Saint Paul parle de l’emprise de la chair et il parle de l’emprise de l’Esprit.
De toute façon nous sommes sous emprise.
Parce que nous fonctionnons toujours sous un registre ou sous un autre.
Et ce registre, nous ne pouvons pas le changer du jour au lendemain.
Nous choisissons notre programmation interne.
Or, il n’y a rien à voir entre l’emprise de la chair et l’emprise de l’Esprit. c’est encore Saint Paul qui le dit.
Ça veut dire quoi ?
D’abord, la chair, ce n’est pas uniquement le sexe.
La chair pour Saint Paul, c’est l’esprit du monde.
Le sexe se plaît à y réserver sa place, il est vrai ( pour certains envahissante, obsessionnelle) mais en fait la chair, c’est tout ce qu’il y a de naturel et d’un naturel dévié, pollué.
Le naturel en nous est toujours touché par du blessé, du pollué et du tordu. Même s’il peut avoir quelque sursaut de bonté.
Toutes les idéologies qui s’appuient sur une recherche du naturel, pur, s’appuient sur du rêve.
Que ce soit de grandes philosophies, tel que le stoïcisme ( qui recherche la vertu ) ou le Rousseauisme ( la recherche du naturel du bon sauvage), ou l’épicurisme ( la recherche d’un plaisir maîtrisé), où l’idéologie hitlérienne ( la recherche de la race pure), mais il y en a des dizaines comme cela.
Toutes, elles se cassent les dents sur la réalité qui n’est jamais pure et idéale.
Plus dévaluées, mais qui font fureur, les disciplines ‘soft’ : le Zen, ( l’équilibre de nos énergies naturelles), l’écologie ( l’équilibre harmonieux de l’homme avec la nature, et avec soi-même), que ce soit le culte de la beauté, ou encore celui du libertinage ( le culte du plaisir facile), ou bien dans la recherche de la richesse culturelle… mais on peut encore en trouver des dizaines qui rêvent toutes d’un équilibre du corps et de l’esprit, libres.
Tout cela c’est l’esprit du monde, c’est la chair.
C’est l’emprise de la chair qui ligote le jugement à son service.
Eh bien, tout cela ne rejoint en rien, même de très loin, la vie dans L’Esprit Saint.
Il y a incompréhension totale entre les deux vies.
Celui qui vit selon l’esprit de la chair vit dans une maison aux volets clos sans jamais savoir ce qui se passe à l’horizon de l’Esprit.
Et celui qui vit selon l’Esprit Saint vit sous un plein soleil.
Il voit bien qu’il y a des maisons au volets clos mais il n’a aucune idée de ce qu’il s’y passe à l’intérieur.
Soit il a perdu cette idée de l’attirance de la chair.
Soit plus rare, il ne l’a jamais vraiment eue.
Ce que nous concevons difficilement, c’est que nous sommes sur des planètes différentes.
Des systèmes de pensée
Des appréciations morales qui ne se rejoignent pas.
Des finalités qui ne se reconnaissent même pas de loin.
Celui qui vit selon la chair peut parler à quelqu’un qui vit selon l’Esprit. Mais l’un et l’autre ne peuvent pas se comprendre, parce que des mêmes mots ont en eux des sonorités et des échos très différents, dans leurs connections avec la logique et leurs passions.
Quand je vous parle en ce moment, je peux vous parler de l’amour du Christ par exemple.
Si vous êtes sous l’emprise de la chair l’Évangile restera sans goût.
Tout va être teinté selon un sens charnel.
Quand je dis que le Christ est doux et humble de cœur.
Si vous êtes sous l’emprise de la chair vous allez comprendre cette douceur et cette humilité comme appartenant à la chair.
Et c’est faux.
Jésus n’a pas pris ce sens-là.
Le cœur selon le Christ ce n’est pas l’affectif.
La douceur selon le Christ n’est pas une caresse.
L’humilité selon l’Esprit du Christ, n’est pas l’abaissement.
Et pourtant c’est ainsi que va comprendre celui qui vit dans la chair, avec sa meilleure bonne volonté.
Jusqu’au XX°siècle, nous étions dans un monde névrosé qui n’a pas réussi à rendre respirable les merveilles de sa nature.
Alors
Nous sommes passés maintenant dans un monde schizophrène que l’on veut recréer de toutes pièces, dans un enfer d’inventions et de virtuel.
C’est la vengeance de l’homme contre Dieu.
» Puisque tu ne nous as pas laissé, Dieu, être tout-puissants par nous mêmes, hé bien nous serons tout-puissants pour tout détruire de la chair et de l’esprit. »
Le but de notre monde actuel n’est pas le développement, le progrès, la recherche de perfection; il n’est pas la défense de belles valeurs, de liberté, de création, ni même de volonté de puissance… tout cela c’est fini.
Finie l’illusion… Enfin !
L’illusion de la grenouille qui veut par elle-même se faire plus grosse que le bœuf.
Le but de notre monde actuel est un affolement désespéré pour ne pas dépendre de Dieu.
« Je préfère me détruire, je préfère déconstruire, et même je préfère la folie plutôt que de dépendre. »
Nous ne pouvons pas lutter contre cet enthousiasme de la destruction.
L’Esprit de vie que Dieu a insufflé dans sa création est toujours aussi fort.
Mais quand on ne veut pas dépendre on fait cap sur la mort plutôt que sur la vie.
Un nouvel idéal se substitue à l’ancien.
L’ancien c’était la vie, avec des sursauts d’Esprit Saint et des retombées dans la chair, mais enfin, c’était la vie.
Le nouveau, c’est la disparition de la vie.
La disparition de l’esprit, de l’art, de la morale, de la beauté, de la nature.
Le monde dans son idéal, a commencer à changer de cap, il y a un siècle.
Dans tous les domaines.
Sauf l’Église.
Il ne reste que l’Église qui est porteuse de vie et d’Esprit Saint.
Mais si le monde a échoué à être tout-puissant dans la vie, ce qu’il ne sait pas encore… c’est qu’il va échouer à être tout puissant dans la mort.
Pourquoi ?
Parce que Jésus-Christ est Sauveur et que Jésus-Christ est ressuscité.
Le monde va souffrir.
Il souffre.
Mais il ne va pas réussir à abattre la Croix et la Résurrection de Jésus, notre Sauveur.
Le chrétien, est celui qui s’est réfugié sur ce frêle navire, insubmersible, qui a déjà passé tous les temps, et toutes les tempêtes, et qui s’avance gaiement entre le mystère insondable du mal sur lequel il vogue et le mystère insondable du Bien pour lequel Dieu le porte dans sa main et dans son cœur.
Et il sait que l’un et l’autre, l’un et l’autre de ces mystères vont se résoudre dans la Transfiguration du Christ ressuscité.
Dans l’un de ses romans chefs-d’œuvres, [ les Possédés ] Dostoïevski se pose la question, insistante :
» toute la question est de savoir si Shakespeare est supérieur à une paire de bottes ou Raphaël a un bidon de pétrole ! »
Autrement dit, est-ce que l’on pourra atteindre le génie par la technique…
Est-ce que l’Esprit Saint pourrait être mangé à la sauce du monde et de la chair ?
Saint Paul a répondu.
» celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts
donnera la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. »
Il n’a pas répondu que la chair pouvait donner la vie à l’esprit…
Ça ne marche pas dans ce sens.
Je crois Saint Paul, je sais que je ne serai pas déçu.
Avec cependant une certaine tristesse pour tous ceux qui se seront trompés et qui auront misé sur le monde.
