Attention !
Ce n’est pas pour avoir raison, ce n’est pas à la recherche d’un intérêt pour soi ; ce n’est même pas dans un souci de justice, que l’on va trouver son frère pour lui dire :
‘tu sais, mon frère, ma sœur, tu n’es pas dans une démarche de bien’
Le bien blessé par le mal, tisse quelque chose de très complexe en nous, dans notre psychologie.
Tout un réseau de connexions, de déformations, d’aveuglement et d’oubli, de surenchères…
Mais aussi de durcissements, de blocages, d’invitation au mensonge, au renfermement sur soi, et à l’orgueil.
Enfin, un réveil de jalousies, de passions, de haine, d’amour, mais aussi d’espoir et désespoir, de colère, de crainte.
Tout ce qui n’est pas la paix en nous va être réveillé par le mal.
Notre conscience, et particulièrement notre mauvaise conscience, est comme un sonar qui envoie ses signaux perturbateurs dans tout notre corps et dans notre esprit.
Notre bonne conscience au contraire, diffuse le silence et la paix dans notre cœur, dans notre âme et jusqu’à notre corps.
Une personne qui est dans le bien est simple et calme.
Elle est dans la simplicité de l’harmonie. Même si elle est en train de déplacer des montagnes.
Tandis qu’une personne qui franchit la porte du mal, alors même qu’elle serait dans un état inactif, allongée sur la plage, dépense une énergie intérieure considérable pour compenser une dysharmonie qu’il y a en elle.
Or, quand on est dans la paix tout fonctionne avec un rendement plus grand :
Nos capteurs, notre sensibilité, notre intelligence et notre volonté, l’efficacité de nos actes, et même jusqu’à notre digestion et à notre sommeil, nos impressions et nos expressions.
Quand nous sommes engagés dans le mal, c’est tout l’inverse.
Nous diminuons notre sensibilité ;
notre intelligence s’embrouille ou se dilue, notre volonté porte des poids anormaux ; et tout se perturbe de notre âme et de notre corps, demandant un sursaut d’énergie intérieure pour garder l’équilibre.
Le mal est comme quelque chose qui arrache des lambeaux de bien.
Ça ne construit rien, ça ne peut même pas être vraiment défini, parce que c’est quelque chose qui crée un manque.
Et pourtant, c’est là le piège : il se fait passer pour quelque chose d’important.
Le mal à la fois diminue notre existence, notre capacité de vie, l’intensité de lumière, la richesse des harmonies.
Et le mal à la fois arrive à nous convaincre que sans lui nous vivrions moins bien, alors que c’est lui qui diminue la vie.
Et pour réussir sa tromperie, il va réveiller tout un tintamarre d’orgueil, de vanité et de justification, d’autojustification, de mensonges et de blocages internes.
Il va recouvrir notre jugement d’une poussière d’aveuglement.
Et plus on s’obstine dans le mal, plus on construit des décors compliqués pour nous-mêmes et pour les autres.
Le mal fait mal par le manque qu’il crée. Et se fait du mal pour cacher son mal.
Le gros problème, c’est que se guérir du mal réclame une souffrance.
La souffrance de remonter le courant qui cherche à conserver l’état de destruction qu’il a provoqué.
Je reviens à mon introduction.
Si on va trouver son frère ou sa sœur, pour Jésus, ce n’est pas par intérêt, parce que, sinon, il y aurait combat de deux intérêts.
Si on va trouver son frère ou sa sœur, c’est par amour de son frère ou de sa sœur.
C’est par amour de son bien.
Parce que notre frère ou notre sœur est une partie de nous-même.
Notre frère ou notre sœur est de notre nature commune qui se trouve bien dans la lumière.
Et en fin de compte, si je veux le bien de mon frère ou de ma sœur c’est parce que ce bien, vécu en communion, grandit ce qui me fait du bien.
Sans oublier que la remarque que je peux faire tombe dans un cœur blessé qui va vouloir se protéger.
Et donc mal réagir.
La tactique de Jésus est très puissante et très fine.
Suggérer d’aller trouver le fautif, c’est œuvre de vérité.
Mais pas simplement pour celui qui reçoit la remarque ;
D’abord pour celui qui fait la remarque.
Parce que, notre remarque va permettre de vérifier notre jugement sur la réalité;
La réalité est pauvre, mais elle permet de ne pas rester dans sa tête.
De dire la faute ou l’erreur à son prochain est une très bonne démarche de purification de notre propre jugement.
Le sifflement des langues venimeuses, qui accusent, qui suggèrent les calomnies ou les médisances restent toujours dans l’ombre, sans aborder celui ou celle qu’elles visent.
Parce que dire une calomnie en face de celui qui est concerné, revient à se juger soi-même.
La mauvaise foi apparaîtrait alors trop évidente.
Dire un reproche en face est une œuvre de lumière pour soi même.
Il est plus facile de murmurer ou de siffler quelques mots perfides dans les recoins ombragés d’une rue que de faire œuvre de franche vérité.
Une œuvre de charité est toujours une œuvre de lumière.
C’est d’ailleurs un critère pour juger de la grâce.
La grâce de Dieu est lumière. Tout ce qui se fait ou se dit qui ne peut pas être répété en face de l’intéressé est œuvre des ténèbres.
Le diable se cache et jubile de créer la division dans les ténèbres.
Quand je constate que des chrétiens se combattent, parfois même en justice, sans pouvoir se rencontrer, et parfois sur des futilités d’amour propre, et même pire, pour des affaires qui ne concernent que la vie de l’Eglise, c’est grande indignité et tristesse.
D’aller trouver mon prochain réclame l’hypothèse de ma propre conversion.
Cela réclame un acte d’amour qui est prêt à comprendre différemment la réalité de mon prochain.
Et ce n’est pas si facile que cela.
Voilà pourquoi le conseil de Jésus est d’abord le plus efficace pour celui qui porte la remarque.
Car une remarque ne doit être faite que dans l’amour de l’autre.
Et si cet amour est difficile par soi seul, hé bien, allons-y à deux ou trois.
Il y aura plus grande chance de vérité.
Et sinon, garantie suprême, approchons-nous de notre prochain, avec la foi et l’amour de l’Église qui elle, est sainte et infaillible.
Voilà pourquoi ‘quand deux ou trois ans réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux’
Parce que, pour que deux ou trois soient réunis et unis par le nom de Jésus, sur un même avis cela tient de la grâce de Dieu et du Saint-Esprit.
Il y a presque une note d’humour dans cette remarque de Jésus.
Parce que cela veut dire que si on n’obtient pas ce que l’on demande c’est qu’on ne demande pas par le nom de Jésus, dans le Saint-Esprit.
Et ce que demande l’Église, oui, est infaillible de lumière.
Voilà pourquoi la vraie prière et la prière de l’Église.
La vraie lumière et le vrai bien est la prière de l’Église.
« quand deux ou trois sont réunis en mon nom…», c’est-à-dire quand il y a l’Eglise, alors il y a prière infaillible.
« ce que vous aurez lié » en Église, par l’Église, « sera lié au ciel»
Parce que l’Église est déjà réalité du ciel, par l’Esprit Saint.
« et ce que vous aurez délié sur terre », dans l’Esprit Saint et donc dans l’Eglise, en pleine lumière, « sera délié au ciel.»
Et tout ce qui sera en plus ne sera rien et à considérer comme du rien.
