte n’est pas votre conclusion. Mais plus grand que lui-même.
Bien sûr il faut la foi.
Mais cette foi vous donnera la conclusion qui vous permettra d’exprimer toute la richesse de votre cœur.
Au chrétien, à l’homme de foi en Jésus, est proposée une magnifique conclusion à tout ce qu’il entreprend et à tout ce qu’il subit, et à tout ce qu’il rate, et à tout ce qu’il réussit.
Cette conclusion s’écrit avec quelques mots.
Mais surtout elle s’écrit avec le cœur.
Je ne l’avais pas écrit ainsi lorsque j’étais au collège dans mes dissertations.
Et maintenant je pense que je pourrais reprendre mes rédactions du collège et je leur donnerai une autre conclusion.
Que n’apprécierait peut-être pas mon excellent prof de français.
Et cette conclusion elle se présente sous forme de prière:
“Seigneur Jésus, permet que, quand j’ouvre les yeux, ce soit pour te rencontrer derrière toute forme et derrière tout être que je vois.
Seigneur Jésus quand j’utilise mes mains que ce soit pour te rencontrer derrière toute chose tout être que je saisis.
Seigneur Jésus, quand j’entreprends, que ce soit pour te rencontrer.
Seigneur Jésus, quand je pleure, que ce soit parce que tu es là.
Quand je souffre, que ce soit pour participer à ta Vie.
Seigneur Jésus, quand j’exulte, que ce soit parce que tu es là.”

Pour les moindres choses, découvrons l’immense conclusion qui se trouve dans l’union à Jésus Christ.