Dans mon homélie de dimanche dernier je vous ai parlé d’un mystère, je dirais fondateur de nos relations sociales, d’un mystère de violence, qui permet à une société de trouver une unité et à chacun d’entre nous de survivre.
Une communauté, une famille, et même un individu a besoin de trouver sa victime.
Pour en fait nourrir et rendre supportable le loup ou plus précisément le démon qui l’habite.
Quelqu’un m’a fait une remarque sur ce fameux loup qui hante nos journées et encore davantage nos nuits.
Un autre m’a remercié pour la lumière qu’il découvrait dans cette explication.
Et puis c’est tout.
C’est-à-dire que personne ne m’a fait remarquer que mon homélie était inachevée.
Qu’elle ne suffisait pas…
Alors, je reprend là où je me suis arrêté.
Jésus est la victime du genre humain. victime libre et volontaire ‘ offert en sacrifice pour nos péchés ‘.
Et je disais qu’à chaque messe nous rejoignons celui qui s’est donné pour nous.
Par ce mystère de présence, on entre en communion avec notre victime qui n’est pas moins que Dieu..
Seulement le mystère va plus loin encore.
Parce que quand on offre un sacrifice, rien ne nous oblige à adorer ce sacrifice.
Il nous met en face de notre culpabilité.
‘ ils regarderont celui qu’ils ont transpercé ‘
Chacun voit devant lui ce qu’il est capable de faire en lui.
Ce que le démon est capable de faire en lui.
Mais c’est justement là que ça ne suffit pas pour expliquer notre foi.
Si l’on est normalement constitué on n’adore pas notre victime qui vient de mourir.
Or on adore Jésus.
On l’adore ressuscité et on l’adore sur la croix.
Parce qu’il est Dieu par sa puissance divine dans la résurrection et parce qu’il est Dieu sur la croix dans sa souffrance.
Mais pour une autre raison qui est en relation avec nous, avec notre cœur mauvais.
C’est que Jésus par son sacrifice, dans son sacrifice lui-même, guérit notre cœur, au moment même où on le tue.
Pourquoi ? comment ?
Parce que Jésus seul a produit un acte, de façon parfaite et infinie, qui mérite d’être adoré de tout notre être.
Jésus nous pardonne.
L’une des dernières phrases prononcée par ce Jésus c’est justement ce pardon donné à notre monde misérable qui ne comprend rien et qui se débat dans sa violence, la violence du démon.
« Père… pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ».
Au moment même où nous célébrons le sacrifice de Jésus nous entendons : « tu es pardonné »
C’est inimaginable, c’est inconcevable.
Et cela nous dépasse à l’infini.
Parce que c’est divin.
C’est la clé de toute la mission de Jésus.
« tes péchés sont pardonnés ».
Jésus permet simultanément deux choses :
D’abord, de reconnaître que nous sommes coupables.
Que nous sommes minables et que pour supporter cette misère, ou au moins de la fuir, nous sommes capables de tuer un innocent.
Et en même temps, malgré cette misère, au-delà, celui que l’on tue continue de nous aimer.
En fait, c’est en même temps, mais le pardon, il est premier.
C’est parce que nous nous savons pardonné par Jésus que nous pouvons reconnaître notre culpabilité, l’horreur qui nous habite.
Alors, nous pouvons pleurer.
Ça devient possible de pleurer en vérité.
Autant sur notre misère que sur le trop grand amour de Dieu pour nous.
On peut se reconnaître coupable quand celui à qui nous faisons du mal nous regarde jusqu’au fond de notre cœur, avec douceur, sans limite.
Vraiment, notre religion est divine.
Notre religion catholique, la seule qui contient tout le mystère divin livré aux hommes pour les délivrer.
Et tout ça nous le vivons dans sa réalité, à chaque messe, comme je le disais.
Et tout ça nous permet de vivre la conversion et l’amour jusqu’au martyr s’il est besoin. Comme Barthélémy l’a vécu.
Ce n’est pas l’ultime fin de la vie humaine, mais c’est le passage le plus sublime et le plus beau sur terre :
Comprendre que l’on est pardonné, pour ensuite vivre d’union avec celui qui nous donne les dons les plus précieux, qui nous donne l’existence, la lumière infinie de notre âme.
Depuis la fondation du monde les hommes cherchent ce chemin de rédemption.
Mais il n’y en a eu qu’un qui a accompli le pardon de notre cœur. C’est Jésus-Christ.
Et même si nous ne comprenons pas tout, il suffit de se mettre à genoux et de demander à Jésus par son Esprit Saint d’ouvrir la vérité notre cœur, et par là même de le guérir, de le ressusciter par son pardon.
C’est essentiellement pour cette opération d’amour que notre Père céleste a envoyé son Fils Bien-Aimé.
Pardon et vérité nous ouvrent les portes de la joie, de la paix, comme le monde ne la trouvera jamais, ni jamais la donnera, car notre monde ne veut pas reconnaître sa culpabilité libérée.