« pour les gens, je suis qui ? »
Le Christ, pour les gens, pour ceux qui sont au marché en ce moment ; pour ceux qui sont devant la télé la plupart du temps ; qui vont au travail le lundi matin, qui pensent à leurs problèmes, à leurs familles, à l’actualité, proche et lointaine…
Le Christ, qui est-il ?
Généralement, le Christ n’est pas critiqué.
Il est plutôt estimé.
C’est un sage, un prophète, qui a fait du bien, des miracles même… là-dessus, pas tous sont d’accord, c’est déjà un peu gênant…
Il a dit de bonnes paroles.
Bref, c’est quelqu’un au-dessus du commun.
Mais il est lointain.
Et pour tout dire, qu’il le reste…
Parce que s’il se rapprochait, il deviendrait engageant.
Il demanderait des choix.
Mais là, ça commence à coincer. On ne veut pas aller jusque-là.
On préfère se renseigner sur l’actualité du coin de la rue, ou plutôt du coin d’une rue de New Delhi, que sur les paroles du Christ.
Parce que le Christ ne doit pas concerner notre vie.
Il ne doit pas inviter à du concret.
Si vous demandez dans la rue : « pour vous, qui est le Christ ? »
Inévitablement, il va y avoir une distance de posée. Une sorte de « oui, mais…».
D’ailleurs certains le disent tout de go : « ça ne m’intéresse pas ! » »
C’est celui qu’on décrit… qu’on a décrit…
Mais tout ce qu’on a dit n’est pas forcément vrai…
Et on relativise le récit des Évangiles.
On ne sait pas trop pourquoi, mais ça rassure.
Alors qu’on ne relativisera pas le récit de la vie de Jules César.
Et voilà la distance…
Ça permet de le mettre de côté.
Au moins, ce qui est dit dans les évangiles ne me concerne pas.
On a détourné la question. C’est trop beau pour moi….
Et d’une certaine façon, les contemporains de Jésus ont réagi de la même façon.
Dire de lui que « c’est l’un des prophètes, Jean-Baptiste, Élie, Jérémie, ou un autre… »
c’est une manière de dépersonnaliser quelqu’un.
On le compare, on fait un rapprochement diffus, peut-être louangeur, c’est quelqu’un de grand, voilà tout simplement… Et même d’original, mais un remake.
On ne veut pas spécialement connaître sa spécificité.
« et pour vous, qui suis-je ? »
Alors là, on peut faire le même exercice.
« pour vous frères et sœurs, qui est Jésus ? »
Vous êtes dans une église…
Alors qui est Jésus pour vous ?
Normalement, si vous êtes là pour cette messe, il n’est pas si loin.
Vous venez le chercher, ici, pour cette messe.
Vous venez même pour une union intime avec Lui !
On a mis un petit papier sur votre chaise.
On va vous faire passer un stylo.
Et chacun de vous va écrire sur le papier un mot, ou deux.
« Pour vous, qui est Jésus ? » En un ou deux mots.
Et on récoltera les résultats en fin de la messe.
En tout cas, Pierre répond instantanément.
» Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
Pierre n’a jamais peur de se tromper.
Il est impulsif. Comme les enfants.
L’impulsion est périlleuse.
Mais c’est sur l’impulsion que se greffe le Saint-Esprit.
Celui qui a peur de l’erreur n’atteindra jamais l’autre rive.
Il restera paralysé à l’idée de se tromper.
Et ce n’est pas du tout le caractère de Pierre.
Jésus aime celui qui fait confiance et qui s’aventure.
Celui aussi qui compte sur le pardon en cas d’erreur.
Rien n’est plus pénible que les personnes qui n’admettent pas la possibilité de se tromper.
» Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
Autrement dit, tu es un mystère .
Tu es celui qui dépasse tous les autres.
Et tu es celui qui accomplit. La Source. Celui qu’on attendait.
Tu es celui qui ouvre la vie éternelle. « Tu as les paroles de la vie éternelle ! »
Saint Paul répond aussi à la question avec sa puissance :
‘ Quelle profondeur dans la richesse, et la sagesse et la connaissance de Dieu !
Ses décisions sont insondables. Ses chemins sont impénétrables.
Qui a connu la pensée du Seigneur ? Car tout est de lui, et par lui, et en lui….’
Ça c’est le cri de saint Paul.
Et qu’est-ce qui en ressort des paroles de Paul et de Pierre, soulevés par l’Esprit Saint ?
Et bien, il en ressort l’Église…. !!
Qui est un plus grand mystère encore que le Christ lui-même…
En fait, nous avons la capacité curieuse de diminuer les réalités qui nous gênent.
Généralement, ce qui nous gêne, c’est ce qui est beau, ce qui est vrai, ce contre quoi nous n’avons rien à redire.
L’Église est l’une de ces réalités.
Tout comme le Christ est l’une de ces réalités.
Notre esprit à la capacité de mettre à distance ce qui nous appelle à nous impliquer intimement.
Quand quelqu’un nous regarde dans les yeux, nous avons la possibilité de détourner le regard.
Et bien, quand Jésus nous regarde dans le coeur, dans les yeux de notre coeur, notre esprit, à la possibilité de se dire : il n’existe pas vraiment, en tout cas il n’existe pas vraiment pour moi, celui qui en ce moment regarde dans mon coeur.
C’est incroyable cette puissance à se détourner de ce qui veut toucher notre intimité.
Quand c’est un danger, admettons.
Mais quand c’est un mystère de bien, de beauté, de vie, et parfois de résurrection, alors c’est grande tristesse que de vouloir y échapper et de se défiler.
Et, c’est un fait, les gens de feu sont les seuls à pouvoir ouvrir leur coeur.
Les gens de feu, ce sont les enfants, les innocents, les êtres qui ne se protègent pas.
Il n’y a rien de plus dangereux, mais il n’y a rien de plus fécond, il n’y a rien qui ouvre davantage à la grandeur d’une vie.
Ouvrir son coeur à quelqu’un qui touche notre cœur…
Ouvrir son coeur à quelqu’un qui habite notre cœur.
Jésus est l’intime de notre cœur.
L’Église est aussi l’intime de notre cœur.
Différemment.
Il est très difficile de l’admettre.
Autant pour Jésus que pour l’Église.
Nous voulons toujours ramener Jésus à quelqu’un d’extérieur.
Au pire à quelqu’un d’historique.
Au mieux à quelqu’un qui serait notre voisin, un parmi d’autres, dans la rue, mais un peu plus loin.
Qui peut nous faire du bien.
Mais pas celui qui fait palpiter notre cœur.
Et cette palpitation c’est une grâce.
Et quand cette grâce anime le fleuve de vie qui coule en nous, elle se répand hors de nous.
Nous, catholiques, nous avons cette merveille : que quand Jésus habite en notre cœur, l’Église porte notre cœur. Dans sa main comme dans un écrin.
Quand Jésus parle à notre cœur, l’Église prononce les paroles de Jésus.
Quand Jésus illumine notre cœur, c’est par l’Église que nous buvons ces rayons de lumière.
C’est dire si l’Église est intime !
Et quand Jésus guérit notre cœur par son pardon, c’est l’Église qui répand le baume de sa miséricorde.
Le grand mystère….
C’est que Jésus se fait proche de nous par l’Église.
L’Église ne crée aucune distance.
Bien au contraire,
Dans l’imperfection de notre relation à l’Église, Dieu nous touche de sa perfection.
On peut souffrir de l’Église mais on ne souffre de l’Église que comme on souffre de Dieu.
Parce qu’elle nous demande plus loin que nous-mêmes, et pourtant dans le plus intime de nous-mêmes.
« Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le Ciel.
Tout ce que Dieu aura délié sur la terre sera délié dans le Ciel »
Et le Ciel, c’est la vie éternelle qui est déjà en nous, l’eau vive qui a bouleversé la Samaritaine, et Marie Madeleine, et Barthymée, et les apôtres, et Paul, et … Pierre
