HOMELIE VINGT-QUATRIEME DIMANCHE ORDINAIRE A

Homélie à Villecroze dont l’église est consacrée à Notre Dame des sept douleurs

Marie au pied de la Croix.
C’était prévu, depuis Siméon au Temple, il y a vait 30 ans.. : « tu seras écrasée par la douleur »
La douleur de Marie est similaire à celle de la mère qui veille son enfant malade.
Douleur des entrailles, de l’impuissance devant le mal qu’elle préférerait porter.
La souffrance pour celui ou celle qu’on aime est pire que la souffrance qui atteint directement notre corps ou notre âme .
Oui, il est vrai que quand quelqu’un vient me voir, écrasé par une trop grande blessure, je lui propose de regarder Marie au pied de la Croix de son Fils.
Parce qu’elle est enfouie dans l’Espérance pour passer à travers l’absurde et le désastre.

Je viens de dire que la souffrance de Marie était similaire à celle d’une mère.
Cela c’est un petit aspect de ressemblance ; il faut bien chercher consolation devant le mystère de la douleur.
Mais, en fait, la souffrance de Marie n’est pas la nôtre.
Oh, c’est difficile de dire cela, mais la souffrance de Marie est pure.
Pas la nôtre.
Nous, nous arrivons dans le mystère de la souffrance avec une certaine collaboration, proche ou lointaine, avec le mal . Pas Marie.
La blessure du cœur de Marie est pure. Pourquoi ?
Parce qu’il ne se trouve dans cette blessure aucun germe de péché en amont…
La souffrance de Marie ne provient en rien, ni du péché originel, ni d’une quelconque faute qu’elle aurait semée comme un germe empoisonné pour son cœur.
Or, nos souffrances à nous, sont toujours impures, au minimum du péché originel, mais presque toujours produites ou favorisées par nos fautes personnelles.
Nous accueillons la souffrance dans un terrain intérieur abîmé ; abîmé par nous-même.
Et puis, la souffrance du cœur de Marie, sept douleurs infinies… n’a pas de ricochet en aval.
Je veux dire que ce que souffre la Vierge Marie ne provoque pas en elle de révolte empoisonnée.
Pour nous, ce n’est pas le même chemin du coeur.
Notre âme, toujours se débat dans le doute, la révolte contre soi-même, le désespoir, ou l’agression : on en veut au monde entier quand ce n’est pas à Dieu lui-même !
D’ailleurs, plus l’origine de la souffrance provient de nous, plus nous avons cette réaction curieuse contre les autres, pour se justifier.
Comme si on cherchait à se débarrasser du paquet de l’humiliation… ou de la défaite.
Toujours ce cri d’Adam au jardin perdu : ‘c’est elle qui m’a donné à manger’
Et Eve : ‘c’est lui, le serpent menteur qui est fautif !’
Ce réflexe qui interdit d’entrer dans la demande du pardon.
La souffrance engendre la faute en nous tant qu’elle n’est pas accueillie et offerte en demande de pardon.
Quelque soit cette souffrance ; qu’elle vienne du fond de notre corps, de notre âme, ou d’un événement incontrôlable, ou de la violence de l’ennemi.
D’ailleurs, toute cause de souffrance est une ennemie qui monte en notre corps et en notre âme.

Et nous rejoignons alors la vraie question.
Que Marie ne s’est même pas posée.
Parce qu’elle était pure. Et nous sommes toujours impurs, en amont et dans les effets.
C’est la question du pardon.
Comment pardonner à celui qui me provoque une blessure.
Je dis ‘ me provoque ’ la blessure, parce que l’ennemi, c’est celui qui continue à ne pas m’aimer. Sinon, il ne serait plus mon ennemi.
L’ami qui nous fait du mal, on peut lui pardonner. Il s’est trompé, il a eu un instant de faiblesse, il a fait erreur.
Il revient, il pleure.
Et si c’est un véritable ami, c’est un autre moi-même, c’est celui qui peut faiblir.
Ne pas considérer la faiblesse de son ami, c’est n’avoir pas compris l’amitié.
Ce qui n’empêche pas que la trahison d’un ami, c’est un coup de poignard dans le cœur.
Mais si c’est un ami, il revient en pleurant.
L’ennemi, lui… s’il revient, c’est pour m’achever !
L’ennemi reste l’adversaire dangereux. C’est celui qui persévère à me vouloir du mal.
Cela veut dire que pour l’ennemi un pardon ne suffit pas.
Il nous demande et nous impose un pardon à flot continu.
C’est celui qui nous a fait mal un jour, et dont le mal ne cessera jamais.
L’ennemi, c’est celui qui ne change pas de camp, et qui est toujours dans le camp opposé.
Dont la trahison, voulue ou inconsciente, entretient la division.
70 fois 7 fois. On ne s’en sort jamais !
En fait, tout péché mortel, c’est-à-dire tout péché grave qui a brisé une relation, réclame un pardon indéfiniment donné.
À chaque fois que la blessure se réveille ou se renouvelle, il faut faire acte de pardon pour l’agresseur qui l’a provoquée.
La blessure est tentation à la dureté. Elle est tentation à la vengeance.
Ou à la rancœur.
La blessure réclame de se pardonner soi-même pour pardonner à l’autre. A L’agresseur.
De se pardonner cette source de violence et de rancœur, cette tentation qu’il a réveillé en moi qui, comme les nuages, obscurcissent notre Soleil de paix intérieure.
En fait, l’ennemi réveille en nous le sale type, celui qui lui ressemble et que je suis, quelque part dans l’obscurité de mon âme.
Et c’est là l’œuvre bénéfique de mon ennemi.
 » Bénissez vos ennemis  » …Mais bien sûr !
Parce que l’ennemi m’oblige à prier le Seul Sauveur qui va me délivrer de ma colère.
Et si je ne suis pas d’abord pardonné du sale type qu’il y a en moi, je ne peux pas guérir par moi-même, et je ne peux pas pardonner à celui qui a réveillé en moi le sale type.
Pour survivre, et pour que je ne devienne pas l’ennemi de tout le monde par ma rancœur, mon ennemi déclenche en moi la nécessité du pardon dont la Source absolument nécessaire se trouve en Dieu.
« Seigneur, prends pitié de moi pécheur … »
Je dois toujours commencer par là…
Par le pardon surnaturel de Dieu.
Et pourtant, ce n’est pas difficile : Il suffit que je me tourne vers Dieu pour être pardonné..
Parce que le pardon de Dieu c’est son amour, personnel et indéfectible, offert à flots pour les bons et pour les mauvais.
Alors, puisque je suis pardonné de Dieu, je peux me pardonner le loup qui habite en moi.
Ce même loup que je reconnais dans mon ennemi que je regarde alors avec compassion.
Et comme Dieu est victorieux de ma violence par son amour, je comprends alors que je ne serai victorieux de mon adversaire que par l’amour que Dieu dépose en mon cœur.
C’est la seule solution. Il n’y en a pas d’autres.
Toute autre solution conduit à la destruction, de l’autre, de soi, de la paix de mon âme et donc de la vie de mon âme.
Tant que l’ennemi sera celui que je dois tenir à distance, il continuera ses ravages en moi.
Quand je reconnais que mon ennemi est mon semblable, je peux alors désactiver son poison en moi.
Et à partir du moment où je désactive son poison, en moi, par le pardon que Dieu me donne, alors il ne peut plus rien faire.
Il n’a plus aucune prise. J’ai compassion de lui.
Il peut me massacrer, mais il ne peut plus me vaincre.
Il devient bénédiction pour moi.
Il ne s’agit donc pas de fuir nos ennemis, ni de vouloir être ami de tout le monde ; cela est illusion et bien souvent une lâcheté…
Il s’agit au contraire de découvrir nos ennemis, de découvrir les faux frères, et de rester soi-même ; ne pas se cacher ; ne pas se protéger.
Car c’est cette vérité qui va me permettre de grandir.
Et avant tout de grandir dans la grâce.

Pierre et Jésus ne parlent pas le même langage.
Pierre compte sur ses doigts pour donner le pardon.
Jésus propose une grâce permanente, une disposition de fond, d’un esprit de pardon.
Une disposition du cœur dans une prière continue de purification de soi-même et d’appel de l’Esprit Saint.
Si vous ne retenez qu’une seule chose à ce que je viens de dire, frères et soeurs, ce pourrait être ceci :
L’esprit de pardon s’identifie à la véritable humilité qui ne peut s’épanouir que dans la lumière de l’Esprit Saint.

Le pardon en soi, n’est pas l’ultime perle de la vie spirituelle.
Il est le passage obligé. La perle, c’est la paix.
La paix du cœur.
Que l’on cueille sur l’arbre du pardon.
Quand on a réussi à se pardonner;
Ou plutôt. Quand on a réussi à tout donner au Seigneur, qui nous submerge de son amour infini.

Alors, est-ce que j’ai abandonné mon sujet ?
La Vierge Marie… Elle ne pouvait pas trouver en elle-même ce chemin de pardon.
Puisqu’elle n’avait rien à se faire pardonner…
Encore une fois, elle nous est très différente.
Inutile de vouloir lui ressembler, ce serait inintelligence.
Le pardon de Marie, c’était le même que celui de Jésus :
« Pardonne-leur, Père, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Sauf que, sans savoir ce qu’ils font, ils mènent à son accomplissement la mission d’offrande du Christ-Révélateur, et l’accomplissement de l’être le plus innocent de la Création après lui, la Vierge Marie, et de celle la plus sainte après elle : l’Église, notre Église catholique.
Eux, les pharisiens, ne savaient pas. Marie savait.
C’est incompréhensible pour nous, mais Marie était dans un pardon sans limite pour les assassins de son Fils, parce qu’elle savait, au-dessus de tout effondrement émotionnel en elle, que le Dessein de Dieu passait par la Croix.
Marie a gardé la paix dans un pardon inaltérable, quand le glaive lui a percé le cœur de sept douleurs .
Mais cette paix de la Vierge aux sept douleurs, nous, nous ne la comprendrons que… au Ciel.

HOMELIE DU VINGT-TROISIEME DIMANCHE ORDINAIRE A

Attention !
Ce n’est pas pour avoir raison, ce n’est pas à la recherche d’un intérêt pour soi ; ce n’est même pas dans un souci de justice, que l’on va trouver son frère pour lui dire :
‘tu sais, mon frère, ma sœur, tu n’es pas dans une démarche de bien’

Le bien blessé par le mal, tisse quelque chose de très complexe en nous, dans notre psychologie.
Tout un réseau de connexions, de déformations, d’aveuglement et d’oubli, de surenchères…
Mais aussi de durcissements, de blocages, d’invitation au mensonge, au renfermement sur soi, et à l’orgueil.
Enfin, un réveil de jalousies, de passions, de haine, d’amour, mais aussi d’espoir et désespoir, de colère, de crainte.

Tout ce qui n’est pas la paix en nous va être réveillé par le mal.
Notre conscience, et particulièrement notre mauvaise conscience, est comme un sonar qui envoie ses signaux perturbateurs dans tout notre corps et dans notre esprit.
Notre bonne conscience au contraire, diffuse le silence et la paix dans notre cœur, dans notre âme et jusqu’à notre corps.
Une personne qui est dans le bien est simple et calme.
Elle est dans la simplicité de l’harmonie. Même si elle est en train de déplacer des montagnes.
Tandis qu’une personne qui franchit la porte du mal, alors même qu’elle serait dans un état inactif, allongée sur la plage, dépense une énergie intérieure considérable pour compenser une dysharmonie qu’il y a en elle.
Or, quand on est dans la paix tout fonctionne avec un rendement plus grand :
Nos capteurs, notre sensibilité, notre intelligence et notre volonté, l’efficacité de nos actes, et même jusqu’à notre digestion et à notre sommeil, nos impressions et nos expressions.
Quand nous sommes engagés dans le mal, c’est tout l’inverse.
Nous diminuons notre sensibilité ;
notre intelligence s’embrouille ou se dilue, notre volonté porte des poids anormaux ; et tout se perturbe de notre âme et de notre corps, demandant un sursaut d’énergie intérieure pour garder l’équilibre.

Le mal est comme quelque chose qui arrache des lambeaux de bien.
Ça ne construit rien, ça ne peut même pas être vraiment défini, parce que c’est quelque chose qui crée un manque.
Et pourtant, c’est là le piège : il se fait passer pour quelque chose d’important.
Le mal à la fois diminue notre existence, notre capacité de vie, l’intensité de lumière, la richesse des harmonies.
Et le mal à la fois arrive à nous convaincre que sans lui nous vivrions moins bien, alors que c’est lui qui diminue la vie.

Et pour réussir sa tromperie, il va réveiller tout un tintamarre d’orgueil, de vanité et de justification, d’autojustification, de mensonges et de blocages internes.
Il va recouvrir notre jugement d’une poussière d’aveuglement.
Et plus on s’obstine dans le mal, plus on construit des décors compliqués pour nous-mêmes et pour les autres.
Le mal fait mal par le manque qu’il crée. Et se fait du mal pour cacher son mal.
Le gros problème, c’est que se guérir du mal réclame une souffrance.
La souffrance de remonter le courant qui cherche à conserver l’état de destruction qu’il a provoqué.

Je reviens à mon introduction.
Si on va trouver son frère ou sa sœur, pour Jésus, ce n’est pas par intérêt, parce que, sinon, il y aurait combat de deux intérêts.
Si on va trouver son frère ou sa sœur, c’est par amour de son frère ou de sa sœur.
C’est par amour de son bien.
Parce que notre frère ou notre sœur est une partie de nous-même.
Notre frère ou notre sœur est de notre nature commune qui se trouve bien dans la lumière.
Et en fin de compte, si je veux le bien de mon frère ou de ma sœur c’est parce que ce bien, vécu en communion, grandit ce qui me fait du bien.

Sans oublier que la remarque que je peux faire tombe dans un cœur blessé qui va vouloir se protéger.
Et donc mal réagir.

La tactique de Jésus est très puissante et très fine.
Suggérer d’aller trouver le fautif, c’est œuvre de vérité.
Mais pas simplement pour celui qui reçoit la remarque ;
D’abord pour celui qui fait la remarque.
Parce que, notre remarque va permettre de vérifier notre jugement sur la réalité;
La réalité est pauvre, mais elle permet de ne pas rester dans sa tête.
De dire la faute ou l’erreur à son prochain est une très bonne démarche de purification de notre propre jugement.
Le sifflement des langues venimeuses, qui accusent, qui suggèrent les calomnies ou les médisances restent toujours dans l’ombre, sans aborder celui ou celle qu’elles visent.
Parce que dire une calomnie en face de celui qui est concerné, revient à se juger soi-même.
La mauvaise foi apparaîtrait alors trop évidente.
Dire un reproche en face est une œuvre de lumière pour soi même.
Il est plus facile de murmurer ou de siffler quelques mots perfides dans les recoins ombragés d’une rue que de faire œuvre de franche vérité.
Une œuvre de charité est toujours une œuvre de lumière.
C’est d’ailleurs un critère pour juger de la grâce.
La grâce de Dieu est lumière. Tout ce qui se fait ou se dit qui ne peut pas être répété en face de l’intéressé est œuvre des ténèbres.
Le diable se cache et jubile de créer la division dans les ténèbres.
Quand je constate que des chrétiens se combattent, parfois même en justice, sans pouvoir se rencontrer, et parfois sur des futilités d’amour propre, et même pire, pour des affaires qui ne concernent que la vie de l’Eglise, c’est grande indignité et tristesse.
D’aller trouver mon prochain réclame l’hypothèse de ma propre conversion.
Cela réclame un acte d’amour qui est prêt à comprendre différemment la réalité de mon prochain.
Et ce n’est pas si facile que cela.
Voilà pourquoi le conseil de Jésus est d’abord le plus efficace pour celui qui porte la remarque.
Car une remarque ne doit être faite que dans l’amour de l’autre.
Et si cet amour est difficile par soi seul, hé bien, allons-y à deux ou trois.
Il y aura plus grande chance de vérité.
Et sinon, garantie suprême, approchons-nous de notre prochain, avec la foi et l’amour de l’Église qui elle, est sainte et infaillible.
Voilà pourquoi ‘quand deux ou trois ans réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux’
Parce que, pour que deux ou trois soient réunis et unis par le nom de Jésus, sur un même avis cela tient de la grâce de Dieu et du Saint-Esprit.
Il y a presque une note d’humour dans cette remarque de Jésus.
Parce que cela veut dire que si on n’obtient pas ce que l’on demande c’est qu’on ne demande pas par le nom de Jésus, dans le Saint-Esprit.
Et ce que demande l’Église, oui, est infaillible de lumière.
Voilà pourquoi la vraie prière et la prière de l’Église.
La vraie lumière et le vrai bien est la prière de l’Église.
« quand deux ou trois sont réunis en mon nom…», c’est-à-dire quand il y a l’Eglise, alors il y a prière infaillible.
« ce que vous aurez lié » en Église, par l’Église, « sera lié au ciel»
Parce que l’Église est déjà réalité du ciel, par l’Esprit Saint.
« et ce que vous aurez délié sur terre », dans l’Esprit Saint et donc dans l’Eglise, en pleine lumière, « sera délié au ciel.»
Et tout ce qui sera en plus ne sera rien et à considérer comme du rien.

HOMELIE DU VINGT DEUXIEME DIMANCHE ORDINAIRE A

Nous venons de lire quatre textes.
4 textes de la Bible.
Mais je ne suis pas sûr que nous les ayons reçus de la même façon.
Que nous ayons compris de la même façon.
Parce que, en fait, nous pouvons les accueillir selon deux éclairages différents.
Nous pouvons les prendre comme des épisodes.
Comme des petits tableaux qui nous concernent ou que l’on ne veut pas qu’ils nous concernent.
Des petits tableaux aux couleurs vives.
Qui touchent même notre émotion.
Jérémie… L’homme écorché par la grâce de Dieu.
Le cœur ouvert par un feu brûlant.
« tu m’as séduit et je me suis laissé séduire ».
« je dois dire mon message, le crier, le faire jaillir de mon cœur… Parce que je ne peux pas le retenir. »
Voilà, on a un homme possédé par l’esprit de Dieu qui est un esprit d’amour.
Comme Jonas, Jérémie se débat.
Comme Moïse, Isaïe, Élie, comme quasi tous les prophètes qui ont pressenti que leur vocation les sacrifiait à l’amour de Dieu.
Les sacrifiait dans le sens fort du mot.
Ils se sont tous dit devant l’ampleur du message dont ils étaient porteurs qu’ils allaient perdre des plumes, et certainement davantage que des plumes.
Et pourtant, Dieu avait saisi leur cœur et ils ont compris que s’ils résistaient, ils déchireraient encore plus leur cœur et deviendraient des nuls.
Mais s’ils se livraient, ils libéreraient leurs âmes et recevraient un retour de jouissance, au centuple.

Ça c’est une première lecture.
Qui nous fait quand même poser question.
Parce qu’on se dit :  » pourvu que ce soit moi  » et on se dit :  » pourvu que ce ne soit pas moi …  »
Parce que, pour ce trop de bonheur, ça va faire mal…
Après… Ça dépend des tempéraments…

C’est une première lecture, ce n’est pas la plus importante.
C’est simplement la plus immédiate à notre sensibilité. Joie et crainte.

Je passe rapidement sur Saint-Paul, parce que pour une fois, il semble moins expressif que les paroles de Jérémie.
Mais il dit pareil.
« par la tendresse de Dieu (mais attention cette tendresse elle est effrayante tellement elle est intense)… Par la tendresse de Dieu présentez-lui votre corps – votre personne tout entière – en sacrifice, pour lui plaire… Pour lui rendre un culte.»

Et puis, viens le coup de tonnerre de l’altercation entre Jésus et Pierre.
Dimanche dernier, Pierre est nommé pape.
Avec des pouvoirs infaillibles.
Pierre inspiré par le Saint-Esprit, frôlé par la grâce de Dieu le Père.
Et là, une minute 30 secondes plus tard, Pierre se fait comme gifler par Jésus.
Pourquoi ?
Parce qu’il ne veut pas entrer dans une dimension qui le dépasse.
« derrière moi, Satan ! Tu penses comme un homme qui n’a pas la grâce. »

Voilà, 3 tableaux forts de café.
Et pourtant, ce n’est pas la lecture la plus forte, la plus fondamentale.
Parce que c’est comme une lecture encore humaine, trop humaine.
On voit bien qu’il y a une intervention de Dieu, mais ça reste de l’ordre de l’événementiel, du phénomène.

Il y a une deuxième strate de lecture.
C’est que, derrière ces trois messages, il y a le plan de Dieu.
Et c’est Jésus qui l’exprime par une prophétie énigmatique.
Pourquoi est-il si difficile d’accueillir ces textes sans résistance ?
Parce qu’ils nous invitent à une révolution.
Une révolution, c’est-à-dire un changement absolument complet de notre univers mental, social, et même de notre conscience personnelle.
Quand je dis révolution, je pourrais dire conversion, mais ce mot est trop faible.
‘conversion’, ça donne comme une impression d’un nouveau matin.
Mais non !
Révolution, c’est un changement de monde, changement de conception, c’est le changement de l’histoire.
‘révolution’, c’est quand on perd les bases traditionnelles.
Et on comprend pourquoi Pierre ne peut pas suivre.
Parce que s’il avait dit à Jésus : « et bien oui ! D’accord, tu dois souffrir, être tué…»
Et plus loin il dira, ‘ je veux te suivre sur ce chemin ‘ … Quelques heures avant de trahir Jésus et de le fuir…..
S’il avait dit cela, ‘ d’accord… ‘ Pierre aurait explosé en vol.
Parce qu’il aurait pris de plein fouet la révolution que Jésus annonçait.
On ne peut pas vivre de plein fouet en un instant une révolution…

Les paroles de Jésus ne sont pas simplement une annonce d’un sacrifice.
Même si ce sacrifice est incommensurable.
D’ailleurs d’une certaine façon, Jésus n’annonce pas son sacrifice.
Il annonce la fin de l’Histoire.
Il annonce la fin des sacrifices.
Jésus est là pour une autre proposition de l’Histoire des hommes.
Et c’est ce que ne peuvent pas comprendre les hommes actuels et les Juifs de son temps.
Je ne parle pas de ceux qui n’y comprennent rien, mais de ceux qui cherchent à comprendre.
Depuis Abraham, depuis Moïse plus précisément encore… Mais en fait depuis le premier couple homme et femme sur terre, les hommes se sont débattus dans une conception progressive du mal et du bien.
Tous les hommes.
Certains ont pris la pente du mal, d’autres ont pris une pente dominante vers le bien, mais en fait c’est toujours selon le même schéma.
Attirance du bien qui nous promet à une plénitude.
Trébuchement dans le mal qui blesse et abîme notre destin.
Réparation des blessures.
Pour certains, obstination à dominer par le mal.
Pour d’autres, efforts à tenir la route.
Efforts si fragiles.
Et quelques rares malheureux sont persuadés qu’ils ont réussi à goûter au bonheur, parce qu’ils sont gagnants de quelques plaisirs illusoires et passagers.
Ce sont les plus malheureux parce qu’ils sont complètement à côté de la réalité.
Voilà pourquoi : « Malheureux, vous les riches,…»

Ça, toute cette marche boitillante, c’est depuis le début de l’histoire de l’homme.

Hé bien, Jésus vient faire une autre proposition qui balaie ces misérables efforts.
Qui balaye le sens de l’histoire humaine.
Qui balaye les questions et les réponses hésitantes.
Et si Jésus annonce ses souffrances, sa mort, c’est parce qu’il sait pertinemment qu’il propose la fin de l’Histoire ancienne des hommes.
Le bien, le mal, la réparation par les sacrifices, la lutte pour trouver sa place, les désirs qui nous enflamment, les déceptions qui nous ramènent à terre, les petits sursauts de bonheur d’une amitié, d’une réussite, d’un regard qui nous correspond,…
Qui constituent l’histoire humaine.
Tout cela, Jésus vient le révolutionner.
Le dépasser. Je dirais presque, l’anéantir.
Pour un autre feu. Pour une véritable lumière. Pour une transformation qui fait perdre son sens à l’histoire humaine.
Et c’est pour cela que les pharisiens vont tuer Jésus.
Parce que les pharisiens étaient les plus impliqués dans la tradition de l’histoire humaine.
Dans la meilleure tradition de l’histoire humaine.
Que Jésus va balayer — faire disparaître.
Mais pas par une ambition malsaine de détruire ou de déconstruire ( ça, ce sont les révolutionnaires aux petits pieds qui s’y amusent), mais de dépasser. Jésus dépasse à la vitesse de la lumière, les trains essoufflés.
Tout est vaincu par Jésus.
Le mal, le bien, la réparation, les petites joies, et les grandes larmes.

C’est cela que Pierre ne comprend pas à l’instant où Jésus parle.
L’autre proposition de Jésus, c’est la vie éternelle qui balaye les lueurs de notre monde.
Mais ça ne suffit pas de le dire comme cela.
Il faut avoir une entrée dans cette vie éternelle.
Et Jésus la donne.
« Celui qui croit en moi a la vie éternelle ».
La révolution, la transformation du monde, de l’histoire du monde, c’est un acte d’amour et de foi en Jésus-Christ.
Ça a l’air de rien, mais tout simplement cela met un point final à l’histoire du monde.
Et tout simplement cela peut nous amener à nous arracher le cœur et à donner notre vie jusqu’à notre peau et le reste pour la révélation du bonheur éternel.

Vous voyez, frères et sœurs, que les paroles de Jésus, c’est comme sauter dans un abîme.
Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau donne un tout autre sens à notre vie.
Mais pour cela il faut commencer par accepter d’avoir un cœur qui brûle.
Jusqu’à présenter à Dieu son corps – notre personne tout entière – un sacrifice vivant.
Qui n’est pas un sacrifice, mais qui est un acte d’amour.

D’une certaine façon, à la fin de cet évangile : ‘ le monde entier, il ne nous intéresse pas !’, parce qu’il continue sa course dans ses chemins défoncés et qui le resteront.
Tandis que le Fils de l’homme nous ouvre l’espérance de la gloire de son Père qui est réellement la finalité et l’apogée de notre destin.
Notre jouissance sans fin.

Rien de tout le reste ne vaut le coup.
C’est fini tout simplement depuis que Jésus a changé l’Histoire.

HOMELIE POUR LE BAPTEME DE EMMA ( 9 ANS ) ET DE EZIO ( 1 ans )

Alors, Emma…
Ce matin, je vais te parler en secret, devant tout le monde…
C’est Dieu qui m’a dit de te parler en secret.
En fait, de son secret à lui.
C’est un secret pour les petites filles, mais aussi pour les grandes filles.
Pour les garçons aussi, mais ton petit frère comprendra un peu plus tard.
En tout cas, ce sont les petites filles qui comprennent avant tout le monde.
Le secret… C’est un cadeau que Dieu veut faire aux princesses.
D’ailleurs, quand Dieu il veut faire un cadeau, c’est qu’il y a toujours une princesse qui va le recevoir.
Cette princesse, c’est une âme, c’est ton âme.
Pour Dieu toutes les âmes sont des princesses et il les aime à la folie.
Et il veut le dire.
En fait, il passe son temps à vouloir dire qu’il nous aime.
Et il le dit par des cadeaux…

Quand un papa et une maman veulent faire un cadeau, qu’est-ce qu’ils font ?
Pour un anniversaire ou une fête…
Ils cachent ce cadeau, on ne sait jamais où !
On devine qu’il va y avoir un cadeau, mais on ne sait jamais dans quel placard ils l’ont caché.
Attention….
Dieu, il fait pareil !
Mais… Il est beaucoup plus rusé que papa et maman.
Il est beaucoup plus fort !
Parce que son cadeau, il le rend invisible…!
Carrément !
Si tu fais tous les placards de ta maison, tu n’arriveras pas à trouver le cadeau de Dieu. Surtout si c’est un cadeau de baptême…
Et puis, normalement, un cadeau, tu le trouves devant la porte de ta chambre ou à côté de ton bol, au petit déjeuner.
Mais là, impossible pour Dieu.
Parce que son cadeau, c’est… Une robe !!
Hé bien, voilà je te l’ai dit….
Mais ça n’enlève rien au secret.

J’aime ta belle robe de ce dimanche, mais la robe que Dieu m’a montrée pour toi, elle est plus belle que la plus belle robe que tu imagines dans tes plus beaux rêves.
Elle n’est pas avec des broderies en or, ou des paillettes, ou des frou-frous transparents.
C’est une robe qui a la couleur de la lumière.
Avec des étincelles de lumière.
Alors évidemment que je ne peux pas te la dessiner.
Je te l’ai dit : elle est invisible à nos yeux.
Mais alors!
Comment vas-tu faire pour mettre cette robe. ?
Je vais t’aider…
C’est ça le secret..
C’est une robe pour ton cœur.. !
Imagine…
Une robe de lumière pour ton cœur ! Splendide. Éblouissante.
Et ça, c’est le cadeau, directement de Dieu, pour ton baptême.

Aujourd’hui, là, dans cette messe, tu vas être la plus belle, Emma.
Ton petit frère aussi, mais je vais te dire, à toi, la suite du secret…

Une robe normale, quand tu la mets, elle va devenir un jour trop petite, ou elle va perdre un peu ses couleurs. Elle risque de se déchirer
Mais voilà la merveille…
C’est que la robe du Bon Dieu, pour ton cœur, plus tu vas la porter, et même tous les jours, le plus souvent possible, plus elle va être éblouissante.
Plus Dieu va l’enrichir des paillettes de son amour.
Il n’y a qu’une situation où la robe de Jésus s’abîme.
C’est si tu la laisses au placard, si tu ne la revêts pas souvent.
Alors là, oui, elle commence à se rétrécir et devenir triste.

Au contraire, si tous les matins, aussitôt que tu sors de tes rêves, que tu te réveilles, tu restes les yeux fermés et que tu dis à Jésus :
 » Jésus, donne-moi aujourd’hui la robe que tu m’as donnée à mon baptême en cadeau. C’est ma plus belle robe.
Elle s’appelle ‘robe de ton amour’, ou ‘robe de ta lumière’,
Et aussi ‘ robe de pureté ’… parce que c’est une robe qui rend pur ton cœur par le pardon.
Je veux, Jésus, que ce soit toi qui habilles mon cœur de ton amitié.  »
Ouahhhh…. Alors là tu vas resplendir, Emma !

Mais tu vas me poser une question :
« Si je mets tous les jours une robe invisible, comment je vais pouvoir la montrer?
Les copines, mes amies, elles vont se moquer de moi…
Elle vont dire : on préfère une poupée Barbie à mille robes invisibles !  »
Et oui…. Mais elles se trompent…
Pourquoi ?
Parce que moi, je vois tout de suite les filles qui ont la robe invisible de Jésus.
Les petits gars aussi..
Mais pour les petits gars, ce n’est pas une robe, c’est la panoplie de Zoro et son cheval dans la nuit.

En tout cas pour les filles, comment crois-tu que je reconnais celles qui portent la robe de Jésus ?
C’est très simple. Je le vois dans leurs yeux.
Parce que la lumière qui brille autour de leur cœur, invisible, elle ne peut pas se cacher quand elle vient sur leur visage.
Elles ne le savent pas toujours, que je vois que Jésus fait briller leur coeur…
… Tu viens avec trois filles et je te dis : celle-là, elle a la robe de Jésus. Celle-là elle ne l’a pas… Pas encore, en tout cas.
Et je ne me trompe pas souvent…..

Et quand tu vas revenir au caté, je vais mettre mes mains sur mes yeux pour ne pas être ébloui par la robe de ton cœur.

Comment tu peux savoir si elle est belle, toi ?
Je vais te dire….
Il existe un miroir magique.
C’est inclus dans le cadeau du baptême.
Ce miroir, c’est la prière…
Et c’est aussi la messe.
A chaque fois que tu t’approches de Jésus par la prière et en venant à la messe, Dieu te sera comme un miroir et il augmentera la joie de ton cœur et l’éclat de ta robe intérieure.
C’est ce que les savants appellent ‘ la grâce de Dieu…’
Mais pour les filles ou pour les garçons, on dit ‘ la beauté et la pureté divine ‘ ou encore ‘ Dieu qui devient amoureux ‘.

Voilà… Je t’ai dit le secret.
Et je voudrais maintenant… ( je suis impatient.. ! )
Je veux ouvrir le cadeau pour toi et pour Ezio, enveloppé dans le sacrement du baptême.

Juste avant d’aller à la porte d’entrée de l’église, un dernier
souhait. Le mien.
Moi je t’apporte le cadeau, d’ailleurs Clémentine et Jacqueline m’aident aussi, elles l’ont préparé.
Mais un souhait.
Quand ta robe sera finie, que Jésus sera sur ton cœur, si tu as été fidèle tous les jours à ajouter des étincelles d’amour dans le miroir de la prière,
– ce sera dans plusieurs années de toute façon – , alors tu seras une sainte resplendissante.
A ce moment là, même si je suis mort, appelle-moi pour que je dise au bon Dieu :
‘ hé ! Mais c’est moi qui ait donné à Emma et à son petit frère le cadeau que tu m’avais demandé de leur faire, dans l’église de Villecroze ; la robe de lumière et le cheval de la foi à Ezio !
Et maintenant, Ezio a galopé toute sa vie avec la foi..
Et maintenant Emma, c’est une sainte toute belle pour la vie éternelle !
Et les anges applaudiront à ta beauté. Et Clémentine, et Jacqueline, et toute l’Église, aussi…!

HOMELIE DU VINGT ET UNIEME DIMANCHE ORDINAIRE A

« pour les gens, je suis qui ? »
Le Christ, pour les gens, pour ceux qui sont au marché en ce moment ; pour ceux qui sont devant la télé la plupart du temps ; qui vont au travail le lundi matin, qui pensent à leurs problèmes, à leurs familles, à l’actualité, proche et lointaine…
Le Christ, qui est-il ?
Généralement, le Christ n’est pas critiqué.
Il est plutôt estimé.
C’est un sage, un prophète, qui a fait du bien, des miracles même… là-dessus, pas tous sont d’accord, c’est déjà un peu gênant…
Il a dit de bonnes paroles.
Bref, c’est quelqu’un au-dessus du commun.
Mais il est lointain.
Et pour tout dire, qu’il le reste…
Parce que s’il se rapprochait, il deviendrait engageant.
Il demanderait des choix.
Mais là, ça commence à coincer. On ne veut pas aller jusque-là.
On préfère se renseigner sur l’actualité du coin de la rue, ou plutôt du coin d’une rue de New Delhi, que sur les paroles du Christ.
Parce que le Christ ne doit pas concerner notre vie.
Il ne doit pas inviter à du concret.
Si vous demandez dans la rue : « pour vous, qui est le Christ ? »
Inévitablement, il va y avoir une distance de posée. Une sorte de « oui, mais…».
D’ailleurs certains le disent tout de go : « ça ne m’intéresse pas ! » »
C’est celui qu’on décrit… qu’on a décrit…
Mais tout ce qu’on a dit n’est pas forcément vrai…
Et on relativise le récit des Évangiles.
On ne sait pas trop pourquoi, mais ça rassure.
Alors qu’on ne relativisera pas le récit de la vie de Jules César.
Et voilà la distance…
Ça permet de le mettre de côté.
Au moins, ce qui est dit dans les évangiles ne me concerne pas.
On a détourné la question. C’est trop beau pour moi….
Et d’une certaine façon, les contemporains de Jésus ont réagi de la même façon.
Dire de lui que « c’est l’un des prophètes, Jean-Baptiste, Élie, Jérémie, ou un autre… »
c’est une manière de dépersonnaliser quelqu’un.
On le compare, on fait un rapprochement diffus, peut-être louangeur, c’est quelqu’un de grand, voilà tout simplement… Et même d’original, mais un remake.
On ne veut pas spécialement connaître sa spécificité.
« et pour vous, qui suis-je ? »
Alors là, on peut faire le même exercice.
« pour vous frères et sœurs, qui est Jésus ? »
Vous êtes dans une église…
Alors qui est Jésus pour vous ?

Normalement, si vous êtes là pour cette messe, il n’est pas si loin.
Vous venez le chercher, ici, pour cette messe.
Vous venez même pour une union intime avec Lui !
On a mis un petit papier sur votre chaise.
On va vous faire passer un stylo.
Et chacun de vous va écrire sur le papier un mot, ou deux.
« Pour vous, qui est Jésus ? » En un ou deux mots.
Et on récoltera les résultats en fin de la messe.
En tout cas, Pierre répond instantanément.
 » Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !  »
Pierre n’a jamais peur de se tromper.
Il est impulsif. Comme les enfants.
L’impulsion est périlleuse.
Mais c’est sur l’impulsion que se greffe le Saint-Esprit.
Celui qui a peur de l’erreur n’atteindra jamais l’autre rive.
Il restera paralysé à l’idée de se tromper.
Et ce n’est pas du tout le caractère de Pierre.
Jésus aime celui qui fait confiance et qui s’aventure.
Celui aussi qui compte sur le pardon en cas d’erreur.
Rien n’est plus pénible que les personnes qui n’admettent pas la possibilité de se tromper.
 » Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.  »
Autrement dit, tu es un mystère .
Tu es celui qui dépasse tous les autres.
Et tu es celui qui accomplit. La Source. Celui qu’on attendait.
Tu es celui qui ouvre la vie éternelle. « Tu as les paroles de la vie éternelle ! »
Saint Paul répond aussi à la question avec sa puissance :
‘ Quelle profondeur dans la richesse, et la sagesse et la connaissance de Dieu !
Ses décisions sont insondables. Ses chemins sont impénétrables.
Qui a connu la pensée du Seigneur ? Car tout est de lui, et par lui, et en lui….’
Ça c’est le cri de saint Paul.
Et qu’est-ce qui en ressort des paroles de Paul et de Pierre, soulevés par l’Esprit Saint ?
Et bien, il en ressort l’Église…. !!
Qui est un plus grand mystère encore que le Christ lui-même…

En fait, nous avons la capacité curieuse de diminuer les réalités qui nous gênent.
Généralement, ce qui nous gêne, c’est ce qui est beau, ce qui est vrai, ce contre quoi nous n’avons rien à redire.
L’Église est l’une de ces réalités.
Tout comme le Christ est l’une de ces réalités.
Notre esprit à la capacité de mettre à distance ce qui nous appelle à nous impliquer intimement.
Quand quelqu’un nous regarde dans les yeux, nous avons la possibilité de détourner le regard.
Et bien, quand Jésus nous regarde dans le coeur, dans les yeux de notre coeur, notre esprit, à la possibilité de se dire : il n’existe pas vraiment, en tout cas il n’existe pas vraiment pour moi, celui qui en ce moment regarde dans mon coeur.
C’est incroyable cette puissance à se détourner de ce qui veut toucher notre intimité.
Quand c’est un danger, admettons.
Mais quand c’est un mystère de bien, de beauté, de vie, et parfois de résurrection, alors c’est grande tristesse que de vouloir y échapper et de se défiler.
Et, c’est un fait, les gens de feu sont les seuls à pouvoir ouvrir leur coeur.
Les gens de feu, ce sont les enfants, les innocents, les êtres qui ne se protègent pas.
Il n’y a rien de plus dangereux, mais il n’y a rien de plus fécond, il n’y a rien qui ouvre davantage à la grandeur d’une vie.
Ouvrir son coeur à quelqu’un qui touche notre cœur…
Ouvrir son coeur à quelqu’un qui habite notre cœur.
Jésus est l’intime de notre cœur.
L’Église est aussi l’intime de notre cœur.
Différemment.
Il est très difficile de l’admettre.
Autant pour Jésus que pour l’Église.
Nous voulons toujours ramener Jésus à quelqu’un d’extérieur.
Au pire à quelqu’un d’historique.
Au mieux à quelqu’un qui serait notre voisin, un parmi d’autres, dans la rue, mais un peu plus loin.
Qui peut nous faire du bien.
Mais pas celui qui fait palpiter notre cœur.
Et cette palpitation c’est une grâce.
Et quand cette grâce anime le fleuve de vie qui coule en nous, elle se répand hors de nous.
Nous, catholiques, nous avons cette merveille : que quand Jésus habite en notre cœur, l’Église porte notre cœur. Dans sa main comme dans un écrin.
Quand Jésus parle à notre cœur, l’Église prononce les paroles de Jésus.
Quand Jésus illumine notre cœur, c’est par l’Église que nous buvons ces rayons de lumière.
C’est dire si l’Église est intime !

Et quand Jésus guérit notre cœur par son pardon, c’est l’Église qui répand le baume de sa miséricorde.

Le grand mystère….
C’est que Jésus se fait proche de nous par l’Église.
L’Église ne crée aucune distance.
Bien au contraire,
Dans l’imperfection de notre relation à l’Église, Dieu nous touche de sa perfection.
On peut souffrir de l’Église mais on ne souffre de l’Église que comme on souffre de Dieu.
Parce qu’elle nous demande plus loin que nous-mêmes, et pourtant dans le plus intime de nous-mêmes.

« Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le Ciel.
Tout ce que Dieu aura délié sur la terre sera délié dans le Ciel »

Et le Ciel, c’est la vie éternelle qui est déjà en nous, l’eau vive qui a bouleversé la Samaritaine, et Marie Madeleine, et Barthymée, et les apôtres, et Paul, et … Pierre