HOMELIE SAINTE FAMILLE

Frères et sœurs,
Nous fêtons la Sainte Famille.
On peut donc penser qu’elle est comme une lumière qui éclaire toute famille.
Or, aucune famille n’est configurée comme une autre famille.
On ne peut pas comparer Monsieur et Madame Dupont à aucun autre couple de Durant . Ni les parents, ni les enfants. Ni dans leur vie intime, ni dans leur vie publique (Peut-être, de loin, pour la vie publique ou le travail, il peut y avoir parfois quelques rapprochements).
La Sainte Famille n’a aucune ressemblance avec aucun de nos parents, ni en grâce, ni en pureté, ni en harmonie, et encore moins dans leur mission..
Mais n’existerait-il pas une vertu qui nous rapprocherait de la Sainte Famille?
J’en vois une, lumineuse, principale, spécifiquement chrétienne; je dirais même délicieusement chrétienne.
Les textes d’aujourd’hui proposés par l’Église la confirme avec évidence et la murmure à notre cœur avec insistance.
Je parle de la vertu de compassion.
Toute vraie famille, qui garde vaille que vaille, l’unité naturelle d’une famille – papa, maman, et les enfants, fécondité du couple – et inévitablement humble.
Et c’est toute la leçon de Ben Sira, dans la première lecture.
Goethe écrivit dans ses Maximes une réflexion qui est devenue citation commune et même passée en proverbe.
« il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre ».
Cette constatation n’est pas en raison d’un manque de qualité du premier, c’est en raison de la proximité du regard du valet sur les besoins communs du grand homme.
Le grand homme, pour faire de grands pas doit enfiler ses bottes avec ses rhumatismes; et malheureusement, il peut oublier ses clés de voiture dans une poche de son pantalon qui tourne dans la machine à laver…
Le grand homme a ses défauts et le valet, lui, ne retient que ces détails qui sont quotidiens et nombreux.
Ainsi en est-il dans une famille.
Pour ses enfants, leur père n’est pas souvent un grand… ‘ père ‘.
Et leur mère une grande ‘ femme ‘.
Et les parents considèrent leurs enfants ‘grands’ tant qu’il promettent encore, par une sorte d’ambition illusoire, jusqu’à ce qu’ils atteignent leur plafond qui n’est pas souvent plus haut que le plafond de la normalité.

Ben Sira ne cesse de défendre le père et la maman.
Il est entré dans l’âge de la compassion. De la belle compassion.
De la compassion qui grandit l’homme.
Car l’homme grand et celui qui regarde avec compassion.
« celui qui honore son père obtient le pardon de ses péchés, » écrit Ben Sira.
« celui qui honore sa mère ramasse un trésor ».
Cet honneur correspond exactement au mouvement de compassion et au mouvement d’intelligence profonde de l’autre,
qui réclame généralement des années pour trouver sa douceur, sa tendresse vraie.
Et comme par hasard, ce regard profond sur celui qu’on voit tous les jours dans ses faiblesses incurables, c’est le regard de pardon qui nous obtient le pardon de Dieu.

La compassion n’a rien à voir avec l’affectif fusionnel qui fausse la relation tant avec son père qu’avec sa mère. L’affectif fusionnel asphyxie l’âme et l’intelligence.
La compassion et lucide et bien plus saine.

Traduisons les belles paroles de Ben Sira :
« celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants »
Bien évidemment… car celui qui a compassion des limites de son père aura l’humilité avec ses enfants et ses enfants lui rendront en tendresse.
« celui qui glorifie son père verra de longs jours ». Bien sûr !
Puisqu’il ne se battra pas toute sa vie dans la révolte d’avoir eu un père si nul.
« celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère » bien sûr !
Puisqu’il saura, celui-là qui obéit, combien sa mère a de mérite à obéir elle-même à la suite des jours et des événements.
L’obéissance au Seigneur est une école de compassion, tellement elle demande d’humilité .
« la miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée ». Dit encore Ben Sira.
La miséricorde pur jus, la belle miséricorde et en fait celle qui est .enveloppée de compassion.
Et la miséricorde pour notre père nous ajuste à la miséricorde divine.
Ou plutôt l’inverse… quand on expérimente la miséricorde divine pour notre pauvre cœur blessé, alors la miséricorde pour notre père devient possible, quel que soit le visage patibulaire de notre père.

Avec cette introduction, nous pouvons nous aventurer dans le jardin de Saint Paul et comprendre Saint Paul.
Le terrible saint Paul, tout tendu de volonté et d’esprit de force pour tourner le cœur de ses frères, et des païens, vers le Seigneur..
Que dit-il ?
Habillez-vous… dit-il au Colossiens, « habillez-vous de tendresse et de compassion ».
Le rude Paul, il pleure presque, il supplie pour que sa nouvelle communauté témoigne de la douceur, de son pardon, de son humilité qui ne peuvent être véridiques que si elle jaillissent d’un fond d’amour et de l’Esprit Saint.
Mais c’est le même message que celui de Ben Sira ! et il va plus loin, plus précis encore…

« femmes, soyez soumises à votre mari ! »
Certains, impurs, vont se frotter les mains et dire :
‘ quel beau témoignage : une femme soumise à son mari ! voilà qui est très bon… ‘
Et certaines, d’ailleurs tout aussi impures, mais davantage coincées et meurtries, diront :
‘ jamais ! jamais de la vie ! Au diable Saint Paul !’
Arrêtons-nous une minute.
Reprenons notre souffle, frères et sœurs.
Ou plutôt reprenons l’esprit de saint Paul et devenant fils et fille de l’Église, plutôt que de se bloquer sur place en ne respirant plus.
Et si on osait demander : ‘ comment serait-ce possible?’
Et si j’abordais cela dans la prière.
Et si je demandais l’esprit de Saint Paul, l’Esprit Saint…
Reprenons notre tricot avec le fil de la compassion.
Évidemment, Paul ajoute très vite : ‘ dans le Seigneur, c’est ce qui convient ‘
Parce qu’une soumission qui ne serait pas dans le Seigneur dans la grâce du sacrement du mariage et du désir de sanctification de son conjoint serait destructrice.
Ce serait prendre l’autoroute à contresens.
‘ dans le Seigneur… ‘ la relation par la compassion, une compassion inévitablement réciproque, elle ouvre la compassion pour le pauvre cœur de l’autre, de son conjoint, et appelle la compassion et la paix du Christ qui est le fondement d’une union d’amour, malgré tous les dysfonctionnements de faiblesse ou de péchés même.
On ne se frotte plus les mains, c’est un sommet permis par la grâce de Dieu.
Et la réponse du mari pour sa femme, elle est inscrite dans la grâce du jour du mariage : elle est de compassion encore et toujours.
« Maris, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle ».
Parce que nous sommes tous dans le même désir d’union de pauvretés qui veulent se rencontrer.
Si on en reste à la pauvreté nous serons toujours déçus.

Alors je reviens ma première question.
Comment la Sainte Famille qui n’a pas eu la même expérience pratique, la même expérience conjugale que chacune de nos familles, peut-elle être lumière pour notre temps ?

La réponse elle vient de Saint Paul, elle vient aussi de Ben Sira le sage.
L’expérience de la relation ne vient pas des années à regarder la télévision dans un même canapé, ni de manger la même cuisine au beurre ou d’avoir dans son verre le même jus de fruit que son conjoint.
Elle ne vient pas de reproduire les mêmes efforts de fidélité que nos parents ont essayé de vivre, et de supporter les mêmes reproches que nos parents se sont échangés aussi. Ou de les éviter…
Le fond du couple et de la famille, il émerge d’un regard qui dépasse les aléas de l’affectif et d’une complémentarité qui n’est jamais satisfaisante en plénitude.
Il vient d’un regard de compassion expérimentée dans la grâce.
Dans la grâce d’abord du Seigneur sur notre faiblesse, compassion divine qui s’appelle miséricorde.
Et qui permet un autre regard de compassion, différent, qui est le respect d’un mystère de faiblesse chez son mari, chez son épouse.
Le plus bel amour de son mari, ce n’est pas un amour d’admiration et d’éblouissement, un jour de printemps, c’est un amour de tendre compassion, dans l’Esprit Saint.
Le plus bel amour de sa femme, ce n’est pas un amour de clair de lune un soir d’été, c’est un amour de tendre compassion, dans l’Esprit Saint.
Dans la grâce, demandée, de l’obéissance au Seigneur et à l’Église.
Aucune communauté, aucun couple, aucune famille, ne peut toucher à la joie et à la fidélité sur le long terme, à l’unité tout simplement, sans recevoir de la grâce divine et de l’Esprit Saint grande compassion et douceur qui s’ouvre en pardon dans les meilleurs des cas.

C’est exactement ce qu’a vécu Joseph, le sage, dés avant la naissance de Jésus, et à sa naissance, et pendant sa jeunesse, en regardant Marie et l’enfant Dieu.
Et Marie en regardant Joseph.
Sauf que leurs regards de compassion n’étaient pas en raison du péché, mais en raison de la faiblesse inhérente à la nature humaine.

Petite cerise sur le gâteau .
« et vous parents, n’exaspérez pas vos enfants, vous risqueriez de les décourager », écrit Saint Paul
Alors là, il me faudrait une autre homélie d’environ 1h pour traiter ce sujet…

HOMELIE JOUR DE NOEL

Cette nuit, j’évoquais le bébé Jésus qui naissait dans l’innocence d’un temps que nous avons perdu.
Tout bébé réveille en nous le désir d’un paradis terrestre retrouvé.
Sauf que le bébé Jésus, dans les bras de Marie Immaculée, il n’est pas simplement une évocation du paradis terrestre,  il est l’émergence réelle de l’harmonie qui a enveloppé le cœur d’Adam et Ève avant la faute.
Jésus est le seul homme qui n’est pas déglingué. Il est le seul bébé tu n’as aucun germe, même de très loin, de déviation. C’est le nouvel Adam.
Et Marie est la nouvelle Ève, celle d’avant … qu’elle ne touche le fruit.
Et voilà pourquoi Noël est une fête universelle.
Parce que tout le monde, tout le monde, même ceux qui grognent ou qui grincent des dents, se souvient tout au fond de lui-même, mais alors vraiment tout au fond, que au premier instant, il y a eu une expérience de bonheur naturel.

Et je disais – cette nuit –  que ce n’était pas tout.
Ce n’était pas le tout de Dieu. Pourquoi ?
Parce que ce souvenir du paradis terrestre qui est définitivement perdu nous cachait une surprise de Dieu.
Et que Jésus bébé nous appelle à une autre perfection.
Il éveille l’espérance d’une autre perfection.
Mais alors là, cette espérance n’est pas du tout perçue de façon universelle…

Je parlais cette nuit d’intimité. D’intimité de la chair.
Parce que c’est là que l’homme trouve son refuge.
Alors même que l’homme se donne à l’intimité de la chair il désire une autre intimité.
L’intimité de l’esprit qui ouvre sur la transcendance.
Et c’est bien ce que cette crèche évoque à nous qui avons la foi et même au monde qui ne veut pas croire.
La transcendance est quelque chose d’excessif pour le cœur de l’homme.
Et bien qu’il la désire de tout son être, elle provoque la crainte.
Jésus fera tout pour la tamiser parce qu’elle risque, comme lors de sa Transfiguration, d’écraser l’esprit de l’homme.
Tant qu’il n’y a pas la grâce de la Résurrection et de l’Esprit Saint, de la Pentecôte, la grâce que porte Jésus, même dans la crèche, brûle trop les ailes de nos âmes.
Et c’est de cela que tous nos frères païens, idolâtres, superstitieux, ronchons et fermés sur eux-mêmes ont peur : De découvrir la grâce qui brûle.

Dans la crèche, le bébé Jésus vient nous chercher dans l’intimité de la chair pour nous élever de la transcendance de l’esprit.
Jésus vient pénétrer nos affections les plus ingénues, celle qui font vibrer le cœur quand on regarde un bébé.
Parce qu’il sait que rien ne passera en nous, surtout depuis le péché originel, si cela ne passe par une tendresse du cœur.
Mais à travers cette tendresse du cœur il y a une invitation au sublime.
Le monde garde la tendresse du cœur, d’ailleurs abîmée, troublée, en s’obstinant à croire qu’il va la récupérer. Faux !
Jésus bébé signifie  » le Verbe s’est fait chair « . Le Verbe… la grâce…
La lumière de vie éternelle, infinie, a percé les ténèbres de notre monde.
Et voilà la surprise de Dieu..
Dieu s’est offert pour nous ouvrir le chemin de la vie éternelle.

Le désir d’innocence de cette nuit, avec le bœuf et l’âne gris, il n’est pas pour regarder en arrière, du côté du paradis terrestre, il est pour faire jaillir l’étincelle de la foi.
De l’espérance du Ciel qui n’est pas derrière, mais qui est notre accomplissement, devant.

Il est à regarder dans un chemin de grâce que nous ouvre pourtant le même bébé que nous contemplons dans la crèche.
Notre plénitude, elle est dans l’union au Verbe qui s’est fait bébé et qui porte la transcendance de Dieu.
Comme le dit Saint Jean dans sa première lettre. « Tout esprit qui confesse Jésus-Christ dans la chair est de Dieu et il est vainqueur du monde »
Puisque la transcendance de Dieu est trop pour nous, regardons celui qui s’est fait l’un de nous. Nous aurons moins peur.
Et il nous portera au-delà de nous-même.
Celui qui s’est fait chair nous révèle le Dieu transcendant. Mais quelle Bonne Nouvelle !
Bien plus réjouissante que les réjouissances de cadeaux, de chocolats, ou de rencontre de famille…
Aucune religion, aucune foi en Dieu n’a relié avec tant de précision le passé et l’avenir, la mort et la vie, le paradis terrestre et le Royaume des Cieux celui de la vie éternelle dans lequel il nous est possible désormais d’atterrir.
Mais pour ça il faut d’abord qu’on décolle…
Et pour décoller, nous n’avons qu’à regarder celui qui est né comme un petit enfant.
Nous n’avons qu’à communier à celui qui s’est fait chair.
En acceptant qui nous brûle un peu le bout des ailes de notre égoïsme, de nos aveuglements.

Quelle surprise !
Seigneur Dieu, Verbe de toute lumière pour celui ou celle qui accepte la grâce de la foi…
Tu es venu nous faire la surprise de nous brûler les ailes pour que nous touchions à notre bonheur à venir.
Réel… !

HOMELIE DE LA NUIT DE NOEL

Il y a toute une littérature de contes de Noël pour enfants qui en fin de compte
Ajoute de gentilles petites histoires à l’événement de cette nuit.
Gentilles petites histoires… qui sont toutes sur le même modèle :
Un petit ramoneur, une petite fille dans le froid de l’hiver, un pauvre homme, triste
de solitude, qui vont découvrir chacun que Dieu les aime.
Et leur vie est transformée.
L’émerveillement atteint aussi les animaux sous forme de petites fables.
Les petits lapins, les écureuils et les souris, sans oublier bien sûr l’âne, très doux, le
bœuf, très sage, les moutons, dociles mais curieux.
Tous frémissent de joie à découvrir un petit homme là où se ne trouvent habituellement que des animaux : dans de la paille.
Même la nature inanimée, les arbres, un petit bout de bois, un ruisseau, une étincelle dans la nuit, les étoiles se mettent à vivre et à chanter des louanges devant le même petit bébé apparu dans un village qui existait à peine sur la carte d’Israël. Bethléem. Les hommes aiment à colorier de nombreuses couleurs ce qui est tout simple, un événement qui se dessine en trois coups de crayon.
Et pourtant, c’est vrai !
C’est vrai que le monde revit à partir de l’intimité de la nuit de Noël. Les hommes aiment l’intimité pour se sentir vivre.
Les hommes mais aussi les animaux, et n’importe quel grain de sable aiment l’intimité pour être vraiment eux mêmes.
C’est le péché qui a cassé l’intimité, c’est le mensonge qui fait du bruit.
La vérité est pauvre et puissante de sa pauvreté.
Un cœur qui bat ne fait pas de bruit.
Un âne qui mâche son foin, un bœuf qui rumine, une brebis qui allaite, ne fait pas de
bruit.
Une mère qui regarde son enfant ne fais pas de bruit.
Je pousse un petit peu plus loin mais ça nous fait tomber dans l’infini…
Notre religion trouve sa vérité dans un silence d’intimité.
Une prière du cœur.
Voilà pourquoi notre religion est la religion de vérité. Parce que sa source jaillit dans le silence et que son Dieu est né dans le silence.

Êtes-vous allés, frères et sœurs, dans une étable la nuit ?
C’est une atmosphère très spéciale humide de la respiration des bêtes, forte de
l’odeur de la bête et du foin, et silencieuse des bruits de digestion et de quelques
mouvements sur la paille.
En réalité, il n’y a pas beaucoup de couleurs dans une étable, la nuit.
Atmosphère d’intimité.
Notre religion est née dans cette atmosphère.
C’est en intimité qu’on livre une part de notre vérité.
L’homme se sent protégé dans une étable, la nuit.
On est aux antipodes, semble-t-il, de la transcendance.
L’homme est tiré de la terre, pétri de chair.
Et il a l’air de trouver son chemin de vérité plus immédiatement dans une union de
chair que dans une union d’esprit.
Quand Dieu crée la femme, Adam s’écrie : ‘Voici l’os de mes os, la chair de ma chair,’ Il ne dit pas : ‘Voici le soleil de ma personnalité. Voici ma transcendance ! Mon
extase spirituelle.’
Non… il a dit : voici ma chair…

L’extase spirituelle vient davantage par le bébé d’ailleurs, par l’innocence du bébé
parce que le nouveau né cache beaucoup moins la Présence de Dieu que la compagnie
du mari ou la délicatesse de l’épouse.
Le bébé est un appel plus immédiat à la transcendance que tout autre amour.
Parce que le bébé ne retient rien.
Il ne dit rien.
Il ne cache rien.
Le bébé ne ment pas
Pourquoi le sourire d’un bébé nous liquéfie le cœur et que toute la nature le respecte ?
Parce qu’il est vrai.
Parce qu’il réveille en nous l’extase que nous désirons devant Dieu.
Un monde qui ne respecte pas les bébés, descend dans les profondeurs de la matière. Il n’existe pas .
Au Ciel, nous sourirons comme les bébés sourient.
Pourquoi les bébés attirent notre émerveillement ?
En fait parce qu’ils réveillent en nous la nostalgie du paradis terrestre perdu.
Du monde d’avant le péché originel. Dont on retrouve d’ailleurs un peu l’atmosphère dans une étable, la nuit…
L’innocence d’avant le péché originel… simplement l’évocation de cette innocence
d’avant le péché originel, fait fondre le cœur de l’homme.
C’est ce que l’homme désire avant tout. Retrouver la spontanéité, l’harmonie, la simplicité pure de Adam et Eve lorsqu’ils venaient de sortir de la main de Dieu.
Et le bébé est un reflet de ce monde lointain, avant que le temps prenne ses droits.
Jusqu’à Jésus, les hommes se sont débattus pour retrouver ce monde lointain.
Et ceux qui n’ont pas la foi en Jésus-Christ se débattent toujours pour retrouver
ce monde lointain, à travers leurs désespoirs et leurs illusions.
Parce qu’ils savent que ce monde s’éloigne chaque jour davantage.
Alors que vient faire Jésus dans le silence de notre nuit… ?
Il vient guérir la perte de notre innocence.
Il vient simplifier la vérité de notre intimité.
Il vient redonner le silence à notre cœur.
Et par la même, il ressuscite la joie que l’on a perdue le jour où Ève et Adam ont
voulu se fabriquer leur bonheur par un fruit qui ne leur appartenait pas.
Jésus est venu redonner la pauvreté nécessaire à nos vies essoufflées de richesses
et de complications.
Le plus beau cadeau que Dieu pouvait nous faire, c’était de nous sourire à travers le
visage d’un bébé d’avant le péché originel.
Il l’a fait… Nous l’avons ce bébé. Marie l’a porté dans ses bras. Joseph aussi.
Mais chaque Noël nous rappelle le goût de l’étable.
Chaque Noël pose tout au fond de notre cœur ce goût d’innocence, comme si nous pouvions porter Jésus innocent dans nos bras. Comme si nous pouvions être relié au bonheur de la première création de Dieu.
Nous jubilons de joie autour de cette crèche, parce que Dieu ravive notre désir de pureté.
Mais ça ne suffit pas……
En réalité, Dieu se cache derrière cette nostalgie qu’il réveille en nous.
Il nous cache un trésor infiniment plus précieux et infiniment plus comblant.
Mais ce trésor, cette plénitude, je ne peux pas la dire au milieu de la nuit.
Je la dirai demain au milieu du jour…
Le bébé de cette nuit m’invite au silence, et il m’invite à entrer dans cette messe, dans l’intimité si douce du recueillement.
Demain, après les cadeaux, Dieu nous invitera à une autre surprise..

HOMELIE QUATRIEME DIMANCHE DE L’AVENT A

Il y a un problème frères et sœurs… une question, qui se transforme en problème.
Comment voit-on la réalité ?
Par quel bout voit-on les choses ?
Imaginez-vous….
Vous allez vous marier. Votre fiancée vous annonce – ô très doucement… vous êtes obligé de lui faire répéter – elle vous annonce qu’elle est enceinte..! Et vous n’avez jamais couché avec elle. De ça vous en êtes sûr…
Comment voyez-vous la réalité ? (J’imagine juste un cas d’école, vous savez…)

D’abord votre tête ne suit pas. Trahison. D’amour.
L’émotion prend toute la place.
Brisure. ‘ Mais qu’est-ce qu’elle dit ? C’est une blague ?! ‘
Brisure de tout l’être. Brisure du cœur.
Vous ne pouvez pas y échapper quand vous relevez la tête pour la regarder.
L’événement émotif submerge. Casse les digues.
La réalité percute d’abord votre sensibilité, massacrée.
Certains risquent d’en rester à ce registre.
D’ailleurs, certains ne sortent pas de ce registre de l’émotionnel, de la passion.
Les enfants vivent sur ce registre.
Ça fait partie de notre nature, c’est notre part animale.
Sauf que nous ne sommes pas des animaux et nous devons gérer la forêt de nos pulsions.
Faut y passer, mais ce passage nous devons l’intégrer dans un équilibre plus vaste; c’est une éducation lente que d’apprivoiser nos passions.

N’empêche que notre fiancée est enceinte…
Et notre tête aussi se met à turbiner.
Que de projets qui s’écroulent !
Pour notre personnalité trahie, pour notre épanouissement qui déjà avait un goût de miel; pour la saveur de notre petit déjeuner. Je n’ai plus faim…!
Tout nous fait mal, pendant le jour;
et pendant les nuits, notre tête éclate d’idées folles.

Joseph n’est pas content.
C’est un homme de prière. Et il veut résoudre cette impossibilité avec son Dieu.
Qu’est ce qu’on lui a appris ? : Que Dieu parle par la Loi.
C’est ainsi que Joseph va aborder la réalité : par la Loi. Aux limites de la Loi.

Mais la Loi, on peut la prendre par deux côtés.
Il y a le côté ‘on va mettre la loi au service de ce qui nous intéresse et de nos désirs’
Réflexe court : ramener la Loi au service de notre égoïsme.
Mais la loi n’est pas là pour adapter la réalité à nos sentiments, à nos fantasmes, à nos idéologies, ou à nos intérêts.
Alors, il y a l’autre côté.. ‘ obéissance à la Loi qui nous ouvre un chemin de lumière.
Si la Loi est à notre service, c’est parce qu’elle est plus haute que nous.
En ce sens, la Loi nous indique le respect de la nature, le respect de ce qui doit être… beaucoup plus noble, beaucoup plus juste; Joseph était un homme juste.

Joseph cherche la solution, il cherche comment se conformer à l’événement qui le heurte. La vérité dans la Loi.
C’est tout ce qu’il peut faire par lui-même.
Et cela va lui permettre d’entrer dans l’écoute d’un autre message, qui lui vient par les paroles de l’Ange. Lumière qui dépasse la Loi.
Parce que Joseph est d’abord un homme juste, ajusté et réglo, il va être capable de recevoir un message étourdissant, qui alors, pour le coup, le dépasse de beaucoup :
‘Joseph, tu es l’époux de la Mère de Dieu ‘.
Comment peut-il comprendre ce message ?
Pour entendre cette mission, il fallait que Joseph fut purifié, de ses sentiments, de ses passions, de ses idées et même dans sa fidélité à la Loi.
Et cela ne pouvait arriver que pour un homme déjà juste.
Ensuite alors, vient la grâce. La grâce qui était dès le début, comme pour Marie.
Dans un même village une vierge, sainte de naissance, et un homme qui a grandi dans la droiture et l’obéissance à Dieu, dans l’immense respect de la Loi.
Ca, c’est déjà providentiel.
Parce que Dieu trace son chemin d’amour comme il le veut .
Donc, Joseph a la grâce qui a mis son cœur dans le silence de l’écoute , d’abord de l’écoute la Loi, très humblement.
Et puis, Marie, qui a la grâce , mais elle, enveloppée de grâce. Elle n’a pas eu besoin de se purifier, Marie. Dès le premier instant elle est dans l’écoute de la Loi, à travers les flots de l ‘Esprit-Saint en elle.
Joseph et Marie se croisent au détour d’une rue de Nazareth. De toute façon il n’y en avait pas beaucoup de rues dans ce village derrière la colline…
Et même s’il y avait eu des labyrinthes, Dieu les aurait fait se rencontrer.
Comme deux jeunes aux aguets d’un désir, ils se reconnaissent du premier regard.
Mais attention, rappelez-vous mon propos…
Ils ne se reconnaissent pas dans une pulsion d’attirance, de sentiments, de désirs de la chair, d’apparence physique ou de belles paroles.
L’un et l’autre au détour de ce chemin béni, se reconnaissent à l’humilité de leurs regards. Au rayonnement du silence qui émane l’un de l’autre.
Bien sûr, Joseph ne ressent pas l’amour comme Marie le ressent.
Mais quand même, c’est selon le même point de vue dominant que frémit leurs cœurs.
Et ce point de vue dominant, c’est le couronnement d’une vie de grâce.
Alors… après le bouleversement terrible dans les profondeurs de son âme, Joseph, à l’annonce, complètement absurde, que Marie attend un enfant, (certainement au retour de sa visite chez sa cousine, …) Joseph va passer l’épreuve pour reprendre l’écoute de Dieu.
Voilà par quel bout il va regarder la réalité ! Par la lumière divine.
Mais ce sera la plus rude conversion de Joseph de sa vie.
A laquelle l’invita Marie, presque comme malgré elle.
Car quand l’ange lui parlait, Marie a quand même eu une pensée pour Joseph.
« Je ne connais pas d’homme », ben oui.. mais à qui pensait-elle à ce moment-là ?
A Joseph bien sûr !
Elle savait que ça allait le démolir. Et elle a dit « oui ».
Et cela engagea le jeune prétendant dans une conversion presque forcée :
Parce que si Joseph n’avait pas suivi, pour lui c’était l’asile…
Et en quoi a consisté la conversion de Joseph ?
Elle a consisté au plus profond changement en lui qui touche à sa façon de voir la réalité.
Dieu, par cet événement unique au monde qui arrache le cœur de Joseph, le libère de la Loi pour le propulser dans une confiance, je dirais dans une foi absolument pure pour sa mission d’accueil de l’Enfant-Dieu; de Dieu sous forme d’un enfant.
Joseph ne s’attache plus à la Loi, il livre son âme à la lumière de Dieu dont il apprendra par son fils qu’elle est celle du Saint-Esprit.
Cette nuit là, à Nazareth, Joseph fut submergé par les Dons du Saint-Esprit.
Joseph fut mis à niveau du regard de la Vierge Marie.
Quand Marie a dit : «je ne connais pas d’homme » L’ange aurait pu lui répondre aussi : « N’aies crainte, je vais en mettre un à niveau de ta grâce. Ca va lui faire mal mais ça va passer. T’inquiète… »
Marie, bien féminine, fut l’instigatrice de l’ultime conversion de Joseph qui va l’établir dans le mariage spirituel.
Ensuite, il sera capable de s’occuper de ce bébé que nous, nous allons admirer dans trois jours avec nos regards impurs, parce que nous n’aurons pas le point de vue pur et lumineux pour accueillir sa réalité merveilleuse.

HOMELIE TROISIEME DIMANCHE DE L’AVENT

On est dans la joie ! N’est-ce pas, frères et sœurs ?
Mais en fait, il y a plusieurs joies…
Dans quelle joie sommes-nous ?

Il y a la joie du prophète. Celle qui vit en prémisses l’événement à venir.
Et il y a la joie du cultivateur qui voit pousser les premières pousses ; il voit son champ de blé verdir uniformément.
La joie du prophète est plus complète que celle du cultivateur, parce que le cultivateur peut toujours craindre une détérioration de son champ avant la récolte : par les sangliers, par des orages, ou qui sait… Par le feu ou la maladie, juste avant le passage de la moissonneuse-batteuse.
Le prophète, lui, sait de certitude d’inspiration spirituelle que ce qu’il expérimente en son âme se réalisera.
C’est le magnificat de la Vierge Marie. Mon âme exalte le Seigneur, exulte en Dieu mon Sauveur…
Et pourtant quand elle chante ce ravissement devant Élisabeth, elle n’est enceinte que de quelques jours. Elle sait que le Salut est arrivé, mais c’est encore sur la parole de l’ange, sans autre effet.
Marie, à cet instant est certaine du salut du monde entier; ça passe en elle de tout le frémissement de son être. Elle le sait dans la Présence de Dieu en elle.
Le résultat sera pourtant révélé progressivement, jusqu’à la résurrection de son Fils.
( « et Marie méditait tout cela dans son cœur »… elle méditait : ‘ désormais tous les âges me diront bienheureuse ‘. Elle méditait : ‘ déployant la force de son bras, mon Seigneur disperse les puissants’.
Elle méditait aussi : ‘ il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour’.)
Et elle allait comprendre que tout cela dépasserait son entendement.
Elle a une joie de prophète au moment de la rencontre avec Élisabeth.
Et toute la Bible surfe sur cette joie de prophète.
Abraham, Isaac, Jacob, Moïse – et Dieu sait si ce dernier a du mal à faire comprendre cette joie à son peuple qui a la nuque raide et qui ne veut pas de joie de prophète, mais veut bien davantage quelque chose à se mettre dans le ventre…
Quand Jean Baptiste s’interroge dans sa prison, il doute moins de Jésus que de l’échéance de ses prophéties.
Il est emprisonné et l’une des prophéties de la venue du Sauveur c’est qu’il ‘délivrera les pauvres qui appellent ́,
Jésus pour lui répondre et le conforter cite le chapitre 35 d’Isaïe :
‘les sourds entendent, les boiteux gambadent, les muets parlent…’
Mais par délicatesse, pour que Jean ne parte pas dans un faux espoir, il ne cite pas le chapitre 42 où il est dit en parlant de l’Élu de Dieu, du Messie: ‘ je t’ai désigné comme alliance du peuple et lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, pour faire sortir de prison les captifs et du cachot ceux qui habitent les ténèbres ‘
Jean n’aurait pas compris, parce qu’à ce moment là Jean essayait de recoller les prophéties, qu’il connaissait bien, avec ce que faisait Jésus.
Sauf qu’il ne savait pas, Jean, que l’accomplissement de la mission de Jésus serait… Après sa mission à lui, et après sa mort.
Pour Jean Baptiste, l’erreur, qui est si compréhensible pour cet homme habité de Dieu et de la Loi, c’était de croire que parce que Jésus était apparu tout était réalisé. La victoire, en fait, serait définitivement réalisée sur la Croix glorieuse et par l’Église, œuvre du Saint Esprit dans les cœurs des croyants.
Jean découvrira cette victoire du dessein de Dieu… au Ciel.

La joie des prophètes est toujours partielle, comme la joie de Newton découvrant la loi de la pesanteur n’est pas celle de toute la science ni même celle de toute la physique mécanique.
Et pourtant quelle joie de saisir une étincelle de mystère…!

Alors parlons de la joie du mystère dévoilé tout entier.
Les apôtres sont fascinés par Jésus. Certains seront éblouis de sa lumière de transfiguré.
Quelle joie, chaque jour, de marcher avec un homme hors du commun.
Chaque jour avec Jésus était un festin d’émerveillement, de sagesse et de connaissance de Dieu, de miracles, de paix et de vie éternelle..
C’était la naissance de l’Eglise, progressivement, selon l’évolution spirituelle des 12 pauvres hommes qui avaient donné leur cœur et leur amitié à cet homme, doux et humble, Agneau de Dieu, qui était Dieu avec eux.
On ne peut pas comprendre cette réjouissance du cœur des apôtres.
Ils étaient les choisis pour l’éternité.
Chaque baptisé devrait se sentir choisi pour le bonheur et pour l’éternité.
C’est quand même incroyable, nous sommes élus pour le paradis.
Marie, les douze, quelques saintes femmes, enfin… Sur le chemin de devenir saintes, comme les apôtres, progressivement.
Et qui le seraient parce que Jésus les avaient tous choisis.
Sauf un, qui se révélerait traître.
Choisi pourtant…
Le royaume était arrivé.
Il était déjà là. Dans les cœurs.

Il y a la joie du cultivateur
Il y a la joie du prophète, tellement plus certaine, mais encore partielle.
Il y a la joie de ceux qui ont touché Jésus et de celle qui a porté le Messie.
Ces derniers n’avaient pas une vision d’un aspect du plan divin, ils avaient l’infini avec eux, mais il leur fallait s’ouvrir à cet infini.
Là se trouvait la limite de leur joie. Et ils iront pour la plupart jusqu’au martyre, parce que leur amour les a portés au delà de cette terre, tellement la grâce les a remplis.

Et puis, il y a notre joie, chers frères et sœurs.
La même que celle des apôtres, tellement plus intense et pleine que celle des prophètes et même que celle de Jean Baptiste.
Et même que celle des apôtres au moment où ils suivaient le Messie sur les chemins d’Israël.
Nous avons l’Église, plénitude de la révélation à laquelle Dieu nous a prédestinés depuis la création du monde.
Sauf que…
Nous avons tout cela derrière le voile de la foi et derrière la présence sacramentelle de Jésus
Tout est accompli.
Tout : la Bonne Nouvelle, toute la révélation des mystères, la gloire de Jésus et l’assomption de la Vierge, la profusion de l’Esprit Saint sur l’Église, la libération des captifs,
Les sourds ont des oreilles (pas tous… Ceux qui veulent, mais c’est déjà pas mal, quelques oreilles en état de marche)
Sauf que nous le vivons à partir dans le bruit du monde. Pas grave !
Notre route de joie est dans le désert et dans la solitude de l’Église. (Isaïe 43, 19)
Ce n’est plus en périphérie, c’est réalisé pour nous; sous l’apparence du rite et dans la grâce de la foi.
On attend Noël, mais il est arrivé à Noël ! depuis 2000 ans.
On attend le Sauveur, mais il est arrivé ! il arrive chaque jour au moment de la communion plus parfaitement encore que sur les chemins de Galilée !
On attend le pardon mais Isaïe l’attendait de façon certaine ( ‘ c’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris’ [52, 5] et ‘ton époux sera ton créateur, ton rédempteur, le Saint d’Israël dans son amour éternel’ [54, 5, 8]

Alors ? Mais qu’est ce qu’on attend ?
Notre joie attend la disparition du message.
Elle n’attend plus en fait que l’union immédiate et la plus intime avec notre Rédempteur glorieux.
Elle attend l’invasion des Dons du Saint-Esprit qui est commencée depuis notre baptême.
Notre joie attend qu’on dérouille notre cœur…
Car tout est là.
Si proche.
Le Royaume des Cieux… Nous avons juste à pousser la porte. Nous entendons sa musique, nous voyons la Clarté de la grâce, nous sommes enveloppés de sa douceur mais… il reste à passer la porte, encore.
Voilà pourquoi on est dans le dimanche de la joie.
Parce qu’elle est là, (et d’ailleurs, Noël ou pas Noël, nous vivons déjà de la vie de l’Enfant-Dieu. Noël nous aide simplement à raviver notre joie, mais c’est comme à chacun de nos anniversaires : qu’on fête notre anniversaire ou pas nous avons de toute façon la joie d’ être né un jour et d’avoir une année de plus…… )
Donc la joie, nous ne l’avons pas moins et de la même mouture que celle des apôtres qui suivaient Jésus, mais on exultera de cette joie, quand nous – comme eux – nous dérouillerons notre âme et quand nous serons un jour, entré dans le château de lumière.