BAPTEME DU CHRIST 2026

Jésus au cœur de la réalité

L’homme est compliqué.

Il est compliqué parce qu’il doit gérer plusieurs mouvements de croissance au long de sa vie.

Il a un âge pour se laisser porter. Et un âge pour être responsable.

Il a un temps où il doit faire, construire et courir.

Et il est un temps où il doit se calmer et purifier son regard.

Il a un temps où il doit regarder la terre et la travailler.

Et un temps où il doit regarder le ciel et apaiser son cœur.

Il a un temps d’expression. Et un temps de silence.

L’autre jour, je voyais une petite fille, 4 ans… Qui voulait mettre ses chaussures toute seule. Elle affirmait fièrement « je fais toute seule. Maintenant je suis grande…! »

Et tout le monde de sourire, parce que c’était bon signe.

Qu’elle veuille devenir grande…

Pourquoi l’homme est compliqué ?

L’homme et la femme j’entends, bien sûr.

Parce que sa courbe de croissance croise une courbe de maturité qui n’ont pas, l’une ni l’autre, la même équation.

De plus la courbe de croissance, et la courbe de maturité, ne s’appliquent pas de même façon au corps et à l’âme.

Et pour compliquer les choses, l’homme et la femme doivent tenir compte de leur désir pur et de leurs tendances impures qu’ils n’arrivent pas toujours à distinguer.

Et pour compliquer les choses… l’homme et la femme doivent ouvrir la fenêtre de la grâce divine qui seule peut harmoniser tout cela.

Que c’est compliqué de gérer tout ça pour une seule personne !

Comment faire quand on a 10, 15 ou 30 ans, pour garder l’équilibre et pour grandir toujours ?

Dernièrement, je relisais l’une de mes notes de lectures, d’il y a 40 ans.

Et j’y trouvais une lumière.

Dans la vie de Saint François-Xavier, apôtre des Indes et du Japon.

Quand il était ado, ses parents étaient étonnés de son intelligence remarquable. Et ils l’avaient confié à un maître : Pierre Veillard.

François Xavier s’est toujours rappelé de son maître qui brillait par sa doctrine et par sa sainteté.

Et j’ai remarqué que chez les grands apôtres on retrouve souvent ce respect et cette reconnaissance pour un maître qui ont éduqué leur enfance.

Sans être grand apôtre, je me souviens de certains hommes sur ma route qui malgré leurs défauts, m’ont appris, par leur dévouement, à grandir .

Monsieur Chaunier, monsieur Caron, frère Charles Eugène… père Jérôme… les plus proches, et il y a tous ceux, ma famille d’esprit, auxquels je bois encore à la source de leurs bonnes influences.

Ces hommes grandissaient en grandissant les autres.

Ils trouvaient leur joie à bien former les têtes un peu jeunes et légères que nous étions à l’époque.

Je ne cite pas ceux qui sont encore vivants.

Pourquoi je dis tout cela le jour du baptême du Christ ?

Le Christ est né bébé.

Il a grandi.

A 12 ans, il grandissait, est-il dit, en taille, en sagesse et en grâce.

Aujourd’hui, le Christ à 30 ans.

Il a grandi. Et nous avons le Christ à l’âge de la maturité.

Il va commencer sa mission visible, publique  d’accomplissement du salut du monde.

Or, comment s’y prend-il ?

Jean-Baptiste ne le comprend pas.

Personne ne le comprend.

Il va se mettre aux genoux de ce prophète un peu rustre pour vivre un rite de purification dont il n’a pas besoin.

Complètement incompréhensible.

Sauf… si l’on se dit que le Christ introduit à ce moment-là une nouvelle sagesse dans notre monde.

Non pas par des paroles :

«  Laisse faire, dit-il à son cousin Jean-Baptiste,… tu comprendras plus tard. En tout cas ceux qui croiront en moi comprendront plus tard…»

Quelle est cette nouvelle sagesse que le Christ introduit dans le monde ?

Le Christ est descendu à Jéricho.

Le Jourdain s’écoule à peu près à 1 km de Jéricho, la ville la plus basse du monde, à environ 250 m en dessous du niveau de la mer Méditerranée.

Et le Christ s’abaisse devant un homme qui n’est même pas digne de dénouer la courroie de sa sandale…

Nous avons là la clé de l’œuvre d’amour de Dieu, et en même temps la clé de la plus haute sagesse humaine.

Après l’âge de croissance, Jésus nous montre que si l’on veut transformer le monde, si on veut élever le monde, et ça les jeunes comprennent difficilement, (normal…) hé bien, il faut s’abaisser. Descendre au cœur du monde. Se faire proche.

L’esprit du monde est selon un autre schéma.

L’esprit du monde, c’est de trouver tous les moyens pour s’élever, pour couvrir le plus de surface possible, accumuler richesses et de connaissances pour dominer.

L’esprit du monde, d’une certaine façon, n’est pas passé dans le régime de la maturité. Il est un enfant qui veut grandir toujours selon le mode de l’enfance.

Jésus arrive…

Et développe une autre sagesse.

Le Christ s’abaisse au plus bas pour sanctifier de sa présence divine le plus bas.

Et ça c’est une autre sagesse.

C’est la sagesse du maître qui accueille l’imperfection du disciple, qui se met au niveau du disciple pour mettre en valeur ses dons.

Le vrai artiste entre dans la même sagesse.

Le vrai artiste descend dans l’épaisseur de la réalité pour révéler une beauté que personne n’avait encore vue.

Que fait Jésus ?

Il prend un rite. le baptême de Jean-Baptiste. un rite purificateur.

Un peu comme quand on se lave les mains.  Jésus entre dans ce rite.

Il vient tout simplement recevoir de l’eau sur lui-même.

En a-t-il besoin ? aucunement.

Mais alors que se passe-t-il au moment où Jean baptise Jésus ?

Voilà la sagesse accomplie :

Jésus introduit sa force divine, sa propre puissance de purification – il est source, il est puissance d’amour – dans un rite tout banal et même habituel chez les Juifs.

Au lieu de recevoir le rite de Jean son cousin, il transfigure par sa présence divine la signification du baptême.

À partir de ce moment-là, le baptême n’est plus une simple purification, il est la rencontre de la grâce de Dieu. Il devient un sacrement.

La grâce du baptême de Jésus descend au plus bas de notre monde et de notre cœur, pour apporter la lumière de Dieu, c’est-à-dire pour ouvrir notre cœur à l’amour qui peut complètement le combler.

Et ça c’est une nouveauté qui donne sa maturité au monde entier. Que Jean n’avait pas découvert.

Toute sa vie le Christ va reprendre ce schéma.

Dans chacun des sacrements. La communion bien sûr, la confession, le mariage et tous les autres. Le même schéma.

Il vient habiter ce qu’il y a de plus bas en nous, nos misères, nos souffrances, nos péchés, pour les transformer et les enrichir.

Il va les vivre, et parce que Jésus les a vécus, si nous le vivons avec lui nous entrons dans une maturité de lumière et d’amour.

Et ça personne ne peut le comprendre s’il n’a pas la foi en celui qui est descendu dans le monde pour nous élever jusqu’au Ciel, jusqu’au Père.

L’homme, la femme, qui a la foi est le seul, la seule, qui accède à la maturité de sa personnalité.

Le monde est un immature qui court après les biens et les richesses en n’ayant pas tout compris.

Celui ou celle qui a la foi en Jésus-Christ notre Sauveur, vraiment notre Sauveur, il accède à la beauté de son cœur, à la beauté de son humanité.

Il comprend que la maturité c’est d’habiter la réalité par une présence noble.

Et il n’y a pas de présence plus noble que celle de Dieu.

HOMELIE EPIPHANIE 2026

Épiphanie, c’est quand ça apparaît…
« sur toi la gloire du Seigneur apparaît ».
On doit dire qu’on l’attendait depuis longtemps dans la bible, cette épiphanie.
« une lumière brillante brillera jusqu’aux limites de la terre. De loin viendront les peuples nombreux vers ton nom qui est saint, Jérusalem, les mains chargées de leurs offrandes pour le roi du ciel.»
Ça c’est dans le livre de Tobie au chapitre 13.
Les prophéties qui annoncent une lumière sur le monde et sur les nations sont très nombreuses tout au long de la Bible.
La lumière est une image préférée du Seigneur pour signifier sa présence surnaturelle.
Mais quelque chose éveille notre curiosité pour toutes ces évocations de lumière.
D’où vient la lumière ?
C’est curieux en fait parce qu’il y a trois sortes de citations qui courent tout au long de la Bible.
Soit la source de la lumière n’est pas définie.
« Dieu dit : que la lumière soit. Et la lumière fut.» [ Gen 1, 3] premier jour.
On devine que cette lumière n’est pas le soleil puisque le soleil est créé au troisième jour, plus tard.
Lumière spirituelle…
Et encore dans Isaïe :
« le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière.» [Isaïe 9, 1]

Mais dans la grande majorité des cas, dans la Bible, la lumière, c’est Dieu lui-même.
« Dieu est lumière, il n’y a pas de ténèbres en lui ». [1 Jn 1,5]
« fait briller ton visage sur ton serviteur. Sauve-moi par ta grâce »
Quelle belle prière du psaume 31.
La parole, le Verbe de Dieu est lumière.
« ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route» [Ps 35, 10]
« Jésus leur parla : ‘ moi, je suis la Lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » [Jn 8, 12]
« le Verbe était la vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde ». [ Jn 1, 9]
C’est bizarre comme nous sommes rassurés au fond de nous-même quand nous lisons ces phrases.
Elles correspondent à notre attente.
Tout le monde peut les comprendre.

Il y a une troisième évocation de la lumière.
Quand le Christ nous dit :
« vous êtes la lumière du monde.» il parle de nous.
« votre lumière doit briller devant tout le monde. ». … ‘ vous devez la mettre bien haut pour qu’elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.’ [ Math 5, 14-16]

Mais en fait, si nous sommes lumière nous ne sommes pas source de la lumière, nous sommes reflets de la lumière qui nous habite.
« si nous marchons dans la lumière nous sommes unis les uns aux autres ». [ 1 Jn 1, 5-7]
« car si autrefois vous étiez ténèbres vous êtes lumière dans le Seigneur. Conduisez-vous en enfant de lumière !» [Eph 5,8]

Qu’est-ce que nous découvrons en ce jour de l’Épiphanie annoncé tout au long de la Bible… ?

Nous découvrons que la lumière et la paix ne viennent pas de traité de paix ni d’enseignements.
Elles viennent d’une source cachée, et cette source qui a la puissance d’un soleil, est comme un cœur qui irradie.
Et ce cœur c’est celui du Christ.
Incognito, dans une grotte de Bethléem, dans la nuit. Qui est pour nous, tout aussi caché sous la forme du ressuscité.

Toute la lumière annoncée ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur.
De l’intérieur d’une seule personne.
La lumière de la divinité vient habiter le monde à partir du cœur très humain de Jésus-Christ.
Et ça c’est une merveille, c’est une merveilleuse bonne nouvelle !
Pourquoi ?
Eh bien parce que nous n’avons pas à chercher Dieu au sommet du ciel.
« la voix du Seigneur ton Dieu n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte.
Elle n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : ‘ qui montera aux cieux nous la chercher ? ‘ (…)
Elle n’est pas au-delà des mers, pour que tu dises : ‘ qui se rendra au-delà des mers nous la chercher ?’ (…)
Elle est tout près de toi cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique.» [ Dt 30, 11-14]

L’Épiphanie, c’est une révélation au monde entier à partir d’une source intérieure.
Et comment cette révélation se répand au monde entier.
C’est très simple, et c’est justement parce que c’est si simple que c’est vrai d’une belle lumière.
Cette révélation se répand par la communion au cœur de Jésus.
C’est-à-dire qu’il y a une communion d’amour qui se transforme en lumière pour notre cœur.
Au plus profond de nous.
Pour certains cette invasion de lumière va les brûler, tellement elle est forte.
Mais Dieu est tendre et cette invasion de lumière, il va la faire progressivement monter pour nous ménager.
Dieu nous invite à vivre avec un volcan au cœur de notre âme.
Nous partageons sa lumière par un mystère de communion.
Si bien sûr, nous nourrissons ce mystère par des temps de prière silencieuse.
Alors, ce mystère de lumière, invisible pour celui qui le vit, devient contagieux.

L’épiphanie de Jésus monte de son cœur divin à notre cœur amoureux.
C’est une aventure de lumière et de ténèbres. Les deux à la fois.
Toute notre vie chrétienne sera une aventure de lumière et de ténèbres dans notre cœur.
« pour que l’âme atteigne la vie avec Dieu et communique immédiatement avec lui, elle a besoin de s’unir dans les ténèbres à la lumière éclatante, et même aveuglante, qui est une union d’amour » [Jean de la Croix MC 2, 9, 4]

Ce qui amena les mages jusqu’à Jésus, c’est moins l’étoile qui s’arrêta au-dessus du lieu de l’enfantement, que la brûlure du cœur de ces hommes qui firent tout ce voyage presque pour rien.
Simplement pour apaiser le désir trop brûlant de rencontrer celui qui était la lumière du monde.
Simplement Ces mages ont fait cette équipée désintéressée pour ouvrir leur cœur à la source de la lumière, leur cœur qui avait simplement le désir ardent de rencontrer un Sauveur.
Il repartiront très simplement aussi, allégés de leurs trésors et apaisés dans leur espérance brûlante par une expérience intime qu’ils n’ont racontée à quasi personne.
Comme Siméon, ils sont repartis au loin, silencieux, en murmurant à travers le désert de Jordanie :
« tu peux laisser aller ton serviteur en paix selon ta parole car mes yeux ont vu ton salut »
Ils avaient vu Jésus, Dieu homme, pendant une journée, ou deux, et cela suffit à accomplir une mission qui ne dépendait pas tout a fait deux, à remplir leur vie, à les délivrer du monde, des ténèbres,
Et à leur donner la joie qui ne les quittera plus jamais.
La même expérience de l’Épiphanie qui peut grandir dans notre cœur.

HOMELIE 1er Janvier SAINTE MARIE MERE DE DIEU

« que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse. que son visage s’illumine pour nous »
« que Dieu nous bénisse…»

Ce verbe ‘bénir’ est comme du miel pour n’importe quel homme, même celui qui ne croit pas en Dieu ( enfin, … ne croit pas au Verbe fait chair, à Jésus-Christ illuminateur de notre vie)
Bénir, c’est l’un de ces mots qui est riche. Tout petit, mais très riche.
Parce qu’il nous dit qu’il y a quelque chose qui nous échappe, qui est tout au fond de nous-même, et sur lequel nous n’avons pas, ou très peu, de prise, et que cette profondeur de nous-même elle est aimable à Dieu.
Et ça, ça nous remplit de joie et d’aise.
Parce que Dieu m’aime : je suis aimable.
Dieu m’a choisi.
Presque ‘ je n’y peux rien’.
Dieu a mis en moi quelque chose qui ne dépend pas de moi et dont je n’arriverai jamais à me défaire :
C’est que je suis aimable !
Certains ne sont peut-être pas tout à fait d’accord … alors je peux le dire autrement…
Il y a une chose que vous n’arriverez jamais à vous défaire : c’est que vous êtes aimable, vous mon frère, vous ma sœur.
Aussi forban, pécheur, nul, et malgré mes efforts à faire tout rater, je ne peux pas enlever cette part de moi-même qui appelle l’amour et qui donne l’amour.
Je ne suis pas libre de ne pas être aimable.
C’est terrible, mais le grand pécheur qui fait tout pour être infect à l’humanité, à lui-même et à ses frères, il n’arrivera jamais à ne pas être aimable tout a fait.
Même Adam, piteux derrière son arbre, Dieu blessé en son cœur le poursuit quand même :
‘ où es-tu Adam ?’
‘Adam, je t’aime quand-même…’

Parce que Dieu nous a béni de sa grâce d’immensité.
Je suis aimable parce que Dieu est présent en moi. il me communique la vie, la capacité de parler en ce moment, de vous regarder, de voir la lumière, de ressentir, d’aimer et d’essayer de comprendre quelques petites choses de ce grand mystère de la Création.
Et à moi et à vous, et aux bons et aux mauvais, Dieu fait se lever le soleil et pleuvoir sur les bons et sur les mauvais.
Il y a une sorte de bénédiction générale de la naissance à notre existence.
Tout le monde le vit.
Mais tout le monde n’y répond pas.
Il y a une seconde bénédiction c’est la présence par grâce qui réveille, si j’ose dire, le plaisir de Dieu.
Dieu m’aime parce que je le désire.
Parce que je réponds à son appel.
Oh ! très largement…
Je veux dire que le simple baptême suffit pour que Dieu soit proche de mon coeur.
Il suffit simplement que je ne fasse pas de péché mortel pour que Dieu ne se mette pas dans l’oubli.
Mais cette présence elle est cachée. Je ne peux pas la percevoir. C’est déjà la foi qui me le dit. je ne peux pas la mesurer.
« Si je suis en état de grâce, que Dieu m’y garde », disait sainte Jeanne d’Arc, « si je n’y suis pas, que Dieu m’y mette ».
Réponse sublime dans sa simplicité, à l’évêque Cochon qui l’interrogeait.

Mais cela ne me suffit pas.
Je veux répondre à Dieu de toute mon âme, de tout mon esprit, de toute ma force.
Parce que Dieu m’a donné mon âme mon esprit et ma force, il me les a donnés pour une réponse d’amour.
Et je veux qu’il soit présent pour agir spirituellement et pour se réjouir dans un dialogue d’amour.
Dieu communique sa grâce dans les âmes ferventes pour que cette grâce soit active, lumineuse, et qu’elle établisse la joie profonde de notre âme.
Et là il n’y a plus de plafond.
Le jeu de la grâce ne se repose pas qu’il n’y ait une intercommunication d’amour;
Une expérience qui d’abord purifie, élève mes actes,
Dieu regarde son amoureux, son amoureuse, et il lui fait goûter la douceur et la puissance de son cœur.
Il lui fait goûter la bénédiction.
Mais ça ne suffit pas.
Cette bénédiction devient transformante.
Cette bénédiction non seulement touche mes actes, leur donne une qualité surnaturelle, au-delà de ma nature, mais elle s’enracine pour transformer mon âme et pour l’identifier à Dieu.
Et là c’est la merveille.
L’âme se voit en Dieu et elle voit Dieu qui se voit en elle.
Par une expérience ineffable, c’est à dire qu’elle ne peut pas le dire.
Et pourtant Dieu élève à une égalité d’amour le cœur de celui qui s’unit à lui.
C’est à proprement parler ce que l’on appelle la contemplation.
Non seulement l’âme agit selon ce que Dieu veut, mais elle a radicalement sa vie en Dieu.
C’est une présence ou une bénédiction transformante.
C’est un coeur à cœur dont Dieu a l’initiative.
Tout est changé par cette bénédiction.
Notre regard, nos actes, notre façon de percevoir et d’intégrer les réalités naturelles et surnaturelles, tout cela devient une communion dans la lumière, d’abord du Créateur, mais ensuite de Celui qui est venu apporter la réparation de notre nature blessée.
Et ensuite de Celui qui est venu apporter l’illumination. Le Saint Esprit.
La plus belle bénédiction c’est lorsque il n’y a plus qu’illumination.
La Vierge Marie a vécu tout les degrés de la présence de Dieu dès le premier instant et dans sa plus forte intensité et dans sa plus profonde profondeur.

Nous ne saurons jamais quelle est notre bénédiction, le degré de notre bénédiction.
Peut-être au Ciel, mais à ce moment-là nous ne nous en préoccuperons plus.
On peut simplement savoir qu’il y a des ‘plus bénis’ que d’autres.
Simplement parce que Dieu les a désignés nommément.
Les patriarches, Abraham, Moïse, Josué, quelques amis de Dieu, et les prophètes.
Dieu leur a dit ‘tu es mon béni.’
Comme il aurait dit ‘ tu es mon chéri.’
Tout ceux là sont entrés dans l’union mystique pour vivre de la sagesse, de l’intelligence, de la piété, de la force et de la douceur de Dieu.
Mais il y en a une à qui Dieu a dit davantage , ‘ tu es ma chérie ‘
Tu es bénie entre toutes les femmes.
… Entre toutes les femmes.
Et il y en a beaucoup.
Dieu est entré en elle, Dieu a habité de toute sa grâce l’âme de la Vierge Marie.
Et Dieu lui a donné d’être Mère de Dieu.
Mère de Celui qui donne toute bénédiction.
L’amour de Dieu pour Marie l’a élevée jusqu’à son coeur en lui donnant son cœur, en lui donnant son Fils.
Plus on est béni de Dieu, plus on goûte au silence, parce qu’on expérimente la présence silencieuse et permanente de Dieu dans le secret de notre cœur.
La Vierge Marie était femme de silence parce que Dieu savourait d’être dans le cœur de Marie.
Comme tout bébé, Jésus bébé a savouré d’être dans le ventre de Marie.
Mais c’est de lui que venait la bénédiction et il a ouvert la source de la bénédiction pour cette femme qui ne l’a jamais perturbée, ni refusée.

HOMELIE SAINTE FAMILLE

Frères et sœurs,
Nous fêtons la Sainte Famille.
On peut donc penser qu’elle est comme une lumière qui éclaire toute famille.
Or, aucune famille n’est configurée comme une autre famille.
On ne peut pas comparer Monsieur et Madame Dupont à aucun autre couple de Durant . Ni les parents, ni les enfants. Ni dans leur vie intime, ni dans leur vie publique (Peut-être, de loin, pour la vie publique ou le travail, il peut y avoir parfois quelques rapprochements).
La Sainte Famille n’a aucune ressemblance avec aucun de nos parents, ni en grâce, ni en pureté, ni en harmonie, et encore moins dans leur mission..
Mais n’existerait-il pas une vertu qui nous rapprocherait de la Sainte Famille?
J’en vois une, lumineuse, principale, spécifiquement chrétienne; je dirais même délicieusement chrétienne.
Les textes d’aujourd’hui proposés par l’Église la confirme avec évidence et la murmure à notre cœur avec insistance.
Je parle de la vertu de compassion.
Toute vraie famille, qui garde vaille que vaille, l’unité naturelle d’une famille – papa, maman, et les enfants, fécondité du couple – et inévitablement humble.
Et c’est toute la leçon de Ben Sira, dans la première lecture.
Goethe écrivit dans ses Maximes une réflexion qui est devenue citation commune et même passée en proverbe.
« il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre ».
Cette constatation n’est pas en raison d’un manque de qualité du premier, c’est en raison de la proximité du regard du valet sur les besoins communs du grand homme.
Le grand homme, pour faire de grands pas doit enfiler ses bottes avec ses rhumatismes; et malheureusement, il peut oublier ses clés de voiture dans une poche de son pantalon qui tourne dans la machine à laver…
Le grand homme a ses défauts et le valet, lui, ne retient que ces détails qui sont quotidiens et nombreux.
Ainsi en est-il dans une famille.
Pour ses enfants, leur père n’est pas souvent un grand… ‘ père ‘.
Et leur mère une grande ‘ femme ‘.
Et les parents considèrent leurs enfants ‘grands’ tant qu’il promettent encore, par une sorte d’ambition illusoire, jusqu’à ce qu’ils atteignent leur plafond qui n’est pas souvent plus haut que le plafond de la normalité.

Ben Sira ne cesse de défendre le père et la maman.
Il est entré dans l’âge de la compassion. De la belle compassion.
De la compassion qui grandit l’homme.
Car l’homme grand et celui qui regarde avec compassion.
« celui qui honore son père obtient le pardon de ses péchés, » écrit Ben Sira.
« celui qui honore sa mère ramasse un trésor ».
Cet honneur correspond exactement au mouvement de compassion et au mouvement d’intelligence profonde de l’autre,
qui réclame généralement des années pour trouver sa douceur, sa tendresse vraie.
Et comme par hasard, ce regard profond sur celui qu’on voit tous les jours dans ses faiblesses incurables, c’est le regard de pardon qui nous obtient le pardon de Dieu.

La compassion n’a rien à voir avec l’affectif fusionnel qui fausse la relation tant avec son père qu’avec sa mère. L’affectif fusionnel asphyxie l’âme et l’intelligence.
La compassion et lucide et bien plus saine.

Traduisons les belles paroles de Ben Sira :
« celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants »
Bien évidemment… car celui qui a compassion des limites de son père aura l’humilité avec ses enfants et ses enfants lui rendront en tendresse.
« celui qui glorifie son père verra de longs jours ». Bien sûr !
Puisqu’il ne se battra pas toute sa vie dans la révolte d’avoir eu un père si nul.
« celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère » bien sûr !
Puisqu’il saura, celui-là qui obéit, combien sa mère a de mérite à obéir elle-même à la suite des jours et des événements.
L’obéissance au Seigneur est une école de compassion, tellement elle demande d’humilité .
« la miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée ». Dit encore Ben Sira.
La miséricorde pur jus, la belle miséricorde et en fait celle qui est .enveloppée de compassion.
Et la miséricorde pour notre père nous ajuste à la miséricorde divine.
Ou plutôt l’inverse… quand on expérimente la miséricorde divine pour notre pauvre cœur blessé, alors la miséricorde pour notre père devient possible, quel que soit le visage patibulaire de notre père.

Avec cette introduction, nous pouvons nous aventurer dans le jardin de Saint Paul et comprendre Saint Paul.
Le terrible saint Paul, tout tendu de volonté et d’esprit de force pour tourner le cœur de ses frères, et des païens, vers le Seigneur..
Que dit-il ?
Habillez-vous… dit-il au Colossiens, « habillez-vous de tendresse et de compassion ».
Le rude Paul, il pleure presque, il supplie pour que sa nouvelle communauté témoigne de la douceur, de son pardon, de son humilité qui ne peuvent être véridiques que si elle jaillissent d’un fond d’amour et de l’Esprit Saint.
Mais c’est le même message que celui de Ben Sira ! et il va plus loin, plus précis encore…

« femmes, soyez soumises à votre mari ! »
Certains, impurs, vont se frotter les mains et dire :
‘ quel beau témoignage : une femme soumise à son mari ! voilà qui est très bon… ‘
Et certaines, d’ailleurs tout aussi impures, mais davantage coincées et meurtries, diront :
‘ jamais ! jamais de la vie ! Au diable Saint Paul !’
Arrêtons-nous une minute.
Reprenons notre souffle, frères et sœurs.
Ou plutôt reprenons l’esprit de saint Paul et devenant fils et fille de l’Église, plutôt que de se bloquer sur place en ne respirant plus.
Et si on osait demander : ‘ comment serait-ce possible?’
Et si j’abordais cela dans la prière.
Et si je demandais l’esprit de Saint Paul, l’Esprit Saint…
Reprenons notre tricot avec le fil de la compassion.
Évidemment, Paul ajoute très vite : ‘ dans le Seigneur, c’est ce qui convient ‘
Parce qu’une soumission qui ne serait pas dans le Seigneur dans la grâce du sacrement du mariage et du désir de sanctification de son conjoint serait destructrice.
Ce serait prendre l’autoroute à contresens.
‘ dans le Seigneur… ‘ la relation par la compassion, une compassion inévitablement réciproque, elle ouvre la compassion pour le pauvre cœur de l’autre, de son conjoint, et appelle la compassion et la paix du Christ qui est le fondement d’une union d’amour, malgré tous les dysfonctionnements de faiblesse ou de péchés même.
On ne se frotte plus les mains, c’est un sommet permis par la grâce de Dieu.
Et la réponse du mari pour sa femme, elle est inscrite dans la grâce du jour du mariage : elle est de compassion encore et toujours.
« Maris, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle ».
Parce que nous sommes tous dans le même désir d’union de pauvretés qui veulent se rencontrer.
Si on en reste à la pauvreté nous serons toujours déçus.

Alors je reviens ma première question.
Comment la Sainte Famille qui n’a pas eu la même expérience pratique, la même expérience conjugale que chacune de nos familles, peut-elle être lumière pour notre temps ?

La réponse elle vient de Saint Paul, elle vient aussi de Ben Sira le sage.
L’expérience de la relation ne vient pas des années à regarder la télévision dans un même canapé, ni de manger la même cuisine au beurre ou d’avoir dans son verre le même jus de fruit que son conjoint.
Elle ne vient pas de reproduire les mêmes efforts de fidélité que nos parents ont essayé de vivre, et de supporter les mêmes reproches que nos parents se sont échangés aussi. Ou de les éviter…
Le fond du couple et de la famille, il émerge d’un regard qui dépasse les aléas de l’affectif et d’une complémentarité qui n’est jamais satisfaisante en plénitude.
Il vient d’un regard de compassion expérimentée dans la grâce.
Dans la grâce d’abord du Seigneur sur notre faiblesse, compassion divine qui s’appelle miséricorde.
Et qui permet un autre regard de compassion, différent, qui est le respect d’un mystère de faiblesse chez son mari, chez son épouse.
Le plus bel amour de son mari, ce n’est pas un amour d’admiration et d’éblouissement, un jour de printemps, c’est un amour de tendre compassion, dans l’Esprit Saint.
Le plus bel amour de sa femme, ce n’est pas un amour de clair de lune un soir d’été, c’est un amour de tendre compassion, dans l’Esprit Saint.
Dans la grâce, demandée, de l’obéissance au Seigneur et à l’Église.
Aucune communauté, aucun couple, aucune famille, ne peut toucher à la joie et à la fidélité sur le long terme, à l’unité tout simplement, sans recevoir de la grâce divine et de l’Esprit Saint grande compassion et douceur qui s’ouvre en pardon dans les meilleurs des cas.

C’est exactement ce qu’a vécu Joseph, le sage, dés avant la naissance de Jésus, et à sa naissance, et pendant sa jeunesse, en regardant Marie et l’enfant Dieu.
Et Marie en regardant Joseph.
Sauf que leurs regards de compassion n’étaient pas en raison du péché, mais en raison de la faiblesse inhérente à la nature humaine.

Petite cerise sur le gâteau .
« et vous parents, n’exaspérez pas vos enfants, vous risqueriez de les décourager », écrit Saint Paul
Alors là, il me faudrait une autre homélie d’environ 1h pour traiter ce sujet…

HOMELIE JOUR DE NOEL

Cette nuit, j’évoquais le bébé Jésus qui naissait dans l’innocence d’un temps que nous avons perdu.
Tout bébé réveille en nous le désir d’un paradis terrestre retrouvé.
Sauf que le bébé Jésus, dans les bras de Marie Immaculée, il n’est pas simplement une évocation du paradis terrestre,  il est l’émergence réelle de l’harmonie qui a enveloppé le cœur d’Adam et Ève avant la faute.
Jésus est le seul homme qui n’est pas déglingué. Il est le seul bébé tu n’as aucun germe, même de très loin, de déviation. C’est le nouvel Adam.
Et Marie est la nouvelle Ève, celle d’avant … qu’elle ne touche le fruit.
Et voilà pourquoi Noël est une fête universelle.
Parce que tout le monde, tout le monde, même ceux qui grognent ou qui grincent des dents, se souvient tout au fond de lui-même, mais alors vraiment tout au fond, que au premier instant, il y a eu une expérience de bonheur naturel.

Et je disais – cette nuit –  que ce n’était pas tout.
Ce n’était pas le tout de Dieu. Pourquoi ?
Parce que ce souvenir du paradis terrestre qui est définitivement perdu nous cachait une surprise de Dieu.
Et que Jésus bébé nous appelle à une autre perfection.
Il éveille l’espérance d’une autre perfection.
Mais alors là, cette espérance n’est pas du tout perçue de façon universelle…

Je parlais cette nuit d’intimité. D’intimité de la chair.
Parce que c’est là que l’homme trouve son refuge.
Alors même que l’homme se donne à l’intimité de la chair il désire une autre intimité.
L’intimité de l’esprit qui ouvre sur la transcendance.
Et c’est bien ce que cette crèche évoque à nous qui avons la foi et même au monde qui ne veut pas croire.
La transcendance est quelque chose d’excessif pour le cœur de l’homme.
Et bien qu’il la désire de tout son être, elle provoque la crainte.
Jésus fera tout pour la tamiser parce qu’elle risque, comme lors de sa Transfiguration, d’écraser l’esprit de l’homme.
Tant qu’il n’y a pas la grâce de la Résurrection et de l’Esprit Saint, de la Pentecôte, la grâce que porte Jésus, même dans la crèche, brûle trop les ailes de nos âmes.
Et c’est de cela que tous nos frères païens, idolâtres, superstitieux, ronchons et fermés sur eux-mêmes ont peur : De découvrir la grâce qui brûle.

Dans la crèche, le bébé Jésus vient nous chercher dans l’intimité de la chair pour nous élever de la transcendance de l’esprit.
Jésus vient pénétrer nos affections les plus ingénues, celle qui font vibrer le cœur quand on regarde un bébé.
Parce qu’il sait que rien ne passera en nous, surtout depuis le péché originel, si cela ne passe par une tendresse du cœur.
Mais à travers cette tendresse du cœur il y a une invitation au sublime.
Le monde garde la tendresse du cœur, d’ailleurs abîmée, troublée, en s’obstinant à croire qu’il va la récupérer. Faux !
Jésus bébé signifie  » le Verbe s’est fait chair « . Le Verbe… la grâce…
La lumière de vie éternelle, infinie, a percé les ténèbres de notre monde.
Et voilà la surprise de Dieu..
Dieu s’est offert pour nous ouvrir le chemin de la vie éternelle.

Le désir d’innocence de cette nuit, avec le bœuf et l’âne gris, il n’est pas pour regarder en arrière, du côté du paradis terrestre, il est pour faire jaillir l’étincelle de la foi.
De l’espérance du Ciel qui n’est pas derrière, mais qui est notre accomplissement, devant.

Il est à regarder dans un chemin de grâce que nous ouvre pourtant le même bébé que nous contemplons dans la crèche.
Notre plénitude, elle est dans l’union au Verbe qui s’est fait bébé et qui porte la transcendance de Dieu.
Comme le dit Saint Jean dans sa première lettre. « Tout esprit qui confesse Jésus-Christ dans la chair est de Dieu et il est vainqueur du monde »
Puisque la transcendance de Dieu est trop pour nous, regardons celui qui s’est fait l’un de nous. Nous aurons moins peur.
Et il nous portera au-delà de nous-même.
Celui qui s’est fait chair nous révèle le Dieu transcendant. Mais quelle Bonne Nouvelle !
Bien plus réjouissante que les réjouissances de cadeaux, de chocolats, ou de rencontre de famille…
Aucune religion, aucune foi en Dieu n’a relié avec tant de précision le passé et l’avenir, la mort et la vie, le paradis terrestre et le Royaume des Cieux celui de la vie éternelle dans lequel il nous est possible désormais d’atterrir.
Mais pour ça il faut d’abord qu’on décolle…
Et pour décoller, nous n’avons qu’à regarder celui qui est né comme un petit enfant.
Nous n’avons qu’à communier à celui qui s’est fait chair.
En acceptant qui nous brûle un peu le bout des ailes de notre égoïsme, de nos aveuglements.

Quelle surprise !
Seigneur Dieu, Verbe de toute lumière pour celui ou celle qui accepte la grâce de la foi…
Tu es venu nous faire la surprise de nous brûler les ailes pour que nous touchions à notre bonheur à venir.
Réel… !