TROISIEME DIMANCHE temps ordinaire A 2026

 

Constances de vie spirituelle
Comme notre religion est simple. Quand on lit cet évangile c’est puissant et simple !
C’est lumineux et paisible !
Normal, c’est divin…!
Avoir la foi chrétienne, c’est comme si, peu à peu… ‘peu à peu’, parce que, ici-bas, on s’accroche à l’éternité par du ‘peu à peu’, avec parfois
il est vrai, des instants d’éblouissement. Avoir la foi chrétienne donc, c’est comme si, peu à peu, on buvait un grand bol de joie qui
va au profond de notre âme. D’ailleurs, il y a une certaine souffrance du chrétien : c’est que tout ce qu’il vit c’est
trop pour lui, c’est trop de joie, trop de grâces. La joie infinie de Dieu dans les fibres de notre être, au début en tout cas, elle fait mal. On confond même parfois cette souffrance avec un mal… alors que c’est la présence
amoureuse de Dieu qui nous envahit. Tout comme on confond la lumière trop grande de Dieu avec l’obscurité. « je n’y vois rien… »
Mais c’est normal, puisque Dieu nous aveugle qu’il soit si clair, si simple, si pur. !
Et bien souvent, les débutants font cette erreur – parce que ça se passe au profond
d’eux-mêmes, et il y a tant d’intensité de vie à l’approche de Dieu – qu’ils se mettent à
douter. En fait, ils ne doutent pas de Dieu, ils doutent d’eux-mêmes, de leur capacité à recevoir
Dieu. Dieu réveille tellement de zones endormies ou cachées en nous… C’est d’ailleurs ce qu’on appelle la crainte du Seigneur. Le Christ est tellement celui qu’on espère, tellement celui qui réjouit le fond de notre
âme, qu’on a peur d’y croire. Alors je voudrais avec ces quelques mots de l’Évangile, rappeler quelques constantes de
la vie avec Dieu. Jésus passe sur une plage, ça paraît si banal… Dieu passe sur une plage, une plage tranquille… pour ceux qui ont été sur la plage de
Capharnaüm il y a cette atmosphère magique de paix, de silence, avec seulement
quelques poissons qui sautent hors de l’eau, comme s’ils sautaient de joie pour montrer… qu’ils sont là !
Dieu passe sur une plage et il appelle. « toi.. viens… »
« viens, je te ferai pêcheur d’hommes… je te ferai celui qui connaît les mystères de
l’homme et même les mystères de l’éternité dans l’homme »
Et en voilà un qui le suit. Qui suit Jésus.

Et en voilà un deuxième : « viens on a trouvé le Messie ! »
Mais est-ce qu’on se rend compte la force de cette simplicité ?
Des hommes, des pêcheurs, au cœur éveillé quand même, dans une ville qui était un port
de pêche, occupée par les Romains, en fait un village qui faisait office de frontière, un
petit poste frontière avec peut-être 1000 habitants, qui voyait passer beaucoup de
monde, c’était pas brillant, capharnaüm. Des maisons construites en basalte gris-noir. Il y avait des pêcheurs, et il y avait des ‘pécheurs’ et des pécheresses. On pourrait presque chanter l’Amsterdam de Jacques Brel : ‘Dans le port d’Amsterdam il y a des marins qui chantent les rêves qui les antent au
large d’Amsterdam… il y avait des marins qui mangeaient.. des poissons ruisselants… ‘ Sur la plage de Capharnaüm il y a des marins qui triment, et qui tirent leurs filets avec
des blagues de marins… et ça sentait le poisson. Elle est belle notre Bible, en fait. Parce que c’est au bruit doux des vagues sur la plage, comme au silence des roseaux au
bord du Jourdain, que Dieu est venu introduire dans notre monde le royaume de Dieu, la
vie éternelle. Cette irruption de la vie éternelle qui a eu lieu dans le cœur des apôtres a toujours lieu
dans notre cœur aujourd’hui au milieu d’un monde bien plus perturbé encore que le petit
port de Capharnaüm. Il y a quelques constantes dans la vie spirituelle, qui étaient déjà tout exprimées, rassemblées dans les quelques secondes de la rencontre avec Jésus et de la réponse des
apôtres. La première constante je dirais c’est la grandeur dans la simplicité. Quand on a la foi, un souffle large agrandit notre cœur et notre intelligence. Et ce souffle il ne se voit pas. il est tellement simple. C’est le souffle de la grâce de Dieu, qui est tellement simple que ceux qui commencent à
l’écouter n’en croient pas leurs oreilles. Il faut de la prière, des années de prière pour que cette voix discrète de Dieu soit
reconnue, avec simplicité. Et appréciée, je dirais presque dégustée. Ça c’est une première constante de la vie intérieure. On pressent la grandeur de Dieu qui nous frôle, mais on n’arrive pas à la reconnaître sur
le moment.. Il y a une deuxième constante. C’est la croissance de la lumière dans l’obscurité.

On croyait être dans la lumière. Et la grâce de Dieu nous apprivoise peu à peu à son obscurité bienheureuse. À son mystère. (Je parle bien sûr, dans cette homélie, pour ceux qui ouvrent leur cœur en vérité à la
douce voix de Dieu. Les autres n’accéderont pas malheureusement, à la dilatation de leur cœur. Ils restent
tristes de rater quelque chose, sur un goût de frustration indéfinie et de ‘laisse moi
faire mes affaires’, de refus à la pureté du cœur, un peu aigri.)
C’est déroutant au départ. Mais quand on avoue qu’on est aveugle et qu’on entre dans un
régime de libre obéissance, alors, Dieu vient en notre cœur et inonde notre âme de sa
douceur. La lumière de Dieu c’est la douceur de Dieu. Et cette douceur c’est l’abandon dans la foi à l’amour de Jésus. Dans la foi, dans l’obscurité. Le début d’une vie spirituelle, c’est toujours une aventure courageuse, une peu folle, ou
on pressent, sans saisir vraiment, que cette obscurité de la foi, avec les années, elle va
devenir délicieuse. Il y a une troisième constante.. C’est que jamais la foi s’enracine s’il n’y a pas fidélité et persévérance. Je dirais, coûte que coûte. Il faut suivre le Christ, pas après pas. Et qui dit fidélité ou persévérance dit épreuves, dit des hauts et des bas. Un bateau n’est pas fait pour voguer uniquement par temps calme. Le Christ n’a jamais promis de nous épargner les difficultés. Il nous a promis de les porter avec nous, et même de les porter pour nous. Il y a un 4e signe, habituel, une condition de la vie spirituelle, qui rend visible l’ami(e) de
Dieu. C’est que l’ami(e) de Dieu trouve sa plénitude dans le dépouillement, dans la pauvreté… Vertu complètement étrangère à notre monde. Moins l’homme est alourdi les aides du monde, du succès, des richesses, des assurances, des informations de toutes sortes qui prennent la tête, et même plus il laisse tomber ses
protections psychologiques, en fait plus il se présente nu devant le Seigneur, plus alors il
sera porté dans l’Esprit Saint, par l’Esprit Saint. Plus il sera comblé. Heureux les pauvres. Heureux celui qui met son espoir dans l’unique Sauveur. Il y a quand même une autre constante. C’est que la vie spirituelle est toujours unique et elle est toujours une surprise quand

elle devient chemin de fidélité. Dieu est créateur. Jésus est ressuscité. Ce qui nous surprend toujours c’est que Dieu nous fait passer par des chemins que nous
n’avions pas prévus. Ça secoue la carcasse, ça c’est sûr… Dieu est artiste et Dieu veut faire de notre vie une vie d’artiste, une œuvre d’art. Ça, je
me souviens, je l’ai compris à 17 ans. Il n’y a pas un ami de Dieu qui ne soit artiste. Artiste du grand Artiste de la grâce. Enfin la vie spirituelle est une question d’intimité. Plus nous vivrons une relation d’intimité profonde avec le Seigneur plus nous serons en
communion avec l’Église toute entière. Et plus une voix murmurera dans notre cœur : « viens vers le Père »
Et pour celui qui ouvre, dit Jésus, mon Père et moi entrerons, nous ferons notre demeure, et nous mangerons avec lui et lui, avec nous, et nous lui ferons goûter en avant goût la
saveur éternelle. Tout cela, les 4 premiers apôtres l’ont compris quand Jésus, sur la plage leur a dit
« venez sur mes pas, je vous ferai pêcheurs d’hommes… »

DEUXIEME DIMANCHE temps ordinaire A 2026

Les familles de connaissance
J’aime bien Jean.
Parce qu’il nous fait nous poser des questions.
Il est pile à sa place et sa place c’est qu’il n’en a pas.
Elle est relative à Jésus.

Il est l’apôtre de la vérité, de la morale, de l’appel à la conversion et à la purification.
Mais il a, devant tout ça, une mission première et dernière : être la voix qui crie…
Et qui crie quoi ?
Voici celui qui doit venir.  »
Mais est-ce qu’il sait vraiment ce qu’il annonce, Jean Baptiste ?

Il dit vrai, il annonce avec des mots justes que Dieu pose sur ses lèvres, et pourtant il ne comprend pas tout.
Ce témoignage qui vient du désert m’interpelle sur la façon dont nous voyons les choses.
Il existe multiples approches de la réalité.
D’ ailleurs, il y a peut être autant d’approches différentes qu’il y a d’individus.
Mais on peut quand même distinguer des grandes familles.
Allez… Je vais me lancer dans quelques variétés de connaissances.
Comment capte-t-on le monde qui nous entoure ?
Je commence par du facile…
je l’appellerais ‘la connaissance du paysan ́.
Elle n’est pas unique au paysan; le maçon, la mère de famille, l’artisan qui travaille de ses mains, ou le sportif, ont plutôt la ‘connaissance du paysan’.
Je veux dire qu’ils sont tous à l’écoute des signes de la nature pour mieux correspondre à la nature des choses.

Et s’y conformer.
Un coup de vent, un nuage, les traces du renard ou du sanglier, l’air humide ou sec, la fatigue de son dos, parlent au cœur du paysan, à son instinct.
Le paysan est branché sur la nature, ce qui, normalement l’empêche de partir dans les illusions de sa tête.
Sa perception lui garde les pieds sur le sol.

Alors, on va dire, il y a une autre famille qui vit à plein la nature et ses possibilités.
Celle des jouisseurs et des profiteurs…
Qui est, en fait, la perversion du paysan.
Les jouisseurs captent aussi la nature des choses mais pour la transformer en leur profit.
Et c’est justement là la différence avec le paysan :
Le jouisseur prend pour lui les signes et ils se les approprient. Tout être est pour lui, objet à utiliser.
Le paysan respecte et comprend; il est humble. Il entre dans la réalité et la vénère.
Le jouisseur connaît la réalité pour détourner son message.
La capter pour son intérêt, son confort, sa gloire.
Jean Baptiste est un paysan, parce qu’il correspond dans sa simplicité abrupte aux désirs de ses contemporains.
:il y a une autre famille…
La famille ‘artiste’ …
Alors, elle, elle plonge dans le sens des signes et découvre les harmonies  subtiles et profondes.

L’artiste scrute le mystère de la beauté de la création.
Il peut être scientifique, peintre, musicien ou philosophe. Il peut être mathématicien ou poète, étudier les étoiles, pourquoi pas..
Son esprit filtre les mystères de la nature et les exprime.
Mais comme pour le paysan, il y a une perversion de l’artiste.
Qu’on peut appeler la famille ‘trompe-l’œil’.
La famille de ceux qui ne vivent pas ce qu’ils disent, qui n’expérimentent pas.
Ils croient savoir mais c’est un savoir de tête.
ls partagent un savoir en trompe-l’œil. Sans se mouiller à ce qu’ils disent.
Jean Baptiste est un artiste pur.
Sa vie même va exprimer son message de vérité.
Et puis je vois une autre famille…
La famille des prophètes.
Prophètes pourquoi ?
Parce qu’ils sont à l’écoute plus loin que la nature..
Ils veulent la lumière, la source de la lumière.
Les vrais prophètes ne s’arrêtent qu’au fleuve de l’amour qui jaillit du cœur du Christ.
Où donc plonge leur regard et leur connaissance ? :
Dans leur cœur.
Leur cœur imparfait et blessé, soit.
Mais ils cherchent la lumière qui guérit.
Et par là ils passent par la connaissance du paysan et celle de l’artiste et celle de l’amoureux et de l’ami et celle du sacrifice.
C’est la connaissance de Jean Baptiste.
Il reçoit le message qui le dépasse.
Et il le transmet en craignant même de le toucher.
Connaissance la plus respectueuse et surtout la plus humble .

La plus vraie et utile pour notre monde.
« Voici l’Agneau de Dieu… »
Mais Jean ne comprenait pas !
Et il a touché de ses mains l’Agneau de Dieu…!
Et il l’a offert au monde, à nous.
En sachant que lui devait disparaître car il n’était que le messager, relatif à la lumière.
des prophètes…

C’est la famille ‘ perroquets. ‘
Ceux qui ont compris que l’Église conservait un trésor.
(Ils n’ont pas compris qu’elle est l’Epouse. C’est pour ça qu’ils n’ont pas le vêtement blanc des noces…)
Ils proclament la lumière, mais ne s’en approchent pas trop. Parce qu’elle est engageante.
Mais ils trouvent un certain profit à l’Église…

Contrairement à Jean Baptiste, ils ne disparaissent pas.
Ils n’acceptent pas le sacrifice…
Il n’est pas interdit de nous évaluer dans chacune de ces familles.
Mais si nous ne voulons pas virer dans les ‘familles déviations’, nous devons engager notre cœur.
La grâce de Jésus, l’Agneau de Dieu, doux et fort, tracera alors son chemin de vérité et de joie pour notre vie.

BAPTEME DU CHRIST 2026

Jésus au cœur de la réalité

L’homme est compliqué.

Il est compliqué parce qu’il doit gérer plusieurs mouvements de croissance au long de sa vie.

Il a un âge pour se laisser porter. Et un âge pour être responsable.

Il a un temps où il doit faire, construire et courir.

Et il est un temps où il doit se calmer et purifier son regard.

Il a un temps où il doit regarder la terre et la travailler.

Et un temps où il doit regarder le ciel et apaiser son cœur.

Il a un temps d’expression. Et un temps de silence.

L’autre jour, je voyais une petite fille, 4 ans… Qui voulait mettre ses chaussures toute seule. Elle affirmait fièrement « je fais toute seule. Maintenant je suis grande…! »

Et tout le monde de sourire, parce que c’était bon signe.

Qu’elle veuille devenir grande…

Pourquoi l’homme est compliqué ?

L’homme et la femme j’entends, bien sûr.

Parce que sa courbe de croissance croise une courbe de maturité qui n’ont pas, l’une ni l’autre, la même équation.

De plus la courbe de croissance, et la courbe de maturité, ne s’appliquent pas de même façon au corps et à l’âme.

Et pour compliquer les choses, l’homme et la femme doivent tenir compte de leur désir pur et de leurs tendances impures qu’ils n’arrivent pas toujours à distinguer.

Et pour compliquer les choses… l’homme et la femme doivent ouvrir la fenêtre de la grâce divine qui seule peut harmoniser tout cela.

Que c’est compliqué de gérer tout ça pour une seule personne !

Comment faire quand on a 10, 15 ou 30 ans, pour garder l’équilibre et pour grandir toujours ?

Dernièrement, je relisais l’une de mes notes de lectures, d’il y a 40 ans.

Et j’y trouvais une lumière.

Dans la vie de Saint François-Xavier, apôtre des Indes et du Japon.

Quand il était ado, ses parents étaient étonnés de son intelligence remarquable. Et ils l’avaient confié à un maître : Pierre Veillard.

François Xavier s’est toujours rappelé de son maître qui brillait par sa doctrine et par sa sainteté.

Et j’ai remarqué que chez les grands apôtres on retrouve souvent ce respect et cette reconnaissance pour un maître qui ont éduqué leur enfance.

Sans être grand apôtre, je me souviens de certains hommes sur ma route qui malgré leurs défauts, m’ont appris, par leur dévouement, à grandir .

Monsieur Chaunier, monsieur Caron, frère Charles Eugène… père Jérôme… les plus proches, et il y a tous ceux, ma famille d’esprit, auxquels je bois encore à la source de leurs bonnes influences.

Ces hommes grandissaient en grandissant les autres.

Ils trouvaient leur joie à bien former les têtes un peu jeunes et légères que nous étions à l’époque.

Je ne cite pas ceux qui sont encore vivants.

Pourquoi je dis tout cela le jour du baptême du Christ ?

Le Christ est né bébé.

Il a grandi.

A 12 ans, il grandissait, est-il dit, en taille, en sagesse et en grâce.

Aujourd’hui, le Christ à 30 ans.

Il a grandi. Et nous avons le Christ à l’âge de la maturité.

Il va commencer sa mission visible, publique  d’accomplissement du salut du monde.

Or, comment s’y prend-il ?

Jean-Baptiste ne le comprend pas.

Personne ne le comprend.

Il va se mettre aux genoux de ce prophète un peu rustre pour vivre un rite de purification dont il n’a pas besoin.

Complètement incompréhensible.

Sauf… si l’on se dit que le Christ introduit à ce moment-là une nouvelle sagesse dans notre monde.

Non pas par des paroles :

«  Laisse faire, dit-il à son cousin Jean-Baptiste,… tu comprendras plus tard. En tout cas ceux qui croiront en moi comprendront plus tard…»

Quelle est cette nouvelle sagesse que le Christ introduit dans le monde ?

Le Christ est descendu à Jéricho.

Le Jourdain s’écoule à peu près à 1 km de Jéricho, la ville la plus basse du monde, à environ 250 m en dessous du niveau de la mer Méditerranée.

Et le Christ s’abaisse devant un homme qui n’est même pas digne de dénouer la courroie de sa sandale…

Nous avons là la clé de l’œuvre d’amour de Dieu, et en même temps la clé de la plus haute sagesse humaine.

Après l’âge de croissance, Jésus nous montre que si l’on veut transformer le monde, si on veut élever le monde, et ça les jeunes comprennent difficilement, (normal…) hé bien, il faut s’abaisser. Descendre au cœur du monde. Se faire proche.

L’esprit du monde est selon un autre schéma.

L’esprit du monde, c’est de trouver tous les moyens pour s’élever, pour couvrir le plus de surface possible, accumuler richesses et de connaissances pour dominer.

L’esprit du monde, d’une certaine façon, n’est pas passé dans le régime de la maturité. Il est un enfant qui veut grandir toujours selon le mode de l’enfance.

Jésus arrive…

Et développe une autre sagesse.

Le Christ s’abaisse au plus bas pour sanctifier de sa présence divine le plus bas.

Et ça c’est une autre sagesse.

C’est la sagesse du maître qui accueille l’imperfection du disciple, qui se met au niveau du disciple pour mettre en valeur ses dons.

Le vrai artiste entre dans la même sagesse.

Le vrai artiste descend dans l’épaisseur de la réalité pour révéler une beauté que personne n’avait encore vue.

Que fait Jésus ?

Il prend un rite. le baptême de Jean-Baptiste. un rite purificateur.

Un peu comme quand on se lave les mains.  Jésus entre dans ce rite.

Il vient tout simplement recevoir de l’eau sur lui-même.

En a-t-il besoin ? aucunement.

Mais alors que se passe-t-il au moment où Jean baptise Jésus ?

Voilà la sagesse accomplie :

Jésus introduit sa force divine, sa propre puissance de purification – il est source, il est puissance d’amour – dans un rite tout banal et même habituel chez les Juifs.

Au lieu de recevoir le rite de Jean son cousin, il transfigure par sa présence divine la signification du baptême.

À partir de ce moment-là, le baptême n’est plus une simple purification, il est la rencontre de la grâce de Dieu. Il devient un sacrement.

La grâce du baptême de Jésus descend au plus bas de notre monde et de notre cœur, pour apporter la lumière de Dieu, c’est-à-dire pour ouvrir notre cœur à l’amour qui peut complètement le combler.

Et ça c’est une nouveauté qui donne sa maturité au monde entier. Que Jean n’avait pas découvert.

Toute sa vie le Christ va reprendre ce schéma.

Dans chacun des sacrements. La communion bien sûr, la confession, le mariage et tous les autres. Le même schéma.

Il vient habiter ce qu’il y a de plus bas en nous, nos misères, nos souffrances, nos péchés, pour les transformer et les enrichir.

Il va les vivre, et parce que Jésus les a vécus, si nous le vivons avec lui nous entrons dans une maturité de lumière et d’amour.

Et ça personne ne peut le comprendre s’il n’a pas la foi en celui qui est descendu dans le monde pour nous élever jusqu’au Ciel, jusqu’au Père.

L’homme, la femme, qui a la foi est le seul, la seule, qui accède à la maturité de sa personnalité.

Le monde est un immature qui court après les biens et les richesses en n’ayant pas tout compris.

Celui ou celle qui a la foi en Jésus-Christ notre Sauveur, vraiment notre Sauveur, il accède à la beauté de son cœur, à la beauté de son humanité.

Il comprend que la maturité c’est d’habiter la réalité par une présence noble.

Et il n’y a pas de présence plus noble que celle de Dieu.

HOMELIE EPIPHANIE 2026

Épiphanie, c’est quand ça apparaît…
« sur toi la gloire du Seigneur apparaît ».
On doit dire qu’on l’attendait depuis longtemps dans la bible, cette épiphanie.
« une lumière brillante brillera jusqu’aux limites de la terre. De loin viendront les peuples nombreux vers ton nom qui est saint, Jérusalem, les mains chargées de leurs offrandes pour le roi du ciel.»
Ça c’est dans le livre de Tobie au chapitre 13.
Les prophéties qui annoncent une lumière sur le monde et sur les nations sont très nombreuses tout au long de la Bible.
La lumière est une image préférée du Seigneur pour signifier sa présence surnaturelle.
Mais quelque chose éveille notre curiosité pour toutes ces évocations de lumière.
D’où vient la lumière ?
C’est curieux en fait parce qu’il y a trois sortes de citations qui courent tout au long de la Bible.
Soit la source de la lumière n’est pas définie.
« Dieu dit : que la lumière soit. Et la lumière fut.» [ Gen 1, 3] premier jour.
On devine que cette lumière n’est pas le soleil puisque le soleil est créé au troisième jour, plus tard.
Lumière spirituelle…
Et encore dans Isaïe :
« le peuple qui marche dans la nuit voit une grande lumière.» [Isaïe 9, 1]

Mais dans la grande majorité des cas, dans la Bible, la lumière, c’est Dieu lui-même.
« Dieu est lumière, il n’y a pas de ténèbres en lui ». [1 Jn 1,5]
« fait briller ton visage sur ton serviteur. Sauve-moi par ta grâce »
Quelle belle prière du psaume 31.
La parole, le Verbe de Dieu est lumière.
« ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route» [Ps 35, 10]
« Jésus leur parla : ‘ moi, je suis la Lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie » [Jn 8, 12]
« le Verbe était la vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde ». [ Jn 1, 9]
C’est bizarre comme nous sommes rassurés au fond de nous-même quand nous lisons ces phrases.
Elles correspondent à notre attente.
Tout le monde peut les comprendre.

Il y a une troisième évocation de la lumière.
Quand le Christ nous dit :
« vous êtes la lumière du monde.» il parle de nous.
« votre lumière doit briller devant tout le monde. ». … ‘ vous devez la mettre bien haut pour qu’elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.’ [ Math 5, 14-16]

Mais en fait, si nous sommes lumière nous ne sommes pas source de la lumière, nous sommes reflets de la lumière qui nous habite.
« si nous marchons dans la lumière nous sommes unis les uns aux autres ». [ 1 Jn 1, 5-7]
« car si autrefois vous étiez ténèbres vous êtes lumière dans le Seigneur. Conduisez-vous en enfant de lumière !» [Eph 5,8]

Qu’est-ce que nous découvrons en ce jour de l’Épiphanie annoncé tout au long de la Bible… ?

Nous découvrons que la lumière et la paix ne viennent pas de traité de paix ni d’enseignements.
Elles viennent d’une source cachée, et cette source qui a la puissance d’un soleil, est comme un cœur qui irradie.
Et ce cœur c’est celui du Christ.
Incognito, dans une grotte de Bethléem, dans la nuit. Qui est pour nous, tout aussi caché sous la forme du ressuscité.

Toute la lumière annoncée ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur.
De l’intérieur d’une seule personne.
La lumière de la divinité vient habiter le monde à partir du cœur très humain de Jésus-Christ.
Et ça c’est une merveille, c’est une merveilleuse bonne nouvelle !
Pourquoi ?
Eh bien parce que nous n’avons pas à chercher Dieu au sommet du ciel.
« la voix du Seigneur ton Dieu n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte.
Elle n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : ‘ qui montera aux cieux nous la chercher ? ‘ (…)
Elle n’est pas au-delà des mers, pour que tu dises : ‘ qui se rendra au-delà des mers nous la chercher ?’ (…)
Elle est tout près de toi cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique.» [ Dt 30, 11-14]

L’Épiphanie, c’est une révélation au monde entier à partir d’une source intérieure.
Et comment cette révélation se répand au monde entier.
C’est très simple, et c’est justement parce que c’est si simple que c’est vrai d’une belle lumière.
Cette révélation se répand par la communion au cœur de Jésus.
C’est-à-dire qu’il y a une communion d’amour qui se transforme en lumière pour notre cœur.
Au plus profond de nous.
Pour certains cette invasion de lumière va les brûler, tellement elle est forte.
Mais Dieu est tendre et cette invasion de lumière, il va la faire progressivement monter pour nous ménager.
Dieu nous invite à vivre avec un volcan au cœur de notre âme.
Nous partageons sa lumière par un mystère de communion.
Si bien sûr, nous nourrissons ce mystère par des temps de prière silencieuse.
Alors, ce mystère de lumière, invisible pour celui qui le vit, devient contagieux.

L’épiphanie de Jésus monte de son cœur divin à notre cœur amoureux.
C’est une aventure de lumière et de ténèbres. Les deux à la fois.
Toute notre vie chrétienne sera une aventure de lumière et de ténèbres dans notre cœur.
« pour que l’âme atteigne la vie avec Dieu et communique immédiatement avec lui, elle a besoin de s’unir dans les ténèbres à la lumière éclatante, et même aveuglante, qui est une union d’amour » [Jean de la Croix MC 2, 9, 4]

Ce qui amena les mages jusqu’à Jésus, c’est moins l’étoile qui s’arrêta au-dessus du lieu de l’enfantement, que la brûlure du cœur de ces hommes qui firent tout ce voyage presque pour rien.
Simplement pour apaiser le désir trop brûlant de rencontrer celui qui était la lumière du monde.
Simplement Ces mages ont fait cette équipée désintéressée pour ouvrir leur cœur à la source de la lumière, leur cœur qui avait simplement le désir ardent de rencontrer un Sauveur.
Il repartiront très simplement aussi, allégés de leurs trésors et apaisés dans leur espérance brûlante par une expérience intime qu’ils n’ont racontée à quasi personne.
Comme Siméon, ils sont repartis au loin, silencieux, en murmurant à travers le désert de Jordanie :
« tu peux laisser aller ton serviteur en paix selon ta parole car mes yeux ont vu ton salut »
Ils avaient vu Jésus, Dieu homme, pendant une journée, ou deux, et cela suffit à accomplir une mission qui ne dépendait pas tout a fait deux, à remplir leur vie, à les délivrer du monde, des ténèbres,
Et à leur donner la joie qui ne les quittera plus jamais.
La même expérience de l’Épiphanie qui peut grandir dans notre cœur.

HOMELIE 1er Janvier SAINTE MARIE MERE DE DIEU

« que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse. que son visage s’illumine pour nous »
« que Dieu nous bénisse…»

Ce verbe ‘bénir’ est comme du miel pour n’importe quel homme, même celui qui ne croit pas en Dieu ( enfin, … ne croit pas au Verbe fait chair, à Jésus-Christ illuminateur de notre vie)
Bénir, c’est l’un de ces mots qui est riche. Tout petit, mais très riche.
Parce qu’il nous dit qu’il y a quelque chose qui nous échappe, qui est tout au fond de nous-même, et sur lequel nous n’avons pas, ou très peu, de prise, et que cette profondeur de nous-même elle est aimable à Dieu.
Et ça, ça nous remplit de joie et d’aise.
Parce que Dieu m’aime : je suis aimable.
Dieu m’a choisi.
Presque ‘ je n’y peux rien’.
Dieu a mis en moi quelque chose qui ne dépend pas de moi et dont je n’arriverai jamais à me défaire :
C’est que je suis aimable !
Certains ne sont peut-être pas tout à fait d’accord … alors je peux le dire autrement…
Il y a une chose que vous n’arriverez jamais à vous défaire : c’est que vous êtes aimable, vous mon frère, vous ma sœur.
Aussi forban, pécheur, nul, et malgré mes efforts à faire tout rater, je ne peux pas enlever cette part de moi-même qui appelle l’amour et qui donne l’amour.
Je ne suis pas libre de ne pas être aimable.
C’est terrible, mais le grand pécheur qui fait tout pour être infect à l’humanité, à lui-même et à ses frères, il n’arrivera jamais à ne pas être aimable tout a fait.
Même Adam, piteux derrière son arbre, Dieu blessé en son cœur le poursuit quand même :
‘ où es-tu Adam ?’
‘Adam, je t’aime quand-même…’

Parce que Dieu nous a béni de sa grâce d’immensité.
Je suis aimable parce que Dieu est présent en moi. il me communique la vie, la capacité de parler en ce moment, de vous regarder, de voir la lumière, de ressentir, d’aimer et d’essayer de comprendre quelques petites choses de ce grand mystère de la Création.
Et à moi et à vous, et aux bons et aux mauvais, Dieu fait se lever le soleil et pleuvoir sur les bons et sur les mauvais.
Il y a une sorte de bénédiction générale de la naissance à notre existence.
Tout le monde le vit.
Mais tout le monde n’y répond pas.
Il y a une seconde bénédiction c’est la présence par grâce qui réveille, si j’ose dire, le plaisir de Dieu.
Dieu m’aime parce que je le désire.
Parce que je réponds à son appel.
Oh ! très largement…
Je veux dire que le simple baptême suffit pour que Dieu soit proche de mon coeur.
Il suffit simplement que je ne fasse pas de péché mortel pour que Dieu ne se mette pas dans l’oubli.
Mais cette présence elle est cachée. Je ne peux pas la percevoir. C’est déjà la foi qui me le dit. je ne peux pas la mesurer.
« Si je suis en état de grâce, que Dieu m’y garde », disait sainte Jeanne d’Arc, « si je n’y suis pas, que Dieu m’y mette ».
Réponse sublime dans sa simplicité, à l’évêque Cochon qui l’interrogeait.

Mais cela ne me suffit pas.
Je veux répondre à Dieu de toute mon âme, de tout mon esprit, de toute ma force.
Parce que Dieu m’a donné mon âme mon esprit et ma force, il me les a donnés pour une réponse d’amour.
Et je veux qu’il soit présent pour agir spirituellement et pour se réjouir dans un dialogue d’amour.
Dieu communique sa grâce dans les âmes ferventes pour que cette grâce soit active, lumineuse, et qu’elle établisse la joie profonde de notre âme.
Et là il n’y a plus de plafond.
Le jeu de la grâce ne se repose pas qu’il n’y ait une intercommunication d’amour;
Une expérience qui d’abord purifie, élève mes actes,
Dieu regarde son amoureux, son amoureuse, et il lui fait goûter la douceur et la puissance de son cœur.
Il lui fait goûter la bénédiction.
Mais ça ne suffit pas.
Cette bénédiction devient transformante.
Cette bénédiction non seulement touche mes actes, leur donne une qualité surnaturelle, au-delà de ma nature, mais elle s’enracine pour transformer mon âme et pour l’identifier à Dieu.
Et là c’est la merveille.
L’âme se voit en Dieu et elle voit Dieu qui se voit en elle.
Par une expérience ineffable, c’est à dire qu’elle ne peut pas le dire.
Et pourtant Dieu élève à une égalité d’amour le cœur de celui qui s’unit à lui.
C’est à proprement parler ce que l’on appelle la contemplation.
Non seulement l’âme agit selon ce que Dieu veut, mais elle a radicalement sa vie en Dieu.
C’est une présence ou une bénédiction transformante.
C’est un coeur à cœur dont Dieu a l’initiative.
Tout est changé par cette bénédiction.
Notre regard, nos actes, notre façon de percevoir et d’intégrer les réalités naturelles et surnaturelles, tout cela devient une communion dans la lumière, d’abord du Créateur, mais ensuite de Celui qui est venu apporter la réparation de notre nature blessée.
Et ensuite de Celui qui est venu apporter l’illumination. Le Saint Esprit.
La plus belle bénédiction c’est lorsque il n’y a plus qu’illumination.
La Vierge Marie a vécu tout les degrés de la présence de Dieu dès le premier instant et dans sa plus forte intensité et dans sa plus profonde profondeur.

Nous ne saurons jamais quelle est notre bénédiction, le degré de notre bénédiction.
Peut-être au Ciel, mais à ce moment-là nous ne nous en préoccuperons plus.
On peut simplement savoir qu’il y a des ‘plus bénis’ que d’autres.
Simplement parce que Dieu les a désignés nommément.
Les patriarches, Abraham, Moïse, Josué, quelques amis de Dieu, et les prophètes.
Dieu leur a dit ‘tu es mon béni.’
Comme il aurait dit ‘ tu es mon chéri.’
Tout ceux là sont entrés dans l’union mystique pour vivre de la sagesse, de l’intelligence, de la piété, de la force et de la douceur de Dieu.
Mais il y en a une à qui Dieu a dit davantage , ‘ tu es ma chérie ‘
Tu es bénie entre toutes les femmes.
… Entre toutes les femmes.
Et il y en a beaucoup.
Dieu est entré en elle, Dieu a habité de toute sa grâce l’âme de la Vierge Marie.
Et Dieu lui a donné d’être Mère de Dieu.
Mère de Celui qui donne toute bénédiction.
L’amour de Dieu pour Marie l’a élevée jusqu’à son coeur en lui donnant son cœur, en lui donnant son Fils.
Plus on est béni de Dieu, plus on goûte au silence, parce qu’on expérimente la présence silencieuse et permanente de Dieu dans le secret de notre cœur.
La Vierge Marie était femme de silence parce que Dieu savourait d’être dans le cœur de Marie.
Comme tout bébé, Jésus bébé a savouré d’être dans le ventre de Marie.
Mais c’est de lui que venait la bénédiction et il a ouvert la source de la bénédiction pour cette femme qui ne l’a jamais perturbée, ni refusée.