Nous venons de lire quatre textes.
4 textes de la Bible.
Mais je ne suis pas sûr que nous les ayons reçus de la même façon.
Que nous ayons compris de la même façon.
Parce que, en fait, nous pouvons les accueillir selon deux éclairages différents.
Nous pouvons les prendre comme des épisodes.
Comme des petits tableaux qui nous concernent ou que l’on ne veut pas qu’ils nous concernent.
Des petits tableaux aux couleurs vives.
Qui touchent même notre émotion.
Jérémie… L’homme écorché par la grâce de Dieu.
Le cœur ouvert par un feu brûlant.
« tu m’as séduit et je me suis laissé séduire ».
« je dois dire mon message, le crier, le faire jaillir de mon cœur… Parce que je ne peux pas le retenir. »
Voilà, on a un homme possédé par l’esprit de Dieu qui est un esprit d’amour.
Comme Jonas, Jérémie se débat.
Comme Moïse, Isaïe, Élie, comme quasi tous les prophètes qui ont pressenti que leur vocation les sacrifiait à l’amour de Dieu.
Les sacrifiait dans le sens fort du mot.
Ils se sont tous dit devant l’ampleur du message dont ils étaient porteurs qu’ils allaient perdre des plumes, et certainement davantage que des plumes.
Et pourtant, Dieu avait saisi leur cœur et ils ont compris que s’ils résistaient, ils déchireraient encore plus leur cœur et deviendraient des nuls.
Mais s’ils se livraient, ils libéreraient leurs âmes et recevraient un retour de jouissance, au centuple.
Ça c’est une première lecture.
Qui nous fait quand même poser question.
Parce qu’on se dit : » pourvu que ce soit moi » et on se dit : » pourvu que ce ne soit pas moi … »
Parce que, pour ce trop de bonheur, ça va faire mal…
Après… Ça dépend des tempéraments…
C’est une première lecture, ce n’est pas la plus importante.
C’est simplement la plus immédiate à notre sensibilité. Joie et crainte.
Je passe rapidement sur Saint-Paul, parce que pour une fois, il semble moins expressif que les paroles de Jérémie.
Mais il dit pareil.
« par la tendresse de Dieu (mais attention cette tendresse elle est effrayante tellement elle est intense)… Par la tendresse de Dieu présentez-lui votre corps – votre personne tout entière – en sacrifice, pour lui plaire… Pour lui rendre un culte.»
Et puis, viens le coup de tonnerre de l’altercation entre Jésus et Pierre.
Dimanche dernier, Pierre est nommé pape.
Avec des pouvoirs infaillibles.
Pierre inspiré par le Saint-Esprit, frôlé par la grâce de Dieu le Père.
Et là, une minute 30 secondes plus tard, Pierre se fait comme gifler par Jésus.
Pourquoi ?
Parce qu’il ne veut pas entrer dans une dimension qui le dépasse.
« derrière moi, Satan ! Tu penses comme un homme qui n’a pas la grâce. »
Voilà, 3 tableaux forts de café.
Et pourtant, ce n’est pas la lecture la plus forte, la plus fondamentale.
Parce que c’est comme une lecture encore humaine, trop humaine.
On voit bien qu’il y a une intervention de Dieu, mais ça reste de l’ordre de l’événementiel, du phénomène.
Il y a une deuxième strate de lecture.
C’est que, derrière ces trois messages, il y a le plan de Dieu.
Et c’est Jésus qui l’exprime par une prophétie énigmatique.
Pourquoi est-il si difficile d’accueillir ces textes sans résistance ?
Parce qu’ils nous invitent à une révolution.
Une révolution, c’est-à-dire un changement absolument complet de notre univers mental, social, et même de notre conscience personnelle.
Quand je dis révolution, je pourrais dire conversion, mais ce mot est trop faible.
‘conversion’, ça donne comme une impression d’un nouveau matin.
Mais non !
Révolution, c’est un changement de monde, changement de conception, c’est le changement de l’histoire.
‘révolution’, c’est quand on perd les bases traditionnelles.
Et on comprend pourquoi Pierre ne peut pas suivre.
Parce que s’il avait dit à Jésus : « et bien oui ! D’accord, tu dois souffrir, être tué…»
Et plus loin il dira, ‘ je veux te suivre sur ce chemin ‘ … Quelques heures avant de trahir Jésus et de le fuir…..
S’il avait dit cela, ‘ d’accord… ‘ Pierre aurait explosé en vol.
Parce qu’il aurait pris de plein fouet la révolution que Jésus annonçait.
On ne peut pas vivre de plein fouet en un instant une révolution…
Les paroles de Jésus ne sont pas simplement une annonce d’un sacrifice.
Même si ce sacrifice est incommensurable.
D’ailleurs d’une certaine façon, Jésus n’annonce pas son sacrifice.
Il annonce la fin de l’Histoire.
Il annonce la fin des sacrifices.
Jésus est là pour une autre proposition de l’Histoire des hommes.
Et c’est ce que ne peuvent pas comprendre les hommes actuels et les Juifs de son temps.
Je ne parle pas de ceux qui n’y comprennent rien, mais de ceux qui cherchent à comprendre.
Depuis Abraham, depuis Moïse plus précisément encore… Mais en fait depuis le premier couple homme et femme sur terre, les hommes se sont débattus dans une conception progressive du mal et du bien.
Tous les hommes.
Certains ont pris la pente du mal, d’autres ont pris une pente dominante vers le bien, mais en fait c’est toujours selon le même schéma.
Attirance du bien qui nous promet à une plénitude.
Trébuchement dans le mal qui blesse et abîme notre destin.
Réparation des blessures.
Pour certains, obstination à dominer par le mal.
Pour d’autres, efforts à tenir la route.
Efforts si fragiles.
Et quelques rares malheureux sont persuadés qu’ils ont réussi à goûter au bonheur, parce qu’ils sont gagnants de quelques plaisirs illusoires et passagers.
Ce sont les plus malheureux parce qu’ils sont complètement à côté de la réalité.
Voilà pourquoi : « Malheureux, vous les riches,…»
Ça, toute cette marche boitillante, c’est depuis le début de l’histoire de l’homme.
Hé bien, Jésus vient faire une autre proposition qui balaie ces misérables efforts.
Qui balaye le sens de l’histoire humaine.
Qui balaye les questions et les réponses hésitantes.
Et si Jésus annonce ses souffrances, sa mort, c’est parce qu’il sait pertinemment qu’il propose la fin de l’Histoire ancienne des hommes.
Le bien, le mal, la réparation par les sacrifices, la lutte pour trouver sa place, les désirs qui nous enflamment, les déceptions qui nous ramènent à terre, les petits sursauts de bonheur d’une amitié, d’une réussite, d’un regard qui nous correspond,…
Qui constituent l’histoire humaine.
Tout cela, Jésus vient le révolutionner.
Le dépasser. Je dirais presque, l’anéantir.
Pour un autre feu. Pour une véritable lumière. Pour une transformation qui fait perdre son sens à l’histoire humaine.
Et c’est pour cela que les pharisiens vont tuer Jésus.
Parce que les pharisiens étaient les plus impliqués dans la tradition de l’histoire humaine.
Dans la meilleure tradition de l’histoire humaine.
Que Jésus va balayer — faire disparaître.
Mais pas par une ambition malsaine de détruire ou de déconstruire ( ça, ce sont les révolutionnaires aux petits pieds qui s’y amusent), mais de dépasser. Jésus dépasse à la vitesse de la lumière, les trains essoufflés.
Tout est vaincu par Jésus.
Le mal, le bien, la réparation, les petites joies, et les grandes larmes.
C’est cela que Pierre ne comprend pas à l’instant où Jésus parle.
L’autre proposition de Jésus, c’est la vie éternelle qui balaye les lueurs de notre monde.
Mais ça ne suffit pas de le dire comme cela.
Il faut avoir une entrée dans cette vie éternelle.
Et Jésus la donne.
« Celui qui croit en moi a la vie éternelle ».
La révolution, la transformation du monde, de l’histoire du monde, c’est un acte d’amour et de foi en Jésus-Christ.
Ça a l’air de rien, mais tout simplement cela met un point final à l’histoire du monde.
Et tout simplement cela peut nous amener à nous arracher le cœur et à donner notre vie jusqu’à notre peau et le reste pour la révélation du bonheur éternel.
Vous voyez, frères et sœurs, que les paroles de Jésus, c’est comme sauter dans un abîme.
Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau donne un tout autre sens à notre vie.
Mais pour cela il faut commencer par accepter d’avoir un cœur qui brûle.
Jusqu’à présenter à Dieu son corps – notre personne tout entière – un sacrifice vivant.
Qui n’est pas un sacrifice, mais qui est un acte d’amour.
D’une certaine façon, à la fin de cet évangile : ‘ le monde entier, il ne nous intéresse pas !’, parce qu’il continue sa course dans ses chemins défoncés et qui le resteront.
Tandis que le Fils de l’homme nous ouvre l’espérance de la gloire de son Père qui est réellement la finalité et l’apogée de notre destin.
Notre jouissance sans fin.
Rien de tout le reste ne vaut le coup.
C’est fini tout simplement depuis que Jésus a changé l’Histoire.
