VINGT ET UNIEME DIMANCHE ORDINAIRE 2025

 

Dans mon homélie de dimanche dernier je vous ai parlé d’un mystère, je dirais fondateur de nos relations sociales, d’un mystère de violence, qui permet à une société de trouver une unité et à chacun d’entre nous de survivre.
Une communauté, une famille, et même un individu a besoin de trouver sa victime.
Pour en fait nourrir et rendre supportable le loup ou plus précisément le démon qui l’habite.
Quelqu’un m’a fait une remarque sur ce fameux loup qui hante nos journées et encore davantage nos nuits.
Un autre m’a remercié pour la lumière qu’il découvrait dans cette explication.
Et puis c’est tout.
C’est-à-dire que personne ne m’a fait remarquer que mon homélie était inachevée.
Qu’elle ne suffisait pas…
Alors, je reprend là où je me suis arrêté.

Jésus est la victime du genre humain. victime libre et volontaire ‘ offert en sacrifice pour nos péchés ‘.
Et je disais qu’à chaque messe nous rejoignons celui qui s’est donné pour nous.
Par ce mystère de présence, on entre en communion avec notre victime qui n’est pas moins que Dieu..

Seulement le mystère va plus loin encore.
Parce que quand on offre un sacrifice, rien ne nous oblige à adorer ce sacrifice.
Il nous met en face de notre culpabilité.
‘ ils regarderont celui qu’ils ont transpercé ‘
Chacun voit devant lui ce qu’il est capable de faire en lui.
Ce que le démon est capable de faire en lui.
Mais c’est justement là que ça ne suffit pas pour expliquer notre foi.
Si l’on est normalement constitué on n’adore pas  notre victime qui vient de mourir.
Or on adore Jésus.
On l’adore ressuscité et on l’adore sur la croix.
Parce qu’il est Dieu par sa puissance divine dans la résurrection et parce qu’il est Dieu sur la croix dans sa souffrance.
Mais pour une autre raison qui est en relation avec nous, avec notre cœur mauvais.
C’est que Jésus par son sacrifice, dans son sacrifice lui-même, guérit notre cœur, au moment même où on le tue.
Pourquoi ? comment ?
Parce que Jésus seul a produit un acte, de façon parfaite et infinie, qui mérite d’être adoré de tout notre être.

Jésus nous pardonne.

L’une des dernières phrases prononcée par ce Jésus c’est justement ce pardon donné à notre monde misérable qui ne comprend rien et qui se débat dans sa violence, la violence du démon.
« Père… pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ».
Au moment même où nous célébrons le sacrifice de Jésus nous entendons : « tu es pardonné »
C’est inimaginable, c’est inconcevable.
Et cela nous dépasse à l’infini.
Parce que c’est divin.
C’est la clé de toute la mission de Jésus.
« tes péchés sont pardonnés ».
Jésus permet simultanément deux choses :
D’abord, de reconnaître que nous sommes coupables.
Que nous sommes minables et que pour supporter cette misère, ou au moins de la fuir, nous sommes capables de tuer un innocent.
Et en même temps, malgré cette misère, au-delà, celui que l’on tue continue de nous aimer.
En fait, c’est en même temps, mais le pardon, il est premier.
C’est parce que nous nous savons pardonné par Jésus que nous pouvons reconnaître notre culpabilité, l’horreur qui nous habite.
Alors, nous pouvons pleurer.
Ça devient possible de pleurer en vérité.
Autant sur notre misère que sur le trop grand amour de Dieu pour nous.
On peut se reconnaître coupable quand celui à qui nous faisons du mal nous regarde jusqu’au fond de notre cœur, avec douceur, sans limite.

Vraiment, notre religion est divine.
Notre religion catholique, la seule qui contient tout le mystère divin livré aux hommes pour les délivrer.
Et tout ça nous le vivons dans sa réalité, à chaque messe, comme je le disais.
Et tout ça nous permet de vivre la conversion et l’amour jusqu’au martyr s’il est besoin. Comme Barthélémy l’a vécu.
Ce n’est pas l’ultime fin de la vie humaine, mais c’est le passage le plus sublime et le plus beau sur terre :
Comprendre que l’on est pardonné, pour ensuite vivre d’union avec celui qui nous donne les dons les plus précieux, qui nous donne l’existence, la lumière infinie de notre âme.

Depuis la fondation du monde les hommes cherchent ce chemin de rédemption.
Mais il n’y en a eu qu’un qui a accompli le pardon de notre cœur. C’est Jésus-Christ.
Et même si nous ne comprenons pas tout, il suffit de se mettre à genoux et de demander à Jésus par son Esprit Saint d’ouvrir la vérité notre cœur, et par là même de le guérir, de le ressusciter par son pardon.

C’est essentiellement pour cette opération d’amour que notre Père céleste a envoyé son Fils Bien-Aimé.
Pardon et vérité nous ouvrent les portes de la joie, de la paix, comme le monde ne la trouvera jamais, ni jamais la donnera, car notre monde ne veut pas reconnaître sa culpabilité libérée.

VINGTIEME DIMANCHE ORDINAIRE 2025

VINGTIEME DIMANCHE ORDINAIRE 2025
Bouc émissaire

Jérémie, le prophète qui gène…
Il faut dire que Jérémie est fort de café. Il prophétise la mort d’un prophète autoproclamé : Hananya. Et Hananya meurt quelques mois après.
Il prophétise la destruction de Jérusalem, la déportation de ses frères, suite à la dégénérescence du pays. Tout se réalisera.
La vérité ne plaît pas à tout le monde. Plusieurs fois, il frôle la mort programmée par ses frères.
L’épître aux Hébreux parle aussi de la même incompréhension.
«… Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité… »
Et puis, la source : l’Evangile… Même propos. Jésus parle, Jésus brûle…
« Je suis venu apporter la division… » Ah…. ?!
« Pas pour semer la pagaille, mais parce que je porte un feu sur la terre.
Le feu de la vérité et de l’amour. »
Et alors ? ….
Alors… voilà la clé de l’affaire : « je vais recevoir un baptême, dit Jésus. Le baptême de mon sacrifice »

Voilà, chers frères et sœurs… nous avons la couleur de ce dimanche.
C’est un profond mystère… d’ombre et de lumière.

Qu’est-ce que c’est que cette manie d’éliminer celui qui nous gène ?
Pourquoi l’homme n’a jamais fait aucun progrès contre la violence et l’exclusion?

Que ça provienne d’un esprit raciste, ou d’un jugement complotiste, ou n’importe quelle autre obsession, fondée ou imaginaire.
Certains, moins pulsionnels, mais tout aussi coupables, définissent leurs ennemis à abattre, avec préméditation, visant un défaut réel qui va leur servir de garde-manger.
Au moins quand ils se réveillent, ils ont quelqu’un à haïr.
Il nous faut un ennemi préféré.
Il nous faut un dinosaure caché dans le placard pour nous faire peur.
Et en même temps, pour évacuer nos peurs sur une victime.
C’est une espèce de superstition très commune et générale.
C’est un mouvement d’esprit qui tient à la superstition.
On attribue tous les malheurs du monde à quelqu’un qui en fait nous renvoie à notre vérité. Ça nous permet de détourner nos peurs et de nous croire libre.
Mais ce n’est pas une solution .

En fait, tout ça n’est pas si facile… Je vous ai dit que c’était un mystère.
Parce que ça va encore plus loin.
Il nous faut un ennemi. N’importe lequel, mais il nous en faut un.
Pour soulager notre inquiétude.
Et pour certains, l’ennemi, c’est eux-même. A défaut d’autres victimes.
C’est très difficile à vivre que de s’accuser soi-même, parce que dans ces cas-là on ne s’en sort pas.. Dépression ou névroses…
C’est quand même plus facile d’accuser son voisin ou un prophète, que de s’accuser constamment soi-même.
Ces personnes sont proches de la réalité. Elles croient voir le loup là où il n’y a que l’ombre du loup.
Ils pensent que le loup c’est eux même, leur corps, leur âme, leur vie, leur destin…
Il s’en veulent et ne s’aiment pas.
C’est vrai qu’il y a un loup, mais il est en eux, distinct d’eux.
Nous avons tous un loup en nous-même, que nous pouvons apprivoiser, si nous découvrons sa cachette.
Mais si on se croit soi-même le loup, on se mord la queue et on désespère de notre salut.

Alors je m’enfonce dans ce mystère…
Quel est mon ennemi principal… ?! ma victime ?
L’ennemi indispensable, dont j’ai besoin ?
Parce que c’est bien là que se situe le problème.
Il nous faut un ennemi, nécessaire, pour justifier nos insuffisances.

Or, pour embrouiller le mystère, le vrai loup, le vrai ennemi, il a appris à se cacher.
À se dissimuler, à nous tromper.
Cette manière de procéder correspond très exactement à celle du Démon.
Il reste tranquille tant qu’on le cherche où il n’est pas, c’est-à-dire tant qu’on marche sur ses chemins, sans le voir. Là il est actif !
Mais lorsqu’on en vient à pointer sur lui un rayon de lumière, alors il se débat pour se cacher et pour retrouver une autre position qui nous trompera.

Comment se sortir de cette lutte épuisante d’avec nos ennemis ?
La solution la plus courante, et admise, c’est de se protéger par le mensonge, aux autres et à soi.
Si vous avez quelque chose à cacher… vous êtes dans le mensonge.
Si vous n’avez rien à cacher, vous êtes vulnérable.Vous serez désigné comme l’ennemi; comme Jérémie; comme Élie; comme tous les prophètes et bien entendu comme le Messie dont nous sommes disciples.
«bienheureux les persécutés à cause de la justice, de la vérité et du nom de Jésus»
Parce que ces persécutés sont ceux qui ne se protègent pas.

Il y a ceux qui gardent un recoin de dissimulation et qui vont et viennent à la lumière mais ils gardent des zones d’ombre, des retranchements et des protections.
C’est le grand nombre d’entre nous.
Un jour, ils se reçoivent les coups.
Un autre jour ils en donnent. Ou ils se cachent.
Et ils avancent toujours dans des demies-mesures pour reculer, puis repartir.
Ils ne goûtent pas à la paix.
De ceux ci, Jésus dira :
« Allez-vous en loin de moi, je ne vous connais pas… »

Alors, il reste une dernière catégorie, si on peut dire…
Il y a ceux qui veulent courir sur le chemin de lumière et lâcher leurs protections…
Tant que le travail n’est pas fini, ils seront désignés comme l’ennemi. Ils auront toujours tort. Ils ne seront pas plus forts que le Maître.
Cependant il y a une dernière grâce qui vient couronner ce chemin de vérité.
C’est quand ils sont devenus limpides. L’Esprit Saint les entoure, les porte, les offre au monde comme des sources de grâces et de lumière.
Le diable n’a plus de prise sur eux.
Et nous avons comme splendide modèle la Reine des saints.
Marie, que le diable n’a même pas pu reconnaître tellement elle était pure.
Elle n’avait aucun recoin en elle dans lequel il eut pu se cacher.
Marie, n’avait aucun ennemi extérieur parce qu’elle n’avait aucun ennemi intérieur.
La grâce de l’Esprit Saint a vaincu le monde et a vaincu son Prince, le Prince de ce
monde mensonger. Et Marie est la plus belle victoire.

C’est le diable que nous devons chasser.
Le voici, le véritable, le seul ennemi.
Mais en quoi consiste cette chasse ?
Très bizarrement, quand on a un ennemi on veut le massacrer.
Or Jésus n’a jamais fait ni prôner de massacre. Même contre le diable.
Il n’a jamais pris le Diable comme victime.
Et pourtant il faut une victime.
Alors ? eh bien alors, Jésus s’est proposé pour être lui-même La victime.
C’est absurde, il est l’Innocent.
Il est celui auquel on n’a rien à reprocher.Et bien justement, Jésus se propose comme victime.
Il se propose pour porter la malédiction du Diable.
Il se propose pour que nous le massacrions.
Pour tuer le Diable, mais en fait pour se libérer de tout ce qui nous plombe la vie, de tous les loups intérieurs et toutes les pestes extérieures, il a fallu tuer Jésus.
Et tant que nous ne serons pas autour de la Croix, nous chercherons des coupables dans nos familles, dans nos villages, dans nos gouvernements, dans toutes les
bêtises qu’on nous serinent dans les médias.
On nous offre au long des jours des motifs de mécontentements pour échapper à notre culpabilité.
Il n’y a pas plus lourd à porter pour l’homme et pour la femme, que sa culpabilité.

Et seul, l’amour de Jésus, mort par nos péchés, et Lumière ressuscitée pour notre paix, peut faire l’union dans notre monde.
Mais de toute façon, son feu d’amour et de vérité qu’il est venu répandre dans le monde sera toujours signe de contradiction.
Pour ceux qui veulent brûler à son feu, leur cœur sera apaisé.
Et pour ceux qui voudront se cacher de ce feu, ils entretiendront la violence dans notre monde.
Dans leur famille, dans leur village, dans leur pays, parce qu’ils ne se libéreront pas de leur cœur de violence.
Celui qui n’a pas la foi en Jésus-Christ Sauveur, sera mangé par la violence et le conflit. Toujours gêné.
Le Chemin de paix, c’est Jésus-Christ, sacrifié par nous, et qui nous aime.
Que l’on rejoint parfaitement dans la messe.

ASSOMPTION 2025

Qu’est-ce qui s’est passé avec Marie ?
D’abord, Marie il faut la voir dans la lumière de son fils.
Avant même qu’elle existe, qu’elle soit conçue, Marie était dans le dessein de Dieu et dans la lumière de son Fils.
Autrement dit, tout Marie était pour le Fils de Dieu.
Tout le ‘projet Marie’ était pour le Fils de Dieu, incarné.
Vous allez me dire… j’espère :
‘ mais moi aussi !… moi aussi Dieu m’a créé pour le Fils de Dieu.
« Tout est créé par lui et pour lui…
En lui tout fut créé, dans les cieux et sur la terre. » [col 1, 16 ]
Et moi aussi…
La Vierge aussi, mais chacun de nous aussi.
Seulement voilà, la Vierge Marie elle n’a rien perdu, pas une seule miette du projet de Dieu sur elle.
Et Dieu l’a voulu ainsi.
Voilà la différence.
C’est que la Vierge Marie n’a rien laissé perdre.
Elle a eu aucune inattention, aucune déviation, aucun retour sur elle-même.
Et là aucun de nous ne peut en dire autant.
Mais vous voyez il y a une conséquence, importante et même je dirais dramatique.
C’est que la Vierge Marie était comblée… de grâce.
Ça veut dire qu’elle était habitée dès sa naissance, par une joie qui l’a comblée.
Elle était en correspondance parfaite avec la vie éternelle.
Dès sa naissance.
Elle vivait de la vie éternelle.
Et d’une certaine façon, elle effleurait le monde.
Elle baignait dans la vie éternelle, et toute chose, tous ces efforts, toutes ses compréhensions et ses amours étaient comme portés dans la vie éternelle.
Précédés et enveloppés de grâce divine.
Depuis sa naissance jusqu’à la conception de Jésus, elle était comme continuellement surprise par l’Esprit Saint.
Comblée mais dans une succession d’émerveillements surprises.
Dieu s’est régalé de créer pour elle chaque seconde d’une lumière surprise.
Paisible.
Et depuis la naissance de Jésus elle a continuellement été surprise par son enfant.
Tout était accompli.
Marie comprenait son enfant.
Elle méditait comme auparavant ce qui lui arrivait, mais l’intention de Dieu prenait forme, d’instant en instant, de la lumière du Verbe incarné .
Marie n’avait aucune frustration, elle n’avait pas d’attente, parce qu’elle était confiante dans la grâce de Dieu qui lui donnait instant par instant une capacité d’amour toujours plus grande.

Il reste bien sûr le moment du Vendredi Saint.
Marie n’a pas été épargnée au pied de la Croix.
Et nous voyons ce moment comme incompréhensible, parce que nous le voyons de notre objectif qui est teinté du regard du monde.
Mais Marie ne voyait pas l’événement ainsi.
Marie était dans la vie éternelle.
Elle a souffert oui.
Mais sa souffrance était perdue dans un océan de vie Éternelle.
On ne peut pas s’imaginer…
Nous on cherche à nous transformer, à nous laisser transformer par la grâce.
Enfin quelques-uns d’entre nous…
Mais la Vierge Marie elle était divinisée par la grâce.
Elle vivait en Dieu seul, pour Dieu seul.
Elle était un souffle de Dieu sur terre.
Mais rien d’autre.
Tandis que nous, on est toujours autre chose.
On a toujours nos dévotions plus ou moins louches.
Mais la Vierge Marie n’avait pas de dévotion.
Elle était perdue en Dieu.
On a toujours nos projets, très bons, de pastorale, et même de sanctification de nous-mêmes.
Mais la Vierge Marie n’avait pas de projet… elle était d’instant en instant transverbérée par la lumière de l’Esprit Saint, de l’Esprit de son fils, de l’Esprit du Père.
Mais cela ne peut pas être imaginé.
On peut en avoir un petit avant-goût quand une grâce monte à notre cœur pour nous voler tout autre désir, tellement elle peut être douce de vie éternelle.
Mais la Vierge Marie elle était tombée dedans avant même sa naissance.
Aucun besoin pour elle de potion magique.
Je pense que Dieu lui a épargné les extases, mais il l’a mise, toute sa vie, au bord de l’extase, tellement son cœur était gonflé de la grâce et de la bénédiction.

Alors, son passage de la terre au ciel, et en même temps de son corps mortel à son corps ressuscité, (parce que la Vierge Marie est ressuscitée; elle vit selon un mode inédit de vie éternelle en son corps et en son âme)
… Son passage de la terre au Ciel… ce fut l’éblouissement sans surprise ou au contraire un éblouissement de surprise, je ne sais pas, parce que Dieu l’avait tellement portée de surprise en surprise, grâces sur grâces, qu’elle a simplement dû dire en retrouvant son fils ressuscité, – mais pas sous une forme ressuscitée de la terre, son fils ressuscité en pleine gloire à la droite du Père …
En le retrouvant elle a dû dire :
« Merci »
« merci pour l’éternité »
Et ce merci c’est son corps et c’est son âme qu’ils l’ont dit tout entiers.

Alors pour revenir à nous, encore nous… malheureusement…!
Pour revenir à nous, et bien nous ne sommes pas dans la position de la Vierge Marie.
Parce que toute grâce qui nous est proposée nous la transformons en un désir de frustration.
Pourquoi ?
Parce que nous ne saisissons aucune grâce dans sa complétude.
Nous laissons toujours tomber quelque chose du cadeau de Dieu.
Et donc toute grâce nous laisse sur notre faim.
Toute grâce de Dieu, même si nous l’acceptons si nous la vivons du fond de notre cœur, elle a un petit goût de quelque chose qui manque, par notre faute, et il a un petit goût d’attente de la grâce qui vient après.
Notre merci à Dieu quand parfois nous arrivons à le prononcer, il est teinté d’un ‘reviens y’
Ce qui n’était pas pour la Vierge Marie. Parce que la Vierge Marie savait que Dieu créerait toujours une nouvelle grâce surprise.
Nous, on a envie, on a faim, et les meilleurs pleurent sur leur imperfection, mais de toute façon on est toujours en attente.

Voilà la grande différence de la Vierge Marie d’avec nous.
C’est que la Vierge Marie elle vivait dans l’instant présent.
Comme elle a vécu sa dormition dans la simplicité de l’instant présent.
Nous nous sommes toujours inquiets, en tout cas dans une demande de miséricorde, aussi saints qu’on puisse être.
La Vierge Marie n’a même pas embêté le bon Dieu avec des revendications de miséricorde.

La Vierge Marie elle a traversé le temps, sous le voile de la vie éternelle.
Elle a traversé le monde sous la voile de la lumière divine.
Elle a traversé le péché sous la voile de la pureté et de sa virginité d’âme.
Elle a traversé la croix dans l’abandon corps et âme de son histoire et de l’histoire sainte, dans l’abandon de ses passions et de sa douleur.

Nous, nous ne traversons pas le temps.
Nous le gravissons comme une échelle.
Parfois en regardant derrière pour rire ou pour pleurer.
Parfois en suspendant notre échelle à l’espérance.
Nous ne traversons pas le monde, nous portons ses lourdeurs ou, au pire, c’est lui qui porte nos lourdeurs.
Bref, nous nous débattons, tantôt dans le mal, tantôt dans le bien.
Quelques meilleurs combattent pour se convertir.
La Vierge Marie ne s’est jamais débattue.

Alors quand est-ce que nous comprendrons ?
D’abord quand nous comprendrons que nous sommes dans le brouillard et que Marie était en plein soleil.
Et ensuite lorsque nous goûterons au don du Saint Esprit … de Sagesse.
Dans une union savoureuse, nourri en permanence par la présence du Saint Esprit .
Ça ce sera un petit avant-goût.
Mais nous ne comprendrons que lorsque nous jouirons de la victoire de l’Église du ciel, chacun dans sa demeure, mais muets d’émerveillement devant celle qui a gagné devant tout le monde son bonheur éternel.
Celle qui a été la préférée, celle qui a plu à Dieu dès le premier instant.

DIX-NEUVIEME DIMANCHE ORDINAIRE 2025

Aujourd’hui, nous fêtons saint Romain, protecteur du village de Villecroze

Reprenons un peu la petite histoire.
En fait, la grande histoire.
Saint Romain c’est la grande histoire.
Je replace un peu les événements.
Nous sommes en 258.
L’empereur romain s’appelle Valérien.
Depuis un an, il a lancé une persécution contre les chrétiens.
Il interdit leurs réunions, et donc le culte chrétien, il leur demande de sacrifier aux dieux de l’empereur; si les chrétiens ne respectent pas cela, ils sont condamnés à mort et chose juteuse, leurs biens sont confisqués au profit de l’État.
Le Trésor public va se renflouer pendant quelques années.
Nous sommes en août 258.
Valérien accentue la persécution.
Or, depuis un an, il y a un nouveau Pape : Sixte II. Ce genre d’homme de carrure à affronter les tempêtes.
Il a le même âge que l’empereur, à peu près la soixantaine.
Le 6 août 258, il rassemble ses fidèles, plus ou moins secrètement, pour une messe dans les catacombes.
Les catacombes, ce sont ces souterrains, labyrinthes, qui servent de cimetière pour les chrétiens, et qui pouvait servir aussi de protection lorsqu’ils voulaient prier Dieu quand le pouvoir politique leur cherchait des noises.
Je vous conseille d’aller les visiter, si vous êtes de passage à Rome. C’est émouvant.
En tout cas, en cette matinée du 6 août, tous ceux qui se retrouvent pour célébrer la messe autour du Pape, savent qu’il peut leur en coûter cher.
Le pape le sait plus que tous.
Et c’est alors qu’une escouade de soldats viennent se saisir de cet évêque, de ces diacres. Tumulte … Et après un procès expéditif, Sixte II est ramené dans les catacombes pour être décapité.
Il nous reste la chaise sur laquelle son sang a coulé, comme relique précieuse, à Rome.
Quatre de ces diacres le suivent de près dans le martyre.
Se sont-ils demandé tous ces hommes s’il fallait ménager la chèvre et le chou, faire preuve de prudence politique, de compromis collaborateurs, pour protéger l’Église ?
En fait, ils aimaient le Christ de leurs entrailles, et n’ont eu aucun doute pour le suivre jusqu’au sacrifice.

Mais je poursuis l’histoire.
L’un des diacres principaux de Sixte s’appelle Laurent.
L’empereur est intéressé par les sous.
Il laisse Laurent en vie à condition qu’il ramène les trésors de l’Église.
Laurent joue le jeu.
Il revient le lendemain avec une ribambelle de pauvres, de miséreux, chrétiens à Rome.
Il les présente à l’Empereur :
« César… voici les trésors de l’Église ! »
Laurent est condamné, mis en prison pour son supplice prévu le lendemain.
Le lendemain c’est un 10 août, aujourd’hui même, pour sa fête.
Le supplice d’ailleurs qui sera terrible de torture.
Jusqu’à le griller à petit feu.
Quand la haine est au rendez-vous, l’humanité disparaît.
Bref, Laurent est mis au cachot.
Et il est gardé pour une nuit par quelques soldats.
Parmi ces soldats, l’un s’appelle Romain.
Tiens….!   ça nous dit quelque chose.
Nous sommes dans la nuit du 9 au 10 août.
À Rome, c’est le traumatisme, l’émotion angoissée de toute l’Église.
Vous vous rendez compte, le pape vient de mourir, tué par le pouvoir politique, d’autres chrétiens ont été massacrés et le seront.
La persécution de Valérien visait de préférence la tête de l’Église, son clergé. Et elle visait les biens de l’Église.
Demander le baptême dans ces années-là, c’était pour devenir disciple du Christ.
Ainsi donc, Laurent est enfermé dans un cachot qui n’a rien de confortable, sinon peut-être la fraîcheur à cette période irrespirable de chaleur à Rome.
Et Laurent passe la nuit en prière.
Il chante les psaumes.
Il est paisible parce que sa conscience est paisible.
Et il est paisible parce que la grâce de Dieu lui donne toute la force intérieure, toute la joie de se savoir fidèle au Christ.
Il pourrait s’inquiéter de l’avenir de l’Église. Au delà de sa mort certaine.
Vous savez, l’Église était encore à sa naissance.
Petites communautés ferventes mais qui n’avait pas encore de structures liturgiques, administratives, théologiques, très fournies et très riches comme nous pouvons en trouver tout le bénéfice aujourd’hui.
Tout était fragile, sinon la ferveur des chrétiens et les flots de la grâce divine.
Laurent prie au fond de son cachot.
Romain, ce petit soldat qui fait son boulot… on lui a demandé cette fois-ci un travail de nuit.
Peut-être même était-il un peu méfiant de se demander si d’autres chrétiens n’allaient pas venir libérer, par le coup de force, leur diacre qui était aimé ?
Mais en fait voilà… l’impossible se réalise.
Romain est un homme.
Un homme de cœur.
Un homme de cœur c’est-à-dire un homme de conscience.
Je ne peux pas envisager qu’il n’y ait pas eu auparavant en lui une évolution intérieure, des questionnements sur la vie, sur la mort, sur le bonheur, sur ses relations, sur son métier…
Romain observe Laurent.
Mais ça ne suffit pas.
Il va parler à Laurent.
Il va chercher à comprendre pourquoi on peut préférer la mort à une compromission, si facile, avec la politique.
La politique ne couvre pas tout l’homme. Elle n’est pas un absolu qui peut gérer les consciences.
Mais ça ne suffit pas, cette raison.
Il constate que Laurent est en paix. Que Laurent n’est pas un fanatique obsédé.
Laurent attend une nouvelle vie.
Près de celui à qui il a donné sa vie par amour.
Par un vrai amour.
Par un amour qui ne se renie pas.
Mais ça ne suffit pas.
Romain va s’adresser à Jésus, va demander à Jésus de comprendre cette lumière qui habite Laurent.
Et c’est la réponse de Jésus et de l’Esprit Saint qui va complètement déterminer cette nuit de Romain.
Révolutionner son âme.
La retourner à la lumière dans ces cachots grossiers.
Et c’est là que je trouve le plus merveilleux témoignage.
Vous vous rendez compte, frères et sœurs, que Romain va demander à Laurent d’être baptisé à l’instant même.
En cette nuit d’angoisse où le sang est encore fraîchement versé de ceux qui viennent de mourir parce qu’ils étaient baptisés.
Peut-être même Romain a-t-il assisté au martyr de Sixte et de ses compagnons ?
Il demande à être baptisé !

Comment cela est-il possible ?
Et bien tout simplement parce que la foi, la foi en Jésus, sacrifié, mort et ressuscité, touche les profondeurs de notre âme, ébranle notre âme de lumière, jusqu’à expérimenter quasi une extase de bonheur.
Quand Jésus intervient dans une vie, quand à la fin d’une prière, une prière peut-être très pauvre, très confuse, on saisit la rencontre avec Jésus-Christ, plus rien d’autre ne compte. Éblouissement intérieur.

Ce n’est qu’à cette condition, d’une rencontre inouïe, inouïe de lumière et de paix, qui vient résoudre toutes les questions de Romain, résoudre toutes les objections de sa vie, qu’un homme peut prendre la décision d’être baptisé sous menace de mort.
D’être baptisé ou d’aller à la messe sous menace de mort.
D’être baptisé ou simplement de poursuivre la mission que le Christ nous a donnée, mission de dire la vérité, mission d’administrer l’Église, de servir les pauvres, comme Laurent.
Laurent aurait pu donner quelques vases en or pour contenter son juge et garder la vie sauve pour faire encore plus de bien.
Or Laurent a préféré montrer que l’Église c’est le Corps du Christ, c’est la vérité du Christ, c’est la charité de Dieu sur terre.
Et je pense que Romain en quelques minutes, en quelques heures, à tout compris de la foi chrétienne.
Il a eu une grâce puissante, illuminative, qui a décidé de sa vie et de sa mort, en quelques instants.
C’est cela la vie chrétienne en sa vérité, en sa liberté et en sa puissance d’impact.

Laurent baptise Romain.
« Romain, je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit  »
Une vie change.
Si cela amène les larmes aux yeux ce n’est pas parce que Romain risque sa vie.
Mais c’est d’abord parce que Romain met en évidence ce qui peut faire la plus grande jouissance de l’homme.
La rencontre avec Jésus et la lumière de l’Esprit Saint dans l’Église.

Romain n’a pas à s’en cacher.
A-t-il simplement été vu par ses collègues ?
L’a-t-il simplement avouer au petit matin, comme premier témoignage de la grâce en lui ?
Il est dénoncé, comme chrétien.
Le lendemain il est mis à mort.
Le lendemain, il reçoit de son Dieu le bonheur éternel.

C’est vrai qu’on fait la fête au village depuis 3 jours.
Villecroze fête la vie éternelle que nous offre le Seigneur au plus profond de notre âme.
Beaucoup, sans le savoir, fêtent la splendeur de l’Église, dans notre petit village de Villecroze. C’est merveilleux !!
L’histoire grande, dans laquelle s’est inscrit Romain…
L’histoire grande qu’a faite Romain, elle n’a dépendu que d’un choix, que d’une parole.
« Oui je veux être baptisé. »

DIX-HUITIEME DIMANCHE ORDINAIRE C

Deux citations…
La première c’est un témoignage vécu par Raoul Follereau qui a œuvré entre autres combats pour les lépreux.
L’histoire se passe dans une léproserie.
Où, vraiment, l’ambiance n’est pas à la fête …
Des hommes rongés par le mal.
Le corps disparaît rongé.
Les mains, les bras, le nez, le visage, toute la peau.
Immense solitude.
Ceux qui le peuvent encore, tournent en rond…
Raoul Follereau avait repéré une exception.
Parmi ces morts-vivants, un seul gardait les yeux clairs.
il pouvait même sourire et dire merci quand on lui offrait quelque chose. Un seul..
Une religieuse voulue connaître la cause de ce miracle.
Elle surveilla…
Appelons cela ‘sainte curiosité de religieuse…’
Et elle découvre que chaque jour, par-dessus le mur très haut, très gris qui sert de frontière hermétique à la léproserie, un visage apparaît.
Un visage de femme.
Et, tous les jours, elle apparaissait et souriait.
Et tous les jours l’homme est là, attendant de recevoir ce sourire…
Il sourit à son tour et le visage disparaît, pour revenir le lendemain, quelques secondes.
Alors la religieuse, intriguée du manège, va voir le pauvre homme :
« c’est ma femme », dit-il simplement.
Et puis, après un silence :
« avant que je vienne ici elle m’a soigné, en cachette. Elle m’enduisait chaque jour la figure d’une pommade… sauf un petit coin où elle posait délicatement ses lèvres.
Mais le miracle ne s’est pas produit.
On m’a amené ici. Elle m’a suivi.
Et, quand chaque jour, je la vois, je sais par elle que je suis vivant… »

Deuxième citation :
D’autant plus forte qu’elle vient d’une forte tête qui a refusé la foi.
C’est Camus, Albert…
Dans une pièce de théâtre inspirée de Faulkner… William.
‘Requiem pour une nonne.’
Ça se passe en Amérique du temps de l’esclavage.
Nancy, une servante de couleur  a tué l’enfant de sa maîtresse, pour sauver celle-ci de la prostitution. tout ça n’est pas très catholique.
Mais je passe sur l’intrigue.
Nancy est condamnée à mort.
Et sa maîtresse accablée vient la voir en prison. et un moment, elle n’en peux plus.  Elle lui dit
« tais-toi !  »
Et la servante réplique :
Effectivement je me tais. Je m’arrangerai avec notre frère.
_ notre frère ?
Et la servante reprend :
_ le frère des putains et des voleurs, l’ami des assassins. Celui qu’on a tué en même temps qu’eux. Je ne comprends pas tout ce qu’il a dit. mais je l’aime, parce qu’on l’a tué.

Évidemment la maîtresse n’est pas satisfaite de cette remarque.
Et elle fait remarquer à Nancy que ‘ce frère ́ peut bien l’aider à mourir mais il ne lui rendra pas son enfant…
Et la maîtresse refuse l’aide du Christ.
« il n’a jamais sauvé personne. Il ne s’est pas sauvé lui-même. »
Et Nancy reprend :
« même une meurtrière peut être pardonnée. il y a un endroit pour ça j’en suis sûr. je veux y aller. »
J’arrête là parce que la suite est trop fort pour une homélie.
Mais je me demande comment Camus a pu écrire cela sans tomber en larmes devant son Sauveur ?
C’est un mystère effrayant.

Alors maintenant nous avons la base pour accoster sur les propos du Qohelet, ceux de Jésus, et ceux de Saint Paul.
À vrai dire Saint Paul aurait suffit.
Il est encore plus puissant que Camus, bien sûr.

Si l’on a pas la foi, et si l’on a une petite graine de sincérité…  mais ce n’est pas évident d’avoir une graine de sincérité quand on n’a pas la foi.
Si on a pas la foi, tout est vanité. effectivement.
Si on a pas la foi, on vit sur nos héritages.
( je parle de la foi en Jésus-Christ)
Et on s’entredéchire pour des petites cuillères ou pour l’album photo du grand-père.
Si on n’a pas la foi, on cherche à remplir et à agrandir nos granges.
Au meilleur on se fait des soucis pour nos enfants et pour les plus pauvres, ou on combat pour une idéologie qui apparaîtra comme toute idéologie, vaine.
Vanité des vanités.

Mais si le sourire d’une femme fidèle peut réveiller jour après jour la dignité d’un homme sans avenir, le regard du Christ peut illuminer d’un horizon à l’autre notre âme perdue dans ce monde.
La maîtresse de Nancy, la servante noire lui pose une ultime question :
« y a-t-il un seul endroit au monde où l’on puisse enfin cesser de souffrir et de mourir ? »
Et l’esclave coupable et condamnée à mort lui répond :
« oui »

Le seul endroit au monde où l’on puisse cesser de souffrir c’est sous le regard de Jésus.
Jésus, c’est le sourire éternel.
Je n’aime pas trop ces Christ représentés souriants sur la croix.
Parce que le Christ a souffert en tout son être.
Mais cependant, très très au fond, la croix préserve en nous un endroit de sourire, pas de nos lèvres, mais de notre âme.

‘ que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? ‘
Question du Qohelet…
Réponse que ne pouvait pas donner le Qohelet :
Il reste le sourire du Christ pour ce que l’on aura donné.
Pas ce que l’on aura pris, mais ce que l’on aura donné.
Au soir de notre vie, il restera ce que nous aurons donné.
Au soir de notre vie, il restera le regard du Christ que nous aurons accueilli.
Le mot vanité n’a plus aucun sens pour celui qui a la foi en Jésus.
Parce que la lumière du Christ nous porte dans sa lumière.
Alors, notre espérance, c’est que le Christ soit tout et en tous.
Et l’album du grand-père, son compte en banque, et le service d’argenterie de la grand-mère, je te les laisse.
Je te donne tout, fou que tu es, parce que la foi suffit pour entrer par la porte étroite, dans la vie éternelle.
Non seulement tous les matins,  une fois par jour, mais en permanence le regard du Bon Pasteur, qui est Rédempteur, vient caresser notre âme.

« y a-t-il un seul endroit au monde où l’on puisse enfin cesser de souffrir et de mourir ? » … « oui » !
Mais pourquoi donc Albert Camus a écrit ce ‘ oui ‘ s’il ne le croyait pas ?
Tout ce qui n’est pas accueil dans la lumière transformante du Christ n’est que vanité et trop petit pour le cœur humain.
Le seul programme qui n’est pas vanité, c’est le programme du chrétien :
« Le Christ, tout, et en tous, parce que nous sommes vraiment ressuscités avec le Christ. »