L’autre jour, j’étais sur la route du Thoronet.
Et il y a en ce moment un grand troupeau de moutons qui paissent tranquillement, comme des moutons, dans les champs sur le bord de la route.
C’est toujours mignon, ce rassemblement de bêtes paisibles.
Sauf que ce n’est pas tout à fait la même scène que nous présente Jésus.
Même actuellement, en Israël, les moutons ne vivent pas selon les mêmes principes que les nôtres.
Les moutons d’Israël sont frères des moutons français, mais ils n’ont pas la même culture.
Je ne sais même pas s’ils se comprendraient si on mettait nos moutons dans un avion et qu’on les fasse atterrir en Israël.
Si on faisait un jumelage de nos gentils moutons avec les gentils moutons des bédouins d’Israël.
Parce que, en fait, presque partout en France, on a déconstruit aussi la culture moutonne.
Nos moutons n’ont pas fait de manifs mais ils n’en pensent pas moins de la révolution culturelle qu’on leur a imposée depuis quelques années.
Alors, quelle différence entre les moutons Israéliens et les moutons français ?
Admettons que les moutons israéliens sont parfois moins gras.
Normal, on les voit davantage au bord du désert dans les régions de Beersheba, ou dans les collines pelées qui mènent de Jérusalem à Jéricho.
Entre Bethléem et Hébron aussi.
Mais là où la terre est meilleure les moutons n’ont pas leur entrée.
On préfère cultiver des arbres ou des légumes en culture intensive.
Les bédouins, et leurs moutons, plantent leurs tentes fait de bric et de brocs dans les cailloux du désert parmi lesquels la plupart du temps de l’année il n’y a que des touffes d’herbes sèches à brouter.
Et pourtant c’est avec ces touffes d’herbes sèches un peu broussailleuses que nos petites bêtes très douces font leur vie et ne se plaignent pas.
Avec ça les brebis font des petits, avec la queue qui branle quand ils tètent le lait de leur maman. Des petits qui tètent, ils sont toujours contents.
Et tout le monde est content, même ceux qui les regardent.
Les Bédouins passent leur journée à regarder leurs moutons, à leurs parler, à bricoler quelques casseroles cabossées, et parfois un revisser quelques boulons pour prolonger la vie de leur voiture.
Alors évidemment du temps de Jésus il n’y avait pas de voiture brinquebalante.
Là aussi il y a eu évolution.
Les Bédouins vont chercher l’eau dans des jerricanes en voiture.
Les bergers du temps de Jésus, comme au temps d’Abraham, connaissaient les points d’eau au milieu de nulle part.
Et nos moutons français ?
Je dois dire qu’ils sont bien gras…
Et que leurs gilets de laine sont confortables au sortir de l’hiver même si l’hiver provençal n’est pas aussi terrible qu’en Israël.
Qu’est-ce que fait un mouton français ?
Il broute.
Qu’est-ce que fait un mouton israélien. il broute.
Qu’est-ce que fait une brebis française. Elle s’engraisse et elle pense à son petit.
Qu’est-ce que fait une brebis israélienne ?
Elle pense à son petit et elle essaye d’apaiser sa faim. Et de lui apprendre à rester près d’elle, ce qui n’est pas toujours facile.
Chaque tige d’herbe à moitié sèche elle la mâche deux fois plus que nos moutons français.
Parce que la brebis israélienne sait qu’il ne faut rien perdre de la divine substance sortie du sol.
Tandis que la brebis française elle sait qu’elle aura toujours du gâteau en abondance, bien vert, bien dodu.
En fait la brebis française, son plus grand souci, c’est de choisir entre une herbe grasse et une herbe encore plus grasse. Si elle trouve du trèfle ou de la luzerne, ça c’est son délice !
Tandis que la brebis israélienne, son souci c’est simplement de trouver de l’herbe.
Vous voyez, frères et sœurs, la philosophie entre moutons n’est pas la même.
Et pourtant…
Et pourtant j’ai remarqué dans le regard du mouton israélien une petite flamme de bonheur que nos moutons français n’ont pas.
On pourrait se dire :
Mais les moutons israéliens sont traumatisés dans leur inconscient collectif.
Les moutons israéliens savent bien que des générations de leurs ancêtres ont servi au sacrifice pour suivre les Lois de Moïse.
Que de brebis parmi leurs ancêtres ont pleuré leur petit agneau d’un an, égorgés en sacrifice pour le Dieu d’Israël !
Pour pardonner les péchés des hommes…
On pourrait se dire : on comprend que les moutons israéliens se méfient du Dieu Tout-Puissant !
Alors que nos moutons français, dans leurs pâturages abondants, ne peuvent que rendre grâce à Dieu des bienfaits du Créateur et ne se méfier que des restaurateurs..
Bien sûr, de temps en temps, l’un ou l’autre sert de rôti sur quelques tables.
Mais quand un mouton français disparaît, c’est vraiment dans la paix. on ne sait pas où il est passé tout simplement.
Tandis que combien de moutons israéliens ont vu les membres de leur famille égorgés devant eux !
Et en plus on ne fournit pas de psychologue pour tous ses frères et sœurs traumatisés.
Donc, le mouton israélien est quand même aguerri à la vie et à la mort.
Vous voyez déjà, la culture française et la culture israélienne ovine n’a pas du tout le même impact psychologique chez le mouton.
L’un et l’autre non pas la même culture gastronomique.
L’un et l’autre n’ont pas le même paysage.
Et enfin l’un et l’autre n’ont pas le même rapport à la religion.
Un mouton israélien sait bien que pendant des milliers d’années ses ancêtres sont devenus sacrés sous le couteau du sacrificateur.
Le mouton français n’a pas de notion du sacré…
Et pourtant… je maintiens que dans le regard du mouton d’Israël se trouve une lumière que je n’ai jamais trouvé dans l’œil d’un mouton français.
Pourquoi ?
Et bien c’est très clair. Je vous donne la clé …
Les moutons de la route départementale 562… ils étaient tout seuls….
Ils faisaient silence au milieu d’un champ entouré d’une clôture électrique.
Tandis que les moutons israéliens ils ne sont pas seuls.
Un mouton israélien a toujours un regard sur son berger qui est là.
Ou plutôt une oreille…
En tout cas, il sait que son berger n’est pas loin même s’il a été chercher de l’eau.
Le mouton israélien même s’il connaît le bruit du 4*4, goûte la plupart du temps au silence du désert.
Et son bruit préféré, et qu’il connaît bien, c’est la voix de son pasteur.
Il n’y a qu’elle qui l’intéresse.
Tandis que le mouton français a perdu son pasteur.
Ah ! il le voit bien une fois par jour… Et encore, parfois, ce n’est pas tous les jours…
Or un mouton qui n’a pas de pasteur c’est un mouton malheureux.
C’est un mouton qui ne se sent pas exister pleinement.
Parce que c’est le pasteur qui rassure et conduit le troupeau.
En tout cas qui lui donne la paix du cœur.
Et voilà la différence, c’est que le mouton français, bien nourri, n’a pas la paix du cœur.
Tandis que le mouton israélien un peu plus maigre, se réjouit de son pasteur qui est avec lui, nuit et jour.
Le Bédouin israélien ne fait pas de grand discours.
Son mouton ne demande pas de grande philosophie.
Il demande simplement d’être rassuré par la voix de son berger. Parfois consolé.
Malgré les tensions des hommes en guerre, malgré le nombre de cailloux plus important que celui des herbes, le mouton d’Israël n’a pas besoin de cardiologue.
Tandis que le mouton français il est toujours inquiet.
Parce qu’il n’a pas son berger H24.
Un chrétien qui ne connaît pas la voix de Jésus et qui n’a pas inscrit en son cœur la voix de son pasteur, est un chrétien inquiet qui se reconnaîtra davantage du côté de nos moutons français actuels que du côté des moutons d’Israël qui ont reconnus leur berger et qui goûtent à la grâce infuse qui libère la confiance du cœur et la joie de l’union à Dieu sur les sommets paisibles.
« Seigneur prend pitié de nous. Fais de nous des moutons israéliens… »
