Nous sommes des privilégiés, frères et sœurs… On a tout.
Toutes les questions. Toutes les réponses.
Or, bien souvent, quand abondent les richesses, l’essentiel passe derrière le rideau.
Et on s’amuse sur l’avant scène.
Tout, c’est quoi ?
Tout, c’est la messe.
Nous avons la messe offerte, tous les jours.
Pour boire à la source pure de notre vie.
C’est incroyable… On a ce qui peut emporter notre cœur dans la plus grande joie de notre être tout entier, dans le temps et au delà du temps.
Et le monde s’amuse.
Il s’amuse à ses petites affaires qui l’angoissent, qui lui prennent la tête.
Ces petites affaires qu’il croit sérieuses.
Et on passe nos journées à nous amuser de nos petites affaires.
En présentant ces ‘amusements’ avec tout le sérieux et l’émotion nécessaire pour les rendre indispensables.
Mais d’une certaine façon, au fond, on sait bien qu’on n’est pas dans l’essentiel.
Et ces affaires, elles ne sont jamais satisfaisantes complètement.
On ne commence pas par le bon bout.
Dans nos recherches d’un meilleur équilibre, d’un bien-être de notre corps et de notre âme, tant qu’on ne commence pas par la solution, on s’amuse tout simplement à se compliquer la vie.
Jusqu’en notre chemin de foi.
Nous savons que le monde s’amuse, tourne sur lui même et virevolte.
Et cependant, on entre volontiers dans son jeu hypocrite.
Pourquoi ?
Parce qu’il y a quelque chose en nous qui ne supporte pas de respirer un air très pur, une joie très vraie.
Tout simplement un bonheur, grand.
On a peur d’aller jusqu’au bout d’une jouissance vraie.
J’ai vu des personnes incapables de finir un acte lumineux ou un acte d’amour sans y introduire quelque chose de gâché, une imperfection volontaire…
On se demandait : ‘ sont-elles malades?’
Oui, d’une certaine façon.
De la maladie du monde qui ne supporte pas la beauté accomplie.
Le seul essentiel dans notre vie c’est d’abord d’aller à la messe, rencontrer celui qui nous donne la vie, en nous.
Normalement je m’adresse à des convaincus, puisque vous êtes devant moi, là, à la messe.
Mais est-ce que nous avons conscience de la profondeur, de l’impact de la communion que nous recevons, dans laquelle nous entrons, en recevant le Corps du Christ.
Ce dont nous parle Jésus dans l’évangile, c’est une affaire de vie.
Autrement dit de vie et de mort.
De vie éternelle ou de bonheur raté.
Mais quand on a compris cela, c’est à dire quand Dieu nous a ouvert le coeur, l’esprit, l’âme, à ce qui est le cœur de notre vie,…
On vient à la messe tous les jours !
On crie notre faim de l’Eucharistie. Et on supplie le Christ bien aimé d’achever l’œuvre de sa grâce en nous.
On fait tout, on lâche tout, on y vient même à quatre pattes, et malade, on se traîne à l’église quels que soient les événements et notre état de santé, pour communier à celui qui est mort pour nous donner la vie.
Parce que, quand on aime, et surtout quand on a compris ce que c’est que d’être aimé par Jésus, on ne peut pas manquer la rencontre quotidienne avec le pain de vie descendu du Ciel.
Nous sommes privilégiés.
Parce que l’Église nous permet de rencontrer celui qui nous donne la vie, la vie de notre cœur, la vie de notre âme, la vie éternelle, c’est à dire la vie qui dépasse toute autre considération…
… l’Église nous permet de rencontrer Jésus tous les jours dans un acte extrêmement simple.
( on ne nous demande pas de faire 15 km sur les genoux pour gravir une montagne !)
On nous demande de venir une demi-heure pour l’acte le plus excellent qui dépasse tous les actes et toutes les actions du monde entier : celui de communier, de recevoir sur notre langue la chair de Celui qui nous donne la vie, le sang de celui qui nous libère de toutes nos nullités.
Communier.
On fait tous les efforts nécessaires pour essayer de surnager pendant nos journées.
Et on va passer devant l’Église sans s’incliner devant la porte, et sans rentrer pour simplement rencontrer Celui qui est la solution…
» celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi je le ressusciterai au dernier jour « .
Mais qu’est-ce que nous voulons de plus, frères et sœurs ?
Cela fait mal de voir tous ces efforts de bien et de mal qui se terminent dans l’inutile.
Qui ne cessent de contourner l’essentiel, et qui nous font rater la cible de notre bonheur.
Alors je reviens à cet essentiel.
Quand le peuple hébreu est dans le désert, il n’a pas d’échappatoire.
Dieu l’a mis dans le désert pour qu’il n’ait pas d’échappatoire et qu’il comprenne presque de façon forcée qu’il dépend d’une nourriture quotidienne qui s’appelle la manne.
Ça n’a pas de goût, c’est fade, et pourtant c’est ce qui lui permet d’être en vie le lendemain.
On veut tout faire – et on réussit –
pour essayer d’oublier que notre chemin est un chemin de pèlerinage.
On cherche à tout prix à attraper un bonheur et une jouissance sur terre.
À tout prix… cela veut dire par tous les moyens bons et mauvais.
On veut se convaincre que l’on peut être heureux sur terre.
Mais la possession du bonheur c’est au Ciel uniquement que nous l’aurons.
Et ce Ciel nous pouvons le goûter en communiant au Corps du Christ. Nous ne pouvons pas le vivre pleinement aujourd’hui, mais nous pouvons le goûter, derrière l’acte de foi.
Pourquoi ne pas commencer par cela ?
L’Église nous dit que tout notre bonheur se trouve dans la communion au Corps du Christ sous l’apparence d’une hostie de pain, là aujourd’hui, et dans l’union au même Christ ressuscité en pleine vision, dans un cœur à cœur total, au-delà de notre vie terrestre.
Mais pourquoi n’arrivons-nous pas à l’admettre, à l’expérimenter ?
À le croire de notre Mère l’Église ?
Oh… j’ai la réponse : c’est tout simplement parce que le diable, secoue devant nous, du matin au soir, les soucis et les divertissements du monde.
Il nous gave la tête, et le corps, et nous fatigue, d’écrans et de conforts pour que nous n’écoutions pas notre cœur qui a faim.
Du matin au soir, nous sommes comme le taureau qu’un chiffon rouge distrait, énerve et épuise, pour que nous ne trouvions pas la paix véritable.
Toute l’histoire du monde, toute l’histoire du peuple de Dieu, ce qui peut rassasier notre cœur, apaiser notre esprit, illuminer de sens et d’amour les mystères de notre société et même de notre psychologie, notre fonctionnement et nos dysfonctionnements…
Tout est récapitulé dans un acte qui dure 5 secondes, ( allez… orné de la parole de Dieu et de quelques prières, une petite heure ) et qui est de recevoir en nous le Corps du Christ.
Notre vie s’éclaire par nos relations d’amitié et de communion.
Nous naissons à partir d’une union. Homme et femme.
Nous grandissons grâce à des communions.
Notre cœur bat et nous respirons mieux quand nous sommes en union d’amour.
La racine du pardon qui peut nous libérer se trouve dans un regard de communion avec quelqu’un qui nous aime.
Et qu’est-ce qui peut faire grandir en nous ce qui nous rend le plus heureux, délie notre intelligence et notre capacité d’amour :
C’est d’accueillir quelqu’un qui nous donne la lumière et la tendresse de son cœur.
Pourquoi c’est ainsi ? Je ne peux pas vous le dire, parce que c’est dans le secret de la Sagesse créatrice de Dieu. Nous sommes faits ainsi.
Et si nous sommes faits ainsi, c’est que Dieu nous donne la possibilité d’être comblé, totalement comblé, par une rencontre très facile à vivre, et qui est la rencontre avec Jésus Sauveur, dans la communion.
Le sommet de notre vie.
La plus grande grâce d’un prêtre c’est qu’il puisse célébrer l’Eucharistie tous les jours, vivre de la messe et faire vivre de la messe.
Et vous savez frères et sœurs, quand on vient me demander :
‘ est-ce que je peux faire baptiser mon enfant?’
‘ est-ce que je peux me marier l’année prochaine ?’
‘Comment faire pour éduquer mes enfants ?’
‘J’aimerais mettre mon enfant au caté…’
‘J’aimerais me sentir mieux avec moi et dans notre monde.’
Comment faire pour trouver une joie que j’ai perdue… ?’.
‘J’ai trop à faire, chaque jour je cours, pour les uns, pour les autres, pour mes enfants, pour moi-même…’
J’ai envie de répliquer :
Comprenez que tout commence par la messe, par une communion quotidienne pendant la messe.’
‘Ah… Tout, mais pas ça !’
Hé bien c’est la réaction du jeune homme riche ou de Naaman qui ne veut pas croire à la solution très simple d’Élisée.
Le baptême, le mariage, le caté, toute démarche spirituelle, s’ils n’ont pas la messe comme assise, sont comme des ballons dégonflés qui font ‘ploff…’ quand on joue avec.
Jésus-Christ s’est librement présenté au sacrifice, pour nous nourrir de sa vie, nous ouvrir la porte du pardon, c’est à dire guérir notre cœur, et non seulement cela, mais pour que nous trouvions notre épanouissement dans la vie qu’il donne, la vie éternelle…
Où, quand, comment ?
‘J’y comprends rien’, direz-vous,
‘ Je n’arrive pas à le rencontrer’.
‘ Je ne veux pas me prendre la tête en plus de toutes les tensions de mes journées !’.
Hé bien, c’est très simple :
Tout commence par la communion à son Corps et à son Sang. Qu’on comprenne ou qu’on ne comprenne ou pas.
Et d’ailleurs tout doit finir par cela : entrer en union avec notre Dieu au plus profond de notre âme, là où se trouve la source de la vie, par la communion au Corps et au Sang du Christ.
La valeur de notre âme, la paix de nos journées, la fécondité de nos relations, la force dans nos combats, la croissance de l’amour en nous, et plus tard, un peu plus loin, la jouissance de notre cœur, ne peuvent être alimentées que par la communion au Corps et au Sang du Christ.
Qui se fait dans la foi.
C’est à dire que nous n’avons pas à ressentir quelque chose.
Tout est donné …
mais nous l’atteignons dans la foi, c’est à dire sans comprendre, et sans rien ressentir du mystère.
On peut être fatigué, n’avoir aucun goût, la tête trop pleine ou la tête vide… alors, laissons Dieu faire son œuvre de grâce.
Ce sacrement est par lui-même efficace.
Maintenant… nous sommes libres de notre réponse..
Mais la tendresse de Dieu, transformante, nous appelle tous les matins à la messe.
