Homélie de la saint Romain, patron du village de Villecroze ( textes de la messe du jour)
Saint Romain, bien sûr, c’est l’un de ces exemples de chrétiens devant qui on s’incline.
D’admiration, de vénération.
Comme devant un maître.
Oh… il n’a pas fait de traité spirituel.
Il n’a pas apporté à l’Église de nouvelles vérités; de nouvelles expressions de la Bonne Nouvelle.
On dit que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a parcouru sa vie chrétienne à pas de géant.
Il lui a fallu 24 ans pour accomplir sa vie.
Être la petite balle que Jésus chérissait.
Romain, il a été chrétien une journée. Une nuit.
Alors ce n’est pas des pas de géant qu’il a faits, c’est un saut dans le coeur du Christ.
Pour accomplir sa vie en une nuit.
Il croise Laurent, son prisonnier, et il comprend tout.
Par une grâce fulgurante, ce soldat païen est empli de lumière, divine.
Et vraiment, je vois deux sujets d’admiration pour Romain.
Le premier c’est sa mort, le don de sa vie à celui qu’il vient de rencontrer : le Sauveur Jésus-Christ.
Et cela c’est d’un autre ordre de la vie que nous déroulons du matin au soir.
Romain vivait sa vie.
Il voulait le bien de son empire puisqu’il était soldat.
Il attendait sa solde chaque mois.
Il n’est pas dit qu’il avait fondé une famille. Mais qu’importe.
De toute façon, c’est d’un autre ordre.
Il est soudainement saisi par un amour qui enveloppe tout son être.
Voilà le nouvel ordre.
Romain accueille une transformation de toute sa vie, comme une bombe d’amour dont l’onde de choc lui fait changer son plan de vie en un coup de cuillère à pot.
Mais c’est ça un chrétien…!
Un chrétien trouve sa puissance d’envol le jour où il dérape des chemins du monde pour se retrouver ébloui par la grâce divine.
Quand Pierre demande à Jésus de marcher sur l’eau, il dérape grave de la normalité. Il aime ça Pierre…
Et Jésus aime ça de Pierre.
Même qu’il lui dit qu’il aurait pu aller plus loin ..!
Empli de la grâce de Dieu, de sa conversion, Romain ne pouvait pas faire marche arrière.
Son ‘oui’ a été ‘oui’
Sans piétinements, sans demi choix et sans compromissions…
Mais, en fait, c’est la base du chrétien.
Le martyre prouve que le cœur est donné au Seigneur.
C’est simplement la définition d’un chrétien.
« À celui qui croit en moi, je ferai ma demeure en lui et nous viendrons dîner chez lui ».
Mais vous vous rendez compte..?
Jésus le Christ, Dieu, source infinie de toute grâce venant investir notre cœur.
La vie change, inévitablement.
Elle prend de la couleur.
Des choix sont pris, on assure, on ne craint pas de quitter sa barque…
Mieux… une autre vie prend place avec un autre esprit, un autre regard, une autre perception.
Mais en fait c’est tout simple : c’est l’esprit de ce Jésus qui nous aime, c’est le regard d’un coeur pur à la grâce de Dieu, c’est le témoignage vrai d’un coeur vrai qui se donne vraiment.
Il n’y a pas à se demander si le martyr ça fait mal, si c’est excessif, il n’y a pas d’autres méthodes de suivre le Christ…
C’est le coeur qui parle dans la lumière éblouissante de la rencontre avec Jésus-Christ.
Et puis c’est tout.
Celui qui n’a pas rencontré Jésus-Christ n’a pas le même habit, il se tait.
Il peut toujours de sa fenêtre regarder le martyr comme une chose curieuse, peut-être même inquiétante.
Il prouve simplement que son cœur n’a pas été touché par celui du Christ.
Saint romain ne s’est pas demandé si c’était le meilleur témoignage, et s’il ne devait pas plutôt rabaisser ses prétentions pour mieux servir l’Église.
Il a dit : » oui Seigneur, tu as pris mon coeur… alors prends mon coeur »
Ça, c’est la première dimension de toute beauté que nous présente chacun des martyrs de la première Église jusqu’à notre Église du vingt-et-unième siècle.
C’est beau tout simplement.
C’est magnifique…
Mais il y a aussi une deuxième dimension du sacrifice de Saint Romain.
Et cette nouvelle dimension je la trouve encore plus belle.
C’est que saint Romain a vécu une journée en tant que chrétien.
Pour aboutir à la perfection du Christianisme : au don de soi.
C’est cette journée qui me laisse dans l’éblouissement.
Pourquoi ?
Il a reçu le baptême.
Il n’a pas été préparé pendant deux ans au baptême.
Et c’est cela qui m’émeut.
C’est que la grâce de Dieu à touché si profondément le cœur de Romain qu’il est entré dans la pleine vérité de la foi catholique en quelques heures.
Il a compris en quelques heures le plus profond de la foi catholique et de l’histoire du monde.
Parce que Jésus est venu révéler l’histoire du monde.
Il a fallu 2000 ans, depuis Abraham, pour que Dieu mène pas à pas, avec tellement de patience, son peuple qu’il a porté comme un fils dans ses bras. [Os 11, 2]
2000 ans pour que ce peuple ne comprennent pas encore l’accomplissement de la Providence en Jésus-Christ Sauveur.
Et c’est bouleversant de rapprocher Romain et le bon Larron sur ce point-là.
Le bon larron n’est pas mort martyr.
Mais Romain et le bon Larron ont tout compris en quelques instants des profondeurs de leur âme, du dessein divin sur notre monde, et le sens vertigineux du sacrifice du Christ.
Saint Paul gémit de l’incompréhension aveugle de son peuple devant le message de Dieu.
Comme il est difficile d’accepter de quelqu’un qu’on aime, qu’il ne comprenne pas…
Ce peuple hébreu qui continue de fonctionner comme à l’heure de sa naissance…
Comme il est difficile d’accepter que quelqu’un ne grandisse pas.
Grande peine, oui, qu’il soit arrêté dans sa croissance, bloqué et ne sache pas respirer d’un mystère qui lui était destiné.
Voilà l’écharde dans le cœur tellement juif de Paul…
Et je pense que Paul pourrait encore pleurer actuellement sur ses frères de race et de foi.
Le mystère libérateur qui leurs était annoncé depuis des siècles, ils passent à côté.
Ce mystère que Élie a surpris alors qu’il était pourchassé par la reine Jezabel et le roi Acab.
Dieu… dans la brise légère de son coeur apaisé.
Et bien tout cela, saint Romain l’a découvert et l’a porté au plus profond de lui-même en quelques heures.
C’est presque un peu râlant pour nous.
Nous passons notre vie a attraper des petites flammèches de grâce.
Et chacune de ces grâces nous ravit le cœur.
Et bien, imaginez…
Saint Romain a eu dans son esprit, dans son âme, le tsunami des grâces que l’on peut accumuler au long d’une vie entière.
Il est entré dans la compréhension de l’histoire des hommes par la présence fulgurante de son Sauveur, alors que la plupart, au bout de 40 ans avancent, bien sûr, mais hésitent, reculent a moitié, et repartent à tâtons, dans la révélation de notre Seigneur Jésus-Christ qui a souffert, qui est mort, et qui est ressuscité en vie éternelle.
Ce lui fut comme une transfiguration, dans ce fleuve de grâce qui coula ces jours-là, avec le sang de Laurent, martyr, avec celui de Sixte, le Pape lui même, quelques jours plus tôt, qui avait enfreint les consignes de l’empereur; enfin, avec le sang d’une partie de la communauté chrétienne de Rome.
Sang et extase.
Mais saint Romain, davantage encore, emporté comme Élie dans un char de feu de grâces.
Il a tout vécu, la brise, dans son cœur tellement puissante qui lui permit de vivre le feu dans son corps pour participer au seul sacrifice qui veut dire quelque chose maintenant.
Normalement, on arrive au don de soi en fréquentent le Christ, particulièrement par le sacrement de l’Eucharistie.
Et nous allons encore le vivre aujourd’hui.
Romain n’a pas commencé par la question; il a commencé par la réponse, q solution de tous les siècles.
Il y a quelque chose qu’il nous fait envier.
Pour Dieu, un jour c’est comme mille ans, et mille ans comme un jour.
Et pourquoi ne pourrait-il pas nous donner de vivre mille ans en une seule journée ?
Il y a quelque chose qui nous fait frémir quand on entre dans l’intimité de ceux qui ont bu à la Source.
En fait, nous restons devant saint Romain comme jaloux de la pleine grâce à laquelle il a répondu.
Parce que son martyr nous révèle la grâce immense d’amour dont il fut aimé.
Et à laquelle il a répondu.
