Il y a toute une littérature de contes de Noël pour enfants qui en fin de compte
Ajoute de gentilles petites histoires à l’événement de cette nuit.
Gentilles petites histoires… qui sont toutes sur le même modèle :
Un petit ramoneur, une petite fille dans le froid de l’hiver, un pauvre homme, triste
de solitude, qui vont découvrir chacun que Dieu les aime.
Et leur vie est transformée.
L’émerveillement atteint aussi les animaux sous forme de petites fables.
Les petits lapins, les écureuils et les souris, sans oublier bien sûr l’âne, très doux, le
bœuf, très sage, les moutons, dociles mais curieux.
Tous frémissent de joie à découvrir un petit homme là où se ne trouvent habituellement que des animaux : dans de la paille.
Même la nature inanimée, les arbres, un petit bout de bois, un ruisseau, une étincelle dans la nuit, les étoiles se mettent à vivre et à chanter des louanges devant le même petit bébé apparu dans un village qui existait à peine sur la carte d’Israël. Bethléem. Les hommes aiment à colorier de nombreuses couleurs ce qui est tout simple, un événement qui se dessine en trois coups de crayon.
Et pourtant, c’est vrai !
C’est vrai que le monde revit à partir de l’intimité de la nuit de Noël. Les hommes aiment l’intimité pour se sentir vivre.
Les hommes mais aussi les animaux, et n’importe quel grain de sable aiment l’intimité pour être vraiment eux mêmes.
C’est le péché qui a cassé l’intimité, c’est le mensonge qui fait du bruit.
La vérité est pauvre et puissante de sa pauvreté.
Un cœur qui bat ne fait pas de bruit.
Un âne qui mâche son foin, un bœuf qui rumine, une brebis qui allaite, ne fait pas de
bruit.
Une mère qui regarde son enfant ne fais pas de bruit.
Je pousse un petit peu plus loin mais ça nous fait tomber dans l’infini…
Notre religion trouve sa vérité dans un silence d’intimité.
Une prière du cœur.
Voilà pourquoi notre religion est la religion de vérité. Parce que sa source jaillit dans le silence et que son Dieu est né dans le silence.
Êtes-vous allés, frères et sœurs, dans une étable la nuit ?
C’est une atmosphère très spéciale humide de la respiration des bêtes, forte de
l’odeur de la bête et du foin, et silencieuse des bruits de digestion et de quelques
mouvements sur la paille.
En réalité, il n’y a pas beaucoup de couleurs dans une étable, la nuit.
Atmosphère d’intimité.
Notre religion est née dans cette atmosphère.
C’est en intimité qu’on livre une part de notre vérité.
L’homme se sent protégé dans une étable, la nuit.
On est aux antipodes, semble-t-il, de la transcendance.
L’homme est tiré de la terre, pétri de chair.
Et il a l’air de trouver son chemin de vérité plus immédiatement dans une union de
chair que dans une union d’esprit.
Quand Dieu crée la femme, Adam s’écrie : ‘Voici l’os de mes os, la chair de ma chair,’ Il ne dit pas : ‘Voici le soleil de ma personnalité. Voici ma transcendance ! Mon
extase spirituelle.’
Non… il a dit : voici ma chair…
L’extase spirituelle vient davantage par le bébé d’ailleurs, par l’innocence du bébé
parce que le nouveau né cache beaucoup moins la Présence de Dieu que la compagnie
du mari ou la délicatesse de l’épouse.
Le bébé est un appel plus immédiat à la transcendance que tout autre amour.
Parce que le bébé ne retient rien.
Il ne dit rien.
Il ne cache rien.
Le bébé ne ment pas
Pourquoi le sourire d’un bébé nous liquéfie le cœur et que toute la nature le respecte ?
Parce qu’il est vrai.
Parce qu’il réveille en nous l’extase que nous désirons devant Dieu.
Un monde qui ne respecte pas les bébés, descend dans les profondeurs de la matière. Il n’existe pas .
Au Ciel, nous sourirons comme les bébés sourient.
Pourquoi les bébés attirent notre émerveillement ?
En fait parce qu’ils réveillent en nous la nostalgie du paradis terrestre perdu.
Du monde d’avant le péché originel. Dont on retrouve d’ailleurs un peu l’atmosphère dans une étable, la nuit…
L’innocence d’avant le péché originel… simplement l’évocation de cette innocence
d’avant le péché originel, fait fondre le cœur de l’homme.
C’est ce que l’homme désire avant tout. Retrouver la spontanéité, l’harmonie, la simplicité pure de Adam et Eve lorsqu’ils venaient de sortir de la main de Dieu.
Et le bébé est un reflet de ce monde lointain, avant que le temps prenne ses droits.
Jusqu’à Jésus, les hommes se sont débattus pour retrouver ce monde lointain.
Et ceux qui n’ont pas la foi en Jésus-Christ se débattent toujours pour retrouver
ce monde lointain, à travers leurs désespoirs et leurs illusions.
Parce qu’ils savent que ce monde s’éloigne chaque jour davantage.
Alors que vient faire Jésus dans le silence de notre nuit… ?
Il vient guérir la perte de notre innocence.
Il vient simplifier la vérité de notre intimité.
Il vient redonner le silence à notre cœur.
Et par la même, il ressuscite la joie que l’on a perdue le jour où Ève et Adam ont
voulu se fabriquer leur bonheur par un fruit qui ne leur appartenait pas.
Jésus est venu redonner la pauvreté nécessaire à nos vies essoufflées de richesses
et de complications.
Le plus beau cadeau que Dieu pouvait nous faire, c’était de nous sourire à travers le
visage d’un bébé d’avant le péché originel.
Il l’a fait… Nous l’avons ce bébé. Marie l’a porté dans ses bras. Joseph aussi.
Mais chaque Noël nous rappelle le goût de l’étable.
Chaque Noël pose tout au fond de notre cœur ce goût d’innocence, comme si nous pouvions porter Jésus innocent dans nos bras. Comme si nous pouvions être relié au bonheur de la première création de Dieu.
Nous jubilons de joie autour de cette crèche, parce que Dieu ravive notre désir de pureté.
Mais ça ne suffit pas……
En réalité, Dieu se cache derrière cette nostalgie qu’il réveille en nous.
Il nous cache un trésor infiniment plus précieux et infiniment plus comblant.
Mais ce trésor, cette plénitude, je ne peux pas la dire au milieu de la nuit.
Je la dirai demain au milieu du jour…
Le bébé de cette nuit m’invite au silence, et il m’invite à entrer dans cette messe, dans l’intimité si douce du recueillement.
Demain, après les cadeaux, Dieu nous invitera à une autre surprise..
