HOMELIE JOUR DE NOEL

Cette nuit, j’évoquais le bébé Jésus qui naissait dans l’innocence d’un temps que nous avons perdu.
Tout bébé réveille en nous le désir d’un paradis terrestre retrouvé.
Sauf que le bébé Jésus, dans les bras de Marie Immaculée, il n’est pas simplement une évocation du paradis terrestre,  il est l’émergence réelle de l’harmonie qui a enveloppé le cœur d’Adam et Ève avant la faute.
Jésus est le seul homme qui n’est pas déglingué. Il est le seul bébé tu n’as aucun germe, même de très loin, de déviation. C’est le nouvel Adam.
Et Marie est la nouvelle Ève, celle d’avant … qu’elle ne touche le fruit.
Et voilà pourquoi Noël est une fête universelle.
Parce que tout le monde, tout le monde, même ceux qui grognent ou qui grincent des dents, se souvient tout au fond de lui-même, mais alors vraiment tout au fond, que au premier instant, il y a eu une expérience de bonheur naturel.

Et je disais – cette nuit –  que ce n’était pas tout.
Ce n’était pas le tout de Dieu. Pourquoi ?
Parce que ce souvenir du paradis terrestre qui est définitivement perdu nous cachait une surprise de Dieu.
Et que Jésus bébé nous appelle à une autre perfection.
Il éveille l’espérance d’une autre perfection.
Mais alors là, cette espérance n’est pas du tout perçue de façon universelle…

Je parlais cette nuit d’intimité. D’intimité de la chair.
Parce que c’est là que l’homme trouve son refuge.
Alors même que l’homme se donne à l’intimité de la chair il désire une autre intimité.
L’intimité de l’esprit qui ouvre sur la transcendance.
Et c’est bien ce que cette crèche évoque à nous qui avons la foi et même au monde qui ne veut pas croire.
La transcendance est quelque chose d’excessif pour le cœur de l’homme.
Et bien qu’il la désire de tout son être, elle provoque la crainte.
Jésus fera tout pour la tamiser parce qu’elle risque, comme lors de sa Transfiguration, d’écraser l’esprit de l’homme.
Tant qu’il n’y a pas la grâce de la Résurrection et de l’Esprit Saint, de la Pentecôte, la grâce que porte Jésus, même dans la crèche, brûle trop les ailes de nos âmes.
Et c’est de cela que tous nos frères païens, idolâtres, superstitieux, ronchons et fermés sur eux-mêmes ont peur : De découvrir la grâce qui brûle.

Dans la crèche, le bébé Jésus vient nous chercher dans l’intimité de la chair pour nous élever de la transcendance de l’esprit.
Jésus vient pénétrer nos affections les plus ingénues, celle qui font vibrer le cœur quand on regarde un bébé.
Parce qu’il sait que rien ne passera en nous, surtout depuis le péché originel, si cela ne passe par une tendresse du cœur.
Mais à travers cette tendresse du cœur il y a une invitation au sublime.
Le monde garde la tendresse du cœur, d’ailleurs abîmée, troublée, en s’obstinant à croire qu’il va la récupérer. Faux !
Jésus bébé signifie  » le Verbe s’est fait chair « . Le Verbe… la grâce…
La lumière de vie éternelle, infinie, a percé les ténèbres de notre monde.
Et voilà la surprise de Dieu..
Dieu s’est offert pour nous ouvrir le chemin de la vie éternelle.

Le désir d’innocence de cette nuit, avec le bœuf et l’âne gris, il n’est pas pour regarder en arrière, du côté du paradis terrestre, il est pour faire jaillir l’étincelle de la foi.
De l’espérance du Ciel qui n’est pas derrière, mais qui est notre accomplissement, devant.

Il est à regarder dans un chemin de grâce que nous ouvre pourtant le même bébé que nous contemplons dans la crèche.
Notre plénitude, elle est dans l’union au Verbe qui s’est fait bébé et qui porte la transcendance de Dieu.
Comme le dit Saint Jean dans sa première lettre. « Tout esprit qui confesse Jésus-Christ dans la chair est de Dieu et il est vainqueur du monde »
Puisque la transcendance de Dieu est trop pour nous, regardons celui qui s’est fait l’un de nous. Nous aurons moins peur.
Et il nous portera au-delà de nous-même.
Celui qui s’est fait chair nous révèle le Dieu transcendant. Mais quelle Bonne Nouvelle !
Bien plus réjouissante que les réjouissances de cadeaux, de chocolats, ou de rencontre de famille…
Aucune religion, aucune foi en Dieu n’a relié avec tant de précision le passé et l’avenir, la mort et la vie, le paradis terrestre et le Royaume des Cieux celui de la vie éternelle dans lequel il nous est possible désormais d’atterrir.
Mais pour ça il faut d’abord qu’on décolle…
Et pour décoller, nous n’avons qu’à regarder celui qui est né comme un petit enfant.
Nous n’avons qu’à communier à celui qui s’est fait chair.
En acceptant qui nous brûle un peu le bout des ailes de notre égoïsme, de nos aveuglements.

Quelle surprise !
Seigneur Dieu, Verbe de toute lumière pour celui ou celle qui accepte la grâce de la foi…
Tu es venu nous faire la surprise de nous brûler les ailes pour que nous touchions à notre bonheur à venir.
Réel… !