HOMELIE VINGT-SEPTIEME DIMANCHE A

Le Pape, ce sont de belles images qui nous ont réjouis.
Et ce sont des images pour un message. Pour ses paroles.
Le Pape est la voix de l’Église pour éclairer notre chemin et notre monde.
Alors je vais cueillir quelques morceaux choisis qui peuvent nous aider à rendre belle et féconde la vigne du Seigneur.

Je commence par son discours à l’UNESCO :
« Ce que je souhaite vous transmettre, a-t-il dit, ce ne sont pas d’abord les œuvres : c’est la conviction dont elles découlent.
Aucune éducation n’est complète si elle ne parle pas de la question du sens. [ Saint Jean-Paul II le rappelait :] ‘éduquer, c’est aider l’homme à « être » davantage et pas seulement à « avoir » plus; c’est reconnaître aussi cette transcendance de la personne qui appartient à la plénitude de son humanité.’
Cela est beau.
Cela veut dire qu’on court de tous les côtés pour accumuler des biens, des expériences et des informations, en négligeant de connaître le sens des choses et de l’Histoire.
D’ailleurs, je pense que tous ces jeunes et moins jeunes qui reviennent à l’Eglise sont motivés en grande partie par cette soif de sens qui manque à nos sociétés affolées.
Le Pape renverse notre point de vue.
Il éclaire nos consciences, fortifie notre foi et nous encourage au témoignage.

« La communication est devenue beaucoup plus rapide, dit-il, mais pas nécessairement plus véridique. L’information est abondante, mais elle n’est pas synonyme de sagesse.
(…) Les nombreux canaux de communication risquent de multiplier les fausses informations et de donner cours à des mots vides de sens, entravant ainsi le dialogue au lieu de le favoriser. »

Alors, comment devons-nous réagir à de telles paroles ?
Il faut bien se dire que toute forme de média introduit une forme de manipulation pour celui qui prête attention. Même pour les plus ‘ intelligents ‘.

Voici encore la parole de Léon XIV, aux évêques à Lourdes :
« la parole de l’Église a toute sa place dans le débat public en France ; elle possède, par nature, une autorité prophétique. » Même si elle n’est pas toujours entendue, elle y est attendue. Même si elle n’est pas suivie, en particulier sur des questions essentielles qui touchent aux fondements de la civilisation, elle est nécessaire. »

Ces paroles sont encourageantes.
Parce qu’en fait, Léon XIV nous dit que nous devons être des voix qui crient dans le désert. Sans complexe, dans notre monde hyperactif et vide.

Il continue :
‘A propos de l’enseignement catholique, dont le “caractère propre” se trouve ces temps-ci remis en question. (…) L’enseignement catholique ne peut, en aucune manière, renoncer à son projet éducatif, un projet centré sur le Christ qui vise le développement intégral de la personne humaine dans toutes ses dimensions : spirituelle, culturelle, intellectuelle, morale et sociale. Personne ne doit donc s’étonner des occasions offertes au sein de tout établissement catholique de rencontrer Jésus-Christ et d’entendre sa Parole. Moins encore, aucun élève ne devrait se trouver marginalisé dans sa classe, simplement parce qu’il croit en Jésus.
Notre Pape relève un défi : « Que Jésus vive pleinement dans les familles catholiques de France et les illumine de sa présence ! » (Aux évêques à Lourdes )

La société serait révolutionnée si les familles entendaient Léon XIV et introduisaient la prière dans leurs journées !

Je reprends les mots de son encyclique ‘ Admirabilia humanitas ’.
« Le désintérêt pour la vérité conduit lentement mais inexorablement à glisser vers le totalitarisme du pouvoir, qui utilisent alors facilement « les gens pour qui la distinction entre la fiction et la réalité de l’expérience et la distinction entre vrai et faux n’existent plus ». [ Annah Arendt ]
(…) Les contenus qui circulent dans les espaces numériques influencent la manière dont les personnes perçoivent le monde et introduisent dans la conscience collective des images et des récits qui orientent les désirs et influencent les choix quotidiens. Ce qui naît en ligne fait désormais partie intégrante de la vie des personnes, surtout des plus jeunes. »

Je prends un petit exemple concret de dérive de la vérité et de désorientation collective:
Tout proche de nous… ‘ La journée du chien citoyen ’
Pourquoi un tel titre, sinon pour introduire la confusion des cerveaux ?
Voici la définition du citoyen : « une personne (!) qui possède la nationalité d’un État et qui jouit de ses droits civils et politiques, tout en étant soumise à ses lois et à ses devoirs. »
La ‘ journée du chien citoyen ’, en vidant les mots de leurs sens, on se moque, dans l’appellation, de la vérité et cela conduit à terme, mais inexorablement, à la bêtise et à l’idôlatrie.

Revenons à Notre Pape Léon. Il dit :
« Les choses les plus profondes et les plus importantes ne s’apprennent qu’après beaucoup de temps et d’efforts, en s’engageant dans la discussion avec les autres pour “frotter” les concepts et les expériences comme s’il s’agissait de silex, jusqu’à ce que jaillisse en nous l’étincelle de la compréhension. »
Que d’heures j’ai consacrées, avec mes amis – Bernard, Jean, Jean-Michel, Sophie, Pascale, et d’autres moins intimes …- non pas en ‘soirées pyjama’ mais à des soirées et même des nuits, où nous discutions nos convictions, sans aucun téléphone ou ordinateur, sans aucune intelligence artificielle…
Et même si nos idées, à 16 ans, n’étaient pas tout à fait mûres et solides, il jaillissait quelques étincelles de compréhension, et chose précieuse, nous construisions des relations de bonheur, des amitiés que nous concrétisions en partant ensemble en vacances, entre nous. Nous allions plus loin que nos malaises.
… Entre 13 et 16 ans, 17 ans…
De la réalité….
J’ai envie de crier aux gars et aux filles que je rencontre avec les mots du Pape, ceux de sa conclusion de son discours à Metz… :
« ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.
Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression. Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !
N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle. »
En fait, les jeunes, les filles et les gars de Salernes et alentours, foncez dans la réalité ! ( ça, c’est moi qui le dit avec mes mots… ) L’Eglise sera là pour vous soutenir, je serai là pour vous encourager et vous aider, jusqu’à ce que je perde mes dents.
… N’ayez pas peur !… vous êtes beaux et vous êtes belles pour un vrai bonheur.

Alors je continue avec notre Pape. Pour un peu d’hygiène de nos âmes, que dit-il ? :
« Nous devons nous éduquer à jeûner de l’IA (…), de cette séduction subtile qui fait paraître inutile la pensée humaine précisément au moment où elle est la plus nécessaire.
La littérature psychologique et psychiatrique a mis en évidence avec une insistance croissante comment une exposition précoce et non encadrée aux appareils numériques et aux réseaux sociaux peut avoir des répercussions négatives sur le sommeil, l’attention, la régulation émotionnelle et la vie relationnelle, en particulier chez les plus jeunes, avec des conséquences parfois dramatiques. À cela s’ajoute la facilité d’accès à des scènes violentes ou cruelles, qui blessent la sensibilité, à des contenus pornographiques et hypersexualisés, à des messages qui banalisent le corps et l’affectivité, ainsi qu’à des propositions qui normalisent des comportements à risque. (…) L’utilisation de faux profils, d’algorithmes amplifient les contacts dangereux ainsi que les outils d’IA capables de manipuler des images et des vidéos. Le fait de disposer trop tôt d’un téléphone portable personnel et de l’utiliser sans contrôle parental peut accentuer la fragilité et favoriser les dépendances chez les jeunes, les exposant à des dynamiques d’isolement, de harcèlement et de cyberharcèlement, ainsi qu’à des pressions pour partager des images intimes ou des données sensibles. »

Ouahou !!! il y va fort, le Pape …!

Celui qui devient addict aux écrans ne s’en aperçoit pas.
Il se décervèle…. Et il est tout content de se présenter comme décervelé …!

« L’école a un rôle central et elle est le lieu où les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et sur la dignité de chaque personne. »
Petite réflexion personnelle : Quelle pauvreté quand,… à la veille, de la fête de la Toussaint, une institutrice d’école catholique, sous contrat, oriente tout son cours pour vanter la fête d’Halloween… on se demande qu’elle est vraiment son intention ….?
Mais le Pape n’était pas encore passé…!
Ceci dit, cette institutrice a reçu un message sur ce sujet d’un curé plutôt gênant,
Hé bien.. quel courage ou quelle humilité ! elle n’a même pas pu lui répondre.
Dans ces cas-là, il vaut mieux aller à la journée du ‘ chien citoyen ’ qu’à l’école primaire …

Comment nos petits gars en culottes courtes et nos petites filles peuvent-elles pressentir le grand mystère de la vie que nous livrent les paroles de Jésus, tellement parlantes et tellement simples ?
Le mystère du bien.
Le mystère du don de Dieu.
Nous recevons tout de Dieu. ( Sauf le mensonge. Le diable en a fait sa spécialité. )
Le mystère que nous devons tout rendre à Dieu.
Et le mystère de l’amour.
Qu’on n’apprend pas en tapotant un écran.
Le mystère de l’amour qui dépasse tous les autres mystères.
Et parce que le mystère de l’amour dépasse tous les autres mystères — quand c’est un vrai amour — il inquiète et il se fait attaquer de tous côtés par des ennemis.

Désormais, sur la surface de la terre, le chrétien sera celui dont on se moque.
La pierre angulaire que l’on rejette, elle est toujours toute désignée. Facile…
C’est celui qui veut être en harmonie avec lui-même, avec sa nature, avec son esprit, avec la vérité, avec son Dieu qui est Jésus-Christ.

Désormais, le monde va se diviser en intelligents ( disons, en ceux qui sont informés, qui connaissent toutes les informations; les riches en informations )
… Et oui, ils sembleront les plus dégourdis.

Et puis il y aura les pauvres affamés, volontaires, qui, vraiment, ne brilleront pas. Pour lesquels il y aura plus d’échecs que de réussites.
Alors évidemment, les jeunes, faut qu’ils soient costauds, mais s’il y en a qui aiment un peu l’adrénaline et le courage, ils ont une promesse lumineuse :
Un vrai chrétien jouira de la paix du cœur, de l’amour de Jésus-Christ.
Amour de Dieu et de l’Eglise.
Et il mourra la tête dans le ciel. Oui, là c’est carré !

Bon, je me calme et je reviens à Léon XIV pour finir.
D’abord quand il parle aux catéchumènes, à l’Institut catholique de Paris
« En vous regardant, chers catéchumènes et néophytes, je ne vois pas seulement le fruit de l’Esprit qui vous a mis en chemin, mais aussi une promesse de fécondité pour l’Église en France. À votre tour, soyez des missionnaires de l’Évangile dans cette société ! »

Et aux jeunes au stade de France, voilà un magnifique programme :
« Comment bien discerner ?
Tout d’abord, rappelez-vous que la Parole du Seigneur est toujours une lampe pour nos pas . À la lumière de l’Évangile, la formation spirituelle passe par la prière et le service ; l’adoration et l’action ; le silence — ce silence si rare et si nécessaire, loin du vacarme médiatique — et l’annonce.
Ensuite, inspirez-vous de l’exemple des saints : même dans la persécution, ces frères et sœurs ont ouvert des chemins de paix.
Les saints ont changé le cours de l’histoire, faisant passer beaucoup de personnes de la souffrance à l’espérance ; car ils ont d’abord changé leur propre cœur, en le transformant à la lumière de la foi.
Chers jeunes, lorsque vous discernez votre vocation, soyez certains que le Seigneur ne vous parle pas de manière confuse, mais il s’adresse à chacun, chacune, par votre nom, et il vous invite à le suivre car il vous aime.
Pour vaincre l’angoisse ou l’incertitude, ayez le courage de dire un seul mot, simple et magnifique : merci. Merci, Jésus, pour ton amour… »

HOMELIE VINGT-SIXIEME DIMANCHE ORDINAIRE – A

Dans la création, il n’y a que l’homme qui soit aussi compliqué.
Parce que, enfin, les animaux ne sont pas compliqués.
C’est d’ailleurs ce qui nous repose en eux, leur instinct tout simple, même si pour nous, nous le comprenons pas toujours.
Les arbres et les petites fleurs ne sont pas compliquées, même si tout l’équilibre de la nature ne nous est pas accessible et qu’on le gâche la plupart du temps.
Les anges ne sont pas compliqués.
Ils pensent et c’est la joie.
Ils aiment et c’est la joie.
Sauf pour Satan et tous ses petits démons.Eux, ils ont compliqué l’affaire.
En ne prenant pas tout le gâteau que le bon Dieu leur offrait.
Satan a voulu faire le tri :
« L’amour de Dieu qu’il me serait si simple d’accueillir. J’en veux pas !
Bon… De toute façon, on ne peut rien y faire.

Mais l’homme, même en dehors de ses choix mauvais, est compliqué.
Toute sa vie, d’ailleurs, est faite pour trouver une unité à partir de cette complication.
Et pour tout dire, c’est la plus grande aventure de la vie :
Réussir à retrouver l’unité de notre personnalité et ses performances.
Qu’est-ce qui est compliqué dans l’homme et la femme ?
Eh bien, c’est que nous vivons à plusieurs étages.
On a un corps et on a une âme.
Et on passe notre vie à essayer d’harmoniser l’un et l’autre.
On a des passions qui veulent toujours avoir un premier rôle.
On a un cœur qui aspire à être aimé, et qui doit se donner pour être en paix.
On a un passé qui nous a blessé ou, au contraire, construit.
Des affections qui ne sont pas toujours pures.
Un corps qui n’est pas toujours au top.
Normalement… un esprit, une intelligence, et une capacité d’aimer.
Et tout cela, déjà assez complexe, s’embrouille, se faisant des nœuds parmi les obstacles.
Les animaux et la nature ne disent pas ‘ oui ‘ sans passer à l’acte ; ou ne disent pas ‘non’, puis se mettent au travail.
Ils sont ‘ oui ‘ ou ils sont ‘ non ‘. Ils ne sont pas doubles.
Seul l’homme est ‘ oui ‘ en langage et ‘ non ‘ dans les faits.
Et cette attitude qui tient de l’hésitation et du doute, ou bien de la duplicité tout simplement, est source de nos maladies et de nos fatigues.
La coïncidence avec nous-même et avec la réalité des choses et de nos choix, nous repose au contraire. C’est cela vivre en vérité.
C’est d’ailleurs la véritable paix de nos cœurs : être en accord avec notre nature et la nature des choses.
C’est d’être en fait en obéissance à la réalité, à ce qui nous correspond.

Ce qui devrait être tellement simple – vivre en accord avec ce que nous devons être, avec notre vocation, avec ce que Dieu veut de nous dans son immense amour… Car il nous aime… Que demander de plus heureux ? – et bien, par quel sort ténébreux, même si nous désirons la lumière, nous le fuyons et nous compliquons tout !
Être en vérité est très lourd à vivre.

Et je pourrais prendre des dizaines d’exemples très classiques.
Quand nous sommes en prière… Pourquoi notre corps et notre esprit sont rebelles à ce moment d’intimité avec celui qui nous donne l’eau vive et l’existence. ?
Pourquoi ne sommes-nous pas en silence, amoureux, avec celui qui se donne ?
Que nous n’arrivons pas à nous offrir, jusqu’à notre cœur et jusqu’au don de notre âme ?
( Et beaucoup fuient la prière à cause de cette difficulté. )
Parce que nous n’accueillons pas la simplicité de la grâce divine d’une certaine façon ; nous ne supportons pas de regarder Dieu et le Christ dans les yeux et de se laisser regarder.
Nous nous fatiguons à résister, à nous cacher, comme malgré nous.

Il faudra des années de purification et de persévérance, pauvre et brinquebalante, pour admettre l’invasion de la lumière du Christ.
Voilà pourquoi Jésus présente comme modèle les petits-enfants comme habitants le Royaume des Cieux.
Les petits enfants vivent la réalité avec de tout petits moyens, sans poser d’équation savante, quand ils transportent une chaussure de maman d’un endroit de la pièce à l’endroit opposé.
Mais au-delà de la prière, nous passons notre temps à dévier la réalité des choses.
Même la température du soleil, nous la fuyons pour vivre à température constante…
Bronchites assurées.
Nous réduisons les efforts au maximum et la confrontation au réel.
Et là, je parle du corps et de la chair.
De la chair, parlons-en :
Même dans nos relations intimes nous détournons la nature.
Quand je dis parfois aux fiancés qu’il existe des bases naturelles de vivre sa sexualité, sans moyen artificiel de contraception ou de fécondation, ils me regardent comme si je tombais de Mars ou de Vénus !
Ils ne s’imaginaient même pas qu’il puisse exister une morale heureuse, sans produit chimique ou matière plastique !
Vivre la relation intime en disant ‘ oui ’ et en faisant ‘ oui ’, c’est inimaginable !
Je me donne à toi… Et bien oui ! En réel et dans mon être.. c’est possible ? Ah bon…
En fait, c’est là qu’il est nécessaire d’appeler la grâce de la foi et la présence plus intime encore, et lumineuse, de Dieu, pour harmoniser nos relations avec la réalité de notre conjoint. La grâce et le sacrement du mariage.
Sinon, il reste un recoin de mensonge où l’on ne va pas jusqu’au bout du don de soi.
L’amitié et l’amour ne peuvent se faire que dans l’amitié et l’amour transformant de Dieu.
Sinon, même dans l’enthousiasme de l’état amoureux, on en reste un ‘ oui ‘ qui n’est pas complet ni ajusté. Bref, trompeur et trompé.

Autre exemple, mais qui touche l’esprit…
Et qui est le fléau des temps modernes, comme Attila fut le fléau des temps barbares.
Là où ce fléau s’introduit, il ne reste plus rien. Cerveaux torpillés.
C’est le rapport aux écrans.
La réalité qui est ‘ Oui ‘ dans sa pureté, n’est maintenant atteinte qu’à travers le filtre des écrans.
Des images, des informations, des émotions fabriquées et stimulées à outrance.
Vrai, faux, c’est pas grave, à partir du moment où on a la tête ailleurs que dans la réalité. Principe de la drogue. Une petite insomnie: allez hop… une dose d’écran !
Même les publicains, les escrocs, restent maintenant dans leur chambre à tripoter l’ordinateur pour tromper leurs victimes.
À la limite, il reste les prostituées qui gardent un certain rapport concret à la réalité,… ! Malheureusement, un peu limité dans l’échange de relation…
… Un enfant devant un écran, c’est un crime.
On tue son rapport à la réalité, dans son esprit et dans son corps.
Son ‘oui ‘ ne sera jamais un ‘ oui ‘ à la réalité. Et son ‘ non ‘ ne sera jamais un ‘ non ‘ vrai et pur.
D’ailleurs, cela vaut pour les adultes, tellement l’addiction suscitée produit rapidement des zombies.
On prend l’habitude de vivre les événements par écran interposé.
Il y a peut-être des zombies parmi vous, chers frères et sœurs ?… néanmoins – mais si vous voulez vous brancher sur une réelle joie du cœur, changez le temps que vous passez devant vos écrans ( tablette, ordi, téléphone et tout ce qui est connecté)
Passez-le en temps de prière. !
La prière, c’est le réel qui essaie de dire ‘ oui ‘ au Réel qui est Dieu.
Et que de paix, et que de richesses, vraies, Dieu peut combler notre cœur.
Sinon, vous êtes fondés sur du sable, que dis-je, sur du virtuel, sur du pipeau, sur du rien !
Vous vous écroulerez quand l’écran aura pris la place de votre cerveau.
Ce qui est favorisé encore plus par l’IA, l’intelligence artificielle.
Il y a eu Attila. Il y a l’IA…
Ce n’est pas le principe qui est mauvais en soi, (encore que…) c’est la dose injectée qui explose les cerveaux.
Et je pourrais prendre d’autres exemples qui sont des démissions devant la réalité, le plus souvent devant une souffrance.
Cette démission qui va jusqu’au suicide consenti.
Évidemment, tout acte mauvais crée une onde de choc qui désaccordent notre âme et notre corps.
À chaque fois que je fais le mal en action ou en omission, en pensée ou en paroles, il y a mensonge avec moi-même. Je ne me correspond pas vraiment.
Mais attention, tous ces exemples ont une répercussion directe sur notre vie spirituelle ; c’est-à-dire pour notre relation avec Dieu, notre Créateur et notre Rédempteur.

On demande des gens vrais !
Cela veut dire que seul la lumière surnaturelle de Dieu et de Jésus nous permet de se reconnaître soi-même, d’être en vérité avec soi-même.
D’être ni faux, ni soumis.
Vivre dans le regard d’amour de Jésus libère notre être vrai, notre ‘ oui ‘ et notre personnalité créative.
À Jésus seul, au moins en premier, je peux donner mon existence qui jaillit de vie.

Conséquences :
Un chrétien sera celui qui pratique une ascèse très bizarre aux yeux du monde :
L’ascèse de rester dans la réalité, la réalité de l’effort, qui lui permet de vivre la tendresse vraie, la compassion vraie, d’aller travailler à la vigne et de vivre la réelle humilité.
Et ce sera cette ascèse — ce jeûne des dérivations, des divertissements et des substituts virtuels — qui lui ouvre la voie de l’Esprit Saint et de la connaissance de Jésus-Christ et de la vie éternelle.
« mon enfant, veux-tu travailler à la vie éternelle ? Oui ou non ?….

HOMELIE VINGT-CINQUIEME DIMANCHE ORDINAIRE A

Est-ce que ça intéresse Jésus de savoir combien il faut payer un ouvrier à la fin d’une journée ?
Est-ce que Jésus est venu pour régler le salaire des ouvriers ?
Si c’est pour ça, frères et sœurs, je vous laisse ma place.
L’Évangile ne m’intéresse plus.
Et en plus, la justice n’est pas respectée.
Quelqu’un qui travaille 10 h et qui est payé la même chose que quelqu’un qui a travaillé une heure, quoi qu’on en dise, ce n’est pas juste.
Imaginez.. le lendemain…
Est-ce que vous croyez que le maître trouvera quelqu’un à 5 heures du matin pour aller travailler le lendemain, s’il sait qu’en faisant une bonne sieste il sera payé l’équivalent ?
Des ouvriers, et particulièrement de la vigne, on va pas les tromper longtemps !
Deuxième hypothèse.
Jésus s’est embrouillé dans sa parabole.
Ou bien Mathieu a très mal écouté et il a retranscrit quelque chose qui n’a pas de sens.
À ce moment-là, frères et sœurs, je vous laisse encore ma place…
Troisième hypothèse : on cherche des raisons, des explications.
C’est une parabole.
Comment fonctionne une parabole ?
Jésus essaie d’exprimer un message d’une réalité qui nous dépasse.
Il est obligé, pour dire quelque chose de cette réalité, d’utiliser des images des comparaisons, qui sont très imparfaites mais qui pourtant, quand on connaît cette réalité, l’exprime très bien.
Par exemple, je veux exprimer une émotion.
La colère.
Il va la traduire par : « Là il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
Mais la colère mêlée de désespoir est encore une passion connue de nous.
Quand on s’aventure dans le domaine des réalités spirituelles, nous connaissons moins les zones d’impact et les effets dans les profondeurs de l’âme.
Donc Jésus va utiliser des correspondances qu’il emprunte souvent aux Écritures des prophètes et de la Sagesse biblique.
La vigne est souvent l’expression de la fécondité quand le peuple de Dieu est fidèle, ou au contraire de la désolation quand le mal domine dans le pays d’Israël.
«Ta femme sera comme une vigne généreuse, et tes fils comme des plants d’olivier »
Donc fécondité et paix dans la famille. Ça, c’est le psaume 148.
Et le Prophète Osée :
« Israël était une vigne luxuriante, qui portait beaucoup de fruit. Mais plus ses fruits se multipliaient, plus Israël multipliait les autels aux idoles… » (10, 1)
Il y a des dizaines de rapprochements avec la vigne dans la Bible, signe de prospérité.
Et Jésus parle de la Vigne, des ceps et des sarments.
Il dit qu’il est lui-même « la vraie vigne »
«Je suis la vraie vigne et vous, les sarments.» (Jn 15 )
Tiens… Tiens…
Mais alors, aller travailler à la vigne … ? il doit bien y avoir un sens qui engage l’âme.
Un sens qui intéresse Jésus et qu’il essaie de faire passer.
Travailler à la vigne, ne serait-ce pas s’engager dans une oeuvre belle, mais pas simplement belle… surnaturelle qui demande la grâce divine.
Et tout s’éclaire peu à peu….
Le Maître appelle les ouvriers quand il veut.
C’est cet appel qui est nécessaire, parce que sans l’appel, sans la grâce de Dieu, on peut bien courir toute notre vie, on ne fait rien de profond, rien de vie éternelle.
« Sans moi, vous ne pouvez rien faire. Sans moi, vous ne faites que du rien »
Et avec Jésus, avec la foi, avec l’appel, et avec la grâce qui vient féconder notre coeur, voilà qu’on se lève.
Pourquoi Jésus appelle à des heures différentes ? Mystère… de la Providence.
Cela dépend certainement aussi de notre écoute.
‘Quoi de plus doux, frères et sœurs, que cette voix du Seigneur qui nous invite ?’
(Règle de saint Benoît, Prologue)
Dieu nous dit : « si tu veux avoir la vie, la vraie et l’éternelle, (Ps 33, 14) je t’appelle à être celui ou celle qui vient travailler à ma vigne…»
Mais voilà le sens des paroles de Jésus !
Je t’appelle à entrer dans une relation d’intimité avec moi, qui est faite de lumière et d’amour, nourris par la grâce.
Voilà ce que c’est que d’être appelé au travail de la vigne :
C’est de se donner à l’amour de Jésus.
Mais si j’y cours, mon travail se mesure en amour !
J’en veux de ce travail….!
Mais si je demande le tarif de ce travail d’amour…
Patatra ! Tout s’écroule !
L’amour ne demande pas de salaire. L’amour au contraire se donne sans compter.
L’amour adore s’oublier et ne demande pas en retour.
Bien que le fait même d’aimer quelqu’un remplisse notre coeur comme d’un flot de miel et de douceur.
Et le voilà le salaire de l’amour, et par-dessus tout, de l’amour de Jésus.
C’est tout simplement sentir notre cœur qui se gonfle d’une nouvelle dose d’amour, et parfois jusqu’aux limites du supportable.
Seigneur, tu m’as aimé pour m’appeler, et je cours à la voix de tes commandements, et presque je freinerais le retour d’amour tellement il emporte le cœur…
De toute façon, je ne veux pas entendre parler de contrat ou de rétribution.
Le but du travail de la vigne, c’est de se donner sans contrat. Le plus gratuitement qui soit.
Alors on comprend la détestable pensée des ouvriers de la première heure :
‘et eux …! et nous …!’
Cette tendance au mimétisme, à se comparer, empoisonne nos vies.
Nous avons, chacun et chacune, un chemin unique et beau, justement parce qu’il est unique et beau. Si on ne le compare pas !
A partir de l’instant où on le compare, l’inquiétude apparaît et il devient épineux.
Cette tendance à comparer et à se comparer est source de tous les conflits et de toutes les guerres. Elle est exécrable et vient de Caïn et Abel. On sait comment ça se finit, dans la haine des autres et de soi.
Je sais bien que certaines psychologies sont fragiles, qu’elles ont toujours besoin d’un compliment pour les rassurer, mais c’est l’union au Christ qui peut libérer de ce retour sur soi et nous perdre dans l’amour.
« Attache-toi au Christ, et il comblera les désirs de ton coeur… » (Ps 36)
Combler, ça veut dire qu’il n’y a plus de place pour un autre regard.
Les moments de prière sont privilégiés pour courir se perdre dans la grâce de l’amour.
Aller se blottir contre les parvis de Dieu.
Les moments de prière et les actes francs de grande humilité et d’obéissance.
Et il est là, le travail de la vigne.
Et je veux que le Maître de la vigne m’appelle non seulement à la première heure, mais à la troisième, encore.
Et qu’à la dernière heure, il me dise : « tu n’as encore rien fait. Je t’appelle comme un ouvrier de la dernière heure. Tu n’auras rien pour les dix heures passées, mais pour cette dernière heure je te donne tout ! »
« Oui, Seigneur, tout, c’est peut-être un peu trop, mais je prends ! »

Et à chaque péché, on redevient l’ouvrier de la dernière heure.
‘ Tu m’appelles, Seigneur, j’ai besoin de ton appel, et je cours pour me perdre dans les flots de ton amour et de ton pardon.
Me perdre, c’est-à-dire, ne plus compter sur un retour, de grâce ou de quoi que ce soit.
Mais me perdre dans la lumière de la vie éternelle, celle du cœur de Jésus.
Tout le reste, gardez-le !
A partir du moment où on attend un intérêt, nous sommes ouvriers de la première heure:
« Vas-t’en, tu as ta récompense ! »
Et à partir du moment où nous n’avons rien fait jusqu’alors, où nous avons même oublié ce que nous avons fait, nous sommes dans la gratuité de la dernière heure, dans un jeu de pur amour.
C’est sûr que nous ne finirons pas le champ.
Et qu’on arrivera les mains vides, comme le dit la petite Thérèse, mais Jésus nous accueillera avec amour:
« Entre dans la joie de ton Maître… » et là, ça déborde.

HOMELIE VINGT-QUATRIEME DIMANCHE ORDINAIRE A

Homélie à Villecroze dont l’église est consacrée à Notre Dame des sept douleurs

Marie au pied de la Croix.
C’était prévu, depuis Siméon au Temple, il y a vait 30 ans.. : « tu seras écrasée par la douleur »
La douleur de Marie est similaire à celle de la mère qui veille son enfant malade.
Douleur des entrailles, de l’impuissance devant le mal qu’elle préférerait porter.
La souffrance pour celui ou celle qu’on aime est pire que la souffrance qui atteint directement notre corps ou notre âme .
Oui, il est vrai que quand quelqu’un vient me voir, écrasé par une trop grande blessure, je lui propose de regarder Marie au pied de la Croix de son Fils.
Parce qu’elle est enfouie dans l’Espérance pour passer à travers l’absurde et le désastre.

Je viens de dire que la souffrance de Marie était similaire à celle d’une mère.
Cela c’est un petit aspect de ressemblance ; il faut bien chercher consolation devant le mystère de la douleur.
Mais, en fait, la souffrance de Marie n’est pas la nôtre.
Oh, c’est difficile de dire cela, mais la souffrance de Marie est pure.
Pas la nôtre.
Nous, nous arrivons dans le mystère de la souffrance avec une certaine collaboration, proche ou lointaine, avec le mal . Pas Marie.
La blessure du cœur de Marie est pure. Pourquoi ?
Parce qu’il ne se trouve dans cette blessure aucun germe de péché en amont…
La souffrance de Marie ne provient en rien, ni du péché originel, ni d’une quelconque faute qu’elle aurait semée comme un germe empoisonné pour son cœur.
Or, nos souffrances à nous, sont toujours impures, au minimum du péché originel, mais presque toujours produites ou favorisées par nos fautes personnelles.
Nous accueillons la souffrance dans un terrain intérieur abîmé ; abîmé par nous-même.
Et puis, la souffrance du cœur de Marie, sept douleurs infinies… n’a pas de ricochet en aval.
Je veux dire que ce que souffre la Vierge Marie ne provoque pas en elle de révolte empoisonnée.
Pour nous, ce n’est pas le même chemin du coeur.
Notre âme, toujours se débat dans le doute, la révolte contre soi-même, le désespoir, ou l’agression : on en veut au monde entier quand ce n’est pas à Dieu lui-même !
D’ailleurs, plus l’origine de la souffrance provient de nous, plus nous avons cette réaction curieuse contre les autres, pour se justifier.
Comme si on cherchait à se débarrasser du paquet de l’humiliation… ou de la défaite.
Toujours ce cri d’Adam au jardin perdu : ‘c’est elle qui m’a donné à manger’
Et Eve : ‘c’est lui, le serpent menteur qui est fautif !’
Ce réflexe qui interdit d’entrer dans la demande du pardon.
La souffrance engendre la faute en nous tant qu’elle n’est pas accueillie et offerte en demande de pardon.
Quelque soit cette souffrance ; qu’elle vienne du fond de notre corps, de notre âme, ou d’un événement incontrôlable, ou de la violence de l’ennemi.
D’ailleurs, toute cause de souffrance est une ennemie qui monte en notre corps et en notre âme.

Et nous rejoignons alors la vraie question.
Que Marie ne s’est même pas posée.
Parce qu’elle était pure. Et nous sommes toujours impurs, en amont et dans les effets.
C’est la question du pardon.
Comment pardonner à celui qui me provoque une blessure.
Je dis ‘ me provoque ’ la blessure, parce que l’ennemi, c’est celui qui continue à ne pas m’aimer. Sinon, il ne serait plus mon ennemi.
L’ami qui nous fait du mal, on peut lui pardonner. Il s’est trompé, il a eu un instant de faiblesse, il a fait erreur.
Il revient, il pleure.
Et si c’est un véritable ami, c’est un autre moi-même, c’est celui qui peut faiblir.
Ne pas considérer la faiblesse de son ami, c’est n’avoir pas compris l’amitié.
Ce qui n’empêche pas que la trahison d’un ami, c’est un coup de poignard dans le cœur.
Mais si c’est un ami, il revient en pleurant.
L’ennemi, lui… s’il revient, c’est pour m’achever !
L’ennemi reste l’adversaire dangereux. C’est celui qui persévère à me vouloir du mal.
Cela veut dire que pour l’ennemi un pardon ne suffit pas.
Il nous demande et nous impose un pardon à flot continu.
C’est celui qui nous a fait mal un jour, et dont le mal ne cessera jamais.
L’ennemi, c’est celui qui ne change pas de camp, et qui est toujours dans le camp opposé.
Dont la trahison, voulue ou inconsciente, entretient la division.
70 fois 7 fois. On ne s’en sort jamais !
En fait, tout péché mortel, c’est-à-dire tout péché grave qui a brisé une relation, réclame un pardon indéfiniment donné.
À chaque fois que la blessure se réveille ou se renouvelle, il faut faire acte de pardon pour l’agresseur qui l’a provoquée.
La blessure est tentation à la dureté. Elle est tentation à la vengeance.
Ou à la rancœur.
La blessure réclame de se pardonner soi-même pour pardonner à l’autre. A L’agresseur.
De se pardonner cette source de violence et de rancœur, cette tentation qu’il a réveillé en moi qui, comme les nuages, obscurcissent notre Soleil de paix intérieure.
En fait, l’ennemi réveille en nous le sale type, celui qui lui ressemble et que je suis, quelque part dans l’obscurité de mon âme.
Et c’est là l’œuvre bénéfique de mon ennemi.
 » Bénissez vos ennemis  » …Mais bien sûr !
Parce que l’ennemi m’oblige à prier le Seul Sauveur qui va me délivrer de ma colère.
Et si je ne suis pas d’abord pardonné du sale type qu’il y a en moi, je ne peux pas guérir par moi-même, et je ne peux pas pardonner à celui qui a réveillé en moi le sale type.
Pour survivre, et pour que je ne devienne pas l’ennemi de tout le monde par ma rancœur, mon ennemi déclenche en moi la nécessité du pardon dont la Source absolument nécessaire se trouve en Dieu.
« Seigneur, prends pitié de moi pécheur … »
Je dois toujours commencer par là…
Par le pardon surnaturel de Dieu.
Et pourtant, ce n’est pas difficile : Il suffit que je me tourne vers Dieu pour être pardonné..
Parce que le pardon de Dieu c’est son amour, personnel et indéfectible, offert à flots pour les bons et pour les mauvais.
Alors, puisque je suis pardonné de Dieu, je peux me pardonner le loup qui habite en moi.
Ce même loup que je reconnais dans mon ennemi que je regarde alors avec compassion.
Et comme Dieu est victorieux de ma violence par son amour, je comprends alors que je ne serai victorieux de mon adversaire que par l’amour que Dieu dépose en mon cœur.
C’est la seule solution. Il n’y en a pas d’autres.
Toute autre solution conduit à la destruction, de l’autre, de soi, de la paix de mon âme et donc de la vie de mon âme.
Tant que l’ennemi sera celui que je dois tenir à distance, il continuera ses ravages en moi.
Quand je reconnais que mon ennemi est mon semblable, je peux alors désactiver son poison en moi.
Et à partir du moment où je désactive son poison, en moi, par le pardon que Dieu me donne, alors il ne peut plus rien faire.
Il n’a plus aucune prise. J’ai compassion de lui.
Il peut me massacrer, mais il ne peut plus me vaincre.
Il devient bénédiction pour moi.
Il ne s’agit donc pas de fuir nos ennemis, ni de vouloir être ami de tout le monde ; cela est illusion et bien souvent une lâcheté…
Il s’agit au contraire de découvrir nos ennemis, de découvrir les faux frères, et de rester soi-même ; ne pas se cacher ; ne pas se protéger.
Car c’est cette vérité qui va me permettre de grandir.
Et avant tout de grandir dans la grâce.

Pierre et Jésus ne parlent pas le même langage.
Pierre compte sur ses doigts pour donner le pardon.
Jésus propose une grâce permanente, une disposition de fond, d’un esprit de pardon.
Une disposition du cœur dans une prière continue de purification de soi-même et d’appel de l’Esprit Saint.
Si vous ne retenez qu’une seule chose à ce que je viens de dire, frères et soeurs, ce pourrait être ceci :
L’esprit de pardon s’identifie à la véritable humilité qui ne peut s’épanouir que dans la lumière de l’Esprit Saint.

Le pardon en soi, n’est pas l’ultime perle de la vie spirituelle.
Il est le passage obligé. La perle, c’est la paix.
La paix du cœur.
Que l’on cueille sur l’arbre du pardon.
Quand on a réussi à se pardonner;
Ou plutôt. Quand on a réussi à tout donner au Seigneur, qui nous submerge de son amour infini.

Alors, est-ce que j’ai abandonné mon sujet ?
La Vierge Marie… Elle ne pouvait pas trouver en elle-même ce chemin de pardon.
Puisqu’elle n’avait rien à se faire pardonner…
Encore une fois, elle nous est très différente.
Inutile de vouloir lui ressembler, ce serait inintelligence.
Le pardon de Marie, c’était le même que celui de Jésus :
« Pardonne-leur, Père, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Sauf que, sans savoir ce qu’ils font, ils mènent à son accomplissement la mission d’offrande du Christ-Révélateur, et l’accomplissement de l’être le plus innocent de la Création après lui, la Vierge Marie, et de celle la plus sainte après elle : l’Église, notre Église catholique.
Eux, les pharisiens, ne savaient pas. Marie savait.
C’est incompréhensible pour nous, mais Marie était dans un pardon sans limite pour les assassins de son Fils, parce qu’elle savait, au-dessus de tout effondrement émotionnel en elle, que le Dessein de Dieu passait par la Croix.
Marie a gardé la paix dans un pardon inaltérable, quand le glaive lui a percé le cœur de sept douleurs .
Mais cette paix de la Vierge aux sept douleurs, nous, nous ne la comprendrons que… au Ciel.

HOMELIE DU VINGT-TROISIEME DIMANCHE ORDINAIRE A

Attention !
Ce n’est pas pour avoir raison, ce n’est pas à la recherche d’un intérêt pour soi ; ce n’est même pas dans un souci de justice, que l’on va trouver son frère pour lui dire :
‘tu sais, mon frère, ma sœur, tu n’es pas dans une démarche de bien’

Le bien blessé par le mal, tisse quelque chose de très complexe en nous, dans notre psychologie.
Tout un réseau de connexions, de déformations, d’aveuglement et d’oubli, de surenchères…
Mais aussi de durcissements, de blocages, d’invitation au mensonge, au renfermement sur soi, et à l’orgueil.
Enfin, un réveil de jalousies, de passions, de haine, d’amour, mais aussi d’espoir et désespoir, de colère, de crainte.

Tout ce qui n’est pas la paix en nous va être réveillé par le mal.
Notre conscience, et particulièrement notre mauvaise conscience, est comme un sonar qui envoie ses signaux perturbateurs dans tout notre corps et dans notre esprit.
Notre bonne conscience au contraire, diffuse le silence et la paix dans notre cœur, dans notre âme et jusqu’à notre corps.
Une personne qui est dans le bien est simple et calme.
Elle est dans la simplicité de l’harmonie. Même si elle est en train de déplacer des montagnes.
Tandis qu’une personne qui franchit la porte du mal, alors même qu’elle serait dans un état inactif, allongée sur la plage, dépense une énergie intérieure considérable pour compenser une dysharmonie qu’il y a en elle.
Or, quand on est dans la paix tout fonctionne avec un rendement plus grand :
Nos capteurs, notre sensibilité, notre intelligence et notre volonté, l’efficacité de nos actes, et même jusqu’à notre digestion et à notre sommeil, nos impressions et nos expressions.
Quand nous sommes engagés dans le mal, c’est tout l’inverse.
Nous diminuons notre sensibilité ;
notre intelligence s’embrouille ou se dilue, notre volonté porte des poids anormaux ; et tout se perturbe de notre âme et de notre corps, demandant un sursaut d’énergie intérieure pour garder l’équilibre.

Le mal est comme quelque chose qui arrache des lambeaux de bien.
Ça ne construit rien, ça ne peut même pas être vraiment défini, parce que c’est quelque chose qui crée un manque.
Et pourtant, c’est là le piège : il se fait passer pour quelque chose d’important.
Le mal à la fois diminue notre existence, notre capacité de vie, l’intensité de lumière, la richesse des harmonies.
Et le mal à la fois arrive à nous convaincre que sans lui nous vivrions moins bien, alors que c’est lui qui diminue la vie.

Et pour réussir sa tromperie, il va réveiller tout un tintamarre d’orgueil, de vanité et de justification, d’autojustification, de mensonges et de blocages internes.
Il va recouvrir notre jugement d’une poussière d’aveuglement.
Et plus on s’obstine dans le mal, plus on construit des décors compliqués pour nous-mêmes et pour les autres.
Le mal fait mal par le manque qu’il crée. Et se fait du mal pour cacher son mal.
Le gros problème, c’est que se guérir du mal réclame une souffrance.
La souffrance de remonter le courant qui cherche à conserver l’état de destruction qu’il a provoqué.

Je reviens à mon introduction.
Si on va trouver son frère ou sa sœur, pour Jésus, ce n’est pas par intérêt, parce que, sinon, il y aurait combat de deux intérêts.
Si on va trouver son frère ou sa sœur, c’est par amour de son frère ou de sa sœur.
C’est par amour de son bien.
Parce que notre frère ou notre sœur est une partie de nous-même.
Notre frère ou notre sœur est de notre nature commune qui se trouve bien dans la lumière.
Et en fin de compte, si je veux le bien de mon frère ou de ma sœur c’est parce que ce bien, vécu en communion, grandit ce qui me fait du bien.

Sans oublier que la remarque que je peux faire tombe dans un cœur blessé qui va vouloir se protéger.
Et donc mal réagir.

La tactique de Jésus est très puissante et très fine.
Suggérer d’aller trouver le fautif, c’est œuvre de vérité.
Mais pas simplement pour celui qui reçoit la remarque ;
D’abord pour celui qui fait la remarque.
Parce que, notre remarque va permettre de vérifier notre jugement sur la réalité;
La réalité est pauvre, mais elle permet de ne pas rester dans sa tête.
De dire la faute ou l’erreur à son prochain est une très bonne démarche de purification de notre propre jugement.
Le sifflement des langues venimeuses, qui accusent, qui suggèrent les calomnies ou les médisances restent toujours dans l’ombre, sans aborder celui ou celle qu’elles visent.
Parce que dire une calomnie en face de celui qui est concerné, revient à se juger soi-même.
La mauvaise foi apparaîtrait alors trop évidente.
Dire un reproche en face est une œuvre de lumière pour soi même.
Il est plus facile de murmurer ou de siffler quelques mots perfides dans les recoins ombragés d’une rue que de faire œuvre de franche vérité.
Une œuvre de charité est toujours une œuvre de lumière.
C’est d’ailleurs un critère pour juger de la grâce.
La grâce de Dieu est lumière. Tout ce qui se fait ou se dit qui ne peut pas être répété en face de l’intéressé est œuvre des ténèbres.
Le diable se cache et jubile de créer la division dans les ténèbres.
Quand je constate que des chrétiens se combattent, parfois même en justice, sans pouvoir se rencontrer, et parfois sur des futilités d’amour propre, et même pire, pour des affaires qui ne concernent que la vie de l’Eglise, c’est grande indignité et tristesse.
D’aller trouver mon prochain réclame l’hypothèse de ma propre conversion.
Cela réclame un acte d’amour qui est prêt à comprendre différemment la réalité de mon prochain.
Et ce n’est pas si facile que cela.
Voilà pourquoi le conseil de Jésus est d’abord le plus efficace pour celui qui porte la remarque.
Car une remarque ne doit être faite que dans l’amour de l’autre.
Et si cet amour est difficile par soi seul, hé bien, allons-y à deux ou trois.
Il y aura plus grande chance de vérité.
Et sinon, garantie suprême, approchons-nous de notre prochain, avec la foi et l’amour de l’Église qui elle, est sainte et infaillible.
Voilà pourquoi ‘quand deux ou trois ans réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux’
Parce que, pour que deux ou trois soient réunis et unis par le nom de Jésus, sur un même avis cela tient de la grâce de Dieu et du Saint-Esprit.
Il y a presque une note d’humour dans cette remarque de Jésus.
Parce que cela veut dire que si on n’obtient pas ce que l’on demande c’est qu’on ne demande pas par le nom de Jésus, dans le Saint-Esprit.
Et ce que demande l’Église, oui, est infaillible de lumière.
Voilà pourquoi la vraie prière et la prière de l’Église.
La vraie lumière et le vrai bien est la prière de l’Église.
« quand deux ou trois sont réunis en mon nom…», c’est-à-dire quand il y a l’Eglise, alors il y a prière infaillible.
« ce que vous aurez lié » en Église, par l’Église, « sera lié au ciel»
Parce que l’Église est déjà réalité du ciel, par l’Esprit Saint.
« et ce que vous aurez délié sur terre », dans l’Esprit Saint et donc dans l’Eglise, en pleine lumière, « sera délié au ciel.»
Et tout ce qui sera en plus ne sera rien et à considérer comme du rien.