HOMELIE TREIZIEME DIMANCHE ORDINAIRE A

Frères et sœurs, si je vous demande : « comment est-ce que vous témoignez du fait d’être chrétien ? »
« quel est votre témoignage de foi ? ».
Normalement, vous allez me dire :
« je crois en Jésus-Christ.
La preuve c’est que je suis à la messe… »
Je fais ma prière; j’essaie d’être bon vis-à-vis de mon prochain.
Parce que le Christ a dit ‘ aime ton prochain comme toi-même.’
Et je vais vous reposer la question :
« quel est votre témoignage ?»
Venir à la messe c’est très bien…
Mais vous allez chercher votre pain à la boulangerie régulièrement. et ce n’est pas spécialement un témoignage.
Peut-être même qu’à la sortie de la messe vous allez faire votre marché…
Ce n’est pas parce qu’on fait une chose régulièrement que c’est un témoignage.
‘ oui mais c’est pour Jésus-Christ’.
J’admets…
Mais pour qu’il y ait témoignage il faut qu’il y ait quelque chose qui sorte de l’ordinaire.
Si l’on veut témoigner de la vie éternelle dont Jésus est venu accomplir le chemin, il faut qu’il y ait quelque part en vous quelque chose qui vous dépasse.
Si vous venez à la messe comme vous allez faire les courses, ou comme vous iriez en fin de semaine à la plage ou à la pêche…
Et encore, à la messe, ce n’est pas toujours d’un coeur joyeux qu’on se bouge…
Si on vient à la messe en ayant d’ailleurs dans la tête les dernières informations sensationnelles du jour, en traînant les pieds, est-ce que c’est un témoignage ?
On amène une partie du monde au milieu de l’Église, et on repart retrouver le monde…
Et qu’est-ce qu’on vient d’entendre ?
Qu’il faut être prêt à offrir un verre d’eau à un pauvre de Jésus.
Accueillir un prophète, prendre de la distance vis-à-vis de son père, de sa mère, de ses enfants.
Mais ça… est-ce que ça suffit pour être un témoignage ?
Les païens n’en font-ils pas autant ?
Ceux qui veulent tracer leur carrière, ou qui ont une ambition bonne ou mauvaise, quelque soit la religion, n’hésitent pas à faire des choix familiaux,.
C’est un chemin qui indique d’ailleurs une certaine maturité.
Préférer un noble but ou un noble amour aux avis contraires de sa famille, c’est dans l’ordre des choses naturelles.
Donc ce n’est pas en soi un témoignage chrétien.
C’est signe de maturité.
Celui qui n’a jamais préféré sa femme à ses parents, ou son mari à son père, ou à sa mère… il n’a pas besoin d’être chrétien pour savoir qu’il n’est ps accompli(e) dans sa personnalité.

Mais alors où se trouve le cœur du Témoignage d’un chrétien ?
L’expression qui suscite un appel à la grâce divine autour de nous ?
Oui il faut aller à la messe; oui il faut donner un verre d’eau à celui qui a soif; oui il faut dire à papa et à maman : maintenant je suis grand ou grande, je ne vous rejette pas, mais j’ai des amours préférentiels qui m’appellent à me libérer de vous, à marcher sur mes deux pattes, pour choisir mon chemin.
Tout cela, ce sont des bases naturelles qu’il faut vivre.
Pour y arriver certains vont mettre 15 ans d’autres 75 ans.
Nous ne sommes pas tous égaux…
Mais le témoignage, il ne peut s’appeler ‘chrétien’ que quand Dieu fait surgir, dans une racine mystérieuse de notre cœur, une passion.
La passion de Dieu, la passion de regarder le visage du Christ;
Qui nous fait quitter l’ordinaire de la route, l’ordinaire de la fidélité ordinaire.
Et comme le dit quelque part Madeleine Delbrel, une apôtre des banlieues parisiennes dans les années 50, cette passion ‘nous conduit à une marche entre deux abîmes… l’abîme mesurable des rejets de Dieu par le monde ( et là se dessine la croix du Christ inévitablement. parce que le monde qui veut tout faire pour sembler neutre et devient l’ennemi de Dieu lorsqu’il pressent son parfum à 10 kms).
Et le deuxième abîme c’est celui, insondable, du mystère de Dieu.
( et là, c’est une autre frayeur, qui se résout par l’espérance à se blottir dans les bras de Dieu)
Le témoignage commence où l’ordinaire s’arrête pour laisser place à la surprise de Dieu.
Alors on embrasse son père ou sa mère pour leur dire : ‘Dieu a pris mon cœur, Jésus-Christ m’appelle au plus intime, et la part du cœur que vous m’avez donnée, maintenant je vous la laisse pour vivre de la part du cœur de Jésus-Christ.
Voilà le témoignage.
Ah… évidemment, là Jésus-Christ n’apporte pas toujours la paix familiale quand l’amour familial est captatif.
Le témoignage du chrétien c’est un témoignage à la mort et à la vie.
Il ne parie pas sur la mort et sur la vie des autres mais sur la sienne.
Le témoignage d’un chrétien c’est le regard de Dieu qu’il porte à son voisin.
Et notre voisin doit être surpris de nous voir marcher droit dans un oui que personne ne peut arrêter.
« Que votre ‘oui’ soit ‘oui’ à Dieu. Que votre ‘non’ soit ‘non’ au monde ».
Qu’aucune angoisse ne peut arrêter. aucune épreuve. aucune tentation…
Marcher droit dans une réalité qui nous dépasse.
J’aime bien répéter que le chrétien est celui qui vit en permanence au-dessus de ses moyens.
Parce qu’il vit dans un amour qui l’appelle toujours plus loin, à toujours plus de qualité, a toujours plus de vie et à toujours plus de mort.
Si quand vous rentrez dans cette église pour la messe par exemple vous n’avez pas un certain frémissement d’une réalité supérieure qui vous attend et avec laquelle il sera inévitablement difficile d’être en harmonie, alors ne vous dites pas chrétien.
Parce que ce serait un contre témoignage.
Et vous seriez dans un double mensonge vis-à-vis de ces gens qui ne sont pas chrétiens et qui vous regardent à la sortie de la messe.
D’abord, le mensonge de se croire chrétien alors que l’amour du Christ ne nous brûle pas.
Et le mensonge de se montrer chrétien alors que vous refusez d’entrer dans une dimension de vie éternelle.

Je vous donne un petit exercice pour mesurer votre témoignage et donc pour mesurer le rythme de votre cœur pour Jésus-Christ.
Tous les dimanches, se posent une ou deux personnes, ça dépend homme ou femme, sous le mûrier du bas de la rue Édouard Basset…
Ils ont une petite charrette avec quelques feuilles de chou, qui ne sont pas du chou d’ailleurs.
Notre témoignage nous demande d’aller à leur rencontre et de les interpeller sur l’Église, sur la grâce de la vie éternelle, sur la croix et la Résurrection de Jésus-Christ, sur le bonheur qu’il ne connaissent pas de l’Eucharistie et de l’Union à Jésus-Christ dans le Saint Esprit .
Ça, ils ne connaissent pas..
Dites-leur, à ces deux personnes, parfois une seule, qu’elles sont aveugles sur la beauté de l’Église et du Sauveur Jésus-Christ, Dieu et homme.
Et regardez les avec le regard du Christ qui est venu sauver les brebis perdues d’Israël.
Ils ont à peine le courage de dire qu’ils sont témoins de Jéhovah.
Allez donc les trouver vers 9h du matin.
Et demander à Jésus leur conversion.
Voilà un vrai témoignage.
Donnez leur donc un petit verre d’amour de l’Esprit Saint.