HOIMELIE DIX-SEPTIEME DIMANCHE ORDINAIRE

Ça peut gêner certains, ça laisse d’autres dans un sorte d’étonnement ravi :
Il n’y a pas d’imperfection en Dieu.
Et c’est pour ça que le Royaume de Dieu est caché…
Parce que nos pauvres yeux ne captent que des réalités imparfaites.
On est plus à l’aise dans l’imperfection et nos limites.
Et même quand rien ne va pas.
Comparez le nombre d’informations catastrophiques par rapport au nombre d’informations d’événements harmonieux…
Vous connaissez le proverbe ( je crois que c’est un proverbe russe ):
‘Quand les ennuis cessent, l’homme incertain ne sait plus s’il existe.’
Ce qui est trop parfait nous échappe; cela échappe à la surface des flots.
L’impeccable dérange l’homme orgueilleux comme une allergie parce qu’il n’a pas de prise sur les profondeurs. Il n’est pas au-dessus.
C’est pour cela aussi que la prière (du cœur), la pratique fidèle des sacrements, la communion des cœurs, sont si peu pratiquées dans la durée et la fidélité….
Parce qu’elles nous amènent en dessous de la surface des flots.
Là où on commence à respirer du parfait, de la vie éternelle.
La pureté reste cachée au regard impur.
Et le regard impur cherche à souiller la pureté parce qu’il n’arrive pas à la saisir.
Il y a comme cela des réalités cachées que l’on déforme pour les ramener à nos limites.
L’Église est l’une de ces réalités, cachée par le Saint Esprit .
On juge de l’Église par ses déformations qui ne sont pas l’Église…
On tente d’imiter la charité, mais par son côté visible et déformé.
Mais on ne connaît pas la charité qui s’oublie et se fait oublier.
On tente d’attraper la vie éternelle par le phénomène des miracles … ce qui revient en fait à l’approcher par le plus petit côté de la lunette.
Or, les grâces précieuses qui peuvent combler une vie, pour lesquelles nous voudrions tout vendre pour les posséder… ces grâces précieuses peuvent couler à travers des miracles, mais ne s’arrêtent pas à eux et à nos mesures.
C’est pourtant d’elles que sort toute fécondité véritable.

Oui, savoir discerner le bien et le mal pour gouverner un peuple, c’est bon…
Il est bon d’être grand dans l’art de gouverner.
Mais cette grâce doit être portée et ajustée par les dons du Saint Esprit, pour qu’il en fleurissent des grâces de vraie charité, de persévérance, d’illuminations intérieures, et des fruits surnaturels et véritables selon le désir de Dieu.
Salomon à dérapé par la suite dans sa religion parce qu’il a oublié d’assurer la première grâce.
Il n’a pas commencé par la perle : la grâce du Saint Esprit.

Si on veut envoyer une fusée dans l’espace, il est très bon de lui donner une forme aérodynamique. Il est très bon de lui donner une solidité de construction à l’épreuve des plus dures conditions de vol; il est très bon de l’équiper des dernières découvertes de captage d’informations.
Mais si on oublie de régler le moteur, notre fusée peut être bien belle, elle ne sera pas fonctionnelle dans sa rampe de lancement.

Si l’on oublie dans notre vie, ou si l’on passe à côté de l’union la plus intime de notre cœur à celui qui veut nous élever jusqu’à Lui, on pourra bien structurer notre vie et demander les meilleurs dons, tout cela ne sera pas relié à la sève de notre Sauveur Jésus-Christ.
Nous serons des sarments bien visibles mais secs, détachés du pied principal de la vigne.
Nos œuvres seront visibles.
Nos charismes réaliseront même de belles choses.
Mais nous gratterons à côté du Royaume des Cieux.

Ainsi en est-il de notre prière.
Nous pouvons demander beaucoup de biens pour notre monde; nous pouvons demander la santé, le beau temps, la paix, et l’intelligence pour notre voisin…
Ou quelques charismes pour bien parler de Dieu et pour témoigner de sa tendresse.
Tout cela est très bien et le Seigneur a même promis d’exaucer toute prière énoncée avec foi.
Nous pouvons nous adresser à tous nos saints et saintes pour qu’il pleuve des roses sur notre monde.
Et nous pouvons demander le sourire de la Vierge Marie.
Tout cela peut nous être accordé.

Mais tout cela est l’antichambre du Royaume des Cieux.
Ce n’est pas la perle. Le trésor.
Ce n’est pas le battement caché du cœur de notre Sauveur.
Et ce n’est pas la prière pure.
La prière pure est comme le rayon qui relie le cœur de Dieu à notre cœur.
Et lorsque nous boirons à la vie éternelle il ne restera que cette union qui doit être cachée derrière toute autre vraie prière.

Et voilà pourquoi Jésus-Christ décrit presque toujours le Royaume de Dieu comme caché et mystérieux.
Parce que comme le dit un grand saint :
 » celui qui veut trouver un objet caché, doit pénétrer jusqu’à la profondeur où il se cache, et lorsqu’il l’aura trouvé, lui aussi sera caché.
Ton Époux Bien-Aimé est le trésor caché dans le champ de ton cœur.
(…)
Si tu demeures ainsi caché en lui, tu le sentiras en secret, tu l’aimeras et tu en jouiras en secret;
Tu prendras secrètement en lui tes délices, c’est-à-dire d’une manière qui surpasse toute parole et tout sentiment. »

[II° cantique spirituel str 1 – Saint Jean de la Croix ]