HOMELIE TREIZIEME DIMANCHE ORDINAIRE A

Frères et sœurs, si je vous demande : « comment est-ce que vous témoignez du fait d’être chrétien ? »
« quel est votre témoignage de foi ? ».
Normalement, vous allez me dire :
« je crois en Jésus-Christ.
La preuve c’est que je suis à la messe… »
Je fais ma prière; j’essaie d’être bon vis-à-vis de mon prochain.
Parce que le Christ a dit ‘ aime ton prochain comme toi-même.’
Et je vais vous reposer la question :
« quel est votre témoignage ?»
Venir à la messe c’est très bien…
Mais vous allez chercher votre pain à la boulangerie régulièrement. et ce n’est pas spécialement un témoignage.
Peut-être même qu’à la sortie de la messe vous allez faire votre marché…
Ce n’est pas parce qu’on fait une chose régulièrement que c’est un témoignage.
‘ oui mais c’est pour Jésus-Christ’.
J’admets…
Mais pour qu’il y ait témoignage il faut qu’il y ait quelque chose qui sorte de l’ordinaire.
Si l’on veut témoigner de la vie éternelle dont Jésus est venu accomplir le chemin, il faut qu’il y ait quelque part en vous quelque chose qui vous dépasse.
Si vous venez à la messe comme vous allez faire les courses, ou comme vous iriez en fin de semaine à la plage ou à la pêche…
Et encore, à la messe, ce n’est pas toujours d’un coeur joyeux qu’on se bouge…
Si on vient à la messe en ayant d’ailleurs dans la tête les dernières informations sensationnelles du jour, en traînant les pieds, est-ce que c’est un témoignage ?
On amène une partie du monde au milieu de l’Église, et on repart retrouver le monde…
Et qu’est-ce qu’on vient d’entendre ?
Qu’il faut être prêt à offrir un verre d’eau à un pauvre de Jésus.
Accueillir un prophète, prendre de la distance vis-à-vis de son père, de sa mère, de ses enfants.
Mais ça… est-ce que ça suffit pour être un témoignage ?
Les païens n’en font-ils pas autant ?
Ceux qui veulent tracer leur carrière, ou qui ont une ambition bonne ou mauvaise, quelque soit la religion, n’hésitent pas à faire des choix familiaux,.
C’est un chemin qui indique d’ailleurs une certaine maturité.
Préférer un noble but ou un noble amour aux avis contraires de sa famille, c’est dans l’ordre des choses naturelles.
Donc ce n’est pas en soi un témoignage chrétien.
C’est signe de maturité.
Celui qui n’a jamais préféré sa femme à ses parents, ou son mari à son père, ou à sa mère… il n’a pas besoin d’être chrétien pour savoir qu’il n’est ps accompli(e) dans sa personnalité.

Mais alors où se trouve le cœur du Témoignage d’un chrétien ?
L’expression qui suscite un appel à la grâce divine autour de nous ?
Oui il faut aller à la messe; oui il faut donner un verre d’eau à celui qui a soif; oui il faut dire à papa et à maman : maintenant je suis grand ou grande, je ne vous rejette pas, mais j’ai des amours préférentiels qui m’appellent à me libérer de vous, à marcher sur mes deux pattes, pour choisir mon chemin.
Tout cela, ce sont des bases naturelles qu’il faut vivre.
Pour y arriver certains vont mettre 15 ans d’autres 75 ans.
Nous ne sommes pas tous égaux…
Mais le témoignage, il ne peut s’appeler ‘chrétien’ que quand Dieu fait surgir, dans une racine mystérieuse de notre cœur, une passion.
La passion de Dieu, la passion de regarder le visage du Christ;
Qui nous fait quitter l’ordinaire de la route, l’ordinaire de la fidélité ordinaire.
Et comme le dit quelque part Madeleine Delbrel, une apôtre des banlieues parisiennes dans les années 50, cette passion ‘nous conduit à une marche entre deux abîmes… l’abîme mesurable des rejets de Dieu par le monde ( et là se dessine la croix du Christ inévitablement. parce que le monde qui veut tout faire pour sembler neutre et devient l’ennemi de Dieu lorsqu’il pressent son parfum à 10 kms).
Et le deuxième abîme c’est celui, insondable, du mystère de Dieu.
( et là, c’est une autre frayeur, qui se résout par l’espérance à se blottir dans les bras de Dieu)
Le témoignage commence où l’ordinaire s’arrête pour laisser place à la surprise de Dieu.
Alors on embrasse son père ou sa mère pour leur dire : ‘Dieu a pris mon cœur, Jésus-Christ m’appelle au plus intime, et la part du cœur que vous m’avez donnée, maintenant je vous la laisse pour vivre de la part du cœur de Jésus-Christ.
Voilà le témoignage.
Ah… évidemment, là Jésus-Christ n’apporte pas toujours la paix familiale quand l’amour familial est captatif.
Le témoignage du chrétien c’est un témoignage à la mort et à la vie.
Il ne parie pas sur la mort et sur la vie des autres mais sur la sienne.
Le témoignage d’un chrétien c’est le regard de Dieu qu’il porte à son voisin.
Et notre voisin doit être surpris de nous voir marcher droit dans un oui que personne ne peut arrêter.
« Que votre ‘oui’ soit ‘oui’ à Dieu. Que votre ‘non’ soit ‘non’ au monde ».
Qu’aucune angoisse ne peut arrêter. aucune épreuve. aucune tentation…
Marcher droit dans une réalité qui nous dépasse.
J’aime bien répéter que le chrétien est celui qui vit en permanence au-dessus de ses moyens.
Parce qu’il vit dans un amour qui l’appelle toujours plus loin, à toujours plus de qualité, a toujours plus de vie et à toujours plus de mort.
Si quand vous rentrez dans cette église pour la messe par exemple vous n’avez pas un certain frémissement d’une réalité supérieure qui vous attend et avec laquelle il sera inévitablement difficile d’être en harmonie, alors ne vous dites pas chrétien.
Parce que ce serait un contre témoignage.
Et vous seriez dans un double mensonge vis-à-vis de ces gens qui ne sont pas chrétiens et qui vous regardent à la sortie de la messe.
D’abord, le mensonge de se croire chrétien alors que l’amour du Christ ne nous brûle pas.
Et le mensonge de se montrer chrétien alors que vous refusez d’entrer dans une dimension de vie éternelle.

Je vous donne un petit exercice pour mesurer votre témoignage et donc pour mesurer le rythme de votre cœur pour Jésus-Christ.
Tous les dimanches, se posent une ou deux personnes, ça dépend homme ou femme, sous le mûrier du bas de la rue Édouard Basset…
Ils ont une petite charrette avec quelques feuilles de chou, qui ne sont pas du chou d’ailleurs.
Notre témoignage nous demande d’aller à leur rencontre et de les interpeller sur l’Église, sur la grâce de la vie éternelle, sur la croix et la Résurrection de Jésus-Christ, sur le bonheur qu’il ne connaissent pas de l’Eucharistie et de l’Union à Jésus-Christ dans le Saint Esprit .
Ça, ils ne connaissent pas..
Dites-leur, à ces deux personnes, parfois une seule, qu’elles sont aveugles sur la beauté de l’Église et du Sauveur Jésus-Christ, Dieu et homme.
Et regardez les avec le regard du Christ qui est venu sauver les brebis perdues d’Israël.
Ils ont à peine le courage de dire qu’ils sont témoins de Jéhovah.
Allez donc les trouver vers 9h du matin.
Et demander à Jésus leur conversion.
Voilà un vrai témoignage.
Donnez leur donc un petit verre d’amour de l’Esprit Saint.

HOMELIE DOUZIEME DIMANCHE ORDINAIRE année A

Le menu de Satan et… celui de Dieu

Allons droit au but …
La crainte de Jésus-Christ, pour nous, c’est qu’on perde notre âme.
Voilà le cœur de l’affaire.
Jésus-Christ est venu pour un sauvetage.
Le sauvetage de notre corps, c’est dans ses cordes.
Il peut guérir; il peut même ressusciter deci-delà pour un temps ( Talitha, Lazare, le fils de la veuve de Bethsaïde…)
Mais ça, ce n’est pas son plein rendement.
Ce qu’il cible c’est le sauvetage de nos âmes.
Pour notre éternité.

Et il va le payer très cher ce sauvetage.
Donc, quand il craint que nous perdions notre âme, que l’Ennemi tue notre âme, c’est parce qu’il sait qu’il va le payer cher.

‘Rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ.’
Mais justement, si nous sommes séparés de l’amour du Christ alors tout est à craindre.
Et ce tout à craindre c’est l’Ennemi, le Satan, le vampire de nos âmes.
Parce qu’en fait, le vrai combat il est plus loin que nous.
Nos combats de tous les jours, la voiture qui ne marche pas, les enfants qui sont ingérables, la société qui rajoute toujours plus de stress là où elle devrait nous aider à mieux vivre…
Tout cela sont des phénomènes minimes et collatéraux du combat dont l’épicentre est au Ciel.
Nos victoires et nos défaites ne sont pas les vraies victoires et les vraies défaites.
Les vraies sont dans l’esprit.
Tout comme le combat de la prière se situe au dessus de nous;
Derrière la porte secrète de notre cœur.

Nous n’avons pas à nous effrayer, parce que nous sommes victorieux par notre foi.
Mais nous devons être lucides cependant.
‘Satan, rode comme un lion cherchant qui dévorer.’ [Saint Pierre]
Il rode parce qu’il n’a pas de domicile fixe. Il squatte là où il peut détruire quelque chose et son plat préféré c’est une âme échappée dans la montagne, loin du bon pasteur.
Semer le trouble, c’est sa spécialité.
Et c’est par les émotions et les ressentis qu’il atteint l’esprit des hommes.
Pour lui c’est un jeu d’enfant de perturber des humains…
Je vais vous présenter le menu de son repas qu’il peut mettre a de nombreuses sauces :
En apéritif, il aime bien l’excitation. Nous mettre en émotions, pour n’importe quoi, et nous faire croire et nous donner l’impression de vivre par nos sentiments, nos émotions et nos passions…
Petite mise en bouche…
Le Hors d’œuvre suit :
Addictions progressives aux sensations, aux émotions, aux nouvelles, à la multiplication d’activités et de stress.
On devient accroc à ses intérêts, à la richesse, aux plaisirs, au paraître…
Le hors d’œuvre est quand même fourni en variétés, selon les inclinations de chacun.
Beaucoup de choix proposés….
Le but du démon, rappelons-nous pour mettre en appétit, c’est de disperser notre attention en dehors la présence de Dieu.
De détourner notre attention par des choses interdites, c’est croustillant, ou tout à fait légitimes et bonnes. Ça marche bien aussi.
Ce fut la porte ouverte pour Ève, à la catastrophe : son premier mouvement, c’est qu’au lieu de jouir de Dieu paisiblement, elle a regardé un fruit séduisant…

Je reviens au menu du diable…
Le plat de résistance.. il est en deux formules.
Les légumes et la viande.
Légumes pour les plus basiques.
C’est d’anesthésier le cerveau par l’actualité lourde.
Et de conduire à la passivité par des chemins trépignants, bien sûr.
On fait plein de choses ou on se plante devant les écrans, on se targue de connaître les dernières avancées de l’IA, ou d’être habile en tel ou tel domaine.
Et en fait on est un mouton qui trace son chemin vers l’abattoir.
Mais qu’est ce qu’on bêle bien !
On devient légume du diable dans notre suffisance….

Mais il propose de la viande, pour les plus évolués.
C’est d’introduire l’erreur dans l’esprit.
D’aiguiser l’orgueil dans l’analyse.
Tactique du diable .
Détacher le cerveau de la lumière de l’Évangile et du Christ.
Présenter comme indigeste la liberté de l’obéissance à l’Église.
Créer la division interne et à l’extérieur.
Fausses révélations mêlées aux vraies.
Briller de belles vérités étincelantes pour détourner de lumières plus profondes.
A certains, les installer dans une piété qui va bloquer l’avancement spirituel de la foi.
Voilà les viandes du démon pour faire rater la cible de la grâce que Dieu nous propose.
Le diable est un imitateur incroyablement agile des grâces surnaturelles.
C’est le maître du mimétisme.
Il est difficile de distinguer un morceau de viande de premier choix avec un morceau de carne.
Mais quand on s’est cassé les dents sur la carne on ne peut plus apprécier le tendron.

Et le dessert …:
Là, le choix se resserre pour le dessert.
Toutes les sauces sucrées du diable ont un même fond.
 » C’est moi qui sait mieux que l’Église et c’est moi qui a raison devant Jésus Christ.
Que Dieu me laisse faire, j’arriverai mieux que lui.
D’ailleurs, Dieu est à mon image.
Qu’il me laisse faire.  »
Si j’ai mangé les légumes juste avant, je choisis un dessert de plaisir, ou de désespoir.
Je suis englué et je ne m’en sors plus. Dessert sucré mais le démon vampire m’a vidé de ma dignité
Si j’ai pris la viande, le dessert consiste à me retrouver seul dans ma suffisance.
Je m’isole et de toute façon, tous les autres, et parmi ceux ci, Dieu le Père et Jésus Christ n’ont pas à m’en remontrer.
Mon jugement avant tout.
Grand frère Satan est mon exemple.
Tout en sachant que le plus grand nombre a pris un peu de légumes et une part de viande.

Satan tue les âmes avec leur accord progressif.
Je ne sais pas si vous avez déjà rencontré une âme morte…
Elles ne se reconnaissent pas toutes au premier coup d’œil.
Mais avec un peu d’attention on constate qu’elles ont toutes bu le petit digestif de Satan.
Allez… Je vous donne la composition de cette liqueur…
Du mensonge, un tiers de dose.
De la dissimulation plus ou moins fine. C’est là que se trouve la différence, dans la finesse de la dissimulation. Un tiers de dose.
Et encore un tiers : de la révolte contre soi et contre les autres.
C’est toujours la faute des autres avec un désir de vengeance.
Quand vous repérez les trois ingrédients, c’est bon… Vous avez une âme morte.
Quand vous en repérez deux, c’est pas mal; le troisième n’est pas loin, nécessairement.
Certains spécialistes appellent cela les ‘fumées de Satan’.
Je préfère dire ‘le digestif de Satan ́. ‘La signature du démon.’
De toute façon, l’âme est morte et devra passer par une résurrection si Satan n’a pas encore fermé la porte de son royaume derrière elle.

Vous savez donc, chers frères et sœurs, le menu du repas 6 étoiles qui vous conduit direct au coma satanique.

Alors…. Comment préférer le 4 étoiles avec vue sur la mer ?
Le quatre étoiles du Père céleste..

D’abord vous savez que le démon ne peut pas vous gaver directement sans votre consentement.
Comme il utilise les impressions pour tromper votre jugement, deux précautions sont très utiles :
1 – réduire le sel et les piments.
Réduire les excitations.
Réduire les infos.
Réduire les recherches d’émotions.
Réduire les curiosités.
Ça, c’est la première précaution absolument indispensable.
Ça ne suffit pas mais si vous ne vous décidez pas pour un sevrage d’images et d’infos vous êtes un candidat à l’empoisonnement…
Vous pouvez fort bien en cet instant trouver n’importe quel argument contre, n’importe quelle justification, en dehors de cette décision de jeûne de vos appétits, un serveur qui a des cornes est déjà as côtés.
Ça ne suffit pas parce que la dégustation du fruit par Ève a laissé en chacun de nous des dégâts.
Nos blocages, nos traumatismes, nos aveuglements, nos héritages, tous ces papillons de nuit qui gênent notre personnalité et notre liberté, ce sont des fils très faciles pour les manœuvres du démon.
S’il en prend un, il peut nous conduire par les naseaux où il veut.
Donc, pour bien commencer, et ça demande de l’humilité et de la grâce, nous devons faire le choix de guérir de tout ce qui nous gêne. Tout…
De ce qui est évident et visible mais aussi… des loups secrets qui hurlent au fond de nous à certaines heures de la nuit..
Voilà l’apéritif du royaume de la lumière.
On doit prendre de ces deux biscuits.
Et comme par hasard, ça nous ouvre l’appétit à la présence de Dieu.

Ce n’est pas fini… Loin de là.
La carte de l’Église nous donne le plat principal.
Avec son assiette aux trois vertus.
On peut dire qu’on a de quoi se mettre sous la dent.
La foi…. Attention il y a deux sortes de ‘foi’.
La première mentionnée c’est un saupoudrage qui donne un certain goût.
Le diable ne la déteste pas.
Il la met même sur ses fiches pour donner du goût chrétien là où il a mis son poison.
La véritable foi en morceaux, bien solide c’est celle pour laquelle Jésus Christ est mort.
Cette foi amoureuse qui veut attraper Dieu.
Je dirais presque qui veut se le mettre sous la dent.
On veut manger Dieu !
Jusqu’au jour où on se laisse manger par Lui, dans l’éblouissement d’une nuit intérieure délicieuse.
Aucune religion, aucune recette autre que celle de l’Église catholique, je précise bien, catholique, ne peut nous offrir ce plat exceptionnel.
Et le démon le sait bien; à partir de ce choix, la vedette lui échappe.
La foi secrète dans la partie supérieure de notre esprit, que personne ne pénètre… Sauf Dieu… fait toute la différence avec le menu du diable.
Là on commence à déguster.
Je passe rapidement car je pourrais rester des heures à vous vanter les arômes de la grâce de la foi.
Deuxième morceau dans l’assiette divine : la charité.
Alors là, monsieur Satan en perd son tablier.
Il ne comprend rien de rien et reste impuissant.
On lui a donné une recette d’amour faisandé, et il l’emploie à la louche.
Mais la vraie charité, elle l’agace au plus haut point.
Le démon crie, gesticule, mais quand Dieu touche au coeur quelqu’un qui ne pense plus à lui pour resplendir de l’amour de Dieu, ça lui passe devant le nez et il renverse sa casserole de rage.
Et enfin, dans l’assiette, la délicieuse Espérance.
Elle est pure et délicieuse parce qu’elle met fin à toute attirance terrestre.
Elle libère de nos blocages, de nos tendances doloristes sur nous et sur les autres, tous ses tendances a se regarder dont se sert le diable pour rassurer ses candidats à la mort.

Et là, chers frères et sœurs, quand vous avez cette assiette présentée par Jésus Christ sur une nappe rouge, je vous dis pas… C’est le régal et le démon pleure dans son coin avec ses 6 étoiles fictives.

Le repas est un peu long, c’est vrai, mais comment ne pas partager avec bonheur jusqu’au digestif…
Le digestif céleste, déjà apprécié avant la fin du repas,
Je ne veux pas le manquer.
Et le diable, pour une fois, la seule d’ailleurs de toute son éternité malheureuse, baisse les bras. Baisse les ailes, les cornes, je ne sais trop.
En tout cas le Diable baisse son arrogance devant ce digestif qu’il ne peut imiter.
C’est la liqueur des dons du Saint Esprit.
Mais comme vous avez trop manger déjà, je ne vous dis qu’une chose :
Arriver au digestif avec le Bon Dieu, c’est au delà de l’entendement humain et le démon n’y a plus accès.
Ce sont des volutes de parfums et le rire sans fin d’être dans les bras du Père.
Et le diable, très loin derrière la porte grince des dents avec quelques moutons qu’il a piégés. Qui resteront sur leur faim éternellement.

HOMELIE ONZIEME DIMANCHE ORDINAIRE année A

« En ces jours-là, les fils d’Israël arrivèrent dans le désert du Sinaï ».
L’aventure du peuple de Dieu commence dans le désert.
Dieu a voulu que les fils d’Israël cheminent dans le désert.
Et c’est dans le désert qu’ils vont recevoir la confirmation de leur bénédiction éternelle, et de leur identité de peuple prédestiné.
Dans le désert…
C’est-à-dire dans un lieu où il y a à peine l’essentiel pour vivre.
Rien d’autre.
Aucune distraction.
Aucun divertissement.
Et bien sûr aucun surplus.

Et tant que les fils d’Israël n’auront pas le courage de la confiance à la grâce de Dieu, il leur sera refusé les terres riches en fruits et la paix qui leur est promise.

Pourquoi Dieu choisit-il ce chemin éprouvant pour son peuple béni ?
Mais en fait, pourquoi Dieu désire-t-il quand quelqu’un se tourne vers lui qu’il goûte d’une façon ou d’une autre au désert ?
C’est-à-dire une expérience de privation, de dénuement, de dépouillement ?

Et cette expérience n’est pas accessoire. elle est générale et obligatoire. Elle se situe à la source d’un chemin vers Dieu.

Abraham a passé sa vie dans le désert.
Jésus a commencé sa vie publique par une expérience radicale de 40 jours au désert.
Jésus a toujours préféré la pauvreté ‘ comme un appel au royaume de Dieu ‘;
et la pauvreté aussi comme un moyen pour annoncer le royaume de Dieu.

Le désert, sinon la pauvreté, fait partie intégrante du chemin spirituel du chrétien.
Il y a ceux qui osent le désert… En tout cas qui l’acceptent.
Et il y a ceux qui ne sont pas ‘finis’ et s’arrêtent sur le seuil de l’intimité avec Dieu.

Pourquoi ?
Je répondrais :
Le désert fait l’homme.
Le désert pousse l’homme à sa vérité et à trouver son identité.
Comme le dit Ernest Psichari dans son magnifique livre ‘ des voix qui crient dans le désert ‘:
 » nous sommes au point précis où il nous faut choisir entre la révolte et l’obéissance. Le désert est un carrefour sacré, d’où l’on sort condamné ou sauvé.  »
Le désert a la vertu de nous placer dans la vérité. Et si l’on ne veut pas obéir à la vérité on y devient fou.
Il n’y a pas d’échappatoire.
Or l’homme mou cherche l’échappatoire.
Nous sommes dans un monde mou, dans un monde faux.
Dans un monde hors sol qui ne sait plus voir la réalité.
Si on ne sait plus voir la réalité de notre voisin, de l’arbre dans le parc, de l’effort à accomplir, de l’oiseau qui chante, alors on se gave de virtuel et il est impossible de rencontrer la réalité de Dieu qui est la première réalité.
Je reprends le texte de Psichari :
‘ le 9 septembre, à une heure du matin, j’ai donné l’éveil au camp.
La lune éclairait mal un paysage que je ne comprenais pas(…)
À ses heures là, on se sent abandonné lâche et courbé.
(…) une fois le départ donné c’est fini.
On hume l’espace endormi, on se laisse aller au doux bercement des dromadaires. (…) nous voici, dans la nuit, sur les plaines sans nom. Nous allons tout droit, tandis que, devant nous, les étoiles se lèvent lentement de l’horizon. La lune s’affaisse à l’autre bord. Un vent froid s’élève, et nous voici dans la nuit noire, à cette heure mortelle ou la lune est couchée et où le soleil n’est pas encore levé.’
C’est à cette heure fatidique : ‘deux heures après minuit’ que Napoléon jaugeait le courage de ses généraux.

Notre monde fuit le désert.
Parce que le désert nous place en face de notre réalité.
Et par conséquent en face de notre fragilité.

Or c’est dans notre fragilité que se fait de grandes choses.
Cette fois-ci je fais appel à Soljenitsyne qui écrit dans Zacharie l’escarcelle.’ :
Le vrai goût de la vie, on ne le trouve pas dans les grandes choses, mais dans les petites.
Il est dans la démarche mal assurée du convalescent aux jambes flageolantes.(…) il est dans la simple pomme de terre que le gel a épargné et qui surnage dans ta soupe.’ [ p 96]
Soljenitsyne a goûté à l’expérience de l’extrême désert dans les goulags de Staline.

Voilà pourquoi Dieu a conduit le peuple d’Israël dans le désert.
Mais il y a une autre raison qui suit immédiatement.
C’est que, dans le désert, on ne peut pas survivre sans Dieu.
Dieu est palpable dans le silence qui réveille notre instinct de vie. Dieu est palpable dans le paysage d’une terre aride, du vent qui souffle, du ciel qui nous tourne vers le soleil.
Pourquoi on ne peut pas survivre sans Dieu ?
Parce que le diable est là. Presque sans masque.
Il ne sait pas où se cacher, sinon dans notre cœur.
Le désert oscille constamment entre l’ange et le démon.
Et là aussi le combat devient vrai.
Dieu reconnaît l’âme de silence et l’âme de bonne volonté qui le désire.
Je reprends une autre de mes notes, cette fois-ci dans le livre de Psichari qui s’appelle ‘le voyage du centurion’. ( Dans ce livre il se nomme Maxence)
Je précise simplement que Ernest Psichari s’est converti dans le désert alors qu’il était en mission militaire.
‘.. Si, d’aventure, la loi du silence est transgressée, c’est pour qu’une parole plus profonde monte aux lèvres de cette demeure qui est, dans l’âme inquiète, celle de Dieu.
Un matin, le jour après qu’ils eurent franchi le désert Tiris, Maxence et ses compagnons se réveillèrent au puits de Bou Gouffa. Minute impérissable ! C’était au milieu d’une lande qu’ils reposaient.
Une rosée couvrait le sol.
L’air était allégé, décanté dans les laboratoires du matin, et il apportait, en brises tièdes, des parfums de terres mouillées, lointaines.
Maxence, debout vers l’Orient, saluait la naissance du monde.
Alors Sidia, un Maure de l’escorte, s’approcha de lui, et faisant un grand geste du bras droit vers l’horizon :
 » Dieu est grand ! » dit-il.
Sa voix tremblait un peu…
Il n’y eu pas d’autres paroles de dites ce matin-là.
On repartit. Un nouveau désert s’ouvrit alors (…)’ [p 132 – Ed.1922]1

Le désert n’est pas seulement le lieu où l’on rencontre Dieu.
C’est l’expérience de la tentation parce que le diable habite cet espace de vérité.
En tout cas, c’est le lieu où le diable joue le tout pour le tout.
Si notre monde est si friand de divertissement et de complications c’est tout simplement parce qu’il a raté son expérience au désert.
Parce qu’il n’a pas compris que le bonheur se trouve dans la simplicité dépouillée.

C’est là la leçon pour nous de cette traversée du désert du peuple d’Israël?
C’est de comprendre que nous devons viser le dépouillement pour accueillir l’amour.

C’est à dire, en fait, aller à contre-courant de notre monde.
Certains diront : ‘ mais alors… nous serons déconnectés du monde ?’
C’est l’argument bateau qui semble décisif et absolu…
« Si on ne trempe pas dans toutes les actualités que nous offrent les médias, alors on est à côté de nos chaussures « …
Cela veut dire que Jésus est a côté de ses chaussures et s’est trompé en disant :  » bienheureux les pauvres… en informations… »
Et cela sous entend que Dieu s’est trompé en bénissant un peuple qu’il maintient 40 ans au désert.
C’est ne pas comprendre que plus nous serons dans une relation profonde avec Dieu, plus nous serons au cœur du monde.
Et que ce n’est pas notre collaboration avec le monde qui nous rapproche du monde.
Cette collaboration nous dissout dans le monde et nous paralyse.
Comme dit notre Pape dans sa récente encyclique, ‘notre conscience de nous-mêmes et du monde risque de se replier sur elle-même influencée par des images qui modifient l’approche de la vérité.’

Et plus nous nous rapprochons de Dieu, plus nous devenons libre du monde et nous lui sommes utiles dans ses confusions.
Le désert doit s’étendre à nos sensations, à notre imagination, à nos logiques, et même à notre capacité d’amour.
Parce que l’amour de Dieu qui dépasse tous nos efforts naturels, et surtout toutes nos communications virtuelles, (il est là le véritable dépassement de soi)
… l’Amour de Dieu vient crier en nous par des gémissements ineffables et très réels : ‘ viens au désert connaître le Cœur de Dieu et tu pourras expulser tes démons… Tu pourras guérir les malades, tu pourras ressusciter les morts…’

HOMELIE FETE DU TRES SAINT SACREMENT

Nous sommes des privilégiés, frères et sœurs… On a tout.
Toutes les questions. Toutes les réponses.
Or, bien souvent, quand abondent les richesses, l’essentiel passe derrière le rideau.
Et on s’amuse sur l’avant scène.
Tout, c’est quoi ?
Tout, c’est la messe.
Nous avons la messe offerte, tous les jours.
Pour boire à la source pure de notre vie.
C’est incroyable… On a ce qui peut emporter notre cœur dans la plus grande joie de notre être tout entier, dans le temps et au delà du temps.
Et le monde s’amuse.
Il s’amuse à ses petites affaires qui l’angoissent, qui lui prennent la tête.
Ces petites affaires qu’il croit sérieuses.
Et on passe nos journées à nous amuser de nos petites affaires.
En présentant ces ‘amusements’ avec tout le sérieux et l’émotion nécessaire pour les rendre indispensables.
Mais d’une certaine façon, au fond, on sait bien qu’on n’est pas dans l’essentiel.
Et ces affaires, elles ne sont jamais satisfaisantes complètement.
On ne commence pas par le bon bout.
Dans nos recherches d’un meilleur équilibre, d’un bien-être de notre corps et de notre âme, tant qu’on ne commence pas par la solution, on s’amuse tout simplement à se compliquer la vie.
Jusqu’en notre chemin de foi.
Nous savons que le monde s’amuse, tourne sur lui même et virevolte.
Et cependant, on entre volontiers dans son jeu hypocrite.
Pourquoi ?
Parce qu’il y a quelque chose en nous qui ne supporte pas de respirer un air très pur, une joie très vraie.
Tout simplement un bonheur, grand.
On a peur d’aller jusqu’au bout d’une jouissance vraie.
J’ai vu des personnes incapables de finir un acte lumineux ou un acte d’amour sans y introduire quelque chose de gâché, une imperfection volontaire…
On se demandait : ‘ sont-elles malades?’
Oui, d’une certaine façon.
De la maladie du monde qui ne supporte pas la beauté accomplie.

Le seul essentiel dans notre vie c’est d’abord d’aller à la messe, rencontrer celui qui nous donne la vie, en nous.
Normalement je m’adresse à des convaincus, puisque vous êtes devant moi, là, à la messe.
Mais est-ce que nous avons conscience de la profondeur, de l’impact de la communion que nous recevons, dans laquelle nous entrons, en recevant le Corps du Christ.
Ce dont nous parle Jésus dans l’évangile, c’est une affaire de vie.
Autrement dit de vie et de mort.
De vie éternelle ou de bonheur raté.
Mais quand on a compris cela, c’est à dire quand Dieu nous a ouvert le coeur, l’esprit, l’âme, à ce qui est le cœur de notre vie,…
On vient à la messe tous les jours !

On crie notre faim de l’Eucharistie. Et on supplie le Christ bien aimé d’achever l’œuvre de sa grâce en nous.
On fait tout, on lâche tout, on y vient même à quatre pattes, et malade, on se traîne à l’église quels que soient les événements et notre état de santé, pour communier à celui qui est mort pour nous donner la vie.
Parce que, quand on aime, et surtout quand on a compris ce que c’est que d’être aimé par Jésus, on ne peut pas manquer la rencontre quotidienne avec le pain de vie descendu du Ciel.

Nous sommes privilégiés.
Parce que l’Église nous permet de rencontrer celui qui nous donne la vie, la vie de notre cœur, la vie de notre âme, la vie éternelle, c’est à dire la vie qui dépasse toute autre considération…
… l’Église nous permet de rencontrer Jésus tous les jours dans un acte extrêmement simple.
( on ne nous demande pas de faire 15 km sur les genoux pour gravir une montagne !)
On nous demande de venir une demi-heure pour l’acte le plus excellent qui dépasse tous les actes et toutes les actions du monde entier : celui de communier, de recevoir sur notre langue la chair de Celui qui nous donne la vie, le sang de celui qui nous libère de toutes nos nullités.
Communier.
On fait tous les efforts nécessaires pour essayer de surnager pendant nos journées.
Et on va passer devant l’Église sans s’incliner devant la porte, et sans rentrer pour simplement rencontrer Celui qui est la solution…
 » celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi je le ressusciterai au dernier jour « .
Mais qu’est-ce que nous voulons de plus, frères et sœurs ?
Cela fait mal de voir tous ces efforts de bien et de mal qui se terminent dans l’inutile.
Qui ne cessent de contourner l’essentiel, et qui nous font rater la cible de notre bonheur.

Alors je reviens à cet essentiel.
Quand le peuple hébreu est dans le désert, il n’a pas d’échappatoire.
Dieu l’a mis dans le désert pour qu’il n’ait pas d’échappatoire et qu’il comprenne presque de façon forcée qu’il dépend d’une nourriture quotidienne qui s’appelle la manne.
Ça n’a pas de goût, c’est fade, et pourtant c’est ce qui lui permet d’être en vie le lendemain.
On veut tout faire – et on réussit –
pour essayer d’oublier que notre chemin est un chemin de pèlerinage.
On cherche à tout prix à attraper un bonheur et une jouissance sur terre.
À tout prix… cela veut dire par tous les moyens bons et mauvais.
On veut se convaincre que l’on peut être heureux sur terre.
Mais la possession du bonheur c’est au Ciel uniquement que nous l’aurons.
Et ce Ciel nous pouvons le goûter en communiant au Corps du Christ. Nous ne pouvons pas le vivre pleinement aujourd’hui, mais nous pouvons le goûter, derrière l’acte de foi.

Pourquoi ne pas commencer par cela ?
L’Église nous dit que tout notre bonheur se trouve dans la communion au Corps du Christ sous l’apparence d’une hostie de pain, là aujourd’hui, et dans l’union au même Christ ressuscité en pleine vision, dans un cœur à cœur total, au-delà de notre vie terrestre.
Mais pourquoi n’arrivons-nous pas à l’admettre, à l’expérimenter ?
À le croire de notre Mère l’Église ?
Oh… j’ai la réponse : c’est tout simplement parce que le diable, secoue devant nous, du matin au soir, les soucis et les divertissements du monde.
Il nous gave la tête, et le corps, et nous fatigue, d’écrans et de conforts pour que nous n’écoutions pas notre cœur qui a faim.
Du matin au soir, nous sommes comme le taureau qu’un chiffon rouge distrait, énerve et épuise, pour que nous ne trouvions pas la paix véritable.

Toute l’histoire du monde, toute l’histoire du peuple de Dieu, ce qui peut rassasier notre cœur, apaiser notre esprit, illuminer de sens et d’amour les mystères de notre société et même de notre psychologie, notre fonctionnement et nos dysfonctionnements…
Tout est récapitulé dans un acte qui dure 5 secondes, ( allez… orné de la parole de Dieu et de quelques prières, une petite heure ) et qui est de recevoir en nous le Corps du Christ.

Notre vie s’éclaire par nos relations d’amitié et de communion.
Nous naissons à partir d’une union. Homme et femme.
Nous grandissons grâce à des communions.
Notre cœur bat et nous respirons mieux quand nous sommes en union d’amour.
La racine du pardon qui peut nous libérer se trouve dans un regard de communion avec quelqu’un qui nous aime.
Et qu’est-ce qui peut faire grandir en nous ce qui nous rend le plus heureux, délie notre intelligence et notre capacité d’amour :
C’est d’accueillir quelqu’un qui nous donne la lumière et la tendresse de son cœur.
Pourquoi c’est ainsi ? Je ne peux pas vous le dire, parce que c’est dans le secret de la Sagesse créatrice de Dieu. Nous sommes faits ainsi.
Et si nous sommes faits ainsi, c’est que Dieu nous donne la possibilité d’être comblé, totalement comblé, par une rencontre très facile à vivre, et qui est la rencontre avec Jésus Sauveur, dans la communion.
Le sommet de notre vie.
La plus grande grâce d’un prêtre c’est qu’il puisse célébrer l’Eucharistie tous les jours, vivre de la messe et faire vivre de la messe.

Et vous savez frères et sœurs, quand on vient me demander :
‘ est-ce que je peux faire baptiser mon enfant?’
‘ est-ce que je peux me marier l’année prochaine ?’
‘Comment faire pour éduquer mes enfants ?’
‘J’aimerais mettre mon enfant au caté…’
‘J’aimerais me sentir mieux avec moi et dans notre monde.’
Comment faire pour trouver une joie que j’ai perdue… ?’.
‘J’ai trop à faire, chaque jour je cours, pour les uns, pour les autres, pour mes enfants, pour moi-même…’
J’ai envie de répliquer :
Comprenez que tout commence par la messe, par une communion quotidienne pendant la messe.’
‘Ah… Tout, mais pas ça !’
Hé bien c’est la réaction du jeune homme riche ou de Naaman qui ne veut pas croire à la solution très simple d’Élisée.
Le baptême, le mariage, le caté, toute démarche spirituelle, s’ils n’ont pas la messe comme assise, sont comme des ballons dégonflés qui font ‘ploff…’ quand on joue avec.

Jésus-Christ s’est librement présenté au sacrifice, pour nous nourrir de sa vie, nous ouvrir la porte du pardon, c’est à dire guérir notre cœur, et non seulement cela, mais pour que nous trouvions notre épanouissement dans la vie qu’il donne, la vie éternelle…
Où, quand, comment ?
‘J’y comprends rien’, direz-vous,
‘ Je n’arrive pas à le rencontrer’.
‘ Je ne veux pas me prendre la tête en plus de toutes les tensions de mes journées !’.
Hé bien, c’est très simple :
Tout commence par la communion à son Corps et à son Sang. Qu’on comprenne ou qu’on ne comprenne ou pas.
Et d’ailleurs tout doit finir par cela : entrer en union avec notre Dieu au plus profond de notre âme, là où se trouve la source de la vie, par la communion au Corps et au Sang du Christ.

La valeur de notre âme, la paix de nos journées, la fécondité de nos relations, la force dans nos combats, la croissance de l’amour en nous, et plus tard, un peu plus loin, la jouissance de notre cœur, ne peuvent être alimentées que par la communion au Corps et au Sang du Christ.
Qui se fait dans la foi.
C’est à dire que nous n’avons pas à ressentir quelque chose.
Tout est donné …
mais nous l’atteignons dans la foi, c’est à dire sans comprendre, et sans rien ressentir du mystère.
On peut être fatigué, n’avoir aucun goût, la tête trop pleine ou la tête vide… alors, laissons Dieu faire son œuvre de grâce.
Ce sacrement est par lui-même efficace.

Maintenant… nous sommes libres de notre réponse..
Mais la tendresse de Dieu, transformante, nous appelle tous les matins à la messe.

HOMELIE SOLENNITE DE PENTECOTE

Pour cette fête de Pentecôte, une homélie en deux parties .
L’une en cette vigile de Pentecôte, qui sera complétée à la messe de demain.
Une homélie en diptyque.
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La fête de la Pentecôte reprend en écho la fête de Pâques.
D’abord une messe de vigile qui va être le cri annonciateur de la lumière.
Et une messe du jour qui est la joie consommée dans l’Alléluia.

La lumière de Pâques, c’est la victoire définitive de la vie éternelle du Christ ressuscité sur tous les développements terrestres, bons et mauvais.
Nous avons un bonheur, frères et sœurs, qui ne peut pas nous être enlevé.
Cela, avant la mort et la résurrection du Christ, n’était pas fixé dans l’histoire des hommes et dans leur âme profonde.
Tout l’annonçait, mais en prophéties, en attente… en espérance.
Et dans l’espérance, il y a certitude, oui, mais il reste une frustration : un désir assouvi.
A Pâques, la connaissance trouve son apaisement.
On ne savait pas exactement comment Dieu s’y prendrait.
Après la résurrection, on le sait.
La tête, le Christ, a vécu à la perfection l’acte du salut dans lequel devra entrer tout homme pour son bonheur.
Il reste à entrer dans le jardin des délices.
L’acte est accompli.
« Tout est accompli », dit Jésus en ses dernières paroles.

Et puis alors, pourquoi la Pentecôte?
Parce que les apôtres avec la résurrection ont le gâteau, mais ils ne savent pas comment le manger.
Il leur manque le couteau et les petites cuillères.
Dieu procède par étapes.
Il donne la révélation par son Fils,
Cette révélation est accomplie par l’Incarnation, le Verbe fait homme, qui va jusqu’à se donner en sacrifice par amour : la Croix, la mort, pulvérisées par la Résurrection.
Mais, telles quelles, c’est trop pour les apôtres.
Ce n’est pas assimilable pour un homme seul.
Il manque encore quelques compléments pour que ce plan divin s’applique à tous les hommes et à toute l’histoire des hommes.
Ces compléments vont sortir d’une source lumineuse, nouvelle, qui va permettre de comprendre, d’assimiler, et de rendre féconde la Révélation de Jésus.

Et cette nouvelle lumière est donnée par l’Esprit Saint, et son œuvre sera… l’Église.
l’Église, achèvement de la grâce de l’Incarnation.
l’Église qui permet de vivre le pardon et la vie éternelle.
L’Église qui est le signe qui va se développer jusqu’à la fin du monde, spécialement par les sacrements, par son enseignement, par ses ministres.
Ici bas, encore en clopinant ;
Et l’Église en gloire, au Ciel, en délectation définitive.

Pourquoi tant de successions, tant d’étapes pour arriver a la béatitude?

Dieu avait créé l’homme et la femme dans une condition qui leur permettait d’être pleinement heureux… Pleinement et directement heureux par un contact permanent avec leur Créateur.
C’était magnifique. Pourquoi Dieu a permis que tout soit cassé ?
Parce qu’il propose toujours à partir d’un mal, permis, une grâce de réparation encore meilleure.
On a un bien magnifique.
Ce sera encore plus magnifique.
Ça c’est divin. Pour l’homme, le meilleur est l’ennemi du bien.
Pas pour Dieu.
Pour Dieu, le bien appelle un bien supplémentaire.
Le meilleur appelle un meilleur supplémentaire.
Mais aussi pour Dieu, le mal appelle un bien supplémentaire.
Pour Dieu le mal est source de fécondité d’une grâce meilleure
Le péché de l’homme nous a valu le Rédempteur et des grâces encore plus grandes que celle de la joie paisible d’Adam et Ève.

Nous sommes donc à la Pentecôte.
Dieu ouvre son écrin pour montrer aux apôtres la perle.
Et la perle, c’est de prolonger dans le temps et dans l’espace la vie temporelle du Christ Sauveur. Son sacrifice et sa gloire.

Dans l’Ancien Testament, Dieu a instauré un dialogue avec les hommes, par l’intermédiaire des prophètes et de signes miraculeux.
Ce dialogue c’était : ‘attendez celui qui doit venir. Je vous le dessine avant qu’il se réalise. ‘
Dieu, peu à peu, distille ses perfections, et particulièrement la perfection de l’Église.
L’Eglise est déjà là, mais elle n’est pas totalement dévoilée en sa perfection.
Au temps du paradis terrestre, de l’état d’innocence, Dieu se communiquait immédiatement à l’âme vierge d’Adam et de Eve.
Les dons surnaturels de grâce et de vérité étaient distillés sans intermédiaire, ni de Jésus-Christ ni de l’Église; dans les profondeurs du cœur de Adam et Eve.
Harmonie immédiate avec Dieu, dans leur relation de couple, dans leur relation avec la nature.
Harmonie inimaginable tellement c’était beau, et tellement c’était bon.
Le péché de Adam et Ève a introduit la nécessité d’une aide extérieure pour que l’homme guérisse.
Dieu a dit :  » tu n’y arriveras pas tout seul… »
C’est la punition d’avoir voulu attraper seule le fruit inaccessible.
Et tant que l’homme veut y arriver tout seul – comme ces enfants qui se dressent fièrement en disant ‘ c’est moi qui fait !’ ‘ c’est moi qui veut changer la roue de la voiture’ alors qu’ils ne sont pas plus haut que trois pommes…!
Eh bien, tant que l’homme veut y arriver tout seul, c’est la tour de Babel…
Il faudra tout l’Ancien Testament pour faire comprendre au peuple hébreux, choisi pourtant, qu’il n’y arrivera pas tout seul.
Et maintenant, il faut toute la vie d’un homme pour qu’il comprenne vraiment qu’il n’y arrivera pas tout seul.
C’est incroyable, mais même en lui répétant avec tous les arguments les plus évidents que la réparation du péché originel appartient à Dieu et particulièrement à son Messie Jésus-Christ, l’homme n’arrive pas à comprendre qu’il doit accueillir la grâce et non pas se fabriquer son bonheur.
Et que, accueillir la grâce passe inévitablement par le canal de l’Église, épouse et Corps du Christ.
L’Église a commencé le jour où Ève a saisi le fruit. défendu.
Le fruit possédé.
L’Église, c’est-à-dire les sacrements…
Les signes que Dieu ne cesse de renouveler pour annoncer le pardon et pour façonner une nouvelle capacité de nos âmes à entrer dans l’intimité divine.
Avant Jésus-Christ, les signes ne sont là que pour annoncer Jésus-Christ.
Ils ne contiennent pas la grâce.
Ils ne sont pas définitifs.
Ce sont des signes annonciateurs du pardon de Dieu.
À partir de Jésus-Christ, les signes de l’Église deviennent des sacrements qui contiennent la grâce et transforment celui qui les reçoit dans la foi.

Il en est de même de la vérité.
Du temps de Adam et Eve la vérité était vécue, dans leurs âmes et dans leurs corps.
Ils n’avaient pas honte d’être nus, parce qu’ils étaient purs et vrais.
Après le péché originel, Dieu va donner aux hommes des inspirations partielles et personnelles.
Mais ça va partir en charpie.
Alors il faudra des prophètes, des porte-paroles qui ont pour mission, toujours, d’annoncer un retour aux sources et une espérance.
Mais tout cela… tout cela, c’est pour annoncer et préparer la venue de Celui qui ouvre le chemin de la perfection, le chemin de l’Église dans son état parfait.

Et la suite de cette homélie demain pour cueillir les fruits de l’Esprit Saint….

Début de la seconde homélie :

Je reprends la gestation et l’accouchement d’un bébé éternel qui s’appelle «l’Eglise»:

Je disais qu’à la plénitude des temps, Jésus-Christ a soulevé le rideau qui voilait la vérité de l’homme et la vérité du plan de Dieu.
Avec Jésus, Dieu prend l’homme par la main pour le conduire sur le chemin de son bonheur, de la vie éternelle.
A Pâques, la jonction est faite.
Toutes les grâces passeront par Jésus-Christ qui a tout accompli.
Même les anges vont recevoir les grâces par Jésus-Christ.
À Pâques, le péché originel a trouvé sa résolution.
Enfin…!
Jusqu’à la Résurrection, les hommes ne savaient pas trop à quoi se conformer.
Ils pouvaient suivre la Loi, qui les empêchait de déraper complètement.
Mais c’était un pis-aller.
À partir de la Résurrection, nous savons que nous devons nous conformer à Jésus-Christ pour atteindre notre joie.
Et ça, c’est nettement plus parfait.

Mais, Jésus, on ne le voit plus…?
On ne peut plus le toucher, on ne peut plus l’entendre… ?
Alors, pas d’affolement… avant d’être enlevé au Ciel, Jésus nous a laissé sa visibilité… : par l’Église.
Par des hommes… qu’il a revêtus de pouvoirs sacrés et divins :
D’un côté, ces hommes donnent les sacrements qui transmettent la grâce.
Pouvoirs sacramentels du sacerdoce.
Et d’un autre côté, ils ont le pouvoir de juger et d’enseigner, et transmettent et garantissent ainsi la vérité :
‘ … à qui vous remettrez les péchés ils leur seront remis.
Ceux à qui vous les retiendrez ils seront retenus’…
‘ baptisez toutes les nations au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ‘.

Et le lien entre le signe de l’Église et l’efficacité de la grâce divine ?
Quel est-il ?
Nous avons les signes, les sacrements, nous avons les porteurs de signes, les prêtres; Comment faire pour que ces signes profitent de quelque chose?
Parfois, on me dit : j’ai eu un signe, j’ai vu, derrière un petit nuage, la sainte Vierge…
Très bien, c’est intéressant, je préfère la sainte Vierge à une dent de requin… Et alors ?
S’il n’y a pas d’effets de conversion, s’il n’y a pas un changement de vie concret, que m’importe l’image de la sainte Vierge ou d’une dent de requin derrière un nuage ou au fond du jardin ?!
En fait, Dieu n’aime pas le spectacle pour le spectacle.
Dieu, quand c’est vraiment lui, est toujours opérationnel. Il crée, il fait évoluer. Il donne une nouvelle vie.
Quand on met une graine dans la terre… Très bien ! Mais moi je veux que la graine germe, qu’elle pousse et donne une plante.
La graine qui ne donne rien, c’est inutile et absurde.
Il faut l’eau qui rend efficace la puissance contenue dans votre graine.

Et voilà …!
Nous y voilà….
Le lien entre le signe et la transformation lumineuse, c’est le Saint Esprit !
Le moment de la Pentecôte, c’est le moment de l’efficacité de l’Esprit dans tout ce que Jésus a installé pour notre salut.
L’Esprit Saint c’est la fécondité de l’amour et la fécondité de la vérité.

Mais attention, quand je dis efficacité (ou fécondité) c’est que ça va remuer !
Quand on dit efficacité, ça ne veut pas dire quelque chose de mou ou de neutre.
Le Saint Esprit va rendre vivante dans son intégrité, l’Église. Performante et une.
C’est-à-dire que, en même temps, il va rendre vivants, dans leur intégrité, les battements de notre cœur pour la vie divine.
Il va faire vivre ce qui est mort !

La merveille, c’est que la perfection divine de l’amour et de la vérité du Saint Esprit va être portée par des instruments imparfaits et limités.
Un sacrement, c’est un acte et une matière très limitée, (de l’eau, de l’huile, une parole) et qui pourtant infuse l’infinie perfection de Dieu dans celui qui le reçoit.
Un prêtre, est une personne limitée et imparfaite, qui pourtant est instrument médiateur de la grâce divine, efficace et efficiente.
De la même grâce divine par laquelle le Christ a guéri, pardonné, illuminé de sa vérité les cœurs malades et les cœurs mauvais.
Et c’est le Saint Esprit qui fait cette transmission.

Le Saint Esprit c’est l’âme de l’Église, parfaite, de l’Église Sainte.
Et cette âme, divine exprime la divinité du Christ à travers une hiérarchie physique et corporelle, visible.

Quels sont les effets du Saint Esprit ?
Les effets qui doivent passer par son Église et qui doivent être discernés, aussi, par son Église ?
Eh bien, ce sont des effets simultanés, de purification, d’illumination, de guérison et de résurrection.
Et là, ça bouge !
Aussitôt que le Saint Esprit touche un cœur il passe par l’Église, nécessairement;
il conduit au Christ, nécessairement;
il purifie, nécessairement ( sauf pour la Sainte Vierge, exception unique);
Et il illumine l’âme, nécessairement;
Il enflamme l’amour, ou tout du moins il fait grandir l’amour, encore nécessairement;
Il sanctifie, rectifie, équilibre, rend fécond; et approfondit la communion.
Enfin, il ouvre notre cœur à l’écoute de la vie éternelle.
Il nous perfectionne dans ce qu’il y a de plus précieux et de plus fort en nous par les sept dons qui nous rendent progressivement invincibles et vainqueur de tout mal par la grâce de Dieu.
Il conduit donc à la Vérité tout entière, qui est le Christ ressuscité, et la paix de notre cœur.

Le jour de la Pentecôte, l’Église Sainte part à la rencontre du monde par la prédication des apôtres, qui ne sera jamais finie; par le don des sacrements, jusqu’au dernier jour du retour du Christ; par le témoignage de l’amour sacrifié, qui va jusqu’au martyr pour presque tous les apôtres, et qui se continue jusqu’à la fin du monde pour chaque baptisé.

Si on prend un bout de la Révélation sans accepter tous les autres aspects, on est dans l’illusion et le mensonge.
On ne peut pas prendre le Saint Esprit sans Jésus-Christ, ni Jésus-Christ sans le Saint Esprit, bien sûr.
On ne peut pas vivre du Saint Esprit sans l’Église, ni l’Église sans le Saint Esprit, ni sans Jésus-Christ.
On ne peut pas vivre notre foi sans les sacrements, baptême, sacrement du pardon, et sacrement de l’Eucharistie.
Complété par la confirmation et si besoin par le mariage.
On ne peut pas vivre saintement le Saint Esprit si on ne reconnaît pas l’Église, concrètement, par une obéissance pratique, au Pape, aux évêques et aux prêtres.
Je parle de l’Église catholique, plénitude de l’Église.

Aucun aspect de ce que je viens de dire ne peut être vécu indépendamment de l’autre.
Ce sera toujours vécu avec progression, parfois difficultés, épreuves, et imperfections.
Mais cela ne fait pas peur à Dieu. Car il peut sortir l’arme secrète de sa miséricorde, à partir du moment où nous voulons vivre l’unité de l’Église, qui va transfigurer les imperfections par son action rédemptrice et son pouvoir de résurrection.

Alors, je ne peux pas terminer sans tracer le chemin de notre Espérance.
Que Péguy appelle, la petite sœur Espérance…
Notre Espérance dans le Saint Esprit c’est de passer derrière le voile de la foi, pour nous éveiller à l’union immédiate de celui qui est la lumière du monde et la lumière du Père.
Notre espérance c’est l’intimité sans aucun intermédiaire, avec le Christ, Vérité éternelle.
Plus d’infirmités, plus d’hésitations, plus de retards à l’allumage, plus de hiérarchie, plus de signes,…. au Ciel, fini tout ça !
Vivre dans cette infinie communion du Père et du Fils qui est en fait ce que le Saint Esprit veut expliquer dans notre misère d’ici-bas.
Au Ciel, dans l’Église glorieuse, plus d’intermédiaires, plus aucune médiation, mais un chant du cœur, qui sera un chant de cœur à cœur avec Dieu.
Et ce cœur à cœur avec Dieu c’est le Saint Esprit.