HOMELIE QUINZIEME DIMANCHE A

Chers frères et sœurs,
Avec cette parabole du semeur, nous entrons dans un sujet très difficile pour nous, petits humains qui nous entravons les pieds sur le chemin de la vie éternelle.
Nous entrons dans le sujet de la prédestination.
Alors, avant d’engager le sujet, tout de suite je pose une certitude que jamais on ne peut remettre en question : Dieu propose toujours, ( toujours et à chacun ) la grâce suffisante pour entrer dans le Royaume des Cieux.
Voilà, c’est posé.
Parce que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.
Ça ne peut pas être autrement.

A chacun la grâce est unique; elle n’a pas même proportion et elle n’a pas même mode entre deux personnes, selon ce qu’elle est reçue;
Mais elle est toujours là.
et deuxièmement la grâce peut-être refusée;
c’est toujours terrible, un amour qu’on rejette, mais il y a des refus qui sont graves, destructeurs, et d’autres de moindres blessures.

Autre constatation…
Celui qui refuse d’avancer sur le chemin de Dieu, sur le chemin de conversion, croit toujours, même dans son inconscient, qu’il a un certain pouvoir. Et même un certain pouvoir sur Dieu.
‘ tu vois, je peux contrecarrer le plan que tu avais prévu. Tu ne m’empêcheras pas d’être libre.’
Ça peut être dit avec bravade, ancré dans son refus et sa rébellion.
Ou bien ça peut être dit avec honte, en regrettant d’avoir été si nul.
Mais de toute façon il croit qu’il a eu un certain pouvoir contre Dieu.
Hé bien , il se fait complètement illusion.
Ce n’est pas parce qu’on a refusé d’avancer sur un chemin que le chemin s’arrête.
Ni même que Dieu va changer son plan d’un millimètre.
Ni nos péchés – ni nos prières d’ailleurs – ne peuvent le déterminer à quoi que ce soit.
Cela met en rage le démon. Il ne peut pas empêcher Dieu d’aimer…

La grâce de Dieu atteindra son intention.
Parce que Dieu n’est pas homme.
C’est très difficile à concevoir pour nous, mais rien n’arrête Dieu dans son intention et dans son développement providentiel.
Rien.
Rien ne peut influencer Dieu d’une miette.
En rien, absolument rien, nous ne pouvons modifier le battement d’amour du cœur de Dieu…
Dieu nous propose le bonheur.
On peut le refuser…
Mais c’est alors que ce bonheur était déjà accordé à quelqu’un d’autre.
Il n’y a rien de plus absolument nécessaire que Dieu réalise ce qu’il veut, comme il veut.
C’est très difficile à concevoir, mais Dieu accepte l’imperfection et le mal, par amour.

Notre amour à nous, il consiste à tellement vouloir le bien pour celui qu’on aime qu’on ne peut pas supporter de voir quelqu’un qu’on aime rater ce qui ferait son bonheur.
Ça nous rend malade de voir quelqu’un, et d’autant plus qu’il est de nos proches, rater ce qui aurait pu lui donner le plus grand bonheur.
On voudrait tellement l’obliger à vivre heureux, parce qu’on l’aime !

Obliger nos enfants à travailler à l’école pour qu’ils aient une bonne situation…
Obliger nos enfants à avoir des relations saines pour qu’ils trouvent leur épanouissement…
Obliger notre mari à comprendre la délicatesse, le respect, la tendresse de l’amour.
Ce serait tellement plus magnifique…
Obliger notre femme à prendre du repos ou à faire moins à manger pour que toute la famille ne soit pas en surpoids…

Et bien non…. Dieu n’agit pas en obligeant.

C’est très difficile et c’est l’une des questions les plus fréquentes contre Dieu
Mais pourquoi Dieu permet-il le mal ? :
Tout simplement parce que Dieu est plus grand que nous et que ce n’est pas à nous de lui faire la leçon et de lui dire qu’il pourrait faire mieux.
Ne pas permettre le mal c’est un bien qui fait du mal.
Dieu permet le mal, c’est-à-dire le refus de sa grâce, parce qu’il veut un bien grand, et même infini.

Question :
‘ mais si Dieu nous forçait au Bien il y aurait tellement plus d’hommes heureux et de femmes heureuses…?!’
Ils seraient heureux effectivement mais pas du bonheur de Dieu.
On n’est heureux que du bonheur que l’on a choisi, jamais du bonheur qui nous a été imposé.

Je ne sais pas exactement comment, mais je sais qu’il aurait été plus dommageable que l’ange mauvais, le démon, ait été forcé au bonheur, qu’il soit en quelque sorte un robot heureux, bien huilé, .. il aurait été plus dommageable de ne pas lui laisser la possibilité de se rebeller de façon terrible contre celui qui lui laissait le choix.
Il est malheureux, mais il a été respecté.
Prisonnier de sa faute.
Un bonheur qui n’est pas libre, c’est comme violer quelqu’un pour faire son bonheur.
Et cela est pire que l’enfer.
Voilà pourquoi Dieu permet le mal. Et pas simplement comme une hypothèse de travail, mais comme une réalité qui s’est concrétisée.
Et voilà pourquoi les hommes, en voulant copier Dieu, se crée un enfer pire que l’enfer en voulant imposer le bonheur à ceux qu’ils aiment.
Pour Dieu, le pire c’est d’imposer.
Que de pleurs ont coulé pour avoir voulu forcer au bonheur !
Pour Dieu, le sommet, c’est de proposer la liberté de choisir le bonheur ou le malheur.
Mais cette liberté, pour qu’elle reste liberté, elle ne peut pas être calibrée et avoir une formule.
Elle nous sera toujours inconnue dans sa source.
C’est ce qui nous gêne. Cette liberté est très lourde pour l’homme.
Nous voudrions savoir comment Dieu a fabriqué la liberté pour pouvoir nous-mêmes agir sur notre liberté.
Et ce n’est pas possible.
La liberté ne se calcule pas; elle se vit.

Aimer quelqu’un c’est lui faire confiance pour son bonheur.
Ce qui suppose au départ la capacité de lui pardonner s’il a fait son malheur.
C’est fou pour nous.
C’est impensable. Ça nous crée tellement d’angoisse.
Parce que ce n’est pas nous qui créons le bien.
Pour Dieu, c’est l’ultime perfection derrière laquelle il y a toujours une surabondance de lumière, de grâce, ou de pardon.

À quelqu’un que l’on aime, lui dire notre amour, c’est lui dire :
Je t’aime tant, je t’apprécie tellement, et je t’estime tellement que je te laisse la possibilité de faire ton malheur si tu rejettes le bonheur que je t’indique.
Et je t’aimerais encore si tu trahis l’espoir que je mets en toi.
Même dans ton malheur, je t’aimerais, quand tu m’auras rejeté.
Cependant, je t’aimerais encore plus si tu prends la voie de ton bonheur.
Cela est tellement beau… parce que c’est divin.
Dieu aime jusqu’au diable alors même que celui-ci lui crache dessus.
Aimer vos ennemis…
L’Ennemi c’est celui qui veut son malheur en voulant le nôtre.
L’ennemi c’est celui qui est susceptible de faire notre malheur.
Je vous le répète c’est au-delà d’une conception humaine, d’un réflexe humain.
Et pourtant Dieu est plus grand que notre cœur; il est plus grand que notre ennemi; il est plus grand que le cœur ennemi qu’il y a en nous.
Mais cela, pour le comprendre, il faut pleurer dans l’Esprit Saint.
Heureux ceux qui pleurent, le Royaume des Cieux est à eux.
Ce n’est pas ‘heureux ceux qui fouettent les autres pour les rendre heureux’.
C’est ‘ bienheureux ceux qui pleurent devant le malheur, celui des autres et d’abord leur propre faiblesse’
Le Royaume des Cieux est à eux.
Ils ont compris la grâce de Dieu.

Sauf que Dieu ne pleure pas.
Il est au-dessus.
C’est sur terre qu’on pleure.
Au Ciel on ne pleure plus.
Dieu touche le mal qu’il y a dans le monde : tous nos refus, nos aveuglements et notre bêtise, toutes nos haines et nos enfermements, il les touche, mais par une surabondance de bien dans un flot éternel de lumière et de bien.
Nous, nous n’avons pas ce flot surabondant.
Et nous, nous avons nos larmes pour demander à Dieu non pas qu’il mette fin au mal, c’est tellement bête aussi, c’est tellement loin de son intention…
Nous avons nos larmes pour demander à Dieu que nous restions dans sa grâce alors même que le mal nous environne de ses flots obscurs qui proviennent de nous ou du monde, et qui sont permis pour un plus grand bonheur.

Dans ma vie j’ai fait des erreurs, j’ai fait du mal, vous ne me croiriez pas si je disais l’inverse, mais nourri de la petite Thérèse je me suis aussitôt dit que Dieu avait la grâce pour le mal ou pour les erreurs que j’ai faites.
Et que désespérer du pardon surabondant de Dieu serait pire encore que d’avoir dérapé.
Je parle de la petite Thérèse mais je pourrais prendre aussi les paroles de Saint Paul.
«Là où le mal a abondé la grâce a surabondé»
Et il parlait en connaissance de cause.
Ça c’est la merveille divine et ce ne sera jamais la merveille humaine.

Mais attention : ce n’est pas parce que Dieu permet que nous choisissions le mal et donne la possibilité de guérir de ce mal par une nouvelle grâce, ce n’est pas parce que Dieu permet, que ça n’a pas d’importance.
Parce que celui qui se détourne de Dieu, petitement ou de façon obstinée, perd de toute façon un certain goût de la grâce.
On risque de dire que Dieu le punit. Mais non Dieu ne punit pas !
C’est tout simplement le pécheur qui s’éloigne… de l’intensité de son bonheur.
Et c’est cela sa première punition qui ne dépend que de lui.
Il va perdre le goût de la grâce.
C’est terrible que de perdre le goût de la grâce
Parce que Dieu propose toujours son pardon. Mais celui qui est en faute perd le goût de demander le pardon. Il se tort sur lui-même.
Et plus il sera en faute moins il sera capable de demander la grâce de pardon.
Il y a comme un effacement de la bonté de Dieu dans le cœur de celui qui s’éloigne de Dieu.
Là est le mal le plus terrible qui peut mener au plus grave péché, celui de désespérer de l’Esprit Saint. Notre âme s’est vidée comme un ballon dégonflé qui ne s’élève plus.

Dernière remarque.
Mais je le répète, la position de Dieu vis-à-vis du mal ne peut être reproduite par l’homme.
Celui qui aime doit demander à Dieu de faire passer son amour dans celui qui l’aime.
Tout en restant dans une position d’éducateur vis-à-vis de l’être aimé.
Un éducateur qui restera toujours maladroit, mais qui doit prie pour l’être un peu moins.
Un éducateur en fait, c’est juste un prophète qui, souvent, doit admettre de prophétiser dans le désert, là où le démon habite.
Un éducateur qui veut respecter son disciple, tout en restant clair vis-à-vis de ce disciple.
Un éducateur qui prie d’accepter un rendement moindre que ce qu’il avait prévu.
Tel le semeur de la parabole.,
C’est Dieu qui fera la moisson.
L’éducateur indique un chemin.
Dieu est lui-même la lumière du chemin, le chemin et la récompense.